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Conversation avec Carl Bernstein, journaliste, écrivain, prix Pulitzer en 1976. En 1972, avec son collègue Bob Woodward au quotidien Washington Post, il fut auteur de l’enquête qui porta à l’impeachment de l’ancien président des États-Unis Richard Nixon pour le scandale nommé Watergate, c’est-à-dire l’action d’espionnage, menée par l’ancien président, au quartier général du parti démocrate. La conversation a eu lieu dans la ville italienne de Pérouse pendant le festival international du journalisme, du 09 au 13 avril 2008.

Antonio Torrenzano. Le réseau web aide-t-il un reporter dans sa recherche de nouvelles données et sources d’informations?

Carl Bernstein. Le réseau net est une grande opportunité pour les reporters parce qu’il offre nombreuses sources et il donne nouvelles solutions aux ressources institutionnelles. Aux États-Unis, mais plus en général dans le monde anglo-saxon, nous sommes en train de développer de synergie entre les médias numériques et la presse écrite. Je constate, en revanche, qu’en France, en Italie, en Espagne ou en Belgique, la presse écrite prévaut encore sur les nouveaux moyens d’information numériques, mais les analyses et les manières de procéder de la presse écrite européenne ressemblent trop souvent au journalisme de la télévision. Je crois encore que le net soit une grande occasion pour les lecteurs, qui peuvent se créer de propres journaux en base à leurs préférences. Un lecteur par exemple qui étudie les dynamiques régionales du Moyen-Orient, il peut décider de visiter des sites de quotidiens israéliens, puis ceux de la télévision al-Jazeera, lire après les commentaires de la presse Britannique et Européenne. Dans cette manière, chaque lecteur construit son journal fondé sur la hiérarchie de ses intérêts. La presse traditionnelle européenne survivra à cette évolution, mais elle restera toujours dans un précaire équilibre avec ces nouveaux moyens numériques.

Antonio Torrenzano.Pourquoi croyez-vous important savoir écouter ?

Carl Bernstein. Pour le simple motif que, dans la plus grande partie de circonstances, les gens parlent en affirmant toujours de choses intéressantes et, en les sachant écouter, les journalistes obtiennent de nouvelles qui ont de la valeur. Presque chaque histoire que j’ai racontée pendant ma profession, elle s’est toujours révélée différente depuis le début de ma recherche. Par exemple, dans le scandale Watergate, au début de mon enquête, je croyais qu’il pouvait y être l’agence CIA derrière l’événement d’espionnage aux dommages des démocrates. Si j’étais resté sur cette certitude, je n’aurais rien découvert. Je n’imaginais pas que beaucoup d’individus pouvaient être impliqués au scandale. Moi et Bob Woodward, nous n’avions pas cette certitude comme après nous avons découvert. Les préjugés n’aident pas d’être des bons journalistes. Il faut faire parler beaucoup les protagonistes d’un événement et il faut écouter tout ce qu’ils affirment. C’est celui-ci, le meilleur moment, dans lequel les journalistes obtiennent les meilleurs morceaux d’une nouvelle qui peut devenir unique. On peut certainement rester très surpris comme individu et journaliste par ce qu’on écoute, mais on se découvre dans cette manière les nouvelles les plus exclusives. Je me souviens, à ce sujet, quand j’étais reporter à ABC news, comment je trouvai la nouvelle relative à l’armement des mujaheiddin en l’Afghanistan contre l’ancienne Union Sovietique de la part des États-Unis,de la Chine, de l’Égypte et du Pakistan. Ces États avaient paraphé une alliance secrète pour armer les mujaheiddin contre l’armée rouge soviétique. Il fut par hasard, parce que la source qui me donna cette nouvelle, je l’avais contactée pour avoir de nouvelles informations sur le Nicaragua. Je l’écoutai dans une manière attentive et je me suis rendu tout de suite compte que les informations étaient très intéressantes. La nouvelle et le dossier que j’ai écrits successivement, ils furent confirmés dans la réalité par l’embarras de ces États.

Antonio Torrenzano. Comment fournir aux lecteurs les meilleurs renseignements possible ?

Carl Bernstein. Chaque journaliste devrait toujours donner la meilleure version de la vérité. Il devrait toujours être un humble vérificateur, entêté dans la recherche des sources, un individu curieux. Avec Bob Woodward, nous avons employé beaucoup de temps pour mener à terme notre enquête sur la situation Watergate. Nous avons écouté beaucoup de gens et, tout ceci, il a exigé du temps. À l’époque de la circonstance Watergate, tout fonctionna à la perfection parce que nous fîmes notre travail de reporters, mais aussi les institutions américaines, du Congrès à la magistrature, elles firent leur partie. Dans la crise iraquienne, au contraire, il n’a pas été ainsi. Et la confirmation a été que le président George W. Bush a été réélu malgré tous les médias, ils ont démenti la version officielle communiquée par la Maison Blanche sur la guerre irakienne. Les médias américains ont été très lents à reconnaître que seulement le président George W. Bush voulait cette guerre contre Saddam Hussein avec le mensonge des armes de destruction de masse. Nous ne pouvions pas savoir la vérité sur les armes de destruction de Saddam Hussein, nous avons été trop lents à découvrir ce mensonge parce que ce qu’ils nous racontaient sur les armes ou sur les collusions entre le dictateur irakien et les auteurs des attentats du 11 septembre, c’était plausible. Puis le mensonge a été effacé par la vérité, les médias américains ont découvert les tortures en Iraq, le chaos et il est apparu évident la faillite catastrophique du conflit. Celui-ci, il est l’objectif qui doit poursuivre un vrai reporter. Pour faire notre activité il sert beaucoup d’humilité, un sévère entêtement, savoir écouter, haute curiosité. Nous déroulons une fonction pour laquelle, ce n’est pas important être un personnage connu, mais le but fondamental de poursuivre le bien public. Nous ne devons jamais viser à un résultat politique ou personnel auquel nous aspirons. Notre devoir est celui d’éclairer la réalité pour la faire voir et la faire comprendre à nos lecteurs. Trouver la meilleure version de la vérité ne signifie pas aller à la chasse de papillons, mais écouter beaucoup de gens, être tenaces, n’ être jamais séduit par l’idée d’un journalisme sensationnel.

Antonio Torrenzano.

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Conversation avec Khaled Hosseini, médecin, écrivain, né à Kabul en 1965, fils d’un agent diplomatique et d’une enseignante. Dans l’année 1980, il quitte son Pays en obtenant le droit d’asile avec sa famille aux États-Unis, dans la ville de Saint José en Californie. L’entretien a eu lieu à Milan où l’écrivain il se trouvait pour participer à la présentation du film de son premier roman.

