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Appel de Kofi Atta Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies de 1997 à 2006, lauréat du Prix Nobel de la paix le 10 décembre 2001. Kofi Annan a été nommé le 14 juin 2007 à la tête de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), un organisme créé en 2006, financé par la fondation Bill et Melinda Gates et la Fondation Rockefeller avec le but d’aider les paysans africains à améliorer leur rendement. Dans la même année, le 4 octobre 2007, Kofi Annan est devenu le nouveau Président de la Fondation de soutien mondial contre la torture, la plus importante coalition internationale d’ONG actives dans la protection des droits de l’homme dans le monde. Il préside également, depuis sa création en 2007, l’African Progress Panel, rassemblement de personnalités internationales engagées dans la défense du continent africain. Auteurs de nombreux essais, traduits dans plusieurs langues diplomatiques, dont «Nous les peuples : le rôle des Nations unies au XXIe siècle», «Appel à l’action», «Rénover les Nations Unies». Avec le journaliste James Traub du New York Times, il a écrit « The Best Intentions: Kofi Annan and the UN in the Era of American World Power», Farrar, Straus and Giroux, 2006. http://www.timeforclimatejustice.org

 

 

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Appel de Desmond Mpilo Tutu, archevêque sud-africain, prix Nobel de la paix en 1984. Il a été le président de la Commission de la vérité et de la réconciliation, chargée de faire la lumière sur les crimes et les exactions politiques commis durant la période de politique d’apartheid au nom des gouvernements sud-africains, mais également les crimes commis au nom des mouvements de libération nationale.

Desmond Tutu devient président de la Commission de la vérité et de la réconciliation, créée par le président Nelson Mandela, en 1995. Après trois ans d’enquêtes et des milliers d’auditions, il rend publiques les conclusions de la commission en 1998. Ce dossier est aujourd’hui considéré comme une des pierres angulaires de la réconciliation sud-africaine. Il a été nommé en 2005, par l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, membre du Haut Conseil pour l’alliance des civilisations.

 

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À Leurs Excellences.

Les Chefs d’État ou de Gouvernement.

À l’aube de ce siècle nouveau, le Sommet des Nations Unies sur le climat sera l’occasion historique de rassembler les plus hautes instances politiques à la sauvegarde de la planète. La Terre souffre. Notre Terre mère ne souffre que trop et déjà les signes sont annoncés. Notre mère Terre gronde et demain elle rugira de colère. Ce réchauffement a sans doute des raisons géophysiques et humaines, naturelles et culturelles. Mais la brume de notre pensée empêche de discerner le sens des politiques écologiques suivies. Le réchauffement accéléré en est responsable et nous sommes à cet égard, comme citoyens de la planète, dans les plus grandes expectatives.

Excellences, vous avez l’occasion historique à Copenhague de construire un autre modèle et de rendre hommage à la planète où nous vivons tous. Dans le Nord, comme dans le Sud, comme en Occident, comme en Orient, il faut que la conscience de tous devienne une conscience écologique. L’homme n’est pas venu sur Terre pour domestiquer la Nature, mais pour s’y intégrer en la respectant. Il y a une force spirituelle que la Nature nous envoie par le bleu du Ciel, dans la corolle des fleurs éphémères, la fragilité et la beauté des fleurs, dans la force d’un arbre d’olivier qui regarde avec sa force constructive et tenace à l’éternité.

Pour le peuple Inuit, le souffle du vent peut, dans ses ondes sonores, être interprété comme un message de l’au-delà, du pays des morts. Nous trouvons aussi comme notre éclaireur les paroles prononcées en 1854 du chef Amérindien Seattle devant l’assemblée des tribus d’Amérique du nord en réponse au président de l’époque G.Cleveland:

«Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos moeurs. Une parcelle de Terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la Terre ce dont il a besoin. La Terre n’est pas sa soeur, mais son ennemi, et lorsqu’il la conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la Terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère la Terre , et son frère le Ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la Terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.

Je ne sais pas. Nos moeurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l’homme rouge est un sauvage et ne comprend pas. Il n’y a pas d’endroit possible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et je ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas.

