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Conversation avec Federico Faggin, ingénieur physique, père du circuit intégré, président de la société Synaptics.Au États-Unis,il est nommé Mister chip pour avoir réalisé la puce 4004 et le Z80 chez INTEL. Possible candidat au prix Nobel pour l’innovation. Le dialogue a eu lieu auprès de l’Université de Pavie qui a lui conféré le grade de docteur honoris causa pour l’innovation, le 24 septembre 2007.

Antonio Torrenzano. Est-ce que le modèle Silicon Valley peut être considéré une expérience unique ? En Europe, y a -t-il des centres de recherche équivalents?

Federico Faggin. Le modèle Silicon Valley est une expérience unique, en Europe il y n’a pas d’expériences comparables. Pourquoi pas comparables ? Parce que dans le modèle californien la capacité de l’entrepreneur est jumelée à l’innovation en produisant des résultats toujours nouveux et efficaces. Il y a nombreux centres d’excellence dans le continent européen qui si soutenus par l’Union Européenne pourront créer une valeur technologique de plus ample vision et une compétitivité supérieure au vieux continent.

Antonio Torrenzano. Comme père du circuit intégré, vous avez révolutionné le secteur du microprocesseur. Quelles seront-elles, les prochaines nouveautés de la recherche technologique soit hardware soit logiciel ?

Federico Faggin. La course à performances plus élevées, haute puissance de calcul, prévoit la production et le branchement de plusieurs microprocesseurs dans chaque petite tranche de silicium. Aujourd’hui, le nouveau processeur SONY/TOSHIBA/IBM a neuf microprocesseurs et il réussit à faire 250 milliards d’opérations par seconde. Un numéro vraiment extraordinaire. Le parcours de la recherche et des entreprises du secteur prévoit processeurs à 16 puces, puis à 64 puces et si ailleurs. Celle-ci est la rue de l’avenir du microprocesseur aux hautes performances. La recherche technologique est en train d’investir aussi des capitaux sur un autre front. Sur la possibilité de simuler par un logiciel ou directement sur le silicium, quelques aspects du fonctionnement du cerveau, indispensable de base pour conférer à l’ordinateur quelque chose qui ressemble aux sens humains. Au Synaptics, ma dernière société dont je suis le président, nous avons réalisé de grands progrès dans ce secteur.Sourtout pour ce qui concerne la vision artificielle et la reconnaissance de configurations.Le cerveau humain il y n’a pas distinction entre hardware et logiciel :les réseaux neuraux biologiques du cerveau sont par contre un type spécial de “hardware intelligent” qui n’est pas complètement fixé à la naissance, mais il évolue et il se modifie avec le temps à petit à petit quand la personne grandit et elle apprend. Les fonctions vitales de l’apprentissage, de la connaissance procédurale,de mémoriser et rappeler dans une manière associative les renseignements, elles se déroulent dans une manière unique pour le cerveau. Tout cela change avec l’expérience et les différentes étapes de la vie de chaque individu.Dans 50 ans, nous pourrons intégrer dans un circuit intégré unique, la fonction équivalente de dix millions des chips plus avancées d’aujourd’hui. Je parle d’un million de milliards de transistors contenus dans un petit cube du volume de peux centimètres cubiques. Tout ça est d’une complexité qui donne le vertige,mais qu’il révolutionnera notre vie très vite plus de combien de je n’aie pas succédé dans les derniers 50 ans, en nous permettant de créer nouveaux types de machines pas encore imaginées. L’interaction entre l’homme et l’ordinateur deviendra en outre, de plus en plus naturelle, intuitive,efficace, en rendant l’ordinateur accessible aux nouveaux usages des individus moins instruits. L’ordinateur pourra acheter les sens: le toucher, l’ouïe, la vue, non seulement pour communiquer avec nous plus efficacement, mais aussi pour obtenir renseignements d’un contexte dans une manière autonome. Le fil conducteur est toujours de rendre les ordinateurs plus faciles à utiliser et “plus humains” , en faisant qu’ils soient plus prêts à nos exigences et pas vice versa. Pour ce but, la tablette tactile et la reconnaissance de l’écriture manuscrite ont constitué des étapes fondamentales,mais la vraie victoire sera quand nous aurons enseigné aux machines à “raisonner” comme l’homme. Autre aspect indispensable sera réduire les coûts, l’encombrement, améliorer les performances ergonomiques.

Antonio Torrenzano. Pour chacun individu, il y a “a day in the life” qui changent le parcours suivi jusqu’à ce moment. Rappelez-vous des moments?

Fedico Faggin. Un moment important a été le mois de janvier 1971 : je ne me rappelle pas exactement le jour. Je me rappelle, en revanche, bien l’heure: les quatre du matin. J’ai passé tout seul toute la nuit en laboratoire en essayant la dernière version du chip 4004 qu’il a fonctionné à la perfection. À quatre heures, je suis revenu à la maison en donnant l’annonce aux membres de ma famille. L’autre date, le 9 mars 1976, le jour dans lequel le circuit intégré Z80 fonctionna pour la première fois. Une nouvelle étape digitale parce qu’elle a représenté le début concret d’une nouvelle période technologique.

Antonio Torrenzano.Pourquoi avez-vous préféré les États-Unis pour vos recherches ?

Federico Faggin. Je me suis rendu pour la première fois en Californie quand j’avais 25 ans, envoyé par la société pour laquelle alors je travaillais, à suivre un cours de perfectionnement sur les circuits intégrés MOS. Tout de suite en Californie, j’ai admiré la manière par laquelle la technologie avancée, l’envie de faire,la créativité, elles étaient encouragées et facilitées. J’ai découvert qu’en Californie qui avait envie de travailler, il trouvait majeure assistance comme financements, personnel, laboratoires,lois spécifiques. J’ai vraiment découvert une idée presque inconnue en Europe dans les années 1950:le travail en équipe sans lequel est impossible de réaliser travaux d’une certaine complexité comme les ordinateurs. Dans mon cas, il s’est traité d’être la personne juste au moment et dans le juste lieu. Quand j’ai créé le circuit intégré 4004, même si j’étais encore très jeune, j’avais réalisé déjà des expériences qui me fournissaient un bagage de connaissances uniques. J’avais expérience dans l’architecture des ordinateurs, en ayant à peine construit un auprès de l’Olivetti à 18 ans, après mon bac. Puis j’avais déjà approfondi la technologie sur les circuits intégrés au métal-oxyde semi-conducteur en apportant des innovations essentielles pour la réalisation future du 4004. J’avais acquis donc des expériences importantes dans une époque par laquelle les tracés des circuits intégrés s’exécutaient encore à la main. Finalement en 1970, quand le défi du moment, il était la réalisation du microprocesseur, je me suis trouvé à l’INTEL, où j’ai trouvé le milieu favorable pour tirer profit de mes expériences précédentes et réaliser la puce 4004.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Václav Havel, auteur dramatique de renommée internationale,écrivain, porte-parole de la Charte 1977, il fut élu président de la Republique Tchèque et distingué comme prix Nobel de la paix.Le dialogue a eu lieu auprès de la Fondation Vittorino Colombo à Albiate en Italie où l’Auteur a reçu le prix international pour une culture de la paix 2005.Au mois de septembre 2007, l’université de Udine a lui conféré le grade de docteur honoris causa pour le dialogue entre les cultures.

Antonio Torrenzano. J’aimerais commencer notre dialogue avec une phrase de Charles Baudelaire dont partir:“au fond de l’inconnu pour trouver du Nouveau”.Pouvons-nous encore espérer ?

