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La conversation avec Edgar Morin a été realisé auprès de l’Université de Messine, faculté de philosophie pendant les journées internationales d’etude (summer school) 2006. Le dialogue fait le point sur la situation contemporaine et les labyrinthes de la condition humaine.

Antonio Torrenzano. Martin Heiddeger affirmait : “aujourd’hui nous savons plus choses sur l’humain”, mais…

Edgar Morin. Heidegger dit “aujourd’hui nous savons plus choses sur l’humain mais, en même temps, nous savons moins des choses sur l’humain”. Chaque acquisition est dispersée et pas organisée dans une vision cohérente. Toutes ceux qui travaillent à l’intérieur d’une pensée fragmentaire, ils ne se rendent pas du tout compte de leur totale incapacité à comprendre et penser la complexité.

Antonio Torrenzano. Donc il faut partir par une pensée complexe (mettre ensemble unité et multiplicité) pour examiner les rapports entre science et science sociales, entre science et philosophie, entre littérature et morale?

Edgar Morin. Le destin de l’humanité dépend de la manière de penser aussi à la réalité humaine. Le vieux concept d’humanisme affirmait que l’homme devait être le maître du monde et il devait conquérir le même. Cet humanisme n’a plus de sens, si nous voulons jouer à faire les démiurges, nous risquions de détruire la terre. Nous ne pouvons pas suivre un développement quantitatif accéléré. Mon humanisme est celui de la fragilité humaine, une condition existentielle qui nous rapproches et qu’il reconnaît à tous, sans distinction de race et de sexe, les mêmes droits.Si le nouveau siècle marche à devoir, nous devrons dépasser chaque vision fragmentaire.

A.T. Son défi est toujours celle de la complexité? La méthode qui dépasse la fragmentation des connaissances et qui reconstruit une pensée globale?

Edgar Morin. La vraie complexité est un défi pour l’esprit. Aujourd’hui l’homme biologique est étudié par la biologie, l’homme “pas biologique” par la psychologie ou par la sociologie ou l’économie. Nous avons perdu l’habitude à contextualiser, à globaliser. Si vous prenez la sociologie, par example, on doit toujours comparer les réflexions des interactions sociales humaines avec l’histoire, avec l’économie, la psychologie, la religion.

A.T.Comment les réseaux changent le partage des savoirs? Notre temps présent est plus une intelligence collective ou connective?

Edgar Morin. Pour moi, l’ordinateur représente un instrument d’autonomie et de progrès. Avant des ordinateurs, je faisais des manuscrits. Je les transcrivais par la machine à écrire, je les corrigeais manuellement, je les révisais. J’ai passé trois ans pour écrire le premier volume de la Méthode. Si j’avais eu un ordinateur, à ce temps, à la fin des ans soixante-dix, j’aurais employé, probablement, un an et demi. L’ordinateur me permet toutes les corrections et internet me donne encore plus:la possibilité d’une communication immédiate pour tous les renseignements que je cherche. Nous disons que toutes ces technologies doivent être racontées à l’éducation et à l’enseignement par exemple. Je suis très favorable à l’introduction de ces nouveaux instruments pour l’éducation. Mais, tout cela ne peut pas remplacer le rôle qui rehabille un professeur ou un maître cet à dire une responsabilité de relation individuelle avec les élèves ou avec les étudiants. Je souligne encore que tout cela ne peut pas remplacer ce que j’appele ironiquement “charisme” ou “passion” que le professeur peut transmettre aux étudiants. Les technologies dans ce sens donc sont complementaires. Les nouveaux médias permettent une communication immédiate. Dans les nouveaux médias, je retrouve l’ambivalence de toutes les techniques humaines que nous donnent une possibilité émancipatrice, plus d’autonomie. Notre temps est plutôt une intelligeance connective. Quelques auteurs, comme De Rosnay ou Levy, supposent que de toutes ces connexions il émerge un esprit collectif mais, il me semble, que nous sommes seulement dans un “état d’esprit connectif”.

Antonio Torrenzano. Un des champs de sa théorie est centré sur l’éducation. Dans cette évolution vers des changements fondamentaux dans nos styles de vie et nos comportements, l’éducation a un rôle prépondérant à jouer.L’éducation est la force du futur parce qu’elle est l’un des instruments les plus puissants pour réaliser le changement.L‘un des défis les plus difficiles à relever sera de modifier nos modes de pensée de façon de faire face à la complexité grandissante, à la rapidité des changements et à l’imprévisible, qui caractérisent notre monde. Nous devons repenser la façon d’organiser la connaissance. Pour cela, nous devons abattre les barrières traditionnelles entre les disciplines et concevoir comment relier ce qui a été jusqu’ici séparé. Comment gérer un défi ainsi difficile?

Edgar Morin. Mon travail sur la méthode a conséquences sur l’évaluation de l’enseignement où on oublie souvent le problème fondamental: la condition humaine. Beaucoup de choses que les enseignants devraient enseigner, ils ne les enseignent pas du tout. Il faut enseigner la connaissance de la connaissance, la condition planétaire de l’humanité, la même incertitude du destin humain. Et encore, l’incertitude de l’histoire: nous ne savons pas si notre demain sera le même ou le contraire du monde. Pour penser localement, il faut maîtriser la pensée globale, avoir la possession du contexte général.Seulement une pensée, qui unit et interconnecte,aide l’étudiant à comprendre. Les professeurs ne doivent plus ressembler à ces loups qu’ils marquent leur territoire avec l’urine et ils mordent ceux qui le violent. Ce qu’est plus redoutable pour eux, c’est le manque du concept de “eros” que comme Platon affirme: “il est au même temps désir, plaisir et amour, désir et plaisir de transmettre,amour pour la connaissance et amour pour les élèves.

Antonio Torrenzano. Est-ce que j’aimerais savoir comment vous jugez le rapport parmi les nouveaux médias et le procès éducatifs ?

Edgar Morin. Je suis pour l’intégration entre éducation, ordinateur ou Internet sans changer la structure fondamentale qui est celle de la relation personnelle entre professeurs et élèves. Je répète, le charisme et la passion de celui qui transmet les savoirs c’est important. Je ne pense pas qu’il y ait une révolution de la technique en relation aux procès formatifs. La révolution est la transmission du savoir, cet-à-dire la manière de véhiculer le contenu et la communication du même.

