ActualitéBlogrollLivresWeblogs

visuel_livre2010_presse.1269530466.jpg

Le Salon du livre de Paris 2010 fête ses 30 ans. La 30e édition sera un événement totalement inédit pour marquer cet anniversaire ! Une actualité exceptionnelle qui se déroulera du 26 au 31 mars, à Porte de Versailles, pour symboliser les 30 ans du Salon et ses 90 auteurs invités. Parmi eux, 30 auteurs français et 30 auteurs étrangers, ainsi que 30 auteurs portés par la politique publique du Centre national du livre au profit de la création littéraire. Plus de 500 conférences, des débats, des rencontres, de grandes lectures et 25 pays présents.

Les auteurs français et étrangers ont été sélectionnés par un jury composé de partenaires officiels du Salon : France Télévisions, Radio France, Télérama, le Centre national du livre, le ministère des Affaires étrangères et européennes, ainsi que son opérateur Culturesfrance, le Syndicat national de l’édition. Premier Salon culturel grand public en Europe, il rassemble toute la production éditoriale française et internationale.

Le salon de Paris, il a toujours été à la pointe de l’innovation : pionnier des lectures à haute voix, initiateur de cafés littéraires, fédérateur des acteurs du livre, révélateur d’auteurs, vitrine technologique (l’e-book présenté par exemple en première mondiale en 2000), véritable endroit social où se côtoient toutes les idées, toutes les folies en assurant aux maisons d’édition de petite taille une robuste visibilité et la diversité culturelle. Un Salon dédié au livre sous toutes ses formes.

Antonio Torrenzano

 

 

* Le lecteur peut retrouver toutes les informations pratiques et les biographies des auteurs sur le site du salon au suivant adresse électronique : htpp://www.salondulivreparis.com

 

ActualitéBlogrollWeb/TechWeblogs

richard_descoings_image02.1267385518.jpg

Conversation avec Richard Descoings, Conseiller d’État, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris et administrateur de la Fondation Nationale des Sciences politiques depuis 1996. Richard Descoings a obtenu son diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris en 1980. Il fut ensuite élève à l’École Nationale de l’Administration de 1983 à 1985. En 1989, il est nommé Directeur adjoint de l’Institut de Paris et le restera jusqu’en 1991, date à laquelle il sera nommé maître des requêtes au Conseil d’État. De 1991 à 1993, il est successivement conseiller technique au cabinet du ministre pour le Budget, notamment responsable du suivi du budget de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur puis chargé de mission au cabinet du ministre de l’Éducation nationale en charge des questions budgétaires. De 1993 à 1996, il est nommé rapporteur général adjoint de la section du rapport et des études du Conseil d’État et de la mission sur les responsabilités et l’organisation de l’État. De 1995 à 1996, il occupe la fonction de commissaire du gouvernement auprès des formations contentieuses du Conseil d’État. Il est auteur de l’essai « Sciences Po. De la Courneuve à Shanghai», préface de René Rémond, édition presses de Sciences Po, Paris, 2007. L’entretien a eu lieu à Rimini, le samedi 24 octobre 2009 auprès de la Fondation Pio Manzù pendant la 35e édition des journées d’étude internationales titrée « Nomad power: Values, illusions,aspirations of errant youth». Le Centre International Pio Manzù a remis dimanche 25 octobre 2009, la médaille de la Chambre des députés italienne à Richard Descoings. Son site internet http://www.richard-descoings.net

Antonio Torrenzano. La « génération Y » dont on parle bien souvent pour définir les jeunes âgés de 18 à 26 ans est-elle différente des autres générations d’étudiants qui ont étudié à Sciences Po ? Est-ce qu’ il y a, selon vous, une rupture de mentalité entre les générations passées et la «génération Y» ?