Václav Havel. Au cours de ma vie, et pas seulement en prison, il m’est arrivé de me trouver dans une situation où tout semblait se liguer contre moi. Rien de ce que j’avais espéré ne paraissait devoir se réaliser, aucune de mes actions n’allait aboutir, ce que j’entreprenais avait perdu tout sens. C’est là une situation que nous connaissons tous:nous croyons qu’il ne va plus rien arriver de bon,pas plus à nous qu’au monde qui nous entoure. Et chaque fois que je m’interrogeais ainsi, je finissais par comprendre que l’espérance au sens le plus profond de l’expression ne vient pas du dehors.Au contraire,j’aboutissais chaque fois à cette même conclusion claire:l’espérance est avant tout un état d’esprit que l’on partage ou non,indépendamment de la situation où l’on est plongé.Bref, l’espérance est un phénomène existentiel qui n’a rien à voir avec la manière d’apprendre l’avenir. L’espérance est liée au sens que nous donnons à la vie:tant que nous la gardons,nous gardons aussi une raison de vivre. Si nous la perdons, il nous reste que deux solutions:nous suicider ou, de façon plus banale,nous contenter de survivre,de vivoter,du rester au monde simplement parce que nous sommes déjà là.Bien sûr, on espère généralement quelque chose ou en quelque chose.L’espérance a donc pour support un objet concret. Mais, au sens existentiel, l’espérance vivifie le but, elle lui infuse une vie,elle illumine. Je me suis interrogé,j’ai mille fois songé à cette question et, j’ai toujours fini par aboutir à une même conclusion: l’origine la plus profonde de l’espérance est, pour parler net, métaphysique. Je crois qu’elle représente quelque chose de plus profond qu’une tendance ou une disposition de l’esprit humain à l’optimisme.C’est l’expérience que chaque individu a de sa propre existence et, de l’existence du monde.L’unique explication véritable est que la vie sur notre planète n’est pas un événement aléatoire, elle est une partie intégrante d’un grand et mystérieux ordre dans lequel tout à sa place unique. Quelques-uns trouveront peut-être ma réflexion extravagante, mais je n’y peux rien. À ma connaissance,toutes les fois où quelqu’un a vraiment accepté un destin difficile, entrepris un acte de bonté ou de courage sans se soucier d’un résultat visible et immédiat, c’est une seule certitude, secrète et profonde,qui l’a fait agir:sa propre raison d’être au monde, sa propre expérience de la transcendance. Sans l’expérience de la transcendance, ni l’espérance ni la responsabilité humaine n’ont de sens.

A.T.Ce qui se manifeste du nouveau système mondial c’est une très forte instabilité sociale, une puissante accélération des événements historiques. Une situation que pour quelques vers il peut là comparer – selon une vision lacanienne – à la schizophrénie, pas en sens médical. C’est-à-dire un temps présent incapable de s’unifier avec le passé, incapable de préfigurer nouvelles et possibles solutions pour l’avenir.

Václav Havel. Nous vivons sur une planète qui,pour la première fois de son histoire,se trouve embrassée par une civilisation unique. Le destin des milliards de personnes et de centaines de peuples est à ce point interconnecté dans cette civilisation globale qu’ils se fondent en un seul destin. Il en résulte mille avantages et mille inconvénients.Le plus grand inconvénient, c’est que chaque danger qui menace notre monde devient un danger planétaire. Je n’ai pas besoin de vous rappeler les nombreuses menaces aux quelles devrait faire face la civilisation contemporaine qui est si peu douée pour cela. Je me contenterai de n’en mentionner qu’une,celle qu’on a pris coutume de nommer la guerre des civilisations. Je préfère plutôt le terme de guerre entre diverses sphères de civilisations,de cultures ou de religions. Le processus d’uniformisation au sein de la civilisation globale s’accompagne donc d’un processus inverse d’autodéfense de plus en plus vigoureuse des différentes identités culturelles. Comment réagir face à ce danger? Quel système de coopération globale bâtir pour éviter le risque que nos petits-enfants ne vivent des événements mille fois plus effroyables que la Seconde Guerre mondiale? J’aimerais toutefois souligner un élément que j’ai souvent évoqué et qui me paraît très important en rapport direct avec le thème de l’espérance.Je croit fermement qu’il existe un lien entre les divers mondes culturels qui composent notre civilisation contemporaine. Ce qui le constitue,c’est simplement cette certitude absolue que la clé d’une bonne coexistence et d’une vie qui ne soit pas un enfer se trouve dans le respect de ce qui nous transcende infiniment et, que j’ai nommé le miracle de la vie.Si l’humanité peut espérer un avenir favorable, cet espoir repose surtout dans l’éveil d’une responsabilité générale dont les racines s’ancrent infiniment plus profond que dans le monde des intérêts transitoires et temporaires.

A.T. Pourquoi l’Occident se montre-t-il incapable de prendre une part active à la construction d’un nouvel ordre des affaires internationales?

Václav Havel. L’Occident démocratique a perdu sa capacité à protéger et à cultiver véritablement les valeurs qu’il ne cesse de revendiquer pour sienne sur lesquelles il s’est engagé à veiller et dans l’intérêt desquelles il a armé ses arsenaux. Les événements de l’ex-Yougoslavie doivent nous servir d’avertissement:il ne s’agissait pas uniquement d’une crise des Balkans. L’Europe et les États-Unis se sont montrés incapables d’intervenir efficacement pour défendre les valeurs fondamentales de la civilisation, valeurs si dramatiquement mises à mal dans la région ou en Somalie et encore dans le continent africain.Mes longues années de vie sous le régime communiste m’ont apporté certaines expériences auxquelles l’ouest non communiste a échappé. Les valeurs traditionnelles de la civilisation occidentale telle que la démocratie,le respect des droits de l’homme et de l’ordre de la nature, la liberté individuelle et l’inviolabilité de la propriété privée, tout cela a acquis pour nous un symbole de valeurs garanties par l’éthique et donc la métaphysique.Sans le vouloir, les régimes communistes nous ont appris à comprendre que la vérité du monde ne se borne pas à une simple information sur lui,mais que c’est une attitude,un engagement,un impératif moral.Aujourd’hui, nous continuons tous à nous réclamer de la démocratie,des droits de la personne, mais nous le faisons dans la mesure où cela ne nous demande aucun sacrifice.L’Occident devra avoir une nouvelle capacité à sacrifier une part de son intérêt personnel pour l’intérêt général.Le pragmatisme des politiciens qui veulent l’emporter aux élections futures et, qui reconnaissent donc pour autorité suprême la volonté et l’humeur d’une société de consommation capricieuse, empêche ces politiciens de prendre en compte la dimension morale,métaphysique et tragique de leur propre ligne d’action. Pourquoi le monde occidental est-il devenu si peu capable de sacrifice.Les causes sont profondes. Le développement économique de la civilisation euro-américaine, fondé sur l’essor des connaissances technico-scientifiques, a peu à peu dénaturé notre système des valeurs humaines.De plus en plus, une nouvelle divinité tend à supplanter dans nos agissements le respect envers l’horizon métaphysique de notre existence humaine:l’idéal d’une production et d’une consommation sans cesse accrues.Refus d’un engagement plus profond là où il n’y a pas de gain immédiat, de là cette prudence,ce manque d’imagination et de courage.De là enfin cet amour du statu quo. Je ne pense pas que le principal devoir des générations de politiciens contemporaines soit de complaire au public par leurs décisions ou leurs sourires télévisés.Leur rôle est tout autre:c’est d’assumer leur part de responsabilité pour les perspectives à long terme du monde où nous vivons.Ils ont pour devoir d’avoir une pensée courageusement tournée vers l’avenir, de ne pas redouter de se rendre impopulaires.