Antonio Torrenzano. Dans un autre entretien, vous avez affirmé qu’il n’y a pas de civilisation sans le droit et l’éthique sinon c’est la barbarie. Mais notre actuelle impuissance à distinguer temps de guerre et temps de paix ou, plus encore, fronts de guerre et lieux où vivre sûrs…c’est une triste realité. Est-ce que nous sommes vraiment dans une ère nouvelle?

Edgar Morin. Nous ne pouvons pas oublier ou ignorer de vivre dans un endroit très beau, que nous pourrions le rendre encore plus beau en trouvant un accord avec la nature au lieu de la détruire. La société civile et l’individu sont en train de chercher nouvelles socialités et, je pense qu’ils puissent trouver tout cela. Le vrai problème est savoir si l’humanité, dans son ensemble, sera apte à construire une nouvelle vie commune en avenir. Si, elle sera capable d’accepter le propre destin!

Antonio Torrenzano

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La conversation avec André Glucksmann a eu lieu à Rimini pendant la XXXeme édition des journées internationales d’études sur “Islands without an archipelago. Economies,the masses,nation states in search of a new sovereignty” organisées par le centre de recherche Pio Manzù.

Antonio Torrenzano. L’inexorable intégration du monde a promis développement et richesse mais aussi désordre et incertitude.Terrorisme, conflits regionaux,tension dans les négociations internationales,affaiblissement des instances politiques transnationales, croissance inégale ont mis en discussion le mythe d’un procès de progrès. Sur le scène du monde, identités hybrides et hiérarchies flexibles se remuent sans boussole. Pourquo i?

André Glucksmann. Il ya une prémière question qu’il faut vraiment se poser. Est-ce que la démocratie est encore pour nous un valeur universel? Répondre oui à cette question, il implique évidemment de pas entreprendre guerres pour imposer le système libéral aux autres Pays, il signifie assumer le fait qui existe un principe d’irréductibilité entre les “valeurs démocratiques” et les “non valeurs democratiques”.La question qui s’impose à l’ouest,au début du vingt-et-unième siècle, c’est celle-ci. Je crois que toutes les cultures et les communautés politiques et intellectuelles de l’ouest ne puissent plus ne pas rouvrir le débat sur ce thème. Il ya encore une déuxième question sur laquelle refléter. Est-ce que ces valeurs existent encore pour nous? Ou pensons-nous que maintenant seulement les griffes d’Armani et Peugeot soient les modèles du bien-être?Je serai clair. Si les valeurs de l’ouest se réduisent à l’exbition du bien-être économique, nous n’enseignerons jamais plus à nos fils, ni à aucun d’autre, ni à personne dans le monde, quels sont les valeurs de fondation de notre civilisation. Dans le meilleur cas, nous engendrerons seule envie ou, dans le pire,total mépris.Il suffit d’allumer notre télévision pour comprendre quel système de valeurs nous répandons: l’idée de la nullité et de la vacuité. La question donc revient:quels valeurs avons-nous?

A.T.Comment est-elle changée la planète après l’11 septembre 2001?

André Glucksmann. Après l’onze septembre de 2001, il est sûrement arrivé quelque chose de nouveau mais quelque chose d’ancienne s’est peut-être répétée aussi. Pas nouveau relativement au numéro des victimes, pas nouveau pour ce qui concerne l’exhibition d’un fanatisme capable de beaucoup de haine contre l’humanité.L’homme a toujours tué et il a continué à tuer après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Les guerres ne sont jamais finies.L’illusionnisme des médias nous a protégé en décrétant que si un massacre n’apparaît pas en télévision, il est comme s’il n’était jamais arrivé. Mais, il n’est pas vrai malheureusement ainsi que notre capacité d’intervention que,face aux certains événements, elle est très insuffisante. Non seulement parce que nous n’avons pas la capacité de répondre mais aussi parce que parfois nous ne voulons pas répondre, engagés comme nous sommes en hypocrisies gigantesques.Au Kosovo nous sommes intervenus, en Bosnie nous avons attendu beaucoup d’années respect le conflit en cours.Nous n’avons pas su faire grandes choses pour le Rwanda ou pour l’Indonésie. Parfois ils manquent les instruments aussi à la diplomatie internationale; autres fois nous ne sommes pas aptes à lire les situations de crise non plus, comme dans le cas du massacre en Cecenie sur lequel je me suis très engagé. Est ce que je me demande combien de tonnes d’indignation ont été réservées à ces crises? Hypocrisies – inutile maintenant en retrouver l’origine ou la couleur politique – qu’elles font partie du nôtre vivre quotidien.

A.T. Quoi reste-t-il des nos valeurs ?

André Glucksmann. Il est difficile nier que nos valeurs ne tempèrent pas le dialogue, la tolérance, le respect pour les autres, l’amour. il est difficile de nier même aussi que pour atteindre le degré actuel de bien-être,compréhensif d’Armani et Pegeout, nos vieux ont dû sacrifier la vie pour défendre la liberté. Celle-ci est aussi, au-delà à la tolérance, l’histoire de “notre maison”. D’une partie l’amour, la tolérance, le dialogue, le respect vers les autres; de l’autre la capacité de donner la vie pour défendre la liberté, donc la capacité de combattre. Je crois que ces pulsions soient présents dans notre âme, ils fassent partie de notre tradition de valeurs. Pourtant nombreux, ils pensent seulement à la première figure de la médaille en négligeant de façon coupable, pour un sens immotivé de faute, la seconde: l’étude et l’affirmation de la propre identité, de la propre histoire, la passion pour la propre culture et pour les propres religions. Mais si on coupe la prémière figure de la médaille de son envers, tout cela il ne soutient plus le fondation de “notre maison”.Pour le simple motif que sans respect pour nous mêmes, pour chaque identité, il n’est pas possible aucun vrai dialogue avec l’autre.Nous sommes devenus paresseux et, à nos fils nous avons dit des mensonges. Parce que la lutte du bien contre le mal n’est pas finie et il ne finira jamais.La pensée occidentale n’a jamais été et il ne peut pas être ainsi faible. Qui nous a convaincu du contraire, il a commis un délit théorique. Après l’11 septembre nous avons besoin de pensées fortes et d’intellectuels qu’ils les soutiennent.