Antonio Torrenzano.Devant le symbole désespérant de la situation en Afghanistan, quoi faire à votre avis ?

Khaled Hosseini. J’ai été récemment à Kabul, même si dans les derniers ans, la violence dans la Capitale est grandie. Je me suis senti plus tranquille dans le nord de l’Afghanistan qu’à Kabul. Je crois qu’après vingt ans de guerre, le Pays n’a eu aucun gagnant et que la grande défaite retombe encore une fois sur la population civile qui vit dans la misère, dans l’incertitude et projet pour l’avenir. En outre, la communauté internationale n’a pas réussi encore à arrêter le narcotrafic, vu que 90% de l’opium et de l’héroïne ils sont produits en Afghanistan. Il sert un effort civique pour changer mon pays. Le pays est en guerre depuis vingt ans et, maintenant, il faut avoir un vrai ouvrage à construire, un plan de reconstruction et de pacification. Dans cette période, je suis en train de collaborer avec l’agence UNHCR des Nations unies pour d’actions qui prévoient la reconstruction de villages et surtout d’écoles parce que le 70% de la population afghane est encore analphabète et elle n’a pas d’accès à une éducation proportionnée.

Antonio Torrenzano.Est-ce que votre activité d’écrivain peut être une feuille de route pour l’humanité souffrante d’un peuple?

Khaled Hosseini. Je crois, que dans cette période historique, il soit fondamental raconter avec certitude l’Afghanistan, insister par un témoignage direct . Parce qu’aussi l’action d’expliquer, de raconter, de sensibiliser, il sert aux droits humains. Comment discuter de l’avenir quand le risque d’être assassiné, harcelé,menacé, le risque de disparaître est-il encore très haut ? Comment penser à l’avenir si le risque de voir notre conjoint ou nos enfants être à leur tour menacé en raison de notre activité ? Le risque enfin, si l’on a échappé au pire, est de perdre confiance en soi et d’abandonner la défense des droits humains… Ce qui est précisément l’objectif de la violence. En Afghanistan, la violence est encore bien réelle.

Antonio Torrenzano. À travers un cerf-volant, une anecdote, peut-on raconter une grande histoire?

Khaled Hosseini. L’Afghanistan ne peut pas être raconté si on n’est pas né dans cet endroit. Les montagnes afghanes, par exemple, si tu ne les parcours pas, si tu ne les escalades pas, tu ne peux pas les raconter. À travers un petit épisode, je raconte une grande histoire, parce que l’histoire racontée par d’expériences personnelles, souvenirs, une anecdote de la vie d’un homme, d’un village, elle peut beaucoup plus expliquer. Une petite expérience personnelle explique mieux et, de manière plus incisive, vingt ans de guerre. Elle peut raconter l’humanité souffrante d’un peuple. Pour moi, il a été un cerf-volant. Moi-même, quand j’étais un enfant, j’ai eu un cerf-volant et j’y jouais dans le même quartier de Kabul où il se déroule l’histoire de mon premier roman. Le film, comme dans le roman, il raconte un angle différent de l’Afghanistan, une histoire d’une famille semblable et identique à une histoire quelconque.

 

Antonio Torrenzano.

 

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Conversation avec Danish Karokhel, journaliste, écrivain, directeur de l’agence de presse afghane Pajhwork Afghan News de Kabul. Le dialogue avec Danish Karokhel a eu lieu à Bologne pendant le séminaire sur la liberté de la presse, organisé par l’Assemblée de la région Émilia Romagna.

Antonio Torrenzano. L’agence de presse Pajhwork Afghan News, dont vous êtes le directeur, est née le 25 avril 2004. Depuis quatre ans d’activités , comment analysez-vous la situation de votre Pays ?

Danish Karokhel. Pajhwork est la première agence de presse indépendante de l’Afghanistan. L’agence est née le 25 avril 2004, elle a 38 correspondants, 92 individus en total qui y travaillent. À présent nous sommes les seuls à témoigner des événements dans les zones à haut risque de mon pays. La ligne éditoriale de l’agence Pajhwork Afghan News a comme point de repère l’impartialité et , par cette ligne d’action, nos services journalistiques sur l’Afghanistan ont été vendus à environ 100 journaux et magazines, à peu près 50 radios et télévisions à l’étranger. Comme rédaction, nous entendons continuer avec force et détermination pour donner une forte contribution à notre Pays pour qu’il évolue vers une société paisible et démocratique. La rédaction Pajhwork Afghan News est en première ligne pour affirmer le rôle essentiel de la liberté de la presse et la diffusion de la connaissance pour permettre le développement concret au Pays. Il n’y a pas démocratie participative ni développement économique et social en manque d’une presse libre et indépendante. Dans ce moment, l’Afghanistan a besoin de transparence, d’une administration capable et pas corrompue, d’un système de médias libre. La communauté internationale doit vérifier la liberté d’expression dans une nation qui est en train d’accomplir les premiers pas vers la démocratie. La même communauté devra aussi suivre attentivement le gouvernement et le Parlement pour empêcher que groupes de pression ou lobbies privent le peuple afghan de la liberté d’expression.

Antonio Torrenzano. Pouvez-vous me raconter la vie quotidienne d’un journaliste en Afghanistan?

Danish Karokhel. Raconter la vie quotidienne d’une journaliste en Afghanistan, c’est vraiment très simple. Il faut se préparer chaque jour à subir pressions, avertissements, menaces de mort,craindre pour la propre vie. La Constitution prévoit le droit d’informer, mais nous sommes dans un moment politiquement critique. Nous avons l’appui de la population, qui est maintenant conscient de l’importance d’un système de médias indépendants, mais les difficultés, les violences, les attentats et les pressions restent nombreux. Les journalistes ne subissent pas seulement de violences par les talibans, mais aussi par de nouveaux groupes armés, de la part d’officiers corrompus du gouvernement… au-delà du risque d’être impliqué en sanctions par la coalition internationale de l’OTAN-ISAF. Comme journaliste, je pense que le gouvernement de mon Pays doive ouvrir, dans une manière urgente par notre Commission pour la pacification (Peace Strengthening Commission), un dialogue avec les talibans et les chefs de toutes les tribus afin de garantir liberté de mouvement à la presse afghane. Les nombreuses violences aux journalistes afghans s’entrelacent, chaque jour, avec une profonde crise économique du secteur des médias. Ce secteur n’a pas encore réussi à produire ressources financières pour devenir stable, consistant. Je crois, encore, que les ONG internationales ont manqué l’objectif de former de nouveaux journalistes et soutenir le secteur après sa naissance. Le manque de sûreté et la fermeture des bureaux internationaux et des sociétés privées ont aussi bloqué les investissements publicitaires.