Antonio Torrenzano. Est-ce que le rôle de la société civile peut être nécessaire pour une évolution de la situation contemporaine? Comment cette responsabilité trouvera-t-elle son expression dans la pratique politique? Dans les pratiques politiques de chacun d’entre nous?

Václav Havel. Aujourd’hui, plus que jamais dans l’histoire de l’humanité, tout est interdépendant. Voila pourquoi les valeurs et les perspectives de la civilisation actuelle sont partout mises à rude épreuve.Notre avenir commun se décide dans les forêts brésiliennes dévastées, dans la misère du continent africain, du Bangladesh ou de la Somalie.Qui sait combien de cataclysmes épouvantables l’humanité devra traverser avant que ce sentiment de responsabilité ne devienne général? Cela ne signifie pas pour autant que ceux qui le veulent ne puissent se mettre au travail dès aujourd’hui. Voila une grande tâche qui attend les enseignants,les éducateurs,les intellectuelles,les journalistes,les artistes, tous les acteurs de la vie publique.L’humanité sait désormais que seul un nouveau type de responsabilité mondial peut la sauver. Il ne lui manque qu’un tout-petit détail:celui d’assumer véritablement cette responsabilité.

 

Antonio Torrenzano

 

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anthropologie_du_corps.1190747280.jpgConversation avec David Le Breton, anthropologue, professeur à l’université Marc-Bloch de Strasbourg. Auteur des nombreux essais dont: Anthropologie du corps et modernité,1990; 2) Passions du risque,1991; 3) La sociologie du corps, 1992; 4) La chair à vif. Usages médicaux et mondains du corps humain,1993; 5) Anthropologie de la douleur,1995; 6) La sociologie du risque,1995;7)Les passions ordinaires,1998;Conduites à risque.Des jeux de mort au jeu de vivre,2002; 9) Signes d’identité, 2002. La conversation a eu lieu auprès du “Festival international della Mente”, dans le petit village du moyen âge de Sarzana en Italie, le 1er septembre 2007.

Antonio Torrenzano. Pourquoi affirmez-vous que chaque histoire personnelle est une histoire de peau?

David Le Breton. Chaque histoire personnelle est une histoire de peau.Dans les différentes cultures européennes, la peau est métonymie de la personne. La peau explicite la différence individuelle,elle signale le genre sexuel, la condition sociale, l’âge, même les qualités de l’individu. La peau est un un filtre psychique et somatique en même temps. Par la peau, nous pouvons connaitre l’histoire personnelle d’un individu, ses liens sociaux, sa vie privée et publique. Elle constitue le point de contact avec le monde et avec les autres. De plus, elle gère le rapport de chaque individu avec le monde exterieur.La peau est rhabillée de sens.Toucher n’est pas seulement une action physique, il est en même temps sémantique.Toutes les relations sociales avec les autres nous les traduisons en réactions épidermiques.Par exemple, certains verbes qu’ils impliquent les mains, ils servent à décrire nos actes vis-à-vis de l’autre. Pensez-vous aux phrases :”nous prenons part à sa douleur”, “nous comprenons ton point de vue, ou “je te porte dans le coeur” ou encore “nous l’accueillons aux bras ouverts”. La qualité du rapport avec le monde et les autres,c’est un problème de peau. La sexualité abat la séparation des corps par l’embrassement,par les caresses. Une caresse ne signifie pas prendre possession de l’autre individu plutôt se reconnaitre avec l’autre personne dans une approche sans fin. Le tact est le sens principal de la rencontre,de la sensualité,de tous les liens sociaux. Le tact, c’est la tentative d’abolir la distance avec l’autre sujet en les approchant dans une réciprocité qu’on veut immédiat.

A.T.Le piercing,il tatouage,la chirurgie esthétique,sont-ils des nouveaux procès de construction de formes d’identité ?

David Le Breton. Le corps est perçu par nos contemporains comme une espèce de matière brute, un accessoire de la personne malléable et révocable. Il faut le modifier d’une manière ou dans l’autre, comme si ces changements pouvaient prendre possession de notre corps réellement. C’est un désir qu’il recoure souvent dans les interviews pour mes analyses que j’ai réalisées. On aperçoit ici un fantôme, on devine l’envie d’être au fondement de la propre origine en refusant chaque idée de filiation:c’est l’ambition de faire à soi.Dans mon livre, l’adieu au corps, j’ai analysé vraiment cette convergence entre pratiques et discours sur l’insuffisance, plus que sur le symbole incomplet du corps, la déception et le découragement qui s’essaie aux propres yeux et le désir de changer peau. Le tatouage et le perçage sont la forme le plus élémentaire et banale, si nous voulons, de cette volonté de se mettre au monde tout seul.Le corps pluriel réenvoie, dans les faits, à une identité que, dans le monde contemporain, elle est devenue polymorphe et fuyante. Il est nous demandé continuellement de nous ajourner, de nous recycler, de se plier aux modes. Le fait même de se remettre en cause est vu curieusement comme une valeur. L’économie et le monde des marchandises nous demandent de nous rapporter continuellement avec le système de la consommation. L’identité même assume modalités variables. Nombreux parlent de liberté individuelle, mais je ne crois pas qu’ils se trouvent dans un temps de libération du sujet. Je crois, plutôt, qu’il est un temps de soumission presque inconditionnelle aux marchés et à leur mondialisation. Les modifications du corps ne sont pas une manière de décliner la propre volonté.Seulement une mode d’être autre de soi.

A.T. Vous avez longtemps étudié le risque, l’accélération permanente de nos sociétés occidentales. Quelles sont-elles, selon vous, les vertus philosophiques et créatrices de la marche à pied ?

David Le Breton. Marcher signifie s’ouvrir au monde et jouir de ses goûts. Marcher, il signifie être sollicité constamment par les odeurs, les couleurs, les sons. Le corps vibre, il retrouve cet enchantement de vivre qui est obscurci trop souvent par les obligations quotidiennes.Chaque territoire, je crois, communique un type de bonheur spécial. Pour moi, marcher dans une ville que je ne connais pas ou que je retrouve après mois ou ans, il est un plaisir sensoriel. Le chemin permet d’entendre profondément le propre corps trop souvent oublié. Nos contemporains ne sont plus capables de vivre sans “prothèse” et la voiture est la pire peut-être de celles-ci.Cette accélération me déconcerte. La frénésie des téléphones mobiles est symptomatique de ce point de vue. Pouvoir répondre toujours, il est devenu indispensable. Comme impossible il est devenu prendre du temps pour soi, pour fureter, pour écouter le monde.Toutes activités ennemies de nos sociétés occidentales. Il se promener, marcher signifie aussi reconquérir notre humilité d’êtres humains. Il nous renvoie aux questions essentielles, au sens de nos vies. En marchant, le corps libéré par les contraintes permet à l’esprit de se promener dans l’imaginaire et dans la pensée. Premier apprentissage de l’enfance, le chemin célèbre chaque fois la rencontre avec la vie. En marchant se découvre le sentiment de l’existence sans être dévoré par les impératifs de la communication parce que la société des médias est contraire à celle du corps, c’est sa mortification. En marchant, on a du temps pour dialoguer, écouter les autres et de discuter longtemps. En marchant, le mot reconquiert sa plénitude.

Antonio Torrenzano

 

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Américains et Anglais adorent ce mot et, ils l’utilisent et ils emploient l’expression en contextes linguistiques multiples.Ils ont raison, parce que vision est un mot dense de sens.Avoir vision veut dire avenir, il préfigure quelque chose qui arrivera et pas tous sont apte à percevoir un avenir très prochain.