L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon. L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle, la bête, l’arbre, l’homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre Terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre Terre, vous devez la garder à part et la respecter, comme un endroit ou l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Comment pouvez-vous acheter ou vendre le Ciel, la chaleur de la Terre ? L’idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ? Chaque parcelle de cette Terre est sacrée pour mon Peuple.Chaque aiguille de pin luisant, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte sont sacrés dans le souvenir et l’expérience de mon peuple. La sève qui coule des arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge. Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette Terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la Terre, et elle fait partie de nous.

Les fleurs parfumées sont nos soeurs, le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney et l’homme tous appartiennent à la même famille. Aussi lorsque le grand chef de Washington envoie dire qu’il veut acheter notre Terre. Le grand chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre Terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette Terre est sacrée. Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau, mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la Terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’évènements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos soeurs, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoés et nourrissent nos enfants.

Si nous vous vendons notre Terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières soient nos soeurs et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour une soeur. Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre Terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette Terre comme ses frères. Je suis une personne et je ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait.

Je suis une personne et je ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut-être plus important que le bison que nous tuons que pour subsister. Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude d’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes arrive bientôt à l’homme. Toutes les choses se tiennent. Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la Terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race.

Enseignez à vos enfants tout ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la Terre arrive aux fils de la Terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes. Nous savons au moins ceci : la Terre n’appartient pas à l’homme, l’homme appartient à la Terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang unit une famille. Toutes choses se tiennent. Tout ce qui arrive à la Terre arrive aux fils de la Terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la terre, il le fait à lui-même […] ».

Excellences, depuis des millénaires, les peuples de l’Afrique, les peuples Amérindiens, de l’Amazonie, les peuples autochtones d’Australie, eux, le savent. Et, ce n’est pas par hasard qu’ils résistent dans toutes les contrées du Monde. Il y a près d’eux comme un sens de l’Histoire jamais oubliée. Nous vous prions de retrouver ce sens, de rejoindre à Copenhague un accord international ambitieux et rendre hommage ainsi au Panthéon de l’Humanité.

Fabio Gualtieri

Claudio Poletti

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Susan Solomon, chimiste, elle est aujourd’hui chef du Chemistry & Climate Processes Group de la division des sciences chimiques du National Oceanic & Atmospheric Administration. Elle a aussi servi en tant que coprésidente du premier groupe de travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Susan Solomon a été une des premières personnes à avoir avancé la responsabilité des chlorofluorocarbures dans la formation du trou de la couche d’ozone. En 1986 et 1987, elle dirige une expédition étudiant le trou dans la couche d’ozone dans le détroit de McMurdo en Antarctique. Son équipe trouve des niveaux d’oxyde de chlore dans l’atmosphère plus élevés que prévu, créés par les chlorofluorocarbures (CFC). Susan Solomon démontre également que les volcans peuvent accélérer les réactions chimiques que produisent les chlorofluorocarbures dans l’atmosphère, et ainsi augmenter les dégâts causés à la couche d’ozone. Son travail est à la base du protocole de Montréal de l’Organisation des Nations Unies, un accord international visant à protéger la couche d’ozone en limitant et régulant les substances l’endommageant. En 2007, elle a reçu le Prix Nobel de la paix pour son travail au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. L’entretien a eu lieu à Bologne, au mois de septembre 2008, près de l’université de Bologne, pendant la IVe réunion du symposium international SPARC (Stratospheric Processes and Their Role en Climate).

Antonio Torrenzano. Le changement climatique avec le pillage de la nature et la pollution, ils sont sans doute les plus dangereuses menaces contemporaines.Votre collègue, Rajendra Pachauri, dans un autre entretien publié sur ce carnet numérique, il m’a répondu que le réchauffement climatique est une menace, mais aussi un problème éthique : « l’intérêt de l’individu doit-il être conjugué avec l’intérêt commun et tous les individus doivent comprendre que sauvegarder l’état de santé de notre planète est un devoir ».

Susan Solomon. Le problème du changement climatique va se poser sur le long terme à côté d’autres questions d’une importance capitale par exemple les changements dans les précipitations, les changements dans les sécheresses, dans les fortes pluies, dans l’intensité des ouragans, des changements dans le niveau de la mer ou dans l’évolution des glaciers. La question sur le réchauffement climatique ce n’est pas que le début.