A.T. Dans ce tableau confus et mutant, animé par les anxiétés pour la croissante aprêté de la comparaison parmi la pensée économique et la pensée ethique, je crois que les défis plus insidieuses consisteront à comprendre quels changements sont temporaires et quels ont par contre déjà modifié notre culture. Et notre sens de la vie?

André Glucksmann.La désillusion et l’indifférence sont devenues encore plus pointues.Elles sont les conséquences d’un gagnant nihilisme, d’une diffusion du bien-être et l’usage avec absence des scrupules des technologies.L’indifférence nous suggère que pour rien il vaut le coup de se battre,de risquer…au maximum pour nous mêmes. Que notre conscience est nulle.Si cette maladie (qui est en train de corrodé l’occident) devait s’étendre, à peu ils serviraient nos “golfini firmati”. Le nihilisme est en train de réduire en cendre notre conscience. Le sens de la vie?Dieu ne peut pas intervenir sur la terre, Dieu n’était pas à Auschwitz, au Kolyma, Dieu n’était pas le onze septembre de 2001 à New York. Dieu ne peut pas et il ne veut pas nous remplacer. Il nous a donné par contre la possibilité de comprendre le bien et le mal et, il nous a donné la possibilité de choisir. Chaque fois que nous déférons aux autres entités nos responsabilités, notre pouvoir de choisir (ce qui donne sens à notre existence), nous frappons au coeur notre sens de la vie. Le nihilisme est le monstre qui nous fait perdre la force de croire. C’est le sentier de la bataille que nous devons mener. Ensemble laïques et catholiques en ne perdant pas le grand cadeau de la responsabilité, la grande liberté de choisir ce qu’est bien et ce qu’est mal. Parce qu’on ne peut pas vivre sans savoir ce que pour chaque tradition, pour chaque culture: il est bien ou il est mal. Ce sont les commandements naturels à nous l’indiquer, au-delà à ces révélés,c’est notre conscience,notre lumière intérieure que chacun de nous a au plus profond de son coeur.

Antonio Torrenzano

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Dans la démocratie parfaite chaque groupe social parle, il explicite les propres envies. Il explicite aussi, du point de vue émotif, les raisons du coeur et les désirs en cherchant d’obtenir des réponses. Toutes les sociétés choisissent et ils légitiment les propres projets à travers un débat pour dépasser les barrières et les obstacles. Quand la complexité et les solutions du projet résultent encore plus compliquées et tortueuses, on arrive à une légitimité provisoire qui tient compte de la multiplicité des projets collectifs. Les fondements universels de la société démocratique sont construits donc à travers accords et dialogues.

Depuis le 1989, les procès de changement et de transformation politiques et économiques de la planète ont eu une accélération inédite. Ainsi inédits que les mêmes sciences sociales n’ont pas mis en place des nouveaux instruments d’analyse et possibles solutions. Dans ses manifestations, la mondialisation n’a pas seulement intéressé la sphère économique de nos échanges mais elle a cré et agrandi une multiplicité de nouveaux acteurs sociaux: organisations pas gouvernementales,mouvements culturels,mouvements de protestation, holding, sociétés financières, septs, respect aux acteurs publics nationaux et inter-gouvernamentaux que avant le 11 septembre 2001, agissaient tous seuls et, dans une manière exclusive, dans les mécanismes des relations économiques et politiques.

Naturellement comme tous les phénomènes sociaux complexes, aussi la mondialisation a amorcé les ambivalences.Le passage du système international à l’ordre mondial reste inachevé; nous vivons encore dans une phase de transition convulsive, historiquement commencée dans les derniers trois quarts du siècle passé, où conditions et styles de vie se sont uniformisées. Sì bien sûr, la vitesse de la technologie a facilité la diffusion des connaissances, d’idées, la circulation de gens et des choses, la diffusion des renseignements, tout ceci ne s’est pas produit partout.

Le sud du monde ? Le Sud du monde vit encore par une tasse de riz, écrasé par les dettes qu’il ne pourra jamais payer, sans droits humains reconnus ou défendus, où les individus ne pourront jamais mettre en place leurs rêves qui resteront seulement des rêves, où la parodie d’élections législatives ne pourra jamais masquer la distance qui existe entre la masse rurale et un pouvoir bintôt vacant.Un sud du monde où,encore une fois, les nouvelles stratégies économiques et sociales se sont révélées plus venimeuses de la maladie.

Nous sommes encore dans une phase de légitimité provisoire. Un nouveau grand jeu géopolitique est commencé mais il n’y a pas encore de nouveaux mécanismes de governance planétaire et règles partagées. Les problèmes politiques pas encore resolus de la mondialisation concernent la construction d’une nouvelle souveraineté globale et d’un nouveau modèle de vie en commune. Dans un monde qui est global dans son phénomène économique, financier, d’uniformité culturelle, il manque un projet mondial collectif. Pas plus un simple projet multipolaire mais un projet qui ne pourra plus avoir comme référence unique le modèle occidental, blanc, adulte, techno-scientifique, ethnocentrique. C’est celle-ci l’absence la plus assourdissante qui secoue les fondations de l’ entière communauté internationale.

Le manque d’un projet de civilisation planétaire qui réussisse à insérer tous, qu’il rende impossible la bifurcation, qu’il maintienne unis les pôles de la diversité et de l’unité comme valeurs complémentaires et inséparables.Mais comme faire à maintenir en vie les cultures dans leur spécificité et, de l’autre, les ouvrir à un dialogue obligé les unes et les autres avec les pertes et les avantages qui comporte? Notre avenir ne peut plus s’identifier avec l’incertitude, l’indifférence,promesses démenties toujours reconstruites qui restent à démontrer. Il faudra trouver vite solutions vraiment applicables aux prblèmes concrets qui se posent dans notre quotidien et, sourtout, leur impact dans les processus décisionnels. Pourrons-nous encore et seulement… nous étonner ?