Si jusqu’à il y a peu de temps, le visionnaire était synonyme de bizare, possédé, maintenant l’adjectif est devenu le meilleur dans différents domaines: pour les artistes, les économistes, les créatifs et tous les individus qui ont une vue et une sensibilité plus accentuée pour conjuguer revês, utopies avec la realité de ce temps présent.

Tous conviennent aujourd’hui que les sociétés occidentales souffrent d’un manque d’utopies. Le moment est arrivé de s’interroger sur les raisons de ce déclin, de vérifier si il y à encore besoin d’utopies. Le temps présent, dans lequel, elle est invoquée et attendue, nous révèle avec stupeur que la transition historique, pas encore achevée, a surpris les sciences sociales.

La désorientation dérive par la profondeur de ces transformations puisque, à la richesse disproportionnée des événements, nous opposons des idées anciennes et d’instruments d’analyse habituelle maintenant inadéquats. Les dilemmes théoriques sont nombreux, la mondialisation a nivelé le débat public ou, plus sournoisement, elle a plié l’individu sur soi-même.

Je crois que le défi le plus difficile, c’est trouver une nouvelle imagination pour la construction d’un nouveau vivre social, d’intervenir sur la réalité par une nouvelle pensée créative. De ne pas attendre plus Godot, parce que dans la métaphore élaborée par Beckett, attendre Godot n’a pas de sens, il est mentir à nous-mêmes. Parce que ne pas agir, il signifie pas faire bourgeonner de temps nouveaux.

Antonio Torrenzano

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Conversation avec M.Saad Eskandar, directeur de la Bibliotheque nationale iraquienne à Bagdad.Le dialogue a eu lieu auprès de la Fondation Horcynus Orca à Messine pendant les colloques internationaux sur l’avenir de l’Iraq.

Antonio Torrenzano.Que reste-t-il du patrimoine archéologique de l’Iraq ? Est-ce que les dommages apportés par la guerre peuvent être considérés comme irréparables ?

Saad Eskandar. Les médias nous ont en effet habitués à voir mon Pays seulement en termes de violence et destruction. Cependant, il existe une autre partie de l’Iraq qui nourrit grands espoirs pour l’avenir de la Nation et que, aux petits pas, il tente de reconstruire une société fondée sur liberté, paix et culture.Je veux rappeler encore les larmes désespérées d’une collègue qui avait travaillé au Musée de Bagdad pour trente ans quand, entre le 10 et le 12 avril de 2003, des incendies et des pillages dans le Musée et dans la Bibliothèque de Bagdad ont dispersé un patrimoine archéologique et culturel millénaire et de la valeur inestimable.Une valeur non seulement pour le pays, mais pour toute l’humanité.À la suite de ces épisodes presque le 60% des documents des archives nationales et le 25% des livres et des manuscrits sont irrémédiablement allés perdus. Aujourd’hui, je crois que nous avons beaucoup d’indices qu’ils font penser à un incendie de nature dolosive, amorcé pour voler des objets de grande valeur comme copies en pente d’or et oeuvres très très anciens.Le pays a donc perdu témoignages d’importance fondamentale de ses anciennes racines qui sont les racines mêmes de l’histoire de la civilisation de l’humanité. La civilisation babylonienne avec l’évolution de l’écriture cunéiforme, avec le Code juridique de Hammurabi et avec ses oeuvres de beauté extraordinaire comme les Jardins suspendus, a subi par l’ignorance des individus une perte incommensurable.

 

Antonio Torrenzano. Dans le secteur culturel, les actions de reconstruction comment procèdent-ils?

Saad Eskandar. La reconstruction, après les dévastations de la guerre, est lente et fatigante. En particulier, le renouvellement culturel, respect à la politique et à l’économie, est plus difficile et contrarié. Les intellectuels iraquiens, ils doivent se défendre du danger de la pensée fondamentaliste, ennemi de la pensée laïque, que les institutions culturelles veulent porsuivre.Qu’est-ce qui arrive, vous savez, à un peuple quand il perd les attestations de sa propre mémoire historique? Il perd le sens e son histoire, le sens de l’avenir. La culture a été un des secteurs le plus frappés de ce dernier conflit. Les dommages apportés sont considérables et irréparables.Si nous voulons que la culture revient à être vive en Iraq, nous ne pouvons pas priver le pays de ceux qui représentent la source de ce patrimoine.Il est fondamental comprendre que la culture doit être séparée de la politique et de l’économie parce que les intérêts économiques, l’envie de s’enrichir à tout prix, en effet, ils représentent un obstacle qui doit être dépassé. Investir sur la culture iraquienne est possible, il est nécessaire. Il faut faire connaître au monde tous les artistes, les intellectuels dont, pendant le régime de Saddam Hussein, ils n’ont pas eu la possibilité de produire leurs oeuvres. La crise actuelle n’a pas permis la floraison immédiate de nouveaux courants culturels, mais il a donné vie à une situation de stand-by. Il faut que les intellectuels iraquiens aillent en dehors de l’Iraq pour faire connaître la culture du pays et acheminer une comparaison avec les pays étrangers, avec la garantie de revenir en patrie et, surtout rester vifs.

Antonio Torrenzano. Pouvons-nous encore espérer ? À quoi faire appel?

Saad Eskandar.Je désire faire un appel à tous les intellectuels du monde, sans aucune différence de langue,race,religion,pour qu’ils aident la culture de mon Pays.Pour qu’ils puissent rédiger appels, recueillir signatures au soutien des intellectuels iraquiens. Mon pays a six milles ans d’histoire et, sans cette mémoire, l’histoire de l’humanité entière serait privée d’un morceau de passé qui est de tous.Cette histoire couvre les murs du système intérieur de croyances de l’humanité.L’histoire ancienne de mon pays est un papier routier intérieur de l’expérience humaine,dessinée cinq millénaires premiers de nous. Je fais appel à tous les intellectuels engagés du monde pour qu’ils restent près de l’Iraq et ils soutiennent la culture de mon pays. Les rêves cherchent autres rêves pour vivre.Les rêves des intellectuels de mon pays sont les rêves du monde, archétypes qu’ils réfléchissent les grands problèmes de l’individu:la recherche de la beauté, de la paix,du vivre ensemble. Il y a une ancienne légende pygmée qui raconte d’un enfant qu’il trouve dans la forêt un petit oiseau du très beau chant et il le porte à la maison. L’enfant demande à son père de pouvoir porter de la nourriture au petit oiseau, mais le père, il le tue.Cette légende raconte que l’homme en tuant l’oiseau, il a tué le chant et avec le chant soi même.

 

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec M.Paolo Lembo, fonctionnaire international, directeur et représentant résidant du PNUD en Iraq.Le dialogue,qui a eu lieu auprès de la Fondation Horcynus Orca à Messine pendant les colloques internationaux sur l’Avenir de l’Iraq et les deux rives de la mer méditerranéenne,fait le point sur la situation réelle dans le Pays.

Antonio Torrenzano.Est-ce que il ya de possibles solutions pour la crise iraquienne?

