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Conversation avec Serge Latouche, économiste et philosophe, professeur émérite à l’Université Paris Sud, spécialiste de l’épistémologie des sciences sociales, défenseur de la décroissance soutenable. Il est l’auteur de nombreux ouvrages traduits en plusieurs langues étrangères. Il est auteur des nombreux essais, dont «Le pari de la décroissance», Paris, éd. Fayard,2007; «Survivre au développement»,Paris, édition Mille et Une Nuit, 2004;«Décoloniser l’imaginaire»,Paris, édition Paragon, 2003; «La Déraison de la raison économique»,Paris, édition. Albin Michel, 2001; «La mégamachine. Raison techno scientifique, raison économique et mythe du progrès», Paris, La Découverte, 1995. Avec Antonio Torrenzano, «Immaginare il nuovo. Mutamenti sociali, globalizzazione, interdipendenza Nord-Sud»,Turin, L’Harmattan Italie, 2000 (essai en langue italienne). Le dialogue a eu lieu à Bologne.

Antonio Torrenzano. La crise financière déchaînée par l’effondrement de Wall Street en quelle manière elle frappera le Continent africain? Lesquels, au contraire, pourront-ils être des possibles aspects positifs?

Serge Latouche. L’effondrement présent des bourses financières a été causé par un manque de liquidité du secteur financier, mais aussi par le mensonge dicte aux consommateurs américains qui pouvaient consommer ce qui n’avait pas encore produit au pacte qu’il le produisît dans les ans suivants. De cette manière, le fil de la croissance économique a été tiré à la limite jusqu’à la crise d’aujourd’hui. Pour le Continent africain, il y a différents facteurs à prendre en considération. Le premier, c’est qu’une très bonne partie des Pays africains ils dépendent des aides extérieures. Dans plusieurs États, les aides économiques constituent le 40% du bilan d’État. Les aides au développement, donc, diminueront sensiblement. Il a été un bien que l’Afrique ne soit pas tombée dans le piège financier, mais il serait difficilement pu arriver le contraire. Les banques africaines n’auraient pas eu la capacité, de toute façon, à gérer des titres financiers complexes comme ceux-là dérivés par les subprimes. Cependant, les gros investisseurs tiendront difficilement longtemps leur argent arrêté et, en Afrique, il y a secteurs de l’économie affamés des capitaux qu’ils peuvent garantir des gains à brève durée pour ceux qui connaissent bien le milieu africain.

Antonio Torrenzano. Dans votre réponse précédente, vous parliez du retard du système financier du continent. Pourquoi ?

Serge Latouche. Le retard des instruments financiers en Afrique, c’est un problème qu’il devra être affronté dans le sens le plus éthique de la parole. Dans le Continent africain, les individus tiennent encore leurs épargnes sous le coussin. Le manque de liquidité est donné par une culture traditionnelle peu encline à s’endetter, mais aussi d’expériences passées détestables. Certains instituts de crédit sont en train de tenter de faire des pas en avant, en mélangeant de formes de prêts traditionnels aux bancaires, surtout dans le secteur du micro crédit. Mais, les instituts africains sont de banques principalement d’épargne ou d’investissement à brève limite dans des secteurs à risque zéro. Obtenir un prêt pour une activité industrielle, il est très difficile par exemple et il faut toujours recourir à l’État.

Antonio Torrenzano. Est-ce que vous pouvez nous illustrer des exemples ?

Serge Latouche. Le marché immobilier dans quelques pays africains ou le secteur énergétique au Ghana. La découverte du pétrole a attiré dans ces Pays beaucoup de multinationaux et investir maintenant dans ce secteur pourrait se révéler une affaire. Certains analystes croient que le retard du système financier africain a permis au Continent de ne pas tomber dans le piège des titres ordures de Wall Street.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Mikhail Gobaciov, Prix Nobel pour la paix, président du World Political Forum, ancien et dernier président de l’Union Sovietique. Auteur de nombreux essais, Mikhail Gobarciov est aussi président du comité scientifique de la Fondation Pio Manzù de Rimini en Italie. Le dialogue a été développé en deux lieux différents: dans la ville d’Assise dans les printemps 2008 et dans la ville de Venise (ile de Saint Servolo) pendant le séminaire international sur l’environnement au mois d’octobre 2008.

Antonio Torrenzano. La débâcle financière du marché a été la dernière crise produite par une mondialisation sans règles. Est-ce que le capitalisme financier est arrivé à la parole the end ?