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Gianmatteo Arena, fonctionnaire international, chef de l’unité operation sections de la Délégation diplomatique de la Commission Européenne près de l’État d’Israël. Du 1994 au 2001,toujours comme fonctionnaire de la Commission, il a travaillé auprès de la DG.Société de l’Information et Médias. Comme auteur a publié:”La société de l’information déstabilise-t-elle l’État-Nation? Analyse comparative du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’âge de la mondialisation.”, Université libre de Bruxelles, 2006; aux éditions Harmattan Italie, “Aspetti cooperativi della presenza OSCE in Bosnia Erzegovina.”, 2004.

Antonio Torrenzano.Les dernières années ont été marquées par un bouleversement dans le paysage industriel du monde développé. La libéralisation des télécommunications, le développement du Net et la mise en réseau progressive des entreprises et de la société sont révélateurs d’un seul et même phénomène : l’avènement de la société de l’information (SI). Par sa nature même, la société de l’information ignore les frontières et délimitations classiques. Pourquoi ?

Gianmatteo Arena. Au début des années 70, l’expression “société de l’Information” définissait une société hypothétique, (re)structurée par l’ensemble des technologies liées au domaine de la gestion de l’information. Cette définition, tirée d’une terminologie restreinte propre aux experts scientifiques, a ensuite été utilisée plus largement, au niveau macro-économique, dans le cadre d’une réflexion qui visait à définir des modèles valides pour identifier les valeurs et dimensions du nouveau marché.L’expression société de l’information fut, nous pouvons le dire, officialisée au niveau mondial à l’occasion de la réunion du G7 qui s’est tenue à Bruxelles le 24 février 1995. À partir de cette date, le débat s’amplifie, assumant une dimension politique. Le résultat principal de cette conférence ne fut pas seulement l’implication au plus haut niveau des plus grandes puissances économiques du monde, ni même ses répercussions énormes sur l’opinion publique; ce fut la reconnaissance du rôle-clé de la société de l’information dans les orientations politiques. La nature du G7 est exclusivement politique, et, à cette occasion, on a voulu reconnaître l’importance politique du concept. C’est donc seulement au milieu des années 90 et,après dix années de tergiversations, que les pays les plus industrialisés ont reconnu un rôle politico-socio-économique du processus. L’impact du développement de la société de l’information a été véritablement d’une ampleur comparable à celle de la révolution industrielle et ses conséquences se sont manifestés à tous les niveaux. Les technologies de l’information ont aussi causé une révolution dans l’échelle des valeurs humaines. Il est plus efficace, plus productif et plus profitable de mener des activités sur une échelle plus vaste dépassant les limites de l’État et, donc, modifiant la conception même de production interne et de croissance nationale. À cet égard, l’État est devenu restrictif. Echapper aux contraintes des frontières nationales a été un facteur important, un énorme succès.

A.T. J’aimerais réfléchir avec vous sur les relations entre la Société de l’information, l’État-nation et la mondialisation. Certains parlent d’un nouvel âge de la démocratie et/ou d’un bien-être accru et généralisé; d’autres dénoncent un nouvel outil de discrimination entre Nord et Sud du monde, entre les riches et les pauvres. Encore…une nouvelle occasion pour les groupes industriels les plus puissants d’affirmer leur suprématie. Mais nous essayerons pour notre part de ne pas entrer dans cette polémique et de rester objectifs et réalistes.La question donc est la suivante: société de l’information et l’État-nation, prodiges ou vertiges ?

Gianmatteo Arena. Quiconque qui s’occupe de mondialisation reconnaît qu’il existe une relation linéaire entre celle-ci et la société de l’Information. En effet, plus les outils offerts par les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont nombreux, plus les différents phénomènes de mondialisation s’accroissent. Ils contribuent à abattre les barrières espace/temps et à favoriser les relations de tous les types entre individus et pays. D’autre part, il existe un autre axiome, sur lequel il y a presque l’unanimité, selon lequel le concept de l’État-nation s’oppose à celui de mondialisation. Ils restent plusieurs et importantes questions sur le futur du concept théorique d’État-nation. Les États-nations satisferont une grande partie des besoins locaux et protègeront l’identité culturelle et l’intégrité de leurs peuples? Les nations préfèrent-elles renoncer à ce rôle? Y-a-t-il une volonté de déléguer à d’autres entités? Soit des organismes internationaux soit des entreprises privées se sont développés grâce à la volonté claire de l’État; ils sont une création de l’Etat-nation dans une periode historique bien identifiable. Mais le facteur technologique et, en particulier la Technologie de l’Information et de la Communication (TIC) est neutre dans cette démarche désormais en évolution depuis longtemps. Il s’agit de se demander comment l’État pourrait satisfaire conjointement les besoins des investisseurs et ceux des consommateurs (essentiellement en termes de qualité et de faibles coûts), afin de contribuer à garantir le minimum de cohésion, sans laquelle, la pérennité même de la société de l’information serait menacée.

D’une part, la technologie a déclenché un certain nombre de changements de la société qui réduisent la liberté d’action de l’Etat et le rend vulnérable jusqu’à un degré jamais atteint jusqu’ici. D’autre part se développe une nécessité politico-sociale visant à justifier l’action entreprise par l’Etat pour assurer la protection des droits acquis ou sauvegarder les intérêts des catégories le plus faibles. Ces phénomènes nous donnent un aperçu de la façon dont l’État se renforce tout en devenant plus dépendant d’autres régions du monde. L’État-nation ne peut pas contrôler tous ses besoins et, il est donc, beaucoup moins enclin à contrôler sa propre économie domestique.Comme les nations deviennent plus interdépendantes, la coopération internationale devient indispensable. La liberté d’action souveraine est, dans la pratique, cernée par une interdépendance globale. Pour l’État qui se voudrait maître des horologes (comme Victor Randal affirme dans son essai “Democratisation and the Media”), celle des technologies de l’information tourne vite. Pour autant, il ne peut pas se retirer du jeu. Cette façon d’aborder la question a le mérite de souligner l’insuffisance du mode traditionnel d’intervention de l’État face à la diversité des situations inédites créées par le développement rapide des technologies de l’information.

Antonio Torrenzano. Pouvez-vous nous faire un example?