Richard Descoings. Je ne sais pas si une telle rupture entre les générations n’a jamais existé. Le net dans tout cas a fait évoluer les mentalités. Aujourd’hui, un élève sur deux à Sciences Po pendant les cours prend ses notes sur son ordinateur portable. Quand je passe le soir, je vois tous les étudiants étrangers qui téléphonent par leur ordinateur ou qui travaillent avec la tête penchée sur leurs microordinateurs. Le passage au numérique, les réseaux sociaux, MSN ou la même utilisation de la musique ou de l’art par les systèmes à affichage numérique, tout cela est en train de créer un incroyable écart entre le savoir et le savoir-faire des nouvelles générations versus le non-savoir et le non-savoir-faire des générations précédentes. Les enfants et les adolescents se construisent aujourd´hui, à un moment très important de leur vie, dans un monde dont leurs parents sont complètement exclus. Je veux vous faire un autre exemple : pour les trentenaires d’aujourd’hui l’international faisait déjà partie des horizons possibles ; pour la génération actuelle de 18 à 26 ans, il fait partie de la réalité.

Antonio Torrenzano. Cette révolution culturelle, a-t-il affirmé le directeur de la division de l’information et de l’informatique UNESCO Philippe Queau, va si loin qu’on peut même parler de l’apparition d’une nouvelle «manière d’être». La révolution numérique n’est pas une simple révolution technique, mais comparable à ce que fut l’apparition de l’alphabet ou à l’invention de l’imprimerie. L’école et les pratiques pédagogiques doivent-elles s’approprier de cette nouvelle ère virtuelle ?

Richard Descoings. C’est évident. Dans les années qui viennent, nous avons d´immenses efforts à faire concernant, d´une part, la formation des enseignants et, d´autre part, la conceptualisation d’une nouvelle éducation pour nos adolescents. L’environnement de cette génération est inédit et à géométrie variable. C’est la première génération qui n’a pas connu la guerre froide. Une génération qui grandit dans un monde extraordinairement complexe. Si on ne le fait pas, cela nous rendra incapables par rapport à l’arrivée de la révolution numérique. Révolution qui est tellement rapide que même ceux qui ont un peu d´avance sont en retard. Cette génération a un siège important à prendre. Chaque talent est précieux et demande à être reconnu et valorisé. La crise financière planétaire et les conséquences économiques et sociales qui deviennent de plus en plus pesantes, ils nous obligent à savoir mobiliser tous les talents. Savoir mobiliser tous les talents est devenu une question d’intérêt général.

Antonio Torrenzano

ActualitéBlogrollWeb/TechWeblogs

kindle_image2.1289813198.jpg

Selon Luke Hayman, designer et expert de nouveaux médias américains, celui qui a refait le style et le nouveau nom en ligne de quotidiens comme «Time», «New York» ou des magazines comme «Travel» et «Leisure», le monde de l’édition de demain sera un métissage entre le web et les plus innovantes solutions réalisées par la presse écrite dans ces dernières années. Le nouvel environnement communicationnel, caractérisé par la centralité de la Toile, est en train de modifier en profondeur la nature traditionnelle des liens spatio-temporels qui définissent le travail journalistique (par exemple le bouclage) avec pour conséquence une mutation du métier de grande ampleur dans les processus productifs et des critères éditoriaux. Cette transition est en cours et elle suscite souvent des réserves dans la plupart des rédactions.

Luke Hayman écrit dans son carnet virtuel : « le nouveau iPad de la société Apple ou le lecteur Kindle sont en train de produire le passage définitif de la presse écrite au numérique ». L’auteur, toujours dans le même billet de son carnet, énumère de plus les possibles orientations des médias traditionnels caractérisés par la nouvelle centralité d’Internet. Jusqu’à aujourd’hui, le reportage journalistique se déployait dans un domaine spatio-temporel bien précis qui peut être résumé par trois phases : a) la phase de la production de l’événement, b) le temps de sa représentation journalistique, c) la phase de sa consommation. Ces trois phases jusqu’à présent se sont suivies et se sont engrenées selon une séquence logique : production, représentation, consommation. Mais, le Réseau net en devenant le lieu d’une convergence croissante, où il est en train de se développer une différente méthode journalistique de travailler: rédaction intégrée entre rédactions des formats imprimés et en ligne, interactivité/participation du lecteur, mashup et distribution multisupport et enfin l’interactivité, il a modifié quasi définitivement l’ancienne logique.