Antonio Torrenzano. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a produit dans les derniers mois plusieurs rapports sur les recherches effectuées sur les effets du réchauffement global et l’évolution du climat. Pouvez nous expliquer le système d’évaluation du GIEC ?

Susan Solomon. En général, un résultat scientifique est produit par une personne ou une équipe et, avant son édition dans les revues «Science», le résultat obtenu est examiné par deux ou trois spécialistes du secteur de recherche. Ces spécialistes produiront de commentaires et après le résultat sera diffusé. Le processus de vérification du GIEC, en revanche, demande de passer par trois niveaux de vérification, par plus de 600 examinateurs et 30 000 commentaires auxquels l’auteur devra répondre dans une manière très détaillée. Ensuite, un scientifique du GIEC, il se trouvera dans une salle en face à 120 dirigeants et il devra les convaincre de chaque mot et de chaque ligne du résultat qui résume notre position. Ce parcours de vérification soumet le travail scientifique à une surveillance minutieuse et intense. Voila la manière de procéder du GIEC, car son rôle consiste seulement à évaluer de recherches.

Antonio Torrenzano. En 1986 et 1987, vous avez dirigé l’expédition en Antarctique étudiant le trou dans la couche d’ozone dans le détroit de McMurdo. Et avec votre équipe, vous avez trouvé des niveaux d’oxyde de chlore dans l’atmosphère plus élevés que prévu, créés par les chlorofluorocarbures (CFC). Votre découverte scientifique montrait que ces molécules avaient des effets potentiels sur la réduction de la couche d’ozone et elles touchaient la santé de chaque individu avec nombreux risques pour une augmentation en pourcentage de cancer de la peau ou de cataracte. Encore, ces molécules étaient des produits industriels très nocifs pour la santé de tous. Dans ce cas, le protocole de Montréal fut ratifié par un vote unanime presque par toute la communauté internationale. Pour le CO2, au contraire, que tout le monde produit et qui est nocif quand sa concentration est excessive, le protocole de Kyoto n’a pas eu le même destin.

Susan Solomon. Il a été plus facile pour la population de comprendre que les CFC étaient nocifs. La réaction au sujet du climat est différente, sans doute. Mais il ne faut pas mésestimer l’action des individus parce que ce n’est pas la population qui décide de signer ou de ne pas signer de protocoles. Ce sont les gouvernements poussés par d’autres forces et intérêts économiques. Le monde entier est en transition après la crise économique. Dans tout cas, je ne pense pas que cela va arrêter les initiatives de longue durée contre le réchauffement climatique.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Vandana Shiva, physicienne, épistémologue, écologiste, écrivain, docteur en philosophie des sciences. Vandana Shiva dirige la Fondation de recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles (Research Foundation for Science, Technology and Natural Resource Policy) et elle est à présent un point de repère dans la défense de l’agriculture paysanne et biologique face à la politique d’expansion sans limites des multinationales agroalimentaires. Dans les années 1980, elle a été une activiste du Mouvement sauvons le Narmada qui s’ est opposé à la construction d’énormes barrages sur la rivière Narmadâ, barrages bouleversant les écosystèmes et obligeant aux déplacements de millions de paysans. Vandana Shiva est aussi engagée dans l’association «Navdanya», association pour la conservation de la biodiversité et la protection des droits des fermiers. La ferme de Navdanya est une banque de semences, qui a permis à plus de 10 000 fermiers d’Inde, du Pakistan, du Tibet, du Népal et du Bangladesh de redécouvrir l’agriculture organique comme on le dit en Inde : principe entre l’agriculture paysanne et l’agriculture biologique. Autrice de nombreux essais, édités dans plusieurs langues diplomatiques, dont «La guerre de l’eau. Privatisation, pollution et profit» 2008; «Le terrorisme alimentaire. Comment les multinationales affament-t-elles le Tiers-monde» avec Marcel Blanc, 2001; «La biopiraterie ou le pillage de la nature et de la connaissance», 2003. Le dialogue a eu lieu dans plusieurs villes italiennes : à Pise pendant la réunion internationale de San Rossore au mois de juillet 2009, à Turin pendant le festival international sur la spiritualité.

Antonio Torrenzano. Un autre modèle dans cette brume de l’avenir est-il possible à Copenhague ?