Antonio Torrenzano. Croyez-vous que le soutien international est diminué en Afghanistan ?

Danish Karokhel. Le soutien international est diminué presque à zéro dans le secteur des médias. De plus, il est en discussion un projet de loi qu’il pourrait réduire ultérieurement la liberté de la presse afghane. Il existe, concrètement, le risque que la presse afghane puisse finir sous la surveillance du pouvoir judiciaire, expression directe du pouvoir politique du gouvernement. Je souhaite que le gouvernement ne cède pas aux pressions de certains lobbies qu’ils veulent réduire la liberté d’informer, parce que le peuple afghan perdrait de nouveau la confiance dans les institutions publiques de l’État.

 

Antonio Torrenzano.

 

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Conversation avec Ali Hammud al-Hassan, journaliste, écrivain, critique cinématographique. Il travaille au quotidien iraquien Al Sabah. Ali Hammud al-Hassan vif avec sa famille à Sadr City, un des quartiers les plus dangereux actuellement de la capitale iraquienne. La rencontre a eu lieu à Bologne, où Ali Hammud al-Hasssam a été invité de l’Assemblée de la région Émilia Romagna pour un séminaire sur la liberté de presse.

Antonio Torrenzano. Comment un journaliste irakien travaille-t-il ou vit-il aujourd’hui à Baghdad?

Ali Hammud al-Hassan. Il est difficile à décrire, pour ceux qui ne sont pas d’Iraquiens, la situation d’aujourd’hui dans mon Pays. Il y a un diffus préjugé que tous les journalistes soient filo américaine. Le même préjugé est aussi réservé à d’autres positions sociales ou du travail que quelqu’un peut dérouler. Après la chute de Saddam Hussein, ils étaient nés environ 200 journaux dans les trois premiers mois du 2003. Maintenant, il y a seulement 60 publications, dont dix quotidiens où la rédaction est composée par des journalistes confirmés. Faire le journaliste est un des métiers les plus dangereux en Iraq. On peut écrire sur quelconque sujet et il peut te coûter la vie. Que tu sois shiite, sunnite, laïc, intégriste religieux, un simple citoyen irakien, une filo américaine, n’importe qui peut avoir un motif pour t’éliminer pour la seule raison que tu ne penses pas comme eux. Même si tu écris de sport, mais tu le fais pour un journal raté, tu risques la vie à la même manière.

A.T. Quels risques, à votre avis, sont-ils les plus intolérables?

Ali Hammud al-Hassan. Chaque matin, quand je sors de maison, je salue ma femme et mes fils comme si nous devions ne plus voir . Le soir, quand je reviens à la maison, c’est une espèce de réjouissance . Celle-ci ne peut pas et il ne doit pas être la normalité. Les intimidations pour raisons politiques, religieuses sont nombreuses. Celui-ci est une période pire pour la liberté de presse et le droit d’informer dans mon Pays. On peut être tué quand on sort de la rédaction ou on est frappé chez soi. Dans mon journal, le dernier mois d’août , il y a eu un raid d’une cellule terroriste de Al Qaeda qui a assiégé la rédaction et tiré plusieurs balles partout,heureusement sans tuer personne. Notre directeur a appelé toutes les forces qui pouvaient venir en secours: ministère de l’Intérieur, forces américaines, police iraquienne. Les secours sont arrivés seulement après que les terroristes étaient déjà partis. Celui-ci est le niveau d’attention vers la presse dans mon pays. Avoir d’espoir n’est pas chose simple à présent en Iraq.

A.T. Qu’est-ce que c’était la presse sous le régime de Saddam Hussein?

Ali Hammud al-Hassan. La presse, pendant le régime de Saddam Hussein, elle était identique à celle de chaque dictature. N’importe quel moyen de communication, il n’était pas d’autre qu’instrument de propagande. À l’époque, ils existaient seulement trois quotidiens nationaux, tous avec les mêmes nouvelles, tous avec les mêmes contenus. Chaque jour, sans exceptions, on devait publier une photo du président en première page et, s’il n’y avait pas, toute la rédaction pouvait finir en prison à cause de ce manque. Qui se refusait, qui voulait être indépendant, il perdait son travail dans la meilleure des hypothèses, mais en quelques circonstances il pouvait être condamné à la peine capitale. Pendant le régime de Saddam Hussein, il y avait un mot: chaque journal était utile pour appuyer sur la nourriture ou d’envelopper de légumes. Nous avions d’espions, de détracteurs, d’informateurs du régime partout et, qui écrivait quelque chose de contraire, tout de suite, il venait dénoncé par le directeur de la publication ou par les services secrets qui étaient toujours présents dans les rédactions d’une manière énorme. Plusieurs de mes collègues ont été défaits dans l’acide, finis aux coups de bâton, moulus dans le ciment armé. De l’ans 1987 au 1995, pour vivre et continuer à faire ce métier, j’ai écrit pour de journaux étrangers en signant mes articles par un pseudonyme. Puis je suis entré dans la rédaction du quotidien Al Sabah, mais la situation de violence, de pauvreté dans mon Pays est toujours la même.

 

Antonio Torrenzano.

 

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Conversation avec Gitobu Imanyara, avocat, ancien éditeur du Nairobi Law Monthly, revue mensuelle qui avait activement participé au combat pour la démocratie au Kenya. Sous le régime du président, Daniel Arap Moi, au début des années 1990, Gitobu Imanyara a été arrêté plusieurs fois pour ses opinions et ses publications qui ont été interdites. En 1991, pour récompenser son travail, l’Association mondiale des journalistes lui a remis la Plume d’or de la Liberté de la presse. Le dialogue a été développé par appel téléphonique.

Antonio Torrenzano. Avez-vous rencontré des pressions à publier la revue juridique Nairobi Law Monthly ?