Mikhail Gorbaciov. Déjà après 1990, il était déjà clair que le modèle de la mondialisation américaine n’était pas soutenable et qu’il aurait donné lieu à de crises et instabilités cycliques. La dernière est la crise financière de ces jours, mais d’autres crises parallèles sont en cours et ils auront bientôt le même écho. Je pense à la crise alimentaire, à la crise hydrique, le changement climatique, la dévastation des équilibres écologiques de la planète. Après la fin de l’Union Soviétique, on serait pu construire une communauté internationale multipolaire qui aurait inclus tout de suite l’Inde, le Brésil, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Indonésie et la nouvelle Russie. Washington, au contraire, il a décidé la construction d’une nouvelle communauté internationale unipolaire et centrée sur les États-Unis. Ce monde unipolaire est définitivement échoué pour nombreux de raisons : il était politiquement irréaliste, économiquement insoutenable, socialement impossible.

Antonio Torrenzano. Votre analyse, il me semble paradoxal.

Mikhail Gorbaciov. J’ajoute d’une évidence presque physique. Nous ne pouvons pas avoir un développement indéfini et toujours croissant en ayant un système de ressources limitées et épuisables. Au contraire, l’économie de marché a construit les derniers vingt ans de son système sur l’illusion que les ressources naturelles étaient infinies (je pense par exemple au secteur énergétique), à une croissance économique continue, aux consommations illimitées. Le marketing du capitalisme financier et ses mensonges, ils se sont révélés une escroquerie mondiale.

Antonio Torrenzano. Une longue récession portera à des changements économiques et sociaux presque pour un quinquennat et dans tous les continents de la planète ( estime statistique encore approximative). Est-ce qu’il faudra avoir un nouveau Bretton Woods pour tracer une nouvelle voie économique ?

Mikhail Gorbaciov. Il y a nombreuses et différentes manières pour affronter le problème que je vous explicite à travers un exemple. La première vision est celle d’un homme d’État clairvoyant qui communique à sa communauté nationale la réalité des faits et il commence à construire sagement le changement. La deuxième vision est celle de l’homme politique qui se tait sur la vérité et il échelonnera les décisions impopulaires. En ayant été un Chef d’État, je sais très bien que les hommes politiques se tiennent dans la poche des prévisions habituellement réelles et ils en utilisent d’autres pour les télévisions. Mais, le temps des décisions communiquées petit à petit est presque fini. Nous avons besoin d’une nouvelle glasnost mondiale et de solutions partagées par toute la communauté internationale.

Antonio Torrenzano

 

Post-scriptum.

«Penia and Poros.The conscience of prosperity:for a new moral economy» est le titre de la XXXIV édition des journées d’étude internationales que la Fondation Pio Manzù de Rimini dediera à l’économie de marche et l’Occident dans son labyrinthe du 17 au 20 octobre 2008. Majeurs renseignements et contact sont disponibles dans le site numérique de la Fondation http://www.piomanzu.com

 

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Conversation avec Charles Morris, ancien entrepreneur et auteur de l’essai «The trillion dollar meltdown». L’analyse que Charles Morris développe dans son étude, elle a été définie par l’hebdomadaire The Economist, une prévision prophétique de la débâcle financière.

Antonio Torrenzano. Dans votre essai «The trilion dollar meltdown », vous quantifiez dans un trillion de dollars le coût du crac financier qui existe au moment présent. Est-ce que la valeur numérique de cette énorme dette est effectivement réelle aujourd’hui ? Le plan financier Paulson est-il suffisant ?

Charles Morris. À présent, le chiffre que je propose dans mon essai est une estime par défaut. Personne n’est apte à savoir la valeur exacte des produits dérivés (swap) et credit défault. La débâcle financière a déjà brûlé deux trillions de dollars. Le plan financier Paulson n’est pas suffisant. Les causes de l’écroulement restent intactes. Depuis l’an 2000, les États-Unis ont dépensé plus du 5% du propre PIB en se basant sur l’expectative de croissance du marché immobilier. Dans les derniers sept ans, l’accroissement des prix des maisons a représenté presque le 6% des revenus des Américains. Aujourd’hui, le marché immobilier américain s’est écroulé et les Américains sont vivement endettés. La seule direction est de couper les consommations dans une manière radicale. L’Administration Bush est déterminée à faire tout le possible pour empêcher cette récession, mais si elle continue nous risquons une longue stagnation économique. Les excès de dépense ont été ainsi disproportionnés face à la richesse produite du pays. La seule manière pour retrouver un équilibre, c’est passer par une récession avec les prix des biens immobiliers et des biens mobiliers qui doivent revenir à la valeur réelle.