Gianmatteo Arena. De toutes les composantes qui forment l’univers de la société de l’information, le secteur des télécommunications est le plus représentatif. Même s’il est vrai que la société de l’information est le fruit de la convergence totale de différents secteurs industriels (informatique, électronique, télédiffusion, télécommunications), les télécoms en demeurent le pilier principal. Les télécommunications, plus nettement que d’autres composantes de la société de l’information, ont toujours revêtu une importance et une « sensibilité » particulières dans le cadre national. Le débat sur l’opportunité du « service public » garanti par l’Etat, les intérêts économiques en jeu, la concurrence sont autant de thèmes qui ont toujours enflammé le débat politique dans chaque Pays éuropéen. Le problème n‘est pas dans les technologies, à proprement parler, mais dans l’utilisation qu’on en fait. Les relations entre les nations, qu’elles soient bilatérales ou multilatérales, directes ou indirectes, ont ajouté une nouvelle dimension à la prise de décision centralisée. La technologie a facilité une grande et complexe administration et a considérablement modifié divers aspects du processus gouvernemental. Les chefs de gouvernement se consultent plus fréquemment; les ministres des affaires étrangères s’engagent personnellement au niveau diplomatique. En raison de la rapidité des communications, l’interaction mondiale est maintenant devenue un domaine à part entière des gouvernements…même pour les Etats très petits. Les tendances géopolitiques, influencées aussi par la technologie, auront comme conséquence la régionalisation de la politique économique et étrangère et des aspects militaires de la vie nationale, tout en mettant à jour la diversité des aspects culturels,ethniques et sociaux d’identité nationale.Par exemple, la technologie a toujours été un instrument significatif de puissance gouvernementale.L’État-nation survivra presque certainement dans certaines de ses fonctions, mais probablement pas dans toutes.

A.T. Le problème actuel de l’homme moderne est devenir capable de construire encore sa propre histoire et être encore acteur de son avenir. Mais ceci est possible seulement par un procès continu de création et recherche. Le procès me semble bloqué.Le mythe selon lequel le net devait changer les rapports entre le Nord et le Sud du monde est démenti par les faits : en 2001, les 20% des plus riches de la population mondiale représentaient 93,3% des utilisateurs du net tandis que les 20% des plus pauvres, le 0,2%. Je voudrais encore ajouter que l’analyse statistique des usages et des usagers de l’informatique montre que la coupure est très forte entre les «interacteurs» et les «interagis» et qu’elle a pour principe la distribution inégale du capital culturel, donc, le système scolaire. Comment prévoyez-vous le futur?

Gianmatteo Arena. La prédiction est difficile, spécialement quand on parle du futur. Cette phrase du physicien Niels Bohr évoquait la recherche scientifique. Il est tout aussi difficile aujourd’hui de parler des changements en cours dans la société de l’information.Beaucoup, en ce début de nouveau millénaire, s’interrogent sur ce que sera la société du futur. Un aspect caractéristique de notre société sera certainement le rôle que jouera l’information dans notre vie. Comparer l’ampleur technique de cette évolution à celle qu’apportèrent l’introduction des chemins de fer ou de l’électrification, et nous demander si elle sera plus profonde que la révolution industrielle, n’est pas notre but.Jusqu’à maintenant nous avons assisté à une modification fondamentale des structures économiques, des modes d’organisation et de production,d’accès à la connaissance, des loisirs, des méthodes de travail et des relations sociales. Tout cela signifie : création de valeur ajoutée et d’emplois, apparition de nouveaux marchés et de nouveaux métiers. Mais en même temps, destruction d’emplois et pour ceux qui vivent dans les pays en développement l’augmentation du fossé digital vis-à-vis de pays plus développés (digital divide). Ce ne sont pas là des prédictions mais des faits déjà tangibles.Mais une chose est sûre, la société du futur aura pour système nerveux les réseaux d’information.Que les effets soient positifs ou négatifs, cela dépend de nous.

Antonio Torrenzano

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Derrick de Kerckhove dirige le programme McLuhan en culture et en technologie et il est professeur au département d’Etudes françaises de l’Université de Toronto. Parallèlement à ses études, il a collaboré avec le Centre pour la Culture et la Technologie (1972-1980) où il fût un collaborateur de McLuhan que ce soit à titre de traducteur, d’assistant et de coauteur. C’est un maitre a penser dans le domaine des télécommunications et de la réflexion sur la révolution provoquée par de nouvelles technologies. Il organise des ateliers sur la connectivité de l’intelligence dans lesquels il propose une nouvelle façon de réfléchir en synergie en utilisant les technologies de l’information. La conversation avec le maître à penser a eu lieu à Rimini pendant la XXXIIeme édition des journées internationales d’études du Centre de Recherche Pio Manzù.

Antonio Torrenzano. L’apparition des technologies de l’électronique et du numérique et, plus précisément celles du réseau, va entraîner de nouveaux questionnements sur nos relations sociales: par example la mutation de notre rapport à l’espace et au temps. Actuellement, grâce à l’ordinateur, il est possible se déplacer géographiquement sans se déplacer physiquement. Paul Virilio affirme “aller ailleurs sans aller nulle part”. Comment s’annoncent les décennies futures ?

Derrick de Kerchkove. Nous entrons dans une nouvelle culture qui est celle de l’hypertexte, c’est-à-dire la multiplication des rapports et des liens entre différents domaines de consciences et de savoirs qui ne sont plus nécessairement reliés entre eux mais que l’utilisateur relie et cela crée une relation totalement nouvelle au langage et au texte. On peut comparer cette nouvelle culture comme à l’alphabet qui a été la grande technique unificatrice des “cultures”, au moins pour la culture occidentale. Aujourd’hui c’est le bit, 0/1, on/off. Le bit a nous permis de réduire la vie sensorielle humaine et, nombreux d’autres procès, à une série unique d’on/off alternatifs. C’est comme si hier on était passés de l’oralite à l’alphabet avec les Grecs et, qu’aujourd’hui, on passait du monde de l’écriture au monde de l’électricité avec les réseaux, avec les écrans, avec les ordinateurs, avec Internet et tout ça. Encore… aujourd’hui, les technologies de l’électronique et du numérique et plus précisément du réseau ont engendré une nouvelle façon d’envisager le corps dans sa relation à l’espace et au temps, dans sa physicalité mais aussi dans sa dimension conceptuelle. Plus en général nous assistons à une disparition de la frontière étroite entre toutes les catégories traditionnelles:”homme/machine”,”coeur/ment”,“intelligence/mémoire”.Mais les distinctions restent opérationnelles. Je pense qu’il soit nécessaire comprendre combien un domaine coïncide avec un autre plutôt que parler d’un total effacement des frontières entre ceux-ci. Les nanotechnologies peuvent faire revivre un tissu organique et les autres fonctions mais leurs identitées restent distinguées de l’être humain. C’est pour tout ça que je n’apprécie pas la rhétorique du post-humain.