Vandana Shiva. Les nombreuses crises de l’environnement qui tourmentent notre planète dérivent d’un désaveu du rôle des ressources naturelles. Pour résoudre ces crises, il est nécessaire que les communautés locales récupèrent la surveillance des ressources naturelles afin de construire une vraie économie soutenable. À Copenhague, il faudrait joindre à un accord international pour réduire les émissions de 90% d’ici au 2030. Les engagements pris jusqu’à maintenant par la communauté internationale ils ne me semblent pas suffisants. Il faudra encore construire une nouvelle attitude pour affronter cette urgence qui dérive de nombreux facteurs.Nous avons besoin d’une nouvelle vision holistique des savoirs, la connaissance fragmentée et mécaniste par laquelle le monde a géré ces dernières vingt années elle n’est plus suffisante. Les problèmes inhérents au milieu de l’environnement, à la pauvreté ils doivent devenir prioritaire respect à la croissance économique libériste. Le réseau paysan Navdanya, que je coordonne, il se propose comme une solution de remplacement aux petits paysans indiens menacés par les multinationales du secteur agroalimentaire. Navdanya signifie dans ma langue «neuf graines», un nom qui évoque la richesse de la diversité et le devoir de la défendre devant l’invasion des biotechnologies et des monocultures de l’agriculture industrielle. Les biotechnologies réduisent la diversité des formes de vie au rôle de matières premières pour l’industrie et les profits. Les graines génétiquement modifiées piègent les petits agriculteurs dans une cage de dettes et de mensonges. Les graines, ils sont rendus inféconds de manière telle qui ne peut plus se reproduire et ils doivent être achetés tous les ans à un prix très cher par les paysans.

Antonio Torrenzano. La Terre souffre, notre mère gronde. Elle rougira, demain, de colère. Pour les populations autochtones, le réchauffement climatique sera un renversement radical de situation, un choc. Quant à nous, les conséquences sont imprévisibles. L’occident, malgré le désastre de la crise économique et financière, il continue à chercher de possibles solutions dans une croissance économique effrénée et dans le profit. Quand on parle d’écologie, de protection de l’environnement, mais dit un jour Jean Malaurie, ce sont des considérations qui, avec le temps, deviennent des idées paresseuses. On en parle, elles agitent les esprits et puis l’été passe, Noël arrive et on les oublie.

Vandana Shiva. Le modèle économique libériste de la mondialisation a été jusqu’à présent un modèle où le pouvoir absolu des multinationales a dominé la vie de millions d’individus, surtout des pauvres. Un modèle qui n’a pas tout à fait aimé la planète. Ce modèle est totalement différent de mon idée de démocratie. Cette culture de l’exploitation effrénée des ressources naturelles n’a jamais aimé la planète et la même a produit de conflits innombrables. Dans le social, ce modèle a produit une culture de l’exclusion, une culture du refus de l’autre en préférant de rapports sociaux fondés simplement sur les échanges économiques et sur le profit. Ce modèle de développement a nié les plus élémentaires droits humains et il a mis de côté une grande partie de l’humanité. Mon idée de démocratie ? Un système qu’il a du respect pour la biodiversité, la justice sociale et pour une croissance économique soutenable. Le système libériste a saturé déjà toutes les ressources naturelles disponibles et cette saturation est à l’origine de tensions de plus en plus fortes.

Antonio Torrenzano. Est-ce que vous pouvez nous faire des exemples ?

Vandana Shiva. La croissance économique de la Nation indienne, mon Pays, dont on discute sur tous les journaux du monde cache un très haut pourcentage d’expropriations de terre soustraite aux petits paysans et aux plus démunis. Cette terre est achetée à des prix dérisoires des grandes multinationales qui produisent successivement à des prix déchirés. La situation est en train de causer de massives migrations vers les villes où nombreux individus, sans plus de la terre à cultiver ni du travail, ils n’augmentent que le nombre de désespérés qu’ils envahissent déjà les banlieues de mon pays. Dans une brève période, d’ici à cinq ans, cette situation produira de possibles conflits et inattendues situations d’instabilité. Parallèlement, le développement de l’agriculture industrielle, basée sur une massive utilisation de pesticides chimiques ou sur l’imposition des semences modifiées génétiquement, il a été cause de la faillite des petits agriculteurs incapables de soutenir ces coûts et la concurrence des multinationales. En 2004, dans mon pays nous avons eu plus de 16.000 paysans qui se sont suicidés. Les suicides dérivent de l’endettement provoqué par l’augmentation des coûts de production et de l’effondrement des prix des produits agricoles. Les suicides sont les effroyables résultats d’une politique agricole qui protège les intérêts du capitalisme mondial et qui ignore ceux des petits agriculteurs.