Gitobu Imanyara. La revue juridique Nairobi law monthly a été lancée quand à l’époque il y avait le système du parti unique au Kenya. Un grand nombre de journalistes étaient obligés de s’autocensurer, mais je refusais chaque censure. Par conséquent, ma publication recevait souvent des visites de la police et il était même parfois interdit. Ces visites ont eu des répercussions économiques, mais aussi de limitation de ma liberté comme éditeur de la revue. Il m’arrivait parfois d’imprimer 10.000 exemplaires de la revue, de m’apprêter à distribuer l’édition, et de recevoir tout d’un coup une visite des autorités, qui confisquaient tout. J’ai donc perdu de l’argent et je me suis énormément endetté. Le Nairboi law monthly a suspendu il y a deux ans et demi ses parutions en raison de ces problèmes financiers. À l’époque, nous avions presque 20 employés, dont trois journalistes, des pigistes, des collaborateurs, des stagiaires. Le Nairobi law monthly était aussi une revue d’apprentissage pour les journalistes. La plupart des rédacteurs en chef, qui exercent encore la profession au Kenya dans d’autres publications, ils ont travaillé presque tous pour la revue. D’un certain point de vue, la revue a été un laboratoire dans lequel plusieurs de jeunes venaient pour apprendre le métier, mais aussi pour se confronter sur l’avenir du Pays.

A.T. Comment analysez-vous la situation contemporaine de la presse au Kenya ?

Gitobu Imanyara. Les journalistes ne sont plus emprisonnés et les journaux ne sont plus interdits. Mais, les journalistes de médias rencontrent encore des difficultés extrêmes qu’avant. La presse indépendante souffre d’une autocensure très forte. Par conséquent, il n’y a aucune liberté de presse concrète. Nombreuses publications privées ont toutes des liens avec le gouvernement et une énorme partie des financements ou investissements publicitaires sont gérés par le gouvernement. Les entreprises de presse indépendantes sont rares. Parfois, le gouvernement place lui-même des articles et il paie des journaux afin qu’ils publient des nouvelles favorables à son égard. Actuellement au Kenya, nous ne voyons pas de gens arrêtés ni emprisonnés pour leurs écrits, mais les problèmes demeurent. Les pressions sont différentes de ce qu’elles étaient, mais elles visent toujours à réduire la presse au silence.

Antonio Torrenzano. Pourquoi avez-vous quitté votre carrière comme avocat des Droits de l’Homme pour constituer le Nairobi law monthly. Qu’est-ce qui vous a conduit au monde du journalisme?

Gitobu Imanyara. Je suis un avocat de formation et je n’ai reçu aucune formation théorique au journalisme. Le droit était l’option la plus proche au journalisme. Pendant ma carrière d’avocat, je me suis battu pour les droits de l’homme et j’ai défendu des hommes politiques persécutés par le gouvernement. Cela, il m’a causé des problèmes avec les autorités et j’ai été arrêté, emprisonné et, même, rayé du barreau pour continuer ma profession d’avocat. C’est pendant l’une de mes incarcérations que j’ai eu l’idée d’une publication sur les Droits de l’Homme qui dénonceraient les mauvais traitements du système judiciaire au Kenya. En tant qu’avocat, j’avais vu un nombre de personnes condamnées à de peines qu’elles n’avaient pas commises. J’avais vu, aussi, comment le système judiciaire était utilisé pour de simples buts politiques. Quand j’ai été libéré en 1987, j’ai lancé la publication que j’avais imaginée, The Nairobi law monthly, pour dénoncer les violations du système judiciaire par le gouvernement, offrir un forum pour débattre la crise des droits constitutionnels au Kenya et prouver que toutes les personnes condamnées n’étaient pas forcément des criminels.

A.T. J’aimerais continuer notre dialogue sur les formes d’autocensure dont vous parliez dans votre réponse précédente.

Gitobu Imanyara. L’autocensure a de formes différentes. La première censure est directement liée à l’éditeur de la publication.L’objectif est toujours le même: réduire les médias au silence, étouffer la liberté d’expression et empêcher quiconque à dénoncer la corruption au sein de l’État. Il est difficile pour la communauté internationale de percevoir les restrictions imposées à la liberté d’expression dans mon Pays. Les médias refusent également à poser de questions liées au droit d’informer et ils couvrent très peu, eux-mêmes, les violations sur leurs propres libertés.

 

Antonio Torrenzano.

 

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Sans la presse, sans le net, sans les carnets virtuels que saurions-nous du monde ? Rien, ou alors très peu. Les atteintes à la liberté de la presse se sont multipliées de façon inquiétante dans ces dernières années. L’existence d’une presse indépendante est pourtant une condition nécessaire au développement économique et social d’un pays, une condition essentielle pour la démocratie de l’entière communauté internationale. La situation en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient est, à ce titre, particulièrement inquiétante.

La liberté de la presse dans le monde continue à mal se porter, constate amèrement Jean-François Julliard, directeur de l’information de Reporters sans Frontières. En effet, chaque année davantage de journalistes sont assassinés. En dehors de la circonstance particulière de l’Iraq, il est difficile de pointer du doigt certains pays plus tôt que d’autres, car les États où sont asphyxiés les médias indépendants sont très nombreux. Les gouvernements de Chine, de Cuba,de Biélorussie ou du Zimbabwe persistent dans leurs attaques incessantes contre les médias. Le silence en Corée du Nord, en Érythrée, en Libye, au Turkménistan laisse présager de façon intelligible ce que peut être la situation des médias derrière les murs fortifiés de ces pays. D’autre part, l’Asie reste la région la plus périlleuse au monde pour ceux qui pratiquent le journalisme, en raison du nombre de journalistes persécutés, de l’absence d’entreprises de médias indépendantes et de l’atteinte de la liberté de la presse par les autorités.

Là où les despotes craignent l’apparition d’un contre-pouvoir, participer à un journal d’opposition ou faire d’acte d’une contestation, il se paie bien souvent au prix de la vie, de la liberté personnelle, par tous de types de pressions. Pressions, souligne encore Jean-François Julliard, qui sont majoritairement politiques et se matérialisent par des menaces personnelles ou envers les familles : agressions, licenciements importuns, chantage, emprisonnements ou encore torture. Ces exactions sont perpétrées par les forces étatiques ou par des groupes privés, indépendants, tels que des mouvements rebelles. Dans certains pays, on assiste à des arrestations massives. Une nouvelle forme de répression contre la presse apparaît : la lutte contre les cyberdissidents sur Internet. En 2007, le nombre d’arrestations de journalistes a augmenté de près de 60 % dans le monde, par comparaison avec l’année précédente. Les journalistes, quand ils ne sont pas victimes des gouvernements, ils doivent de plus en plus faire face à la violence privée, religieuse, de groupes armés, de mafias.