Pour Luke Hayman dans un futur très proche, la cadence journalière ou mensuelle d’un quotidien ou d’un magazine ne devrait plus avoir du sens. Par l’iPad ou par le lecteur Kindle, affirme l’expert, les quotidiens ou les revues mensuelles pourront être constamment ajournés comme il se produit déjà sur le web. Pour ce qui concerne, en revanche, la publicité, Luke Hayman soutient que les anciennes bannières publicitaires seront substituées à une nouvelle formule de communication publicitaire interactive. Communication capable de véhiculer beaucoup plus de renseignements comme déjà il arrive dans les modèles utilisés de la télévision. Les mêmes pour les textes qui seront plus longs et articulés, car l’iPad ou le lecteur Kindle sont pensés pour lire des livres en ayant un écran plus limpide que celui d’un microordinateur et une batterie de grande durée.

Pour s’adapter à la nouvelle puissance des technologies numériques, l’industrie des médias traditionnels devra modifier en profondeur la vision qu’elle a eue jusqu’à aujourd’hui de soi-même. Luke Hayman affirme encore que cette transition soit presque arrivée et qu’elle puisse provoquer un fort séisme dans l’industrie des médias traditionnels. Dans un tel contexte d’un monde pluridimensionnel et une société plus dense et complexifiée par la multiplication des acteurs sociaux, le monde du journalisme a-t-il compris sa nouvelle centralité sociale ?

Antonio Torrenzano

 

ActualitéBlogrollEconomieWeb/TechWeblogs

Conversation avec Jean-Rémi Deleage, producteur de nouveaux médias pour la société I.Marginal. Cet entretien a été réalisé par Ghislaine Azémard, suite à la conférence que Jean-Rémi Deleage a donnée dans le cadre des Rencontres Médias du master Création et édition numérique de l’Université Paris 8. Réalisation et montage: Leden, Renan Mouren et Gilles Donnard.

 

ActualitéBlogrollEconomieWeb/TechWeblogs

Conversation avec de Norbert Paquel, consultant CANOPE. Cet entretien a été réalisé par Ghislaine Azémard, suite à la conférence que Norbert Paquel a donnée dans le cadre des Rencontres Médias du master Création et Édition numériques de l’Université Paris 8. Réalisation et montage: Leden, Renan Mouren et Gilles Donnard.

 

ActualitéBlogrollLivresWeb/TechWeblogs

derick_dekerckhove_image.1266857511.jpg

Derrick De Kerckhove dirige le programme McLuhan en culture et en technologie et il est professeur au département d’Études françaises de l’Université de Toronto. Parallèlement à ses études, il a collaboré avec le Centre pour la culture et la technologie (1972-1980) où il fût un collaborateur de Marshall McLuhan. Il organise des ateliers sur la connectivité de l’intelligence dans lesquels il propose une nouvelle façon de réfléchir en utilisant les technologies de l’information. La conversation avec le professeur Derrick De Kerckhove a eu lieu à Reggio Emilia et Milan.

Antonio Torrenzano. Depuis quelques années, le Web s’est accompagné d’une multiplication et d’une diversification de l’offre de contenus, en même temps que d’une généralisation de l’accès aux ressources. Malgré des tentatives pour approfondir des modèles cognitifs capables d’expliquer l’ensemble des comportements sur le Web, ces recherches posent encore un problème de généralisation des résultats. Une description tout à la fois planétaire et circonscrite à un lieu des usages de la toile reste donc encore à construire. Je crois qu’il faudra encore mieux analyser cette évolution dans les conditions de « danger-opportunité », pour bien comprendre les effets de la nouvelle ère du virtuel.