Antonio Torrenzano

 

 

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Selon les données statistiques des Nations Unies en 1961, les ressources naturelles de la Terre elles étaient encore suffisantes pour satisfaire nos nécessités. La première année dans laquelle l’humanité a utilisé plus de ressources que de celles offertes par les biocapacités de la planète il a été le 1986, mais cette fois le danger était encore raisonnable. En 1995, il commençait déjà la phase d’une majeure consommation de ressources naturelles qui allait déjà au-delà de la capacité des écosystèmes de se régénérer. Nos prélèvements commençaient à dévorer la richesse naturelle des ressources à disposition.

Depuis le 2005, au contraire, l’humanité use presque le 40% en plus de celui-là que notre planète peut nous offrir sans s’appauvrir. Et selon encore les projections de l’ONU, l’an dans lequel les écosystèmes ne réussiront plus à satisfaire les besoins de l’humanité c’est le 2050, si la communauté internationale ne prendra pas de mesure. À la moitié du XXI siècle, nous aurons donc besoin d’une deuxième planète à disposition pour survivre.

Et, vu qu’il est difficile de supposer à cette époque là un déplacement planétaire, il faudra endiguer et modifier radicalement nos styles de vie en agissant sur un double front: technologies et réduction des consommations. Je voudrais analyser en particulier les styles de vie des pays occidentaux par des exemples : si le modèle de consommation des États-Unis venait étendu à toute la planète, l’humanité entière aurait besoin de 5,4 planètes. Avec le style de vie du Royaume-Uni, on descend à 3,1 Terres, par celui de l’Allemagne à 2,5. Les pays occidentaux ont une dette écologique qu’aujourd’hui elle ne peut plus être soutenue. Nous vivons dans une société mondiale des incertitudes, d’événements bouleversants et d’oxymores. Pourquoi d’oxymores ? Parce qu’une croissance économique infinie dans un monde fini, il est seulement un mensonge. L’humanité est en train de couler. Elle a de l’eau par-dessus la ligne de flottaison. « Le genre homo sapiens, affirme Yves Paccalet, refuse de regarder en face les calamités qu’il se prépare ou que, déjà, il s’inflige. Il ne supporte même pas qu’on les évoque. Il ne veut rien voir ni rien savoir du désastre qui se prépare.»

Isabelle Stengers, pendant d’un séminaire international en 2007 à Rimini, elle soulignait qu’il était très urgent surmonter le système de production et consommation contemporaine et créer de nouvelles connexions. D’explorer de nouveaux interstices… bref de rouvrir l’espace de la politique en regardant vraiment à l’avenir. Le protocole de Kyoto, élaboré en 1997, a été asphyxié de l’égoïsme forcené des riches et ses résultats ont été dramatiquement modestes.On voudrait qu’en 2010 on n’injecte pas dans l’atmosphère plus de gaz à effet de serre qu’on n’en envoyait en 1990. Une ambition minimale, au regard de la santé de la planète. L’administration américaine de Barack Obama a déclaré dans ces derniers jours, avant de se rendre dans la capitale danoise, de s’engager sur une réduction chiffrée des émissions de gaz à effet de serre afin de ne pas être le bouc émissaire d’un possible échec du sommet de Copenhague. La Chine dit «oui» du bout des lèvres et regarde ailleurs. L’Indie accepte, mais l’État asiatique a déjà proposé nombreuses limitations en cas d’accord international ambitieux. Et l’Europe ? L’Union européenne s’est engagée, dès décembre 2008, à réduire ses émissions de 20 % d’ici 2020 par rapport à l’année 1990. Bruxelles a indiqué qu’elle pourrait porter ce chiffre à 30 % en cas d’un haut accord diplomatique. La plupart des Pays trainent déjà leurs pieds, prennent du retard dans les négociations de façon que jamais rien n’aboutisse.