Dans la ville italienne de Pérouse, du 09 au 13 avril 2008, le festival international de la presse discutera sur la situation contemporaine de la liberté et du droit d’informer. Une semaine de débats, séminaires, ateliers, colloques avec nombreux reporters, grands reporters, blogueurs du nord et du sud de la planète. Le festival international de Pérouse est lié à la journée mondiale de la liberté de la presse qui se déroulera le 3 mai 2008. Au festival, participeront pour la France:Robert Ménard, fondateur et secrétaire de Reporters sans Frontières, Anne Nivat, envoyée spéciale de l’hebdomadaire Le Point, Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, Éric Laurent, envoyé spécial du quotidien Le Figaro, Jean Lesieur, vice-directeur de France 24, Jean-François Le Mounier, Agence France Presse, Ethan Zuckerman, fondateur du web citizen media Global Voice, Bertrand Pecquerie pour World editors forum.

De notre part, ce carnet virtuel dédiera au droit d’informer, toutes les conversations prévues pour le mois d’avril 2008. Pour informer, ne se séparer jamais, comme Albet Camus affirmait, de devoirs difficiles et sans oublier les deux charges qui font la grandeur du métier de la parole: le service de la vérité et celui de la liberté.

Antonio Torrenzano.

 

 

Le déroulement des journées du festival international de la presse peut être lu au suivant adresse numérique, http://www.festivaldelgiornalismo.com

 

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Conversation avec Boris Biancheri, président de l’agence de presse italienne ANSA, directeur de l’Institut de politique internationale ISPI de Milan, écrivain. Ancien ambassadeur, il a représenté son Pays du 1979 au 1984 à Tokio, puis à Londres du 1987 au 1991, enfin à Washington jusqu’au 1995. Rentré en Italie, il devient jusqu’au 1999, secrétaire générale du Ministère des Affaires étrangères de son Pays. Il est auteur de nombreux essais et romans, dont le dernier, titré «L’ambra del Baltico», il a été publié par les éditions Feltrinelli. L’entretien a eu lieu auprès de l’Institut de politique internationale ISPI à Milan.

Antonio Torrenzano.Vivons-nous dans une époque d’un profil incertain? Est-ce que les nouveaux conflits seront pour la gestion des ressources naturelles ?

Boris Biancheri. L’émergence d’une communauté internationale qui n’est plus seulement celle des États et de leurs gouvernants, mais aussi celle des peuples et des hommes, longtemps réduits au rôle de figurant des relations internationales, elle est devenue une réalité. L’idée qu’il existe un patrimoine commun de l’humanité ou encore des biens naturels mondiaux qui ne peuvent être gérés seulement par chaque État, elle progresse lentement. L’eau, ressource rare comme vous l’avez définie, est devenue un problème de notre présent. Il reste à inventer, par la négociation internationale, des modes de gestion qui permettront de dégager et de prendre en considération l’intérêt général de l’humanité toute entière. Je constate qu’il y a une prise de conscience d’un droit à la survie pour les hommes d’aujourd’hui et pour les générations futures. Mais, je note encore que cette prise est fragile. Elle cède souvent devant la vigueur des nationalismes, des intérêts et des égoïsmes de toute nature. Nous vivons dans une époque d’un profil incertain. L’opposition frontale entre ouest et les pays communistes, elle est maintenant à nos épaules. Cependant, c’est encore difficile dessiner les lignes du nouvel ordre du monde, qui peut être représenté à présent comme une trame de conflits, d’antagonismes (souvent mortels), sédimenté dans le temps. Les gouvernants ne jouent sans doute pas, dans ce domaine, un rôle d’impulsion assez prononcé, par crainte de compromettre à court terme les intérêts nationaux dont ils ont la charge. J’ajoute qu’il n’existe pas encore de mécanisme de régulation qui soit légitime et efficace, en vue d’une répartition équitable des fruits de la mondialisation. Cela explique l’acuité contemporaine d’une véritable question sociale internationale qui concerne l’humanité toute entière. Les inégalités et la pauvreté s’accroissent en même temps que la richesse.

Valentina Brini. Dans un tableau ainsi dramatiquement écrasé, dans une scène internationale en instable équilibre entre mondialisation et nationalismes, comment recomposer les contrastes par le dialogue ? Encore, quel sera le travail d’un diplomate par rapport au nouveau temps mondial ?

Boris Biancheri. Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État américain affirmait, il y a quelques années, que les agents diplomatiques n’avaient plus de raison d’être dans la mondialisation. Mais, il y a qui, en revanche de Henry Kissinger , pense qu’il soit encore temps de dialogue diplomatique et, que seulement par les moyens diplomatiques, la communauté internationale puisse arriver dessiner la nouvelle carte géographique du monde. Un nouvel ordre capable de donner satisfaction aux droits des peuples. Je crois que dans notre présent contemporain, le dialogue et le travail diplomatique pourront servir à interpréter les diversités du monde en effaçant les oppositions. Redessiner le monde est, à présent, impossible. Il y a certainement un nouveau procès en cours. La mondialisation annule les frontières, mais elle ne les annule pas complètement et nous le voyons tous les jours.Il s’agit de trouver une nouvelle manière de vivre ensemble, de cohabiter parmi toutes les traditions,histoires et cultures différentes. Il est certainement devenu plus compliqué qu’il y a dix-huit ans, mais il faudra trouver la solution. Pendant la guerre froide, nous avions la menace imminente d’une guerre nucléaire; aujourd’hui nous avons des conflits que nous ne pouvons pas honnêtement prévoir. Il y a maintenant beaucoup de risques localisés, donc plusieurs zones de crise de nouveau type, et cela exige un travail d’ajustement, d’analyse pour dépasser les difficultés de nouveaux conflits et trouver de solutions certaines.

Antonio Torrenzano. Est-ce que la mondialisation a compliqué ce nouveau processus historique?