Antonio Torrenzano. Dans l’histoire économique, chaque crise économique a toujours engendré des vautours. Qui sont-ils aujourd’hui ?

Charles Morris. Il est encore trop tôt pour le comprendre. De toute façon, les investisseurs qui ont parié sur l’inversion de cette tendance non réelle du marché financier avant de la mort annoncée de l’économie financière américaine. Ces investisseurs, ils ont déjà gagné de manière considérable ! Encore les Vulture Funds, les fonds d’investissement spécialisés qui rachètent de sociétés faillites.

Antonio Torrenzano. Est-ce que l’Europe est dans la même situation ?

Charles Morris. Les banques européennes sont exposées autant que les instituts américains pour deux motifs essentiels. Le premier motif, c’est l’avoir acheté des titres dérivés de banques américaines; le deuxième, c’est que les banques européennes ont, à leur fois, créé de propres fonds dérivés. Une étude développée sur la base de données fournie par la Banque des Règlements internationaux de Bâle et de l’Agence américaine de surveillance monétaire (Comptroller of the Currency), elle indique que la valeur des produits financiers (futures, swaps, options) et premièrement des produits financiers Over the Counter (OTC) –c’est-à-dire ceux gérés hors bilan- elle était passée par 220.000 milliards de dollars du juin 2004 à environ 516.000 milliards de dollars au juin 2007. Une bulle spéculative dix fois majeure du PIB mondial.

Antonio Torrenzano

 

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Le problème dans son drame est simple. C’est comme avoir accumulé deux ou trois kilogrammes de trop pour quinze ans et être resté sédentaire. Et quand quelqu’un ira chez le diététicien, le médecin nutritionniste il lui dira de perdre 35 kilogrammes, mais les kilos de trop ne pourront pas être écoulés en quelques semaines ou quelques mois… Au contraire, il faudra attendre dix ans environ. Nous ne sommes pas encore joints à un collapsus définitif de l’économie de marché comparable à celui de l’économie planifiée dont il marqua la fin du système soviétique. Mais, la toupie de l’histoire, dans son infinie imagination, il nous présente aujourd’hui une addition salée à payer au système économique occidental vingt ans après le 1989. Étrange coïncidence!

La faute structurale a été due par des politiques économiques libérales qui ont cru dans un marché sans règles, capable d’autorégulation. Ce mensonge a fait joindre le système non préparé à la crise que lui-même avait produit. L’autre addition que la mondialisation nous présente aujourd’hui, c’est pour ne pas l’avoir gouvernée à suffisance et non pour l’avoir permise. La débâcle financière dérive encore par l’impressionnante accélération de la circulation monétaire commencée dans les années 1990 aux États-Unis par une politique économique denommé Greenspan put. Depuis 1990, en effet, le marché a été épicé par une liquidité monétaire exagérée.

Cette crise a longtemps été sous-estimée, aussi niée, méconnue, cantonnée avec embarras. Tout le monde a entendu parler de la crise des subprimes pour la première fois dans le mois de juillet 2007, mais déjà au mois septembre du même ans, le marché interbancaire était déjà dans une préoccupante anxiété cardiaque. Pourquoi,alors, les premières interventions de correction ont-elles été effectuées quinze mois après, c’est-à-dire au mois d’octobre 2008 ? Dans d’autres périodes économiques, l’intervention des banques centrales et la simple diminution d’un demi-point du coût de l’argent, il aurait été efficace, mais aujourd’hui non plus.

La débâcle de l’économie occidentale comportera un ralentissement de plus dans l’économie des marchés émergents. Cela, il vaut pour le Brésil, pour l’Inde, pour la Chine. Parce que la plus grande partie des économies émergentes, elles sont stimulées d’un massif import de capitaux et,maintenant, que ce flux de capitaux s’est réduit, à la suite de la crise financière, les effets toucheront directement leurs économies. Ceci, il vaut aussi pour les Pays de l’Europe centrale qu’ils sont très dépendants de cette liquidité.

Chercher une seule raison d’optimisme est entreprise pas responsable. Nous avons toutefois une unique certitude: les mensonges du capitalisme financier sont arrivés à la fin parce que «veritas laborat saepe, exstinguitur numquam».