Derrick De Kerckhove. Aujourd’hui, la technologie nous offre la possibilité de repenser le monde et le processus en cours de manière critique et favorable. Le web 2.0, et… bientôt le Web 3.0, comme architecture sociale nous offre la possibilité d’affronter cette évolution historique de manière constructive. Le problème est que le concept sur lequel il repose le Web 2.0 est nouveau et, en tout cas, assez décalé par rapport aux tendances de la vision l’éducation contemporaine. Néanmoins le Web 2.0 c’est une réalité tangible que les gens vivent à travers de multiples expériences. L’information est elle-même une multiplicité d’informations. On comprend bien ce qu’est une opinion, et une opinion publique est issue du collectif, on sent bien que ça a une réalité et qu’au-delà de ce que pense chaque personne, il y a quelque chose qui accompagne le collectif de toutes ces personnes qui pensent ensemble. Les grandes évolutions sociales sont toujours arrivées par implosion ou par explosion : aujourd’hui, nous vivons une implosion électronique. Je vois dans l’invention du web une rupture historique avec notre passé et une accélération sociale pour ce qui concerne la connaissance. Je crois enfin que l’Internet porte bien son nom, c’est-à-dire qu’il est un système d’interconnexion de réseaux dominé par des processus de communication.

Antonio Torrenzano. Carnets virtuels, forums de discussion, réseaux sociaux… L’homme numérique écrit, se mobilise, partage ses enthousiasmes, ses combats. Depuis dix ans, le Réseau net n’en finit plus d’élargir l’espace public. La diffusion dans nos sociétés de la convergence numérique a connu dans la première décennie du XXI siècle une vitesse sans précédent. Comment, à votre avis, ce partage de connaissances changera-t-il nos habitudes?

Derrick De Kerckhove. À partir de la fin du XXe et le début du XXIe siècle, les carnets numériques autant que les réseaux sociaux sont devenus l’agora électronique dans laquelle tout le monde se rencontre en restant chez lui. Nous sommes passés d’un monde dominé par le savoir à un monde dominé par la connaissance. Je pense que c’est une mutation importante. C’est une mutation du monde très importante et il me semble que le web en est la résultante comme il en est l’accélérateur. La génération numérique est une génération sans peur sociale, politique, professionnelle. Il me semble qu’il y a, là, une rupture importante ; une rupture à la fois technique, économique et sociale, car dès le départ cette technologie a été extrêmement peu chère. Avec le web, nous assistons à quelque chose de tout à fait nouveau et dans ce moment économique nous avons un besoin nécessaire de ces individus pour dépasser la tendance à la stagnation des générations passées. Je parle de la génération numérique qui a la même période de la vie qu’internet, née avec le Réseau net comme aujourd’hui nous le connaissons. Cette génération appartient à la phase historique contemporaine : celle des réseaux sociaux, de Facebook, de Myspace, du réseau Ning, des blogs. Cette génération a un sens inné du web 2.0 et elle n’a pas de problème avec la technologie. C’est une génération qui a inventé une autre façon de voir les choses.

Antonio Torrenzano. Dans vos derniers séminaires, vous avez affirmé que le passage du Web 2.0 au Web 3.0, il est sur le point de se produire. Quel sera-t-il l’avenir du réseau? Le partage des connaissances sur le web est-il encore limité ?