Boris Biancheri. La mondialisation, d’un côté, elle nous a donné une communication instantanée ou de transports devenus faciles;de l’autre côté, un processus où les appartenances de groupe se renforcent et les religions sont utilisées en fonction identitaire. Le monde traverse donc un changement profond qui amène plusieurs peuples non européens à chercher de nouveau leur identité et le chemin de leur avenir. Mais, la mondialisation signifie aussi interdépendance et cohabitation. Ce qui arrive aujourd’hui, dans quelque part dans le monde, nous touche tous. Mais cela signifie aussi que la culture mondiale ne détruit pas les identités, mais les transforme. Il s’agit de quelque chose d’absolument nouveau, mais en même temps d’ancien. L’ancienne Union Sovietique s’est désagrégée en quinze républiques, depuis le 1990. L’ex-Yougoslavie a été la circonstance typique : il y a eu une longue période d’ajustement, de crise, de guerre, d’activité diplomatique et cinq nouveaux États à présent. La Bosnie a été, par exemple, un processus diplomatique. Un calcul réussi aussi pour la forte pression de l’opinion publique mondiale autant que de médias, de télévisions et de la presse écrite dans une manière particulière. La faillite emblématique, en revanche, que nous avons sous nos yeux, c’est au Moyen-Orient. Dans ce moment, c’est la région la plus chaude de la planète. Depuis cinquante ans, la diplomatie ne réussit pas à trouver de solution où, le noyau central de la crise, c’est le conflit entre l’État d’Israël et l’Authorité palestinienne. Depuis longtemps, la diplomatie développe de grands efforts, mais sans succès. Je crois, toutefois, que aussi dans un monde virtuel, dont beaucoup de choses se peuvent faire sans une participation directe, l’action diplomatique sur le terrain reste nécessaire. La réalité d’un pays, l’on apprend de l’intérieur. Les zones géographiques, nous les intériorisons en vivant pour longues périodes sur le terrain en discutant avec la population locale des leurs affaires courantes, leurs intérêts. Savez-vous pourquoi ? Parce qu’en réalité le monde, malgré toutes les mondialisations, il est fait encore de réalité et de cultures différentes. Il est important n’oublier jamais l’idée d’altérité, l’histoire de chaque individu devant à nous, ses espoirs, ses mythes, sa culture, sa religion. Nous mangeons grosso modo toutes les mêmes choses, nous mettons grosso modo tous les mêmes vêtements, mais nous ne pourrons jamais effacer l’histoire passée de chacun de nous.

Valentina Brini.

Antonio Torrenzano.

 

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Conversation avec Lester R. Brown, un des pionniers du développement durable. Il a fondé, puis présidé pendant 26 ans le World Watch Institute. Il a ensuite fondé en 2001 l’Earth Policy Institute, organisme de recherche interdisciplinaire basé à Washington DC,qui dirige comme Président.Lester R. Brown a reçu d’innombrables prix et distinctions, dont le Prix pour l’Environnement des Nations Unies en 1987, la Médaille d’Or de la Nature du World Wide Fund en 1989 et le Prix Planète Bleue pour en 1994. Plus récemment, il a reçu en Italie la Médaille du Président de la Republique et le Prix Borgström décerné par la Royal Swedish Academy of Agriculture and Forestry. Écrivain, il a écrit de nombreux livres, traduits en plus de 40 langues. Le dialogue a eu lieu près de la Fondation Pio Manzù à Rimini pendant la XXIXe édition des journées internationales d’études.Site numérique de l’Earth Policy Institute, http// www.earth-policy.org

Antonio Torrenzano. L’eau est-elle devenue une ressource rare ?

Lester Brown. Vous devez penser à la Terre comme à une fondation philanthropique, qui possède un capital naturel de base. Cette fondation pourrait distribuer de donations à l’infini au pacte de gérer avec attention sa richesse de base. Celui que nous sommes en train de faire avec notre planète, c’est le contraire. Je crois que les États n’ont pas encore compris que leurs gestions des ressources naturelles, c’est un désastre. Je n’entends pas parler de toutes les ressources naturelles, mais je voudrais m’arrêter sur l’exploitation des ressources hydriques parce que nous sommes en train de sous-estimer les effets qu’ils auront sur l’économie mondiale. L’irrigation représente le secteur de la grande consommation mondial d’eau : 70% de l’eau utilisée dans le monde finit sur les terrains cultivés, 20% est destiné à l’industrie et 10% est utilisé pour la consommation domestique. Ce qui arrive aux réserves hydriques,il influence les réserves alimentaires et je rappelle que la Chine, l’Inde, les États-Unis sont en train d’abuser amplement de cette ressource.

Francesca Soli. Pouvez nous expliquer comme les réserves hydriques influencent les réserves alimentaires ?

Lester Brown. Chaque année, des agriculteurs américains manquent d’eau et ils sont contraints à revenir aux anciens systèmes d’irrigation avec des récoltes réduites de la moitié comme objectif économique final. La Chine a le même problème. Pour produire une tonne de grain, qu’il vaut à la limite 200 dollars, ils servent 1.000 tonne d’eau. Le développement industriel chinois est en train d’adsorber, en outre, plus de ressources hydriques que la même agriculture avec des déséquilibres entre les deux secteurs industriels. Mais, il existe un autre problème pour l’urgence hydrique qui dérive par la mondialisation du commerce international des céréales. Aujourd’hui, au titre d’exemple,dans le monde, les marchés d’importation de céréales qu’ils sont en train de grandir plus rapidement, ce sont l’Afrique du Nord et les pays du Moyen-Orient. Ces pays, ils sont en train de forcer leurs limites d’une croissance hydrique équilibrée, car la demande croissante hydrique des villes vient satisfaite en soustrayant de l’eau à l’agriculture. La quantité d’eau, qu’il faudrait avoir à disposition pour produire les céréales importées, il correspondait en 2002 au débit annuel du fleuve Nil . Donc, en voulant représenter la grandeur contemporaine du déficit hydrique de cette région de la planète, nous pouvons imaginer un fleuve de céréales qui coule à travers toute la zone géographique du Moyen-Orient. J’ai fait ce petit exemple pour montrer que quand on importe une tonne de grain, de fait, il est comme si on importait mille tonnes d’eau.

Antonio Torrenzano. Est-ce que les conflits futurs pourront être combattus pour la pénurie des ressources hydriques ?

Lester Brown. J’aimerais continuer par des exemples. Commercer par titres financiers, dénommés futures, sur le grain, dans un certain sens, il signifie commercer par des titres financiers de l’eau. Différents pays sont en train d’égaliser le propre bilan hydrique à travers le commerce international des céréales. Les conflits futurs pourront être vraiment combattus pour la pénurie d’eau et pour les ressources hydriques. Je voudrais dire quelques mots sur l’appauvrissement des nappes aquifères. Nombreuses nappes aquifères, elles sont renouvelables, mais pas toutes. L’épuisement des nappes aquifères est devenu réel, depuis quand nous avons à disposition de pompes électriques pour l’approvisionnement hydrique. L’aspect inquiétant de telle extraction, c’est l’énorme exploitation de la ressource hydrique. Qu’est-ce qu’il arrivera quand la population à nourrir augmentera et les ressources alimentaires produites par l’eau, elles ne seront plus suffisantes ? L’eau est ensuite le nouveau problème, mais ce problème nous sera indiqué par l’aggravation des prix du secteur alimentaire, comme j’ai déjà expliqué dans mes réponses précédentes. En 1995, j’ai écrit un essai, titré «Who will feed China», où j’expliquais que 1 milliard et 300 millions d’individus, presque dans l’année 2015, auraient eu besoin d’environ 50 ou 60 millions de tonnes de céréales pour se nourrir. Soixante millions de tonnes de grain sont une quantité supérieure à celle exportée du Canada à ce moment. Qu’est-ce qu’il arrivera? Les prix des céréales augmenteront sur l’entier marché mondial, tout le monde constatera une forte augmentation des prix, mais aussi de nourriture et d’eau en moins pour tous. Il se vérifiera une nouvelle et inédite situation géopolitique, jamais vérifiée dans l’histoire précédente avec des conséquences dont aujourd’hui je n’ai pas de réponses.