La communauté internationale ignore que les décisions qui seront prises au sommet de Copenhague, elles demeureront essentiellement sur un projet éthique. Sur la vertu. Sur la recherche de nouvelles valeurs sociales dont l’exercice et les responsabilités du pouvoir devront répondre.

Antonio Torrenzano

 

** Un remerciement particulier à l’artiste Esquivel Arcadio pour l’illustration.

 

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Du 7 au 18 décembre 2009, à Copenhague se tiendra la quinzième conférence des Nations Unies sur le climat. Ce sommet international devra porter toute la communauté internationale à la signature d’un nouvel accord international qui devra succéder au Protocole de Kyoto.

Copenhague est un moment charnière dans l’histoire mondiale. Éviter une catastrophe internationale sans précédent reste possible. Tous les pays se réuniront pour décider des objectifs à atteindre en matière de réduction des gaz à effet de serre, et de la façon dont les politiques climatiques doivent être soutenues dans les pays en voie de développement. La réunion des Nations Unies dans la Capitale danoise est donc un rendez-vous capital pour le changement climatique et une occasion historique pour les politiciens de montrer leur volonté de lutter contre le réchauffement de la planète. À Copenhague, les représentants des gouvernements des Pays qui participeront aux négociations ils seront 170.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Alain Touraine, sociologue, écrivain,directeur d’études à l’École des Hautes Études en sciences sociales de Paris. Alain Touraine est docteur honoris causa des Universités de Cochabamba (1984), Genève (1988), Montréal (1990), Louvain-la-Neuve (1992), La Paz (1995), Bologne (1995), Mexico (1996), Santiago (1996), Québec (1997), Córdoba (Argentine, 2000). Auteur des nombreux essais traduits dans plusieurs langues diplomatiques, il vient de publier «Penser autrement» (éditions Fayard, 2007) et «Si la gauche veut des idées» avec Ségolène Royal aux éditions Grasset. Le dialogue a eu lieu dans la ville de Turin pendant le festival «Biennale Democrazia», au mois d’avril 2009.

Antonio Torrenzano.Je voudrais revenir avec vous sur la période qui s’est ouverte au milieu des années soixante-dix jusqu’à la chute du mur de Berlin. Quelle est votre analyse ?

Alain Touraine. Cette période avait commencé avec la crise du pétrole, autrement dit après un déplacement massif de ressources venues du Japon et de l’Europe occidentale en direction des pays pétroliers, qui placèrent leurs réserves dans des banques de New York afin de générer des intérêts, ce qui témoignait déjà d’une forme de globalisation de l’économie. Depuis un tiers de siècle au moins, malgré l’agressivité du camp soviétique au début de la période, le monde occidental a pris une avance considérable dans presque tous les secteurs de la vie industrielle et économique, où les États-Unis ont acquis une position de plus en plus dominante. Une vision économique de l’histoire s’est alors imposée, conférant de plus en plus d’importance aux facteurs économiques et technologiques du changement social. La mondialisation des marchés, la croissance des entreprises transnationales, la formation de réseaux (networks) dont Manuel Castells a bien souligné l’importance capitale, et la nouvelle efficacité d’un système financier capable de transmettre les informations en temps réel, la diffusion par les mass media, par la publicité et par les entreprises elles-mêmes de biens culturels de masse le plus souvent américains, tous ces faits, maintenant bien connus de tous, ont créé cette globalisation caractérisée à la fois, aux yeux de nombre d’analystes, par un élargissement rapide de la participation aux échanges internationaux et par l’emprise d’un grand capitalisme dont les centres de décision sont le plus souvent américains. Pourtant, dès le début, la société civile souligna l’impossibilité d’une généralisation de ce modèle, et rapidement des protestataires se manifestèrent dans toutes les parties du monde,tandis que se multipliaient les soulèvements contre les États-Unis. Plus récemment, les graves conséquences de la crise financière et de la crise économique, elles ont accentué la défiance à l’égard des grandes entreprises qui sont apparues moins comme l’avant-garde de la modernisation que comme les agents d’une spéculation effrénée, ou comme des sources d’enrichissement direct pour leurs dirigeants.

Antonio Torrenzano. L’élément de la mondialisation de l’économie, en termes historiques, afin de pouvoir comprendre les effets de la désagrégation dès nos sociétés contemporaines.