Derrick De Kerckhove. Je ne pense pas que le partage des connaissances est limité. L’avenir du Web est de comprendre ce qu’il est étroitement indispensable pour celui qui l’utilise. Le web reste la machine sur laquelle partager la connaissance. Le concept même de pages web est un concept de partage. Je fais ma page web et je la dépose pour la partager. Les efforts dans ce moment se concentrent sur la recherche d’une majeure simplicité d’utilisation du Web et la rapidité par laquelle l’usager peut trouver ce qu’il cherche. Nombreux sites web sont encore trop difficiles à utiliser : pleins de renseignements insignifiants, avec des fonctionnalités pas toujours claires et trop de publicité. Le web est désormais délinéé directement par l’utilisateur. Beaucoup d’individus, par exemple, ont commencé à utiliser Twitter ou Facebook pour la rapidité des messages directs et rapides qui pouvaient s’échanger entre eux en mettant de côté leur courrier électronique parce que le courriel il exigeait un grand numéro de passages physiques pour communiquer.

Antonio Torrenzano

ActualitéBlogrollLivresWeb/TechWeblogs

internet_image.1266837216.jpg

La révolution numérique n’est pas une simple révolution technique, mais comparable à ce que fut l’apparition de l’alphabet ou à l’invention de l’imprimerie. La radio a employé presque 38 ans pour atteindre un accueil favorable de 50 millions d’auditeurs. À la télévision, ils ont été nécessaires seulement treize ans pour gagner la même ligne d’arrivée. Internet a employé au contraire seulement quatre ans pour rattraper les résultats de la radio et de la télévision, pendant qu’à l’iPod ils sont servis trois mois seuls pour arriver au même objectif.

Cette révolution culturelle, affirme le directeur de la division de l’Information et de l’Informatique UNESCO Philippe Queau, va si loin qu’on peut même parler de l’apparition d’une nouvelle «manière d’être». «Le fait d’être sur le net refaçonne votre conscience» dit-on. Ceci se paye cependant d’une mathématisation accrue de notre regard sur le monde, d’une «abstraction» croissante de la pensée. Mais, les formes contemporaines de production, de circulation et d’usage du document numérique accompagnent aussi l’émergence d’une nouvelle modernité qui doit encore être analysée et mise en perspective. Pourquoi ? Parce que le numérique est une nouvelle lingua franca permettant la transparence totale entre toutes les formes de représentation et internet est l’équivalent d’une imprimerie universelle, personnelle, ubiquitaire, instantanée et à très bon marché. Il y a quinze ans, ce que nous appelions par exemple document, il connaît aujourd’hui de profonds bouleversements. Texte, support ou mémoire sont largement redéfinis et auteur, éditeur, lecteur ou bibliothécaire se trouvent repositionnés dans cette nouvelle ère virtuelle.

Le monde de l’édition (presse écrite, quotidiens, hebdomadaires, revues mensuelles) et plus généralement de la publication est à la veille d’une transformation majeure. La technologie et les habitudes de lecture se sont donné un nouveau rendez-vous. Ce qui va se passer à très court terme est dans la lignée des évolutions que l’on a constatées pour la musique (le mp3, le mp4) et que l’on constate pour la vidéo : disponibilité totale de l’objet multimédia par l’action de la dématérialisation. Le livre ou le quotidien, en particulier, ne sont plus un fin en-soi, mais un composant d’une démarche d’auteur plus large et plus vaste, le condensé d’une communauté d’intérêts. Cette mutation s’appelle convergence. Convergence devrait être la nouvelle voix de la multiplicité et de l’inséparable. Dans le monde des médias, par exemple, le changement fondamental consistera que chaque médium ne déroulera plus de services uniques, mais il sera apte à répandre plus services : radio, e-book, TV, social network. Le réseau définera donc les nouveaux modes de communication et nos habitudes. L’écran de notre ordinateur nous proposera dorénavant d’écouter la radio, de lire le journal, de regarder la télévision ou de revoir pour une énième fois la fête de notre fils.