Francesca Soli.

Antonio Torrenzano.

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Riccardo Petrella est professeur à l’Université Catholique de Louvain (Belgique) où il enseigne «La Mondialisation» et «La Société d’information». En 1967, il travaille à Vienne (Autriche) au Centre européen de Recherches en Sciences sociales de l’UNESCO dont il sera nommé Directeur en 1970. Ses champs de recherche sont le développement régional, l’innovation technologique, la recherche comparative transnationale.En 1978,il rejoint la Commission Européenne dans le cadre du Programme FAST (Forecasting and Assessment in Science and Technology).Directeur de ce programme de 1979 jusqu’en 1994.Conseiller à la Commission européenne en matière de politique de la science et de la technologie entre 1997 et décembre 2003. Il a été aussi le fondateur en 1992 et premier secrétaire général de la European Interuniversity Association for Education on Society, Science and Technology (connue en tant que ESST) regroupant 15 universités européennes.Il a été également pendant trois ans professeur au Collège d’Europe à Bruges et à l’Université de Liège. Il a été “Visiting Professor” dans plusieurs universités au Canada, aux États-Unis, au Brésil, en Argentine, en Corée du Sud et dans de nombreux pays d’Europe occidentale. La rencontre et la conversation a eu lieu à Rimini auprès du Centre international de recherche Pio Manzù.

 

Antonio Torrenzano. La crise mondiale de l’eau existe et les statistiques des Nations unies confirment que 1,5 milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable. L’hypothèse d’une crise mondiale de l’eau, dans les années 2015-2020, signifie qu’il y aura plus de la moitié de la population mondiale sans accès à l’eau potable et que pour l’autre moitié, l’eau sera de plus en plus devenue chère. Cette hypothèse montre-t-elle aussi l’échec de l’ancien concept de développement économique ?

Riccardo Petrella. L’idée que nous avions de développement, elle avait un sens aussi politique. Cette idée indiquait la capacité de se libérer de la condition de pauvreté en conjuguant cette idée avec le concept de de justice. Dans les derniers temps,en revanche, le concept économique de développement a été plus identifié avec l’augmentation de la capacité productive, avec la technologie et, ensuite, avec une recherche inouïe de croissance économique. L’ancien sens du concept a été donc modifié vers une simple idée de croissance quantitative des produits destinés à la consommation. Le développement est devenu moins social, moins humain, moins politique. Plus financier, plus illégal et plus prédateur des ressources de la nature. Une première réaction contre ce concept de croissance a produit, dans les années 1970, le mouvement écologique et plusieurs associations sans but lucratif (je pense par exemple à Green Peace,WWF) qui ont toujours dénoncé les actions prédatrices vers la planète. Encore, contre une idée de développement fondé sur une production massive, pas respectueuse de l’environnement. Aujourd’hui, le concept d’une consommation schizophrénique, il n’est plus praticable.Pourquoi désirer toujours plus ?

Elena Fontanesi. Est-ce que j’aimerais comprendre à qui l’eau appartient ? S’agit-il d’une ressource naturelle commune ou d’un bien économique qui est en train de devenir privé ?

Riccardo Petrella. Si la communauté internationale n’intervient pas, je dirais que nous sommes vraiment arrivés au désastre. C’est depuis les années 1970, que nous soutenons que les solutions pour un développement écologique et durable exisistent . Les gouvernements se doivent convaincre qu’il faut opter pour une conception économique différente et que les ressources de la planète sont destinées à s’épuiser. En 2020, le risque est que 60% de la planète se trouvera sans plus d’eau potable. Les mots clés sont connus : limiter les consommations domestiques d’eau, reconvertir le développement, rééduquer les gouvernements à considérer l’eau comme ressource publique et un bien commun qui va s’épuiser. Le noeud est tout à fait politique. Les chiffres, ils parlent clair : dans l’année 2020, trois milliards de personnes n’auront plus accès à l’eau. Dans cette hypothèse, il y’aura une pénurie de ressources hydriques pour beaucoup de monde. Il faut inverser cette tendance. Je souligne encore le risque de la finance privée que dans vingt ans, elle pourra devenir la patronne absolue des ressources terrestres devenues rares. Des solutions technologiques existent, mais on ne peut pas penser continuer à dissimuler le problème. Le procès de marchandisation des ressources naturelles fondamentales avance sans trêve en transformant l’eau de bien commun à bien de consommation. Ce procès en cours, il diminue la garantie d’un accès égalitaire à la ressource en expropriant les citoyens au droit de participer dans la définition des politiques de gestion. Le début de la solidarité entre citoyens, entre peuples et entre générations il laisse la route, encore une fois, à la simple logique économique de la demande et de l’offre. La lutte pour l’affirmation du droit à l’eau comme droit commun et collectif concerne la nécessité de définir de nouveaux domaines juridiques, jusqu’à présent méconnus malgré les nombreux combats des communautés indigènes. Le droit à l’eau n’est pas encore reconnu dans le monde entier.

Antonio Torrenzano. Je retourne encore une fois sur l’idée de développement économique, parce que dans votre réponse précédente vous n’avez pas exprimé vos suggestions sur le concept de croissance soutenable et éthique. Qu’est-ce que vous pensez à ce propos ?

Riccardo Petrella. Qui proposait un développement éthique, il soutenait un modèle qui ne pouvait plus produire biens et services sans répondre aux qualités fondamentales de l’individu, du social, de l’environnement. Le système économique dominant s’est approprié de cette idée et il l’a pervertie en théorisant l’idée qui est désormais la meilleure condition pour que les entreprises capitalistes sur le marché deviennent plus compétitives. La culture dominante a complètement dénaturé l’idée d’un développement éthique en la réintroduisant dans le système, comme nouveau modèle au service de la compétitivité et pour la création de nouveaux profits pour les capitaux financiers. La conception durable et éthique devient ainsi parfaitement cohérente avec le développement des consommations, à l’usage du système dominant qui a effacé l’idée originairement conçue.