Paolo Lembo. Le temps est plus l’ennemi que le complice de l’Iraq. Il risque de n’être pas gentilhomme. L’Iraq a l’espace, les hommes,les richesses, la volonté. Mais le temps lui est compté pour corriger les erreurs,relever les défis alimentaires,écologiques,mettre en valeur ses ressources. La société iraquienne s’est repliée sur elle-même par plusieurs fractures parce qu’elle ne pouvait digérer que ce dont elle ressentait le besoin.Jai vécu pour mon travail mes derniers vingt-deux ans toujours dans des “conflict zones”,mais la crise iraquienne est une circonstance unique, la crise de crises post-conflit.La crise est allée trop vite et la mécanique s’est emballée,laissant derrière elle ceux pour qui on disait qu’elle était faite. L’Iraq pour sortir de cette triste situation est condamné au miracle. En deux générations,il lui faut réaliser ce que les autres Pays ont accompli en deux siècles. À condition de savoir ce qu’il veut et de savoir agir suivant ce qu’il veut .Le Pays peut accomplir cet exploit de vaincre le temps en même temps que la guerre civile,la pauvreté,la faim.Sans la paix interne et externe, l’Iraq sera incapable d’affronter les enjeux de son avenir. Le développement économique ou démocratique n’est pas une machine qu’il suffit de mettre en marche;il n’est pas un processus linéaire inspiré à des méthodes identiques partout,une potion magique.

Antonio Torrenzano. Est-ce que dans quelles actions le PNUD est engagé en Iraq? Combien des fonctionnaires et experts gérez-vous dans ce moment?

Paolo Lembo.Notre aide sers à renfoncer l’État et les choix qu’il opérera. Nos actions encouragent les capacités humaines locales, assistance technique aux institutions juridiques et économiques du Pays, law enforcement,gouvernance,soutien au droit des femmes.Si nous ne réussissons pas à définir une législation qui protège les droits des femmes et qui pourra leur permette de participer au développement du Pays, il n’y aura pas développement économique. Quand on parle du rôle de la femme,nous parlons en réalité du développement humain mondial. Cependant, le contexte juridique en Iraq est tout à construire,à inventer. Mais il y a aussi éléments d’optimisme et contextes législatifs où il y a une évolution visible. Il faut encourager les femmes à développer leur capacité, c’est une qualité fondamentale pour le développement.Les femmes n’ont pas encore une pleine liberté d’expression,services sanitaires dediés.En Iraq, le PNUD est présent avec 60 ressources humaines qui deviendront presque 90 entre fonctionnaires et experts à la fin de l’année 2007.Nous avons trois bureaux opérationnels dans le Nord, dans la Capitale et dans le Sud du Pays.La dernière résolution,il nous permet d’avoir aussi l’instrument de la médiation diplomatique dont nous l’avions pas précédemment.

A.T. Le Proche-Orient est confronté à un afflux massif de réfugiés.Les Irakiens où vont-ils?

Paolo Lembo. Environ deux millions d’Irakiens ont fui leur pays.Selon nos statistiques, ils sont déjà un million de personnes et si l’exode se poursuit à ce rythme, les conséquences seront lourdes pour toute la région.Mes collègues du Haut-Commissariat aux Réfugiés affirment que les Irakiens représentent plus de 5% de la population syrienne (18 millions d’habitants) et quelque 40.000 nouveaux réfugiés arrivent d’Irak chaque mois. Ils peuvent rester six mois sur un visa, puis ils doivent quitter le territoire avant de revenir pour six nouveaux mois. En accueillant 700.000 Irakiens, la Jordanie a augmenté la sienne de 12%,mais a pris des mesures pour endiguer le flux. Tout comme l’Égypte, qui a reçu 130.000 Irakiens.C’est une des conséquences de cette guerre.Quant à l’exode intérieur, il est aussi terrible: presque 500.000 déplacés en 2006 et un total qui devrait atteindre 2,3 millions d’ici la fin 2007. C’est-à-dire un Irakien sur dix.Il y a encore une augmentation considérable du nombre de tués. La moyenne établie par notre Agence est de 3.000 par mois.Nous estimons qu’environ un millier de personnes fuient chaque jour l’Irak, mais le chiffre réel est sans doute bien supérieur. Entre un demi-million et un million d’Irakiens se trouvent en Jordanie, un nombre équivalent en Syrie, probablement plus de 100.000 en Égypte, entre 20.000 et 40.000 au Liban, 54.000 en Iran et un nombre indéterminé en Turquie. Le problème, c’est qu’il est difficile pour certains Irakiens d’entrer dans les critères définissant un réfugié menacé de persécution.Pour ce qui concerne les Irakiens réinstallés,leur nombre est très limité.La réinstallation est une solution qui n’est offerte qu’à une petite minorité.Il est essentiel que la communauté internationale propose une aide aux Irakiens qui ont trouvé refuge dans des pays voisins. Combien de réfugiés supplémentaires vont pouvoir entrer en Syrie et en Jordanie avant que ces pays ne disent stop? Dans quelle mesure les Occidentaux sont-ils prêts à prendre en charge une partie du problème? Cela reste à déterminer.

A.T. Est-ce que le conflit iraquien a eu des conséquences immédiates et directes sur la politique et le dialogue euroméditerranéen? Dans ces jours de colloques,il me semble qu’au sein des communautés locales des deux rives, il est possible entrevoir un certain mécontentement…

Paolo Lembo. Je prévois des reflets négatifs parce qu’il ya un rapport direct entre les vicissitudes en Iraq et la politique euroméditerranéen. La situation en Iraq a influencé toutes les perspectives mondiales.Je voudrais vous citer une affirmation de l’ancien Secrétaire Kofi Annan qui a dit : “il est vrai que les problèmes de l’Europe sont des questions de grande importance et qu’ils sont vécus comme tels, mais qu’il suffirait toutefois de tourner les yeux vers le reste du monde pour les voir d’une certaine façon ramenés à de justes proportions”. Je suis convaincu que le contact direct et la confrontation sur la crise iraquienne et sur la région entière peuvent encore nous donner de valables solutions.

Antonio Torrenzano. L’Agence PNUD donne son soutien aussi à la création des médias irakiens indépendants.

Paolo Lembo. Soutenir les productions des médias iraquiens est pour l’ONU un engagement prioritaire.Il ne s’agit pas seulement de soutenir, mais de permettre qu’ils viennent réalisé lignes d’action indépendantes qui assurent aux émetteurs les ressources financières nécessaires à garantir leur indépendance. Il s’agit de former journalistes.Avoir des médias irakiens signifie aussi un service pour la démocratie du Pays et dans la tentative de sauver un procès de réconciliation.Un système de la télévision qui encourage la communication entre les citoyens et le pouvoir politique,est essentiel.Le PNUD en collaboration avec l’Agence de presse Reuters a financé et soutenu la constitution de “Voices of Iraq”. L’agence est autofinancée, totalement gérée par journalistes iraquiens.Personne ne nous croyait pas, tout le monde nous mettait en garde contre les risques qui certainement ils ne manquent pas, mais l’initiative est décollée et maintenant la structure occupe dizaines de journalistes, il se sert de correspondants en toutes les provinces et, à aujourd’hui elle est considérée la source de renseignement croyable en Iraq.Pour le moment toutes les nouvelles voyagent sur le web, mais notre objectif sera de créer une agence qu’elle diffuse nouvelles en langues différentes.Aujourd’hui nous nous apprêtons à donner vie à une agence pour la télévision. L’ONU entend donner du soutien aux productions des médias iraquiens un de ses principaux engagements dans cette réalité.

Antonio Torrenzano

 

 

 

*Un particulier remerciement à Messine WebTV (http://www.messinawebtv.it) pour les photos et l’aimable assistance technique de sa rédaction journalistique.

 

ActualitéCinéma

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Depuis sa constitution en 2002,la Fondation Horcynus Orca,s’est placée, dans la réalité euroméditerranéenne, comme élément de coagulation pour les intérêts des Villes et Régions des deux rives de la Méditerranée, en favorisant leur rencontre dans le but d’entreprendre des initiatives communes dans les secteurs sociaux, économiques et culturels. Dans ces ans, la Fondation à chercher d’indiquer des stratégies et des parcours opérationnels pour actualiser toutes les potentialités d’une possible et nouvelle “Politique de voisinage” entre les deux rives de la Méditerranée. Les colloques internationaux annuels, au mois d’août, cherchent de faire le point sur les activités et les résultats obtenus en réunissant hauts fonctionnaires des Pays de la Méditerranée, fonctionnaires internationaux des Nations Unies et de la Commission Européenne,écrivains,cinéastes et photographes,économistes.