L’édition, telle que nous la connaissons aujourd’hui, objet papier que l’on achète à l’unité, va probablement devenir un choix au sein d’un abonnement, comme une classique chaîne de télévision au sein d’un bouquet. Son rôle va changer et, comme pour la musique, il va devenir objet de promotion d’un auteur qui gagnera de l’argent autrement, grâce à sa notoriété. Quant à l’édition, elle va passer d’une culture de comptage d’unités produites et vendue à une culture d’audience. Tout cela est très proche. Que pourront-ils dire les linguistes devant un octet et les sémiologues devant un pixel ? La croissance rapide de ce média a suscité dans les premiers temps les spéculations les plus diverses sur des usages encore en construction et même le Net a été l’objet d’espoirs ou de rejets radicaux. Pour autant, rares sont encore les recherches d’étude qui permettent d’en rendre compte de manière exhaustive et objective.

Antonio Torrenzano

 

Bibliographie électronique.

*Roger T. Pédauque, «Le document à la lumière du numérique», Caen, C&F éditions, 2007. Roger T. Pédauque est le nom collectif d’un réseau de scientifiques francophones travaillant dans les divers domaines d’expertise des sciences humaines et sociales ainsi que des sciences et techniques de l’information et de la communication.

*Carlo Sorrentino, « À travers le Réseau. Du journalisme monomédia à la convergence crossmédia», Rome, RAI-ERI éditions, 2008.

* Un excellent exemple de ce que peut être aujourd’hui l’ébauche de cette évolution est proposé par Joël de Rosnay sur son site Internet : http://www.scenarios2020.com

*Sur l’évolution de l’édition, le lecteur peut lire le rapport:Livre 2010,disponible à suivant adresse http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/074000434/0000.pdf

 

ActualitéBlogrollLivresWeb/TechWeblogs

manuel_castells_image.1264790802.jpg

Conversation avec Manuel Castells, écrivain, sociologue, professeur de sociologie et de planification urbaine et régionale depuis 1979 près de l’université de Berkeley en Californie. Il quitte l’Espagne à 20 ans, pour cause d’activisme antifranquiste, et il étudie en France la sociologie et l’urbanisme. Il développe dans ses travaux, notamment The Urban Question: a Marxist Approach et The City and the Grassroots, une approche structuraliste des formes urbaines et des relations entre l’économie, le social et les structures spatiales. Il s’est particulièrement intéressé au rôle de l’État en tant que régulateur des crises urbaines. Entre 1967 et 1979, il enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, avant de rejoindre Berkeley. Il s’intéresse alors à la Silicon Valley et la société de l’information. Il en devient un spécialiste reconnu avec sa trilogie consacrée à « L’ère de l’information » qui met particulièrement en évidence les transformations de la société par le développement des réseaux et la convergence numérique. Il est également directeur de recherche à l’Internet Interdisciplinary Institute de Barcelone, université virtuelle mondiale. Auteur de nombreux essais publiés dans plusieurs langues étrangères, dont « L’ère de l’information. Vol. 1. La société en réseaux », Paris, éditions Fayard, 1998 ; « L’ère de l’information. Vol. 2. Le pouvoir de l’identité », Paris, Fayard, 1999; « L’ère de l’information. Vol. 3. Fin de millénaire », Paris, Fayard, 1999; « Dans quel monde vivons-nous ? Le travail, la famille et le lien social à l’ère de l’information », en collaboration avec Martin Carnoy et Paul Chemla, 2001; « La Galaxie Internet », 2002. Le dialogue a eu lieu dans la ville de Milan auprès de l’université Milano Bicocca au mois de mai 2009.

Antonio Torrenzano. La diffusion dans nos sociétés de la convergence numérique a connu donc dans la première décennie du XXI siècle une vitesse sans précédent. Selon le philosophe français Paul Virilio, cette augmentation de la vitesse de la réalité a produit, en même temps, de plus grandes vulnérabilités et instabilités de la société même. Est-ce qu’il est ainsi aussi pour vous ?