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Michel Maffesoli, professeur de sociologie à l’université de Paris-Sorbonne, directeur du CEAQ, fondateur de la revue de sciences humaines et internationales Sociétés. Le dialogue avec l’auteur a eu lieu à Modène pendant le festival international de la philosophie, dans le mois de septembre 2008. La première partie du dialogue a été publié le 07 octobre 2008.

Antonio Torrenzano. La diffusion et le pouvoir social du Web 2.0 confirment votre perspective interprétative que vous avait proposée en 1988 dans votre essai « Les temps des tribus, les déclins de l’individualisme dans les sociétés de masses ».

Michel Maffesoli. Les réseaux sont déjà devenus, en effets, la scène dans laquelle ils s’exhibent et parfois ils prennent forme de différents tribalismes qui marquent notre tissu social. Le réseau net soutient et il accélère la grande mutation qui accompagne le passage à la postmodernité : de la verticalité à l’horizontalité. Le réseau net et le Web 2.0 témoignent ouvertement comme les sociétés contemporaines ne fassent plus pivot sur l’individu rationnel, patron de soi et du monde, mais sur petites agrégations sociales dans lesquels le “moi-même” se perd dans l’autre et il se délivre dans les différentes tribus dont il fait partie. Sa question trouve encore une réponse plus précise dans les travaux du Groupe d’étude sur la technologie et le quotidien du CEAQ, qui ont bien montré combien le développement technologique donne vie à une synergie fructueuse avec le retour de l’archaïque,l’explosion de l’imaginaire et la prolifération de formes d’agrégation tribalistes.

Antonio Torrenzano. Pour ce qu’il concerne les effets socio-anthropologiques de la société en réseau et de la diffusion des nouveaux médias en ligne, il y a une division nette entre deux écoles de recherche sociale: d’une partie Castells, Lévy, De Kerckhove soutiennent que cette évolution préfigure une nouvelle société plus informée et démocratique;de l’autre partie Bréton, Baudrillard, Touraine affirment que les nouveaux médias produiront la fin du social et la mort de la réalité. Est-ce que j’aimerais connaitre votre position?

Michel Maffesoli. Ma perspective théorique est plus voisine à la première école qu’à la seconde. Il me semble que l’interactivité et l’horizontalité des réseaux favorisent de formes de socialité apte à renverser la structure pyramidale de la modernité, sa tendance à obscurcir les diversités et à inscrire les sujets sociaux dans de nouveaux projets de longue période pas au nom d’une idéologie et de la raison abstraite. La technologie a donné vie à un paradoxe intéressant: au commencement elle a été le moyen par lequel désenchanter le monde, dans la postmodernité elle est devenue un des facteurs clé pour le reincanto du monde. Je crois, en même temps, que les chercheurs, que vous avez cités dans votre question, ils sont excessivement optimistes sur le cyberspace. Ceux-ci mettent l’accent sur des aspects relatifs à l’augmentation de l’intelligence dans notre société contemporaine; selon moi, le phénomène se lie plus tôt et, en mesure prépondérante, à la dimension émotionnelle de l’existence, à la pensée du ventre plutôt qu’à celle du cerveau. Cette évolution n’a pas encore été comprise par l’intelligentsia française (universitaire, politique, intellectuel, journalistique) qui reste encore liée aux archétypes interprétatifs du XIX et du XX siècle. Modèles absolument inadéquats devant un certain ordre social qui est en train de se détruire. Ces élites sont en crise sans plus une absolue vérité.

Antonio Torrenzano. Croyez-vous que la démocratie soit en crise?

Michel Maffesoli. À mon avis, même s’il peut sembler une affirmation forte, la démocratie est devenue un système vide. Je crois que, stricto sensu,elle soit devenue une antiphrase: il ne dénote plus le pouvoir du peuple, mais le pouvoir de quelqu’un. Autre confirmation du décrochage entre l’intelligentsia et la société qui vit tous les jours dans le quotidien. Il faut revenir à la vraie démocratie, dans le sens étymologique de la parole, de se faire charge de la vie de la ville à partir de ses éléments plus simples qui donnent du sens aux tribus: consommations, logement, sport, culture. De tout ce qu’il offre la possibilité de faire sentir ensemble et être ensemble un groupe déterminé d’individus. Une démocratie qui retourne à se rapporter avec les nouvelles formes expressives et agrégatives de l’espace public. Une démocratie qui peut être revitalisée seulement par les dynamiques émergentes des gens ordinaires et du quotidien, mais en faisant abstraction des catégories actuelles que la politique utilise.