La Fondation Horcynus Orca veut être, affirme le président Gaetano Giunta, un porte-parole des aspirations nourries par les Communautès des deux rives du bassin méditerranéen par un rapport de collaboration fonctionnelle et mutuel.Parce que c’est dans les mains des Villes et des Régions que réside une autre ressource fondamentale: la capacité extraordinaire de travailler pour la démocratie et la paix.La Sicile est le nombril de cette mer, donc possible lieux de rencontre, des dialogues à plusieurs langues, des cultures unies par la même mer.La culture arabe,la tradition africaine, la raison européenne de Descartes ici se mêlent dans un unicum. La ville de Messine a toujours eu cette vocation internationale.C’est dans son histoire après le 1955, date de la Conférence préparatoire pour la signature des Traités de Rome de la Communauté Européenne”.

La culture comme arme de pacification en Iraq” est le titre du colloque que pour dix jours, du 16 au 26 août, vois engagés Kamel Shia Abdalla,conseiller du Ministere de la Culture en Iraq,Saad Eskandar,directeur général de la Bibliotheque Nationale de Bagdad,Muhy Al Khatib, ambassadeur de l’Iraq à l’UNESCO, Ziad Khatlan, écrivain et critique cinématographique, Paolo Lembo,directeur en Iraq des programmes de l’Agence UNDP des Nations Unies,Anie Demirjian,fonctionnaire et conseiller UNDP Iraq. Unis aux colloques, cette année, le festival du cinema du monde arabe et méditerranéen avec la presence de nombreaux cineastes:Koutiba Al Janabi, Nidal Al-Dibs (Sirie),Saiid Duld-Khelifa (Alegerie),Tariq Hashim (Iraq), Abdullah Al-Muheisen (Arabie Saoudite),Mohsen Meliti (Tunisie),Ahmed El Maanouni (Maroc), Joana Hadjithomas et Zeina Sfeir (Liban), Waleed Al Shehhi(Emirats Arabes Unis),Yehya Al abdallah (Jordanie).

Dans un monde qui étudie nouvelles formes pour endiguer les grandes migrations de masse, nouveaux murs pour retenir le chemin de milliers de désespérés du sud de la planète au nord,affirme le journaliste Erfan Rashid, le choix du festival et des colloques 2007 de la Fondation, il est à l’opposé:créer un pont entre-deux cultures.La guerre en Iraq a aggravé les rapports avec le Proche-Orient et, il a éloigné le problème réel dans ces pays, c’est-à-dire ce de la démocratie. Dans ce scénario, il n’est pas facile le travail des intellectuels,des artistes,des écrivains pour le théâtre, parce que chaque geste,chaque recherche, il est cadré comme un acte de dépendance de la société occidentale.

Antonio Torrenzano

*Renseignements colloques Horcynus Orca 2007:http://www.horcynusorca.it

ActualitéLivres

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Giacchino Lanza Tomasi, est le fils adoptif de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, musicien,surintendant du Théatre San Carlo de Naples, directeur artistique pour la section musique classique du Festival international de Taormina Arte, ancien directeur de l’Institut culturel de langue italienne à New York auprès de l’ambassade d’Italie aux Nations Unies. La conversation qui a eu lieu à Taormine au mois d’aout, le dialogue cherche de faire le point sur l’écrivain Giuseppe Tomasi di Lampedusa à cinquante ans de sa mort.

 

Antonio Torrenzano.La nouvelle édition italienne du Guépard de Giuseppe Tomasi de Lampedusa est précédé par votre nouvelle introduction qui résume les complexes adversités de l’édition du roman. Dans la première partie de la préface,vous évoquez-le tourmenté parcours du livre avec les deux moments clé:le refus de la publication d’Elio Vittorini par la maison d’édition Mondadori et les éditions Einaudi et la sortie posthume en 1958 chez la maison Feltrinelli.Mais vous introduisez aussi une série de matériels utiles à la compréhension du personnage Giuseppe Tomasi de Lampedusa: comme les notes personnelles du prince, vergés sur son carnet ou les lettres à ses amis.

 

Giacchino Lanza Tomasi. Giuseppe Tomasi di Lampedusa commence à écrire son roman après le mois juin de 1955 et il termine la première rédaction à la fin de 1956.Le roman ne naissait pas au hasard, mais il était le fruit d’une expérience autobiographique de mon père, durée toute la vie.Le projet initial était raconter la journée d’un prince sicilien en 1860.Comme il affirmait:“les 24 heures d’un Prince sicilien vécu avant le jour du débarquement de Garibaldi”. Plus tard il se rendue conte que cette organisation du livre était limitative et il a décidée de raconter une période historique plus longue depuis 1860 au 1885 avec la mort du prince. Puis avec la mort réelle de son arrière-grand-père arrivée en 1910. Tomasi di Lampedusa présenta le premier chapitre au mois de mars du 1956 à son cousin Lucio Piccolo et d’autres amis. Les autres chapitres furent terminés l’an suivant dans le mois de mars 1957. La rédaction du manuscrit fut fait sur de grands cahiers formés protocole.Farncesco Orlando, étudiant et ami de Tomasi di Lampedusa,sous dictée, il tapa à la machine la première rédaction en quatre copies qu’il envoya à l’édition Mondadori et Einaudi. Dans une lettre à Guido Laiolo du 7 juin 1956, l’écrivain communique que:“le roman est composé par cinq longs chapitres,trois épisodes ils se déroulent en 1860,le quatrième en 1883,le dernier et l’épilogue en 1910, où il montre la désagrégation progressive de l’aristocratie.Le protagoniste, c’est moi-même et le personnage de Tancredi est mon fils adoptif Gioacchino”. Dans une lettre suivante toujours à Guido Laiolo, du 2 janvier 1957, l’écrivain affirme:ce n’est pas un roman historique.Le protagoniste Don Fabrizio exprimecomplètement mes idées.Le Guépard est l’aristocratie vue de l’intérieur sans complaisances, mais aussi sans intentions narratives comme De Roberto”.Cependant, il y avait un sixième chapitre, resté pas achevé,titré Le Canzoniere de la Maison Salina. J’ai retrouvé ce chapitre inachevé à la maison de Giuseppe Bianchieri, petit-fils du prince et frère de l’ambassadeur Boris Bianchieri à Rome. Le chapitre était conservé dans une enveloppe avec l’inscription: “matérielle autour du Guépard”. Le chapitre prévoyait 17 sonnets, mais Giuseppe Tomasi di Lampedusa, avant sa mort, avait écrit seulement deux sonnets, une ode et une introduction.

 

A.T. Est-ce que comment vous décririez votre père adoptif? Francesco Orlando décrit Giuseppe Tomasi di Lampedusa comme un intellectuel qui converse dans une manière claire et concrète.Un esprit pénétrant et charmant pour ses interlocuteurs, intellectuel subtil à résoudre les petits embarras dans tous les rapports humains. Ils mélangeaient en mesure différente savoirs raffinés,désenchantement sénile, pessimisme aristocratique et formation positiviste.