A.T. Si l’homme n’existe qu’à travers les formes corporelles qui le mettent au monde – affirmait David Le Breton-, toute modification de celle-ci engage une autre définition de son humanité? Qu’est-ce que vous pensez de l’idée du “corps disparu”?. De l’idée d’un corps disséminé dans les réseaux qui perd son corporéité matérielle.

Derrick De Kerchkove. Affirmer que nous sommes en train de perdre notre corps disséminé dans les réseaux, il est – selon moi- une notion romantique. Je pense qu’il soit exactement le contraire. Nous ne sommes pas en train de perdre notre corporéité. En revanche,nous sommes en train de l’étendre. Il ya une reconsidération du corps et de la corporéité qui s’inscrit dans les pratiques artistiques contemporaines. Le réseau peut être envisagé comme prothèse, non pas tant avec l’idée de suppléance d’un membre absent mais avec une visée de mise en continuité du corps biologique avec d’autres corps, notamment électroniques et numériques. Blaise Pascal affirmait:”l’homme n’est ni ange ni bête; le malheur est que qui veut faire l’ange, fait la bête”. Le corps continuera à exister parce qu’il représente la plus complexe interface de l’existence humaine. Comment catholique je ne partage pas cette idée et, non plus comme homme. L’idée entière se base sur un axiome incorrect, c’est-à-dire que “virtuel = immatériel”. Il n’ya rien d’immatériel dans le Web, le Net est soutenu par une profonde infrastructure de réseaux physiques réels. La technologie wireless, par example, est une technologie qui met tout le monde en contact avec tout et tous. Elle est ainsi performante et globale parmi toutes les autres technologies qu’elle fera imploser le monde sur lui-même.

A.T. Je cite, encore une fois, Paul Virilio: “la vie est une passion contagieuse et ni la science ni surtout les techno-sciences n’ont le pouvoir de l’éteindre et d’abolir les risques qu’elle comporte. Vivre, c’est dangereux, c’est même mortel! Impossible donc de séparer vitalité et mortalité… à moins de vouloir créer de toutes pièces une génération de morts-vivants, de zombies, qui seraient aux sociétés futures ce que l’esclave était aux sociétés du passé. Le surhomme de l’eugénisme fin de siècle est en réalité un “sous-homme”, un “infra-humain” et sûrement pas un trans-humain”. Au sujet de l’accélération dans les sociétés technologiques il ya des intéressantes analyses de Jean Baudrillard et Paul Virilio, quoi pensez-vous à ce propos ?

Derrick De Kerchkove. Le problème de l’accélération est suprême. Dans une culture stable dans lequel le virage technologique est lent, c’est l’État qui soutient d’une façon générale et il contrôle la culture. Dans notre époque les révolutions technologiques arrivent à un stade mûr trop rapidement.Quand l’innovation technologique accélère, le devoir de l’harmonisation collective et alors de l’éducation psico-sensorielle est déférée à la culture. Mais c’est la société Nintendo, maintenant, qui règle les systèmes nerveux des jeunes générations plusieurs exposés aux ordinateurs qui pas aux écrans de la télévision. Quand nos enfants sont en train de jouer à la consolle de leur “Xbox” ou “play station”, ils deviennent des simples joysticks humaines de videocartoon digitaux. Celle-ci, il me semble, l’image la plus précise des nos nouveaux “moi-meme” émergents. Actuellement les forces de marché ont pris le dessus. Je crois qu’il soit arrivé le temps d’une meilleure compréhension des complexités de notre société actuelle, d’un monde tout à coup trop grand pour les individus et trop petit pour les collectivités. Nous sommes en train de chercher une perception plus ample de nous mêmes, proportionnée à la distance mondiale de nos “arts fantôme” technologiques. Nous avons besoin donc de nouvelles et plus proportionnées métaphores sociales pour commencer à reconnaître notre planète, non seulement comme notre maison, mais comme notre véritable corps.

Antonio Torrenzano

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Conversation avec Alain de Vulpian. Sociologue,écrivain,fondateur de la Société Confremca et de Sociovision, il est également membre du comité scientifique du Centre international de recherche Pio Manzù. Le dialogue fait le point sur les changements extrêmement profonds qui vont au-delà des changements d’opinions ou de valeurs.

Antonio Torrenzano. Vous affirmez que nous sommes entrés dans une société réflexive, une société qui ne se contente pas de prolonger les courbes ou de projeter ses idéologies et ses espoirs sur la réalité.Une société qui essaye de réfléchir sur elle-même. Un nouveau processus ?

Alain de Vulpian. Un changement anthropologique est en cours. Ces changements viennent d’être ignoré par la plupart des analystes qui préfèrent s’intéresser aux changements technologiques, économiques, démographiques ou géopolitiques. Aujourd’hui, quand nous parlons de dimension socio-culturelle on pense seulement à des changements des coutumes mais les individus, les gens ordinaires, ont complètement changé le propre style de vie. Ils vivent de manière plus intime.Le fil rouge de ce processus est constitué par les gens qui changent. Les personnes sont au centre de cette dynamique. Les gens sont partis à la recherche de leur bonheur et de leur émancipation. Les individus ont commencé à se brancher un peu plus sur leurs sensations et leurs émotions tandis que notre culture antérieure avait établi une censure des sensations et des émotions, nous avait centré sur les idées, sur l’intellectualité. Alors qu’auparavant les émotions étaient plus dites que vecues, désormais nous ressentons ces émotions et l’on sent l’estomac se serrer avant d’avoir des mots pour raconter. C’est un changement tout à fait considérable.Deuxième changement tout à fait essentiel, le retour de l’intuition de l’intimité des autres. Une fois que l’on a pris plus conscience de son intimité, on développe une perception plus fine de l’intimité des autres. On juge moins les autres de l’extérieur, on les ressent. Et nous devenons de plus en plus habiles à percevoir les mimiques, à décoder. Un radar social qui se perfectionne et qui nous donne une capacité à comprendre, non pas intellectuellement, mais à sentir ce qui se passe dans la société.