Alain Touraine. Si le thème de la globalisation a acquis une importance politique centrale, c’est pour une raison qui n’est pas économique, mais idéologique : ceux qui ont chanté le plus fort la gloire de la globalisation ont en effet voulu imposer l’idée qu’aucun mode de régulation sociale ou politique d’une économie mondialisée n’était plus ni possible ni souhaitable, puisque l’économie se situait à un niveau mondial et qu’il n’existait pas d’autorité capable d’imposer des limitations à l’activité économique à ce niveau-là. L’idée même de globalisation portait en effet en elle la volonté de construire un capitalisme ultime, libéré de toute influence extérieure, exerçant son pouvoir sur l’ensemble de la société. C’est cette idéologie d’un capitalisme sans limites qui a suscité tant d’enthousiasme et tant de contestation. Malgré ces résistances, le nouveau «mode de modernisation», fondé sur la libre entreprise et le rôle central du marché dans l’allocation des ressources, s’est vite installé partout. Ces rapides indications nous permettent de dégager les principales implications culturelles et sociales de la mondialisation.

Antonio Torrenzano. Quelles sont-elles, alors selon vous, les principales implications culturelles et sociales ?

Alain Touraine. La plus manifeste est la formation d’une société de masse dans laquelle les mêmes produits matériels et culturels circulent dans des pays de niveaux de vie et de traditions culturelles très variés. Le premier d’entre eux est l’influence culturelle exercée par les grandes entreprises de consommation et de loisirs : Hollywood est bien l’usine à rêves du monde entier. Mais on constatera aussi qu’elle ne fait pas disparaître pour autant les productions circonscrites à un lieu. Car on assiste, d’un autre côté, à la diversification de la consommation dans les pays les plus riches. À New York, Londres ou Paris, il y a plus de restaurants étrangers qu’autrefois, et l’on peut y voir davantage de films en provenance d’autres pays du monde. Enfin, on assiste aussi à une résurgence de formes de vie sociale et culturelle traditionnelles ou nourries par la volonté de sauver une culture régionale ou nationale menacée. Mais partout, comme un effet de ces tendances opposées s’accélère le déclin des formes de vie sociale et politique traditionnelles et de la gestion nationale de l’industrialisation.

Antonio Torrenzano. Pouvons-nous analyser cette phase comme une situation de transition pendant laquelle les nombreux acteurs (institutions internationales, États occidentaux) feront tout ce qu’il est possible pour retrouver l’équilibre ?

Alain Touraine. Le plus urgent, aujourd’hui, c’est de redonner à la société de nouveaux moyens de se reconnaître et de se représenter. Une société divisée en castes n’est plus une démocratie. De quelle démocratie pourrions-nous discuter sans une égalité des ressources ou une égalité de possibilités ?

Antonio Torrenzano

 

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Le mur de Berlin, symbole de la guerre froide, a partagé en deux l’Allemagne pendant plus d’un quart de siècle, du 13 août 1961 jusqu’à l’ouverture des frontières entre l’Ouest et l’Est de ce fameux 9 novembre 1989. Un événement que l’Institut National de l’Audiovisuel (http://www.ina.fr) a souhaité de commémorer en retrouvant en vidéos l’histoire de ce mur de la honte, depuis sa construction jusqu’à son effondrement.

La consultation en ligne du dossier sur la chute du mur de Berlin près du site numérique de l’Institut National de l’Audiovisuel, il est accessible au suivant adresse: http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/grandes-dates/dossier/1424/chute-du-mur-de-berlin.20090331.fr

 

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Réflexions de l’historien Eric Hobsbawm, historien, écrivain, professeur au Birkbeck College de l’université de Londres et membre de la British Academy sur la chute du mur de Berlin. Auteur de nombreux essais, traduit dans plusieurs langues européennes, dont «The Age of extremes. The short Twentieth Century, 1914-1991», London, 1994; «L’historien engagé», Paris, édition de l’Aube, 2000; «Les Enjeux du XXe siècle», entretien avec Antonio Polito, Paris, édition de l’Aube, 2000; «L’Optimisme de la volonté», Paris, éditions le bord de l’eau, 2003; «Aux armes, historiens. Deux siècles d’histoire de la Révolution française», postface inédite de l’auteur, traduit de l’anglais par Julien Louvrier, Paris, éditions la Découverte,2007.