 

Giacchino Lanza Tomasi. Un homme très cultivé que pour toute sa vie avait lu et voyagé en Europe. J’affirmerais sicilien dans le plus profond de son coeur,européen dans le plus profond de son esprit. Il parlait anglais,français et alemand.Il connaissait l’espagnol,lisait le russe.L’écrivain avait un esprit laïque, mais profondément intéressé aux sujets religieux.Une grande ampleur de vision historique unie à une perception aiguë de la réalité sociale et politique de l’Italie de cette époque-là et d’aujourd’hui. Un sens délicieux de l’humour. Plusieurs critiques ont affirmé et considéré Tomasi di Lampedusa un écrivain conservateur, mais lui il n’était pas comme ça.Il étudiait Marx,Croce,Gramsci, lisait Lenin et il croyait dans la Révolution française.Célébré comme écrivain de l’aristocratie, il avait toujours considéré la décapitation de Louis XVI :”la meilleure tête détachée de l’histoire.” Il était convaincu que l’histoire dût, de temps en temps, se remuer avec de formidables secousses.Je crois que Giuseppe Tomasi de Lampedusa dans ces écrits a toujours été au-dessus de l’histoire. L’histoire pour l’écrivain était un éternel s’écouler, toujours immuable où le pouvoir est toujours le meme: on change les noms, mais ne pas les manières. Même si la morale de changer pour ne pas changer,il était considérée par Tomasi di Lampedusa dégoûtante. Dans l’intimité, il était taciturne et réservé, il tendait à rester plus avec les choses qui avec les gens, c’était certainement un homme de secrets.Sa journée commençait très bientôt au matin.Il sortait de la maison, achetait le Corriere della Sera et le Giornale di Sicilia qui lisait au café en travaillant.Très intéressé à la politique internationale, il s’amusait à marquer les fautes de la pièce quotidienne. Par la littérature et par la politique, il tirait une leçon morale:comme on agit.La télévision ne lui plaisait pas.Je rappelle que quand une gigantesque télévision apparut dans la maison de son cher cousin Casimiro Piccolo, il décréta en disant:”avec cette fanfreluche on ne pourra converser plus jamais”. Il méprisait les personnes sans curiosité en nous poussant à regarder toujours ailleurs.

 

A.T. Est-ce que le personnage de Tancredi dans le roman a été inspiré à votre personne?

 

Giacchino Lanza Tomasi. Oui, le personnage de Tancredi c’est moi physiquement. Tomasi de Lampedusa pensait à moi quand il écrivait Tancredi. La partie du roman avec Tancredi qui poursuit Angélica dans les couloirs de Donnafugata fut inspirée à moi et à ma fiancée de cette époque là, M.lle Mirella Radice.En le 1953,Giuseppe Tomasi de Lampedusa pense faire quelque chose pour animer Palerme. Il est un homme de culture très haute et il a lu presque tout pour l’epoque.Et alors il prend à fréquenter un groupe de jeunes connus chez le baron Bebbuzzo Sgadari di Lo Monaco. Bebbuzzo était une personne originale d’aristocrate. Dans sa maison ils venaient reçus beaucoup d’intellectuels:Bacchelli, Berenson, Calvino. Auprès de l’ancienne maison Lo Monaco,Tomasi di Lampedusa connaît Francesco Orlando,Francesco Agnello, Antonio Pasqualino, moi-même et ma fiancée de l’époque Mirella Radice.À ce groupe de garçons et jeunes filles, Tomasi di Lampedusa commence à donner des leçons de littérature anglaise et littérature française.Les rencontres se déroulaient trois fois par semaine, près de la maison du Prince, en rue Butera à Palerme, à 18.00 heures. Le cours était tourné principalement à Francesco Orlando, alors jeune étudiant universitaire de 19 ans, inscrit à la deuxième année de la faculté de droit. Les autres garçons participaient occasionnellement, trois ou quatre fois par mois. Notre groupe était formé par dix personnes et ce groupe devint le nouveau point de repère du Prince di Lampedusa. Francesco Orlando deviendra son disciple, je serai adopté successivement. Les leçons de Tomasi de Lampedusa sont basées sur une expérience extraordinaire des textes. Il nous rappelait souvent:”ce que vous entendrez,ce n’est pas que la somme de mes souvenirs et de mes impressions de trente ans de lectures désordonnées passée à travers mon cerveau et marquée dans mon mémoire.Vous avez peu à espérer”. Les rencontres avec Tomasi di Lampedusa nous poussèrent à regarder ailleurs. Ailleurs comme le même affirmait avec sa métaphore: “un seau plein d’eau de mer n’est pas la mer. Pour connaître la mer il faut la sonder, la naviguer et en faillant faire naufrage. Mais tout cela sera réalisé par vous… j’espère seulement être une flèche indicatrice.”

 

Antonio Torrenzano

 

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Andrea Camilleri, écrivain,scénariste, metteur en scène et producteur pour le théâtre et la télévision, il a découvert dans l’écriture une passion tardive.Quelques uns de ses romans, écrits dans un savoureux mélange d’italien et sicilien, ont pour protagoniste principal une sorte de Maigret sicilien des années 1990 (le commissaire Montalbano). Depuis trois ans, il est best-seller absolu en Italie.La conversation a eu lieu au Port-Empedocle, ville natale de Camilleri.

Antonio Torrenzano. Est-ce que je voudrais commencer notre dialogue par vos souvenirs d’enfance.Quel type d’enfance avez vous vécu au Port-Empedocle?

Andrea Camilleri. Je suis né dans un village qu’il s’appelle Porto Empedocle, environ il y a 80 ans. Et, entre ma maison et la mer, il y avait seulement une file de petites maisons. La première fois qui m’est arrivé la possibilité de me déplacer pour quelque jour à l’intérieur de la Sicile, je ne réussissais pas au prendre le sommeil. À l’aube je me suis rendu compte qui m’était manqué la rumeur de la mer.La mer était dans ma jeunesse partout. Mon enfance a été splendide.J’étais fils unique, deux frères étaient morts premier de moi, donc on peut imaginer comme je venais traité. Mon père était un inspecteur général de la capitainerie du port et mes camarades étaient fils de pêcheurs et paysans. Je voulais être égal à eux et j’ai fait chaque genre de méchancetés comme une vraie charogne. Pour ça, je suis fini en collège.

A.T. Est-ce que la Sicile aide la production narrative? Il me semble encore que dans vos romans il n’ya pas la proverbiale loi du silence des Siciliens ?

Andrea Camilleri. Je crois que ce soit le climat. Gesulado Bufalino, Leonardo Sciascia, Luigi Pirandello ou Giuseppe Tomasi de Lampedusa sans l’humus sicilien quoi auraient-ils été ? Les Siciliens ne sont pas “omertosi”,il suffit seulement savoir décrypter leur manière de raisonner.

A.T. Pourquoi écrivez-vous en pétrissant l’italien et le sicilien?

Andrea Camilleri. Je raconte des histoires.Et celui-ci est la manière dans laquelle elles ont été racontées à moi. J’utilise le même usage pour les raconter à mes petits-enfants. J’ai toujours une vision double des choses. Si tu te sens sicilien et tu écris de la Sicile pendant que tu restes ailleurs, c’est comme rester en même temps en deux lieux. Et voilà qu’alors la réalité n’est pas plus vérité, mais une visionne de la réalité. Si même les physiciens y ils disent que le phénomène en soi n’est pas observable, parce qu’il change seulement pour le fait qui es en train de l’observer.La mer semble changer pas couleur, mais la couleur de l’eau elle ne change jamais.

A.T. Est-ce que j’aimerais comprendre quel est votre rapport entre la vie réelle, le savoir-vivre et l’écriture ?