AT. Les individus sont partis à la recherche de leur bonheur et de leur émancipation mais j’observe qu’il y a une fracture profonde entre la société civile et la société institutionnelle européenne presque dans tous les Pays de notre continent. Les gens ordinaires demandent-elles des nouvelles réponses ?

Alain de Vulpian.Ces individus demandent nouvelles réponses, ils sont plus autonomes, plus exigeants vers le pouvoir, vers les partis politiques, vers les organisations syndicales.Organisations socio-politiques dans lesquelles ils ne se reconnaissent plus. Organisations dans lesquelles ils n’ont plus envie de s’engager, de devenir membres, d’y entrer. Parce que la société institutionnelle ne s’intéresse pas aux vrais problèmes tels que les gens les perçoivent. Les vrais problèmes, c’est la vie concrète, la personne humaine charnelle. Ils devient possibles militants seulement sur sujets sociaux spécifiques dont ils se reconnaissent. Et, je constate encore, que les instruments sociaux plus près à ce changement social sont les ONG, les associations sans but lucratif, les réseaux de solidarité, les mouvements qui proposent la défense de valeurs spécifiques. Je pense que la direction des nos démocraties européennes aille vers une démocratie de partenariat plutôt qu’une démocratie représentative. Nous vivons encore sur un type de démocratie de régime représentatif qui pour l’essentiel a été inventé, il ya un siècle et demi ou deux, completé par l’Etat providence et qui s’est transformé en démocatie médiatique ou d’opinion.Ce changement influencera la base électorale et les manières anciennes de formation du consensus politique. Pour ces individus qui vivent dans nos Pays de l’Europe, l’actuelle démocratie n’est plus suffisante. Ces libertés individuelles doivent prévoir des nouvelles formes de participation directe mais notre actuel système politique n’offre pas encore des solutions acceptables et les élus à nos Parlements nationaux ne les représentent plus de manière explicite. Il ne me surprendrait pas que de nouvelles formes démocratiques émergent.

AT. Est ce que nous pourrons conjuguer cet équilibre entre la liberté et la possibilité de faire ce qu’on veut. Pour mieux dire entre libertés individuelles et une nouvelle cohésion économique et sociale ?

Alain de Vulpian. Je crois qu’ils ne doivent plus venir par les anciennes organisations politiques. Il faut recommencer par les initiatives populaires. Les mêmes experts qui envahissent les différents ministères dans chaque Pays européen, ils ne sont pas plus aptes à répondre. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un décalage réel entre la société des gens ordinaires et la société institutionnelle, des partis politiques, des pouvoirs publics, des grandes entreprises.Ce décalage produit des malaises,des pertes d’énergie, une incapacité à faire face au grand défi de l’époque. Je suis assez persuadé que nous sommes à une époque de bascule. J’éspère que la société des gens ordinaires et la société institutionnelle se réuniront afin de trouver des harmonies tout à fait intéressantes. Sinon, nous risquons de nous trouver dans des situations difficiles.Je crois que la solution à rechercher soit celle d’une démocratie sensible, une démocratie plus attentive à dialogue,une démocratie qui revienne à l’ancienne conception et acception d’agorà en sens étroit.Sensible aux valeurs, tout le contraire de l’unilatéralisme. Je crois qu’il faut reconnaître qu’on est en apprentissage.Il faut essayer de connaître les dynamiques, on n’est plus à une époque où on peut seulement planifier. Il est indispensable de proposer des visions, de les ajuster…

Antonio Torrenzano

 

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Dis-moi, c’est quoi l’amour ? Pourquoi j’ai besoingianniberengogardinvenezia1957.JPG de lui comme l’air que je respire, comme l’eau que je bois, comme le seul point de repère de mon Nord? En ignorant les obstacles comme un tank qui renverse n’importe quoi et n’importe qui se trouve sur son chemin, mon étudiante Annalisa m’avait posées,encore une fois, deux questions dont elle cherchait des réponses mathématiques. Annalisa, c’est une étudiante très severe avec elle-meme, tendre et forte, rigide et obstinée, irréductible, avec une tête à faire peur. Ses raissonements ont été toujours impeccables,précis. Mêmes les questions posées pendant mes cours ont toujours mis en évidence son caractère. Amoreuse depuis longtemps de son camarade Alessio, pour la prémière fois son coeur comme un fantôme torturait sa façon d’être logique, lineaire, rationnelle. Mais malgré ses efforts élevés pour concilier le rationnel et le révelé, le cauchemar de son coeur restait un mosaïque à déchiffrer.

Dans ce monde affamé de temps, ce monde de short message service magiques comme ensorcellements, ce monde de relations exiguës où les émotions cherchent d’être vendues de la même manière à des objets de consommation, il fallait répondre, il fallait donner à ce mosaïque le goût d’une découverte, d’un projet absolu, un projet de vie.

Il n’y a pas de réponses mathématiques quand on s’aime, ma chère Annalisa. L’amour est un souffle de vent, c’est comme l’eau precieuse dans un désert où toute plante est un mirage, c’est une valeur ancienne et universelle, un sentiment fait de générosité et égoïsme, de courage et de faiblesse, de logique et d’incohérence. “Aimer”, il signifie être déterminés à partager et mélanger deux biographies, deux memoires. Il signifie se rendre aussi subordonné à l’autre personne, douée d’une analogue liberté de choisir et de la volonté de suivre le choix. Il signifie, en même temps, s’accorder pour un avenir qui reste un grand inconnu. Il signifie se consacrer en otage au destin même. L’amour est identique à la transcendance. C’est un procès créateur et, comme dans tous les procès créateurs, il y a des risques dont chaque individu ne sera jamais certain du résultat à qui parviendra. C’est une valeur authentique, pas une marchandise. Une émotion qui ne promet pas la liberté des fatigues, d’interminables négociations, accords. Tous les instruments anti-risque de cette société globale de consommation dans l’amour ils sont absents. En amour il n’y a pas réparations rapides, solutions valides une fois pour toutes, garanties d’indemnisation dans le cas la pleine satisfaction ne soit pas instantanée. L’amour, c’est l’autre biographie dont on partage une vie parce qu’on partage un rêve, un engagement, des jours tristes, des choses simples, la souffrance, la joie. L’amour ce n’est pas seulement une femme avec laquelle être hereux… C’est vouloir que la personne aimée devienne notre camarade, notre ami, notre complice, notre frère, notre latitude, notre étoile polaire au de la du temps.