Antonio Torrenzano

 

Post scriptum.

*Un remerciement particulier à l’artiste Patrick Chappatte pour l’illustration.

*Toutes les publications de Michel Maffesoli, comme toutes celles du CEAQ-Sorbonne, sont disponibles sur le site web du Centre d’études: Http://www.ceaq-sorbonne.fr .

 

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Conversation avec Joël de Rosnay, docteur ès sciences, président exécutif de Biotics International et conseiller du président de la Cité des sciences et de l’industrie. Ancien chercheur et enseignant au Massachusetts Institute of Technology dans le domaine de la biologie et de l’informatique, il a été successivement attaché scientifique auprès de l’ambassade de France aux États-Unis, directeur scientifique à la Société européenne pour le développement des entreprises et directeur des applications de la recherche à l’Institut Pasteur. Auteur de nombreux essais dont « Branchez-vous » avec Stella de Rosnay, édition Olivier Orban, (1984), grand prix de la littérature micro-informatique grand public en 1985;«L’avenir en directe », édition Fayard,(1989);«La révolte du pronétariat», Fayard édition, (2005); « 2020.Les scénarios du futur», Fayard, 2008. La conversation a eu lieu à Paris au mois de mai 2008.

Antonio Torrenzano. Comment comprendre la complexité du cyberespace ?

Joël de Rosnay. J’utilise ici un raccourci un peu simpliste pour démontrer que l’évolution technologique est capable d’une plus grande accélération que l’évolution biologique. Une invention est un peu l’analogue d’une mutation. L’homme invente la roue, le crayon,l’aile, le moteur et… ces inventions ont toujours créé une accélération. La différence est que la biosphère a évolué au cours de milliards d’années, la technosphère en quelques dizaines de siècles. Quand l’homme invente le cyberespace et le monde numérique où il peut construire un objet virtuel sur son ordinateur, il s’est doté ( peut-être sans vraiment le savoir) d’une extraordinaire possibilité d’accélération. En effet, l’évolution de la cybersphère se réalise en quelques décennies. On peut analyser cette évolution ou l’on peut l’assimiler à l’approche darwinienne d’un mécanisme de création de variété, c’est-à-dire à un générateur aléatoire de variétés. Dans le cyberespace, de nombreux programmes seront (un peu comme l’ADN d’une certaine manière) téléchargés, utilisés, copiés, améliorés par des utilisateurs. En reproduisant ces programmes, les internautes vont parfois commettre des erreurs, parfois les améliorer. Certains vont développer de nouveaux programmes à partir des programmes originaux que les internautes, d’une manière variée, vont alors choisir de conserver ou d’éliminer selon leur intérêt pour les fonctions proposées. Les mauvais programmes seront rejetés. Ceux qui seront adaptés à un usage donné viendront renforcer l’existant. On note que les mêmes mécanismes de reproduction, d’imitation, de variation, de disparition et d’adaptation s’appliquent aux objets du cyberespace comme à l’ADN. Ce phénomène crée de la complexité, et donc des systèmes de plus en plus variés, interdépendants, sélectifs et adaptés à l’environnement dans lequel ils évoluent.

Antonio Torrenzano. Pouvez-vous nous faire une autre analogie du réseau net après la convergence technologique ?

Joël de Rosnay. Depuis quelques années, on ne présente plus internet. Internet est considéré aujourd’hui comme un véritable phénomène de société qui fait apparaître, à l’échelle mondiale, de nouveaux pouvoirs, de nouveaux enjeux, des nouveaux défis. Mais aussi de nouveaux risques et de nouvelles craintes. On peut comparer le cerveau avec l’organisation d’internet. Des travaux sérieux, menés à l’échelle mondiale, expliquent qu’internet se développe un peu comme les synapses, les neurones, les axones ou les dendrites d’un cerveau humain. Internet fait appel à des mécanismes non pas analogues, mais voisins que la communauté scientifique appelle d’isomorphes. Le net serait donc une sorte de système nerveux dont les internautes seraient les neurones. Il possède une structure de base, fractale (telle que décrite par Benoît Mandelbrot), bâtie sur le modèle des capillaires sanguins de l’être vivant. Internet n’est pourtant pas un nouveau média comme on le décrit généralement et j’expliquerai pourquoi. Plus les technologies se marient entre elles, plus le phénomène s’accélère et se complexifie. La convergence technologique est donc liée à l’accélération. Dans ce contexte, internet est désormais loin de la description qui a été faite il y a dix ans. On a coutume de réduire internet à une technologie de l’information et de la communication (une TIC) ou à un nouveau média. D’une certaine manière, c’est sans doute vrai, mais cette définition est réductrice. Internet n’est pas une TIC, mais une TR, une technologie de la relation. Internet ne peut être réduit à un nouveau média qui s’ajouterais à l’imprimerie, à la radio, à la télévision ou encore à la Poste. Toutes ces fonctionnalités (le texte, la radio, la télé ou le courrier) existent aussi sur Internet. Davantage qu’un « média des médias », Internet est un «écosystème informationnel».