Andrea Camilleri. À moi la contemplation de mon nombril vraiment ne m’intéresse pas. Si jamais,je préfère la contemplation du nombril d’une charmante femme. Je ne sais pas écrire si je n’entends pas la vie. J’écris dans mon bureau et dans mon bureau il ya la vie, pleine de choses. C’est le même lieu où mon petit-fils tient ses jeux.Une fois je me suis déclaré:mais un vrai écrivain ne vit pas en silence ? Et j’en me suis allé dans une maison à la campagne en Toscane. J’ai été trois jours à écouter le chant des petits oiseaux sans réussir à écrire une ligne. Puis j’ai téléphoné à ma fille, la plus jeune, et j’ai dit à elle:tu entends, envoie-moi tes fils. Mes petits-enfants sont arrivés, des casinisti terribles et, je suis enfin revenu à écrire.Ma femme, elle dit que plus qu’un écrivain je semble un envoyé de guerre.

A.T.Est-ce que comment vous construisez un personnage dans vos romans ?

Andrea Camilleri. Je viens de la tradition théâtrale. Quand je commence à étudier un personnage pour le mettre en scène,je cherche à imaginer comme il parle, il se promène, son caractère. À peu à peu, je lui donne une telle quantité de motivations et, toute déduite par sa manière de raisonner.À ce point je lui mets une veste,une chemise et le personnage commence à tourner pour la maison.Je procède de l’intérieur du personnage vers l’extérieur. Pour arriver enfin à l’entendre bavarder avec le rythme de son discours.

A.T. Le commissaire Montalbano a-t-il pris forme dans cette manière ?

Andrea Camilleri. Ma manière d’écrire est anarchique, je mets sur papier une stimulation et je ne sais pas que élaboration elle pourra avoir. Par le commissaire Montalbano et à travers de lui, je rêve de faire festins… vu que je ne peux pas manger. Pour le reste,je ne partage pas les idées de mon personnage.

Antonio Torrenzano. Est-ce que vous prenez des notes?

Andrea Camilleri. Non,absolument. Je suis en train de mentir ou mieux. Je les prends, mais seul quand je dois écrire quelque chose et je n’ai pas envie. Alors,il me clignote à peine une idée, je me la marque. Mais seul dans cette circonstance. Ils ne se trouveront jamais de note ni la première stesure de mes romans parce que, comme les meilleurs assassins, je ne laisse pas de trace.

Antonio Torrenzano

 

 

 

Bibliographie en langue française:
L’excursion à Tindari, éd. Fleuve noir, 2002; Pirandello:biographie de l’enfant échangé,éd. Flammarion, 2002;La démission de Montalbano, éd. Fleuve noir, 2001;La saison de la chasse, éd. Fayard, 2001;La voix du violon, éd. Fleuve noir, 2001;Le voleur de goûter, éd. Fleuve noir, 2000;La concession du téléphone, éd. Fayard, 1999;L’opéra de Vigàta,éd. Métailié, 1999;Un mois avec Montalbano, éd. Fleuve noir, 1999;La forme de l’eau, éd. Fleuve noir, 1998.

 

 

ActualitéVoyages

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Il ya une île en Méditerranée où les citronniers poussent sur les cendres des volcans.Où les pierres scintillent comme du cristal et où les eaux chaudes soulagent les corps meurtris, où l’été, la mer se pare de tons émeraude. La Sicile.

Sur cette île tour à tour envahie par les Grecs, les Arabes et les Normands, les divinités de l’Olympe (Poséïdon, Aphrodite, Dionysos, Éole, Polyphème, les Sirenes) ont toujours leur demeure. Nature généreuse et légendes antiques sont ici. Le voyageur qui s’aventure sur les pentes du Stromboli ou découvre les temples de Sélinonte ne peut que s’interroger sur cet étrange lien qui unit le paysage de Sicile et les mythes fondateurs de la Méditerranée. Des vignes de l’Etna aux brumes du détroit de Messine, tout est ici chargé de merveilleux. Mêmes les fêtes aux apparences les plus catholiques laissent percer une tradition païenne qui remonte à la nuit des temps. Quelle est donc cette Sicile qui a inspiré les plus grands écrivains, à commencer par Homère? Les églises baroques de Noto et les marionnettes du théâtre des pupi la rattachent à l’Europe, mais le sirocco qui y souffle est si chaud qu’on la croirait africaine.

Baignée par trois mers,la Sicile projette vers l’Orient, vers l’Occident méditerranéen et vers l’Italie ses trois bras (les caps Passero,San vito et Peloro), d’où son ancien nom de Tricanie. Ile d’Afrique or d’Europe? Ernest Renan ne tranche pas:“la vue de la Sicile, à la hauteur de Palerme, nous frappa d’admiration.Ce n’est ni la Syrie ni la Grèce;c’est plutôt l’Afrique, quelque chose de torride et de gigantesque, donnant l’idée de l’indomptable et de l’inaccessible”, écrit-il en 1875.D’un point de vue strictement géographique, la Sicile est certes très proche du continent africain. Mais la légende conserve l’idée d’une union entre les deux continents. La tradition bretonne,reprise par les Siciliens,rapporte l’épisode du roi Arthur blessé et transporté par sa soeur, la fée Morgane, dans Avallon, “île fortunée”. Cette île ne serait autre que la Sicile, et le preux chevalier reposerait dans l’Etna. Le mot morgana désigne aujourd’hui un phénomène optique qui permet aux habitants de la Calabre d’apercevoir certains soirs le reflet de Messine dans les eaux du détroit, et à ceux de Messine d’y contempler Reggio Calabre. Seule une fée peut provoquer de tels mirages.

Les mêmes volcans ne constituaient pas seulement une menace pour la Sicile.Sur les pentes de l’Etna, fertilisées par un humus à base de phosphate de potassium, se sont entendues les cultures d’agrumes et d’olives, tandis que formant un saisissant contraste avec la terre noire et les murs de pierre sèche, les bougainvillées, les palmes et les ficus engagent les visiteurs à entreprendre une ascension sur ce toit du monde.L’Etna est sans nul doute le lieu d’élection du mythe.Voilà pourquoi il reste la montagne des montagnes, comme le confirme l’étymologie de son nom dialectal:muncibeddu vient du latin “mons” et de l’arabe “jebel”, et signifie donc le mont des monts.Leonardo Sciascia parle de l’Etna comme “l’énorme chat de la maison, qui tranquillement ronronne et qui, de temps en temps, se réveille, baïlle, avec une lenteur paresseuse s’étire et, d’un distrait coup de patte recouvre une vallée ou l’autre, en effaçant des bourgs,des vignes,des jardins”. Les volcans de Stromboli et Vulcano aux iles éoliennes, grâce aux eaux sulfureuses d’origine volcanique, sont aussi une source de profit autant que l’obsidienne, la pierre ponce ou l’alun. L’extraction de ces produits est bien représentées dans les salles du musée de Lipari.

En contemplant l’un de ses multiples visages, chaque visiteur croit découvrir la vraie Sicile. L’identité des Siciliens, elle, se dissimule sous un silence qu’ils ont érigé en vertu. Ils ne se dévoilent que par leur goût sans limites pour les célébrations et le divertissement. Dans les innombrables fêtes de l’île, sacré et profane, foi et magie s’opposent et se mêlent dans des manifestations qui attestent un héritage cosmopolite.Sicile byzantine de Syracuse,grecque de Catane et d’Agrigente, arabo-berbère de Trapani, normande de Palerme et Messine, pour n’en citer que quelques-unes.Goethe affirmait:“ au centre merveilleux de cette île où convergent tant de rayons de l’histoire”. La Sicile l’on peut aimer sans jamais la comprendre, mais tous les visiteurs qui se trouvent ici se prennent à méditer sur le long parcours de l’humanité,sur le Temps qui semble ici piégé, cerné de tout côté par la mer.

Antonio Torrenzano