 

Elena Fontanesi.

Antonio Torrenzano.

 

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Conversation avec Erik Orsenna, écrivain, économiste, membre de l’Académie française depuis le 28 mai 1998.Après onze années de recherche et d’enseignement dans le domaine de la finance internationale et de l’économie du développement (Université de Paris I, École normale supérieure).En 1981, Jean-Pierre Cot, ministre de la Coopération, l’appelle à son cabinet. Il s’y occupera des matières premières et des négociations multilatérales. Deux ans plus tard, il rejoint l’Élysée en tant que conseiller culturel (et rédacteur des ébauches de discours subalternes). Dans les années 1990, auprès de Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères, il traitera de la démocratisation en Afrique et des relations entre l’Europe du Sud et le Maghreb.Entre-temps,il a quitté l’Université pour entrer, en décembre 1985, au Conseil d’État. Conseiller d’État depuis juillet 2000, actuellement en disponibilité. Il est aujourd’hui vice-président de la société Cytale (livre électronique). Parallèlement à ces activités administratives, il a écrit sept romans, dont La Vie comme à Lausanne, prix Roger Nimier 1978, et L’Exposition coloniale, prix Goncourt 1988. Il préside le Centre de la mer (Corderie royale, à Rochefort). La conversation a eu lieu dans la ville italienne de Mantoue pendant le «festival della letteratura» et au Salon du livre de Paris.

Antonio Torrenzano. L’eau sera le problème du XXI siècle. La rareté, la pollution, les conflits pour en avoir la gestion, ils feront devenir l’eau précieuse de plus en plus. De ressource offerte par la nature, l’eau va devenir une marchandise d’échange et une nouvelle source de profit pour les spéculateurs. L’eau deviendra cause de graves conflits, soit à l’intérieur d’un pays, soit entre de groupes sociaux différents, soit entre pays voisins liés par une source commune d’eau. Les besoins d’eau augmentent encore par la haute croissance démographique, mais aussi pour de pratiques agricoles et industrielles pas toujours parcimonieuses ou soutenables.Quoi faire? Quels choix ?

Erik Orsenna. Je connais les chiffres par coeur et il faut continuer à les citer: un milliard d’habitants de la planète n’ont pas accès à l’eau et 2,6 milliards vivent sans système d’évacuation des eaux usées, 25 000 êtres humains meurent chaque jour faute d’eau,dont la moitié sont des enfants. Pasteur dénonçait le fait que 90% des maladies ont pour origine des carences en matière d’eau. Ce qui était vrai dans son temps l’est plus encore aujourd’hui. L’absence d’eau tue dix fois plus que les guerres. Notre avenir est encore plus inquiétant que notre présent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: les réserves mondiales par habitant sont passées de 16800 mètres cubes en 1950 à 7300 en 2000 et atteindront probablement 4800 mètres cubes en 2025. Il faut avoir le courage de dire que les objectifs du Millénaire paraissent hypocrites. Les investissements consentis chaque année pour améliorer le système d’accès à l’eau atteignent aujourd’hui presque 15 milliards de dollars. Cela est nécessaire, mais cela ne suffit pas. À partir de là, il reste à construire l’avenir. Et, dans ce domaine, il est deux tâches à accomplir :d’une part, tourner le dos aux fausses solutions et, d’autre part, poser les vrais problèmes.

Carlotta Pivetti. Est-ce que vous pourrez nous faire des exemples? Et encore, vous affirmez dans vos essais qu’il existe des raretés plus criantes et plus urgentes que d’autres: pour l’accès à l’eau, faut-il préconiser une solution rapide ?

Erik Orsenna. Il existe des raretés plus criantes et plus urgentes que d’autres: c’est vrai. L’accès à l’eau est un problème urgent. Dans certaines régions de la Chine, par exemple,il faut puiser à plus de 1000 mètres pour trouver de l’eau non contaminée; le lac Tchad a perdu 95% de sa surface; la mer d’Aral a presque été rayée de la carte. On pourrait multiplier à l’envi ce type d’exemples. Mais le vrai problème reste celui de l’accessibilité. À mon avis, le problème principal n’est pas celui du gaspillage de l’eau, ils sont ceux de l’agriculture et ceux du non-traitement des eaux usées. Concernant l’agriculture: 73% de l’utilisation de l’eau douce est assurée par l’agriculture (contre le 21% pour l’industrie et 6% pour les usages domestiques). Il faut 4500 litres d’eau pour produire un kilogramme de riz. Le 40% de l’alimentation mondiale est produit par un système d’agriculture irriguée. Or, 20 à 60% de l’eau prélevée par ces systèmes s’évapore pendant processus. Concernant le non-traitement des eaux usées, rappelons que,dans les pays en développement,40 à 60 % de l’eau est perdue, en raison d’infrastructures défaillantes.Sur le fond, l’un des problèmes majeurs reste celui de l’inégalité d’accès à l’eau. Inégalités entre pays, inégalités entre régions, inégalités entre quartiers. Je souligne que 82% de la population d’Afrique a des difficultés d’approvisionnement d’eau contre 35% des Américains et que la consommation quotidienne d’eau à usage domestique est de 300 à 600 litres en Europe contre 10 à 40 en Afrique.

Antonio Torrenzano. Quelles solutions proposez-vous pour améliorer la situation?

Erik Orsenna. Quatre points me semblent prioritaires. Le renforcement de l’Aide publique au développement dans l’intérêt des lignes d’action de collecte et de gestion de l’eau. La priorité doit être donnée à la gestion des problèmes agricoles. C’est dans ce domaine qu’il faut porter le fer en priorité. Et l’Europe, qui subventionne son agriculture doublement puisque celle-ci bénéficie, en plus de la PAC, d’une tarification privilégiée en matière d’eau, se doit de mettre un terme à cet égoïsme aux conséquences meurtrières. Encore… la gestion de l’existant. Commençons par mieux gérer les ressources dont nous disposons.Priorité dans ce domaine doit être donnée à la collecte et la gestion des eaux de pluie.Avec une difficulté. Qui est celle de la gestion des réformes dans le temps. Enfin, la décentralisation des programmes. Fournir de l’eau en Inde coute en moyenne deux dollars par personne avec les techniques de collecte de l’eau de pluie et plus de 200 dollars si l’on choisit de faire des mégabarrages.

Carlotta Pivetti.

Antonio Torrenzano.