Antonio Torrenzano. Comment gérer alors cette complexité pour construire le monde de demain? Et encore, comment mieux la comprendre ?

Joël de Rosnay. L’évolution scientifique et technique du monde peut être caractérisée par trois mots : complexité, accélération et convergence. En effet, le progrès scientifique et le progrès technologique s’alimentent l’un l’autre. Il en résulte un effet d’amplification créant de nouveaux défis pour le financement de la recherche, la compétitivité industrielle et économique, l’impact sur les populations, la prospective et l’évaluation des choix technologiques. Nous sommes en présence de trois évolutions qui se chevauchent, avec des durées différentes: l’évolution biologique, l’évolution technologique et l’évolution numérique. L’évolution biologique prend des millions d’années. L’évolution technologique fait appel à un Nouveau Monde, celui du cerveau. En interaction avec le monde réel, apparaît donc celui de l’imaginaire. Avec l’avènement du numérique, on entre dans un troisième monde : le virtuel. De la rencontre de ces trois mondes résulte une extraordinaire accélération. Quatre préfixes me paraissent alors symboliser notre monde contemporain, mais encore plus pour le futur, des convergences déterminantes : il s’agit des préfixes info,bio,nano et éco.

Antonio Torrenzano. Avons-nous besoin des approches complémentaires ?

Joël de Rosnay. Il existe bien sûr la méthode analytique que nous a léguée Descartes. L’approche analytique se concentre sur les éléments et considère la nature des interactions, indépendamment de la durée. Lorsqu’on modifie un système complexe, on modifie une variable à la fois et la validation des faits s’obtient par la preuve expérimentale dans le cadre d’une théorie. L’approche analytique est essentielle, mais face à la complexité nous avons besoin d’une seconde, une approche complémentaire qu’on appelle approche systémique (de système), qui permettra d’étudier la complexité sans la découper en petits morceaux. Cette approche cherche à relier les éléments d’un système complexe en se concentrant sur les interactions. Alors que l’approche analytique considère la nature des interactions et leurs causes, l’approche systémique considère les effets des interactions. Cette approche modifie, par la simulation sur ordinateur, des groupes de variables simultanément.

Antonio Torrenzano

 

Post scriptum.

Toutes les conférences de Joël de Rosnay, comme toutes celles du Collège de la Cité des sciences, sont disponibles en vidéo avec tous les documents, tableaux et schémas qui les illustraient, sur le site web de la Cité. Http://www.cite-sciences.fr . Cliquer sur «conférences» et, dans la case «recherche», taper Joël de Rosnay. Le site web de Joël de Rosnay est http://www.derosnay.com

 

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Conversation avec Chad Hurley, fondateur et CEO de YouTube.Né dans la ville de Birdsboro dans l’État de la Pennsylvanie aux États-Unis dans une famille où le père était conseiller financier et sa mère enseignante, il termine ses études universitaires à la Pennsylvanie University et il s’établit en Californie pour travailler auprès de la société PayPal. En 2005 avec Steve Chen et Jawed Karim fonde le site web YouTube qui est devenu le quatrième site internet plus visité au monde. En 2006, Chad Hurley vend sa créature au moteur de recherche Google pour 1,65 milliard de dollars en maintenant la gestion de la société comme CEO. La conversation à eu lieu à Paris pendant le mois de juin 2008.

Antonio Torrenzano. YouTube est devenu un incroyable phénomène populaire, comme est elle née l’idée de créer le site ?