Antonio Torrenzano

 

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Pendant mes cours avec mes étudiants, quand je commence à discuter de mondialisation, j’affirme tout de suite que les enfants et les vieux n’interessent pas à l’économie mondiale et aux politiciens. Les enfants et les vieux ne vont même pas voter. La creativité et la sagesse sont des doutes trop chères à pratiquer.

Je continue encore en disant que la mondialisation recouvre d’abord une réalité économique: ouverture des marchés, internationalisation des firmes, libéralisation des flux financiers. Je montre et développe comme les nombreuses analyses détaillent ces mécanismes, évaluent leurs conséquences en matière de richesse, de travail, d’emploi. Dans quelle manière l’impact de la mondialisation dans différents pays est étudié, ainsi que le processus de l’intégration régionale au sein de l’économie mondiale. S’il est vrai que nous vivons dans une économie mondialisée, au sein d’ une société-monde, où l’information, la culture et la communication sont planétaires, que nous évoluons à l’ère du global, il importe de comprendre ce que signifient ces différents processus pour connaître ce monde qui est encore le notre.

Mais dans ce processus économique et social quoi reste-t-il de l’Individu, de sa dignité, des toutes les histoires plurielles, des nos vies des garçons et jeunes filles, au nord autant que au sud …partout dans cette sociétémonde ? La question de Greta et Giulia, deux mes étudiantes de 16 ans au lycée scientifique Aldo Moro, m’avait vraiment pertubé. Je ne pouvais pas leurs répondre seulement par un mécanisme mathématique ou économétrique. Sûrement précis,rigoreux… mais elles cherchaient et voulaient des autres réponses. Réponses, qu’ils pussent satisfaire ou soutenir leurs lots d’inquietudes, d’espoirs,d’interrogations. Par habitude nous parlons de mondialisation, par habitude je trouve que nous avons renoncé à notre sens critique. Ah…l’habitude, la plus infames des maladies que nous fait accepter n’importe quel malheur, n’importe quelle doleur, n’importe quelle mort. Par habitude, on vit avec des personnes détestables, on apprend à supporter les chaines, à subir les injustices, à souffrir. On se résigne à la doleur, à la solitude, à tout. L’habitude est le plus insideux des poisons. L’habitude nous evahit lentement. En silence, elle grandit peu à peu se nourissant de notre indifference et, quand on découvre qu’elle est là, que chacun de nos gestes en est conditionné, il n’y a plus de remède possible pour en guèrir.

Dans ce temps present de Hong Kong à Paris, de Moscou à Bologne, de New York à Abidjan, de Montreal à Adis Abeba, nous ne risquons plus d’être dépaysés. Nous sommes tous des consommateurs. Le monde est rempli de consommateurs. Nous pouvons manger les mêmes hamburgers-frittes, porter les même jeans, boire les mêmes boissons,mettre les mêmes pull-overs, regarder les mêmes soap opera. Et si un produit est trop cher, la contrefaçon massive se chargera tout de même de ramener la consommation à l’identique.Le plus étrange, c’est que cet effet opère autant en haut de l’échelle sociale qu’en bas. Les demeures bourgeoises se ressemblent, les bidonvilles aussi. Même la misère cherche à s’habiller à l’occidentale pour sauver sa dignité. Les organismes internationaux pourront réguler la mondialisation, mettre en place des économies alternatives. J’éspère substituer la logique du marché à la logique de l’hominisation de la Terre, modifier cette absurdité qui ne me semble plus choquer personne dans le seul et possible horizon des nos démocraties. Mais il faut faire vite! Il faut elaborer une gouvernance planétaire, une nouvelle démocratie transcontinentale. Et, je crois, comme Jurgen Habermas souligne dans son dernier essai, seulement l’Organisation des Nations Unies pourra interpreter ce rôle.

Il y a encore la question de l’éthique de la mondialisation qui doit etre posée avec urgence. Quoi reste-t-il de notre concept de beauté? De la capacité de l’individu à rever, à immaginer, à traduire en actions sa pensée? Edgar Morin dans Une Politique de Civilisation dit:« Le monde est dans les douleurs agoniques de quelque chose dont on ne sait si c’est naissance ou mort. L’humanité n’arrive pas à accoucher de l’Humanité ». Nous vivons dans une complexité modiale avec plusieurs presents articulés. De plus, la rue ne hurle pas assez fort pour atteindre l’entendement des décideurs. Et c’est là une critique de fond très bien formulée par Edgar Morin: « le libéralisme mondial se fonde sur un univers mental doctrinaire, linéaire, quantifié, unidimensionnel. Il perpétue une vision progressive de l’Histoire qui a perdu toute crédibilité. Il prend pour superstition tout ce qui s’attache aux identités, singularités, traditions culturelles et considère comme soubresauts d’un monde dépassé les premières révoltes qui se manifestent contre son déroulement, sans jamais songer qu’elles puissent constituer les annonces de contre-courants futurs.»

Pour qu’un changement significatif se produise dans la situation critique qui est la nôtre, il est nécessaire que l’individu s’éveille et sorte de cette hallucination collective entretenue aujourd’hui, qu’il éveille la communauté dont il fait partie et affecte en profondeur l’humanité toute entière. Il faut retrouver l’amour, la passion, l’énergie d’être encore capable de traduire en vers nos vies. Merci Greta, merci Giulia,pour m’avoir encore rappelé, dans une manière si forte come votre âge, que la vie humaine n’est pas simplement celle-là que nous avons vécue, mais celle qui se rappelle et comme se rappelle…pour la raconter.

Antonio Torrenzano