Manuel Castells. Le réseau internet est dans une phase de transition. Je considère le réseau net comme l’équivalent de l’électricité dans l’ancienne ère industrielle. La toile est désormais à la base du networking : la forme d’organisation plus importante de notre société. L’essence même de notre présent, de la politique, de la guerre, du travail, des relations sociales, des actions militaires, du mouvement altermondialiste jusqu’au terrorisme international. Le réseau internet, cependant, ne résout pas les problèmes de la société, mais il les exprime et il les amplifie en rendant plus vulnérables les gouvernements, mais pas la société. Je trouve alors que la thèse de Paul Virilio on peut la partager seulement si nous pensons que la vulnérabilité de la société dépend de celle des gouvernements.

Antonio Torrenzano. Comment, selon vous, la Toile peut-elle influer sur la politique des gouvernements et des États ?

Manuel Castells. La particulière situation internationale que nous sommes en train de vivre, elle a aiguisé la pression des gouvernements sur le web. Depuis les origines du réseau net, les gouvernements, de droite et de gauche sans aucune distinction, ils l’ont considéré comme une grande menace. Les gouvernements effrayés par l’incapacité d’une vérification centralisée de la Toile, ils ont développé celle que j’appelle «China syndrome». Je pense, au contraire, qu’il faudra seulement trouver les nouvelles modalités appropriées pour les appliquer au Réseau sans aucun besoin de législations exceptionnelles.

Antonio Torrenzano. Dans votre dernier essai, vous écrivez que dans cette ère numérique les batailles culturelles elles sont en réalité de batailles pour le pouvoir. Qu’est-ce que vous entendez pour batailles pour le pouvoir ?

Manuel Castells. Dans mon dernier essai, j’affirme que les campagnes culturelles produites par le réseau internet, elles sont des combats en termes de valeurs. Je vous fais un exemple : si je donne de la valeur à la protection de l’environnement plus qu’aux consommations matérielles, je produis par mon blog des pressions sur les usines et sur les gouvernements afin qu’ils puissent modifier le modèle de croissance économique dans cette orientation. Si ma valeur est l’argent, alors je me concentrerai sur la production de la richesse, mais aujourd’hui pour produire du nouveau profit sur la Toile j’aurai besoin d’une nouvelle innovation et de nouvelles idées fondées sur les valeurs. Puisque notre société désormais est basée sur la prise de décisions fondées sur l’information, le changement des catégories culturelles sur lequel ces informations sont développées change les décisions et il modifie les relations entre le pouvoir et la société.

Antonio Torrenzano

ActualitéBlogrollWeb/TechWeblogs

culture_digitali_image.1223316089.jpg

Les années 2000 ont confirmé la spectaculaire progression de la convergence numérique dans notre environnement journalier. Carnets virtuels, forums de discussion, réseaux sociaux… L’homme numérique écrit, se mobilise, partage ses enthousiasmes, ses combats. Depuis dix ans, le réseau net n’en finit plus d’élargir l’espace public. Manuel Castells soutient que : « les réseaux constituent la nouvelle morphologie sociale de nos sociétés, et la logique de la mise en réseau détermine largement les processus de production, d’expérience, de pouvoir et de culture […] Ce qui est nouveau aujourd’hui c’est le fait que les technologies de l’information fournissent la base de son expansion à la société tout entière ». Société en réseau émancipée des hiérarchies verticales dans laquelle le sociologue Manuel Castells pense que l’individu peut trouver de nouveaux leviers pour réaffirmer soi-même, faire vivre avec plus de force son identité dans un monde déterritorialisé. Manuel Castells soutient encore que le réseau est en train de construire une intelligence collective qui a l’occasion de substituer une organisation en réseau égalitaire aux vieilles hiérarchies pyramidales.