Chad Hurley. YouTube était une idée simple, née par l’exigence de résoudre nos problemes:les vidéos personnelles que nous avions sur nos micro-ordinateurs et que nous voulions partager avec nos amis puisqu’il était impossible les envoyer par e-mail. L’idée est née dans cette manière. Seulement quand nous avons atteint le chiffre d’un million de pages visitées par jour, nous nous sommes rendu compte de ses potentialités. La chose la plus extraordinaire est que nous avons réussi pendant la première année à faire front à l’entretien et à la gestion du site avec une équipe d’amis très réduits. Aujourd’hui, les vidéos vus par les navigateurs sont beaucoup plus d’une centaine de millions chaque jour et, les usagers, ils chargent 10 heures de nouvelles vidéos pendant chaque minute. L’accueil favorable de YouTube est un des éléments uniques qui la différencie des autres sites web.su. YouTube permet une interaction directe entre artistes et public. Beaucoup de professionnels du secteur ont désormais compris que YouTube est un espace numérique dans lequel ils peuvent expérimenter de nouvelles idées. L’unicité dérive du fait que le site ne te permet pas de charger longues vidéos ou film, donc il contraint l’usager à utiliser un temps bref pour transférer son message. YouTube ? Un nouveau moyen de communication mondiale

Fabio Gualtieri. Est-ce que la publicité sera toujours la principale source économique pour YouTube? Encore,YouTube est-il devenu un instrument multimédia utilisé de la politique?

Chad Hurley. Je crois vraiment que oui! Avec mes collaborateurs, nous éviterons toujours de faire payer une taxe d’accès au site ou de faire payer les utilisateurs pour pouvoir décharger une video.Parce que nous sommes convaincus que ce serait un grand obstacle à l’utilisation du site web. Avoir une audience planétaire signifie laisser participer tous librement. Le débat politique sur YouTube? Sur le site existe un débat vif et, en même temps, nouveau. YouTube n’est pas seulement un récipient des vidéos amusantes.

Claudio Poletti. Le site a été récemment bloqué dans plusieurs nations pour des problèmes liés à la piraterie et à la violation des droits d’auteur. Quelles solutions prendra-t-elle la société qui gère YouTube ?

Chad Hurley. Les problèmes que vous citez dans votre question, nous sommes en train de les affronter avec les différents États. Avec les gouvernements des différentes nations, ils sont en-cours de négociations et un dialogue continu pour que YouTube puisse être un instrument multimédia de tous en respectant les différentes cultures et les différentes lois nationales. Il y a des États dans lesquels YouTube n’est pas visible,dans d’autres nations certaines vidéos ont été censurées. Nous avons la nécessaire flexibilité pour une vérification de ce type et pour faire face à ces demandes. Mais, si une nation trouve une vidéo blessante, il ne se comprend pas, pourquoi devrions-nous empêcher sa vision au reste du monde. Pour ce qui concerne la piraterie, nous avons dû trouver une solution définitive et mondiale en souscrivant des textes juridiques avec les maisons discographiques, les télévisions et les sociétés d’édition qui protestaient pour la violation des droits d’auteur. Pour défendre les droits d’auteur nous avons aussi fait de manière pour que les titulaires des oeuvres intellectuelles puissent éliminer les vidéos pirates.

Antonio Torrenzano

Fabio Gualtieri, Claudio Poletti.

 

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Conversation avec Michel Maffesoli, professeur de sociologie à l’université Paris-Sorbonne, directeur du CEAQ, fondateur de la revue de sciences humaines et internationales Sociétés. Michel Maffesoli est considéré le sociologue de l’analyse du quotidien en occupant la chaire qui avait été d’Émile Durkheim. Auteur de nombreux essais publié dans plusieurs Pays, de l’Europe au Japon, du Brésil aux États-Unis, Michel Maffesoli a récemment publié «Iconologies. Nos idol@tries postmodernes». Dans ses essais, Michel Maffesoli n’a jamais arrêté d’assigner de la dignité intellectuelle aux phénomènes sociaux dont les disciplines scientifiques montrent scepticisme, indifférence ou méfiance. Il a toujours analysé les aspects locaux et simples des phénomènes qui accompagnent la vie de tous les jours autant que les phénomènes symboliques et affectifs qui révèlent l’émersion du tribalisme postmoderne soutenu et accéléré par les nouveaux médias. Le long dialogue avec l’Auteur, ici proposé, a eu lieu à Modène pendant le festival international de la philosophie, dans le mois de septembre 2008.

Antonio Torrenzano. L’ère de Prometeo est-elle terminée?

Michel Maffesoli. L’ère de Promete est finie, nous sommes au temps de Dionise. Le passage des grandes valeurs modernes comme l’idée de progrès, du travail, de la raison ils ont été remplacés par des valeurs différentes : le temps présent, la création, l’imagination et par d’autres totems mondiaux.Totems communs à toutes les réalités nationales. Quels ? Le moteur de recherche Google, les raves parties, Second Life, YouTube: l’ensemble de ces totems, ils racontent apparemment changements simples, en réalité très profonds de notre société contemporaine. Une société non plus trempée par la raison, mais par un imaginaire nourri d’idoles. Idoles qu’ils ne font plus l’histoire : plus tôt ils nous racontent nombreuses petites histoires que, mises une à côté de l’autre, forment une instantanée de notre temps contemporain. Nous sommes… hic et nunc comme le titre de votre carnet numérique. Tribus musicales, chat rom, reality show, codes esthétiques, tatouages, ils décrivent tous ensemble un changement profond. Changement pas toujours facile à comprendre : parce que dans la société contemporaine l’émotion prévaut sur la raison et l’homme n’est plus projeté à l’avenir. Il vit dans un présent euphorique et tragique en même temps. Pendant la modernité, le progrès et la rationalité avaient tenté de canaliser la violence, mais aujourd’hui ils émergent de nouveaux sentiments particuliers, tribals, irrationnels que nous pourrions définir barbares. Cependant, je ne crois pas que celui-ci soit inutile : la société occidentale, à force de cultiver le culte du risque zéro, elle s’est endormie. Nous ne risquons plus que mourir de faim, mais d’ennui. Les barbares, cependant, portent du nouveau sang. Ce sont nos fils, les nouvelles générations, qu’ils nous secouent. Ils font cahoter nos certitudes et habitudes, ils bouleversent notre calme.

Antonio Torrenzano. Époque de changements et d’émotions au désavantage de la raison? Quelles sont les icônes de ce temps présent ?

Michel Maffesoli. Nous sommes dans une époque de changements. Les jeunes, ils ne vivent plus projetés vers le futur. Ils vivent seulement l’instant. Je l’appelle présentisme : c’est-à-dire vivre avec de l’intensité le seul présent, qu’il s’agisse de relations affectives ou d’échanges. Vivre l’instant est le mot clé. Les jeunes n’enlacent plus l’idée de progrès, d’un horizon à conquérir, ils se concentrent plus tôt sur valeurs comme solidarité ou l’engagement, ici et maintenant. Je pense aux causes de l’environnement, aux organisations sans but lucratif, mais aussi à toutes les créations artistiques qui se voient sur YouTube. J’observe ces tendances. L’occident a passé deux mille ans à abattre des idoles pour arriver à un idéal et, aujourd’hui, il arrive le contraire. Nous revenons vers une nouvelle forme d’idolâtrie. L’historien Peter Brown parle de « petites divinités parlantes » : nous assistons à quelque chose de semblable. Divinités qui parlent à un public spécifique selon l’inclinaison du spectateur : idoles sportives, musicales, cinématographiques, religieuses, politiques. Étoiles de la télévision et de YouTube.

Antonio Torrenzano. Dans votre essai «Notes sur la postmodernité» vous posez l’attention au rôle de la communication. Vous soutenez que dans les sociétés postmodernes la communication devient communion. Quelles sont les conséquences culturelles produites par cette évolution?

Michel Maffesoli. La communication, mais en grande mesure les procès communicatifs soutenus par les nouveaux médias ont activé un nouveau procès dynamique de socialisation entre les individus, la Terre et les objets qui les entourent. Si la modernité a assigné de la centralité à la dimension économique, rationnelle et politique de l’existence, aujourd’hui on revient à la culture dans un sens le plus ample du mot. Le siècle qui s’annonce mettra son accent sur les aspects liés à la culture immatérielle et à l’imaginaire. La communication assume déjà dans le XXI siècle la fonction que dans le passé ils ont déroulé l’économie et la sociologie. La communication et, pour mieux dire les nouveaux médias deviennent le facteur de reconnaissance et d’identification, ainsi que l’élément sacré autour duquel les communautés se fondent et ils vibrent ensemble. Brièvement, l’élément structural de l’être ensemble postmoderne.

Antonio Torrenzano