La diffusion dans nos sociétés de la convergence numérique a connu donc dans la première décennie du XXI siècle une vitesse sans précédent. L’installation de la société de l’information dans notre quotidien est désormais, comme nombreuses statistiques européennes constatent largement acquise. En France, plus de 25 millions de Français sont désormais des utilisateurs constants d’internet, près de 17 millions de foyers sont abonnés au haut débit, envoyer un courrier électronique est devenu aussi banal que de passer un appel téléphonique par le mobile. Comme l’avait déjà prophétisé Nicholas Negroponte il y a quelques années, le réseau net est omniprésent dans notre quotidien, il est devenu un élément structurant de notre économie, un point de repère de la vie d’homme numérique. Si en 1985, la passion pour le micro-ordinateur et la culture du langage de programmation étaient exclusivement de savoirs et de questions pour les spécialistes ; désormais, l’ordinateur n’est plus une affaire de passionnés ou professionnels.

Dans la société de l’information, il a écrit Laurent Sorbier, Teknê et Polis s’entrelacent encore plus intimement et fortement que par le passé jusqu’à former une seule et même toile, celle de l’internet. Mais la convergence numérique a transformé aussi l’environnement de l’information. Le passage rapide au numérique a changé l’édition, la recherche, l’apprentissage, la culture, les professions, tout ce qui concerne notre vie quotidienne. Le secteur de l’édition est intrinsèquement numérique maintenant. La photographie a fait la même chose autant que la production audiovisuelle. Les sites Web, qui constituent la plus récente des formes d’édition, documentent maintenant une large partie de l’activité commerciale et économique en Europe autant que dans la planète.

La révolution actuelle n’est pas une simple révolution technique, mais quelque chose de beaucoup plus profond, comparable à ce que fut l’apparition de l’alphabet ou à l’invention de l’imprimerie. Mais, le net est-il l’équivalent d’une imprimerie universelle, personnelle, ubiquitaire, instantanée ? Cette «intelligence collective» sera-t-elle assimilable à la noosphère de Teilhard de Chardin ? Sera-t-elle une « nappe » d’intelligences personnelles et libres ? Les formes contemporaines de production, de circulation et d’usage du document numérique accompagnent l’émergence d’une nouvelle modernité. Mais, cette nouvelle modernité n’a pas été encore analysée. La déterritorialisation de la mondialisation liée intrinsèquement à la nature du cyberespace, préparent-elles un nouvel ordre mondial ? Devant un tel choc, nos anciens repères s’évanouissent. Alors, vers quoi se tourner ? De quelle clairvoyance avons-nous aujourd’hui besoin ?

Antonio Torrenzano

 

ActualitéBlogrollLivresWeblogs

zygmunt_bauman_rome_image.1264604851.jpg

Conversation avec Zygmunt Bauman, sociologue, écrivain. Il a enseigné aux universités de Tel-Aviv et de Leeds. Auteur de nombreux essais, traduits dans plusieurs langues étrangères, il a publié en France : «Le Coût humain de la mondialisation», éditions Hachette, 1999; «Modernité et Holocauste» éd. La Fabrique, 2002; «La Vie en miettes, Expérience postmoderne et moralité» éditions du Rouergue/Chambon, 2003; «L’Amour liquide, de la fragilité des liens entre les hommes» éditions du Rouergue/Chambon, 2004; « La Société assiégée», éditions Hachette, 2005. Le dialogue a eu lieu à Rome, Milan et Reggio Émilia pendant des séminaires universitaires dans l’automne 2009.

Antonio Torrenzano. Vingt ans ans après de la chute du mur de Berlin, comme analysez-vous les profondes transformations de l’occident ? Y a-t-il quelque chose de nouveau dans notre conscience du temps aujourd’hui ?

Zygmunt Bauman. Nous vivons dans une époque de crise. Le vieux système est en train de mourir, mais la nouvelle société n’est pas encore née. Nous sommes dans une époque de transition comme déjà Antonio Gramsci affirmait dans ses « Cahiers ». Les forces dominantes d’aujourd’hui, en particulier le capitalisme financier, elles gèrent par l’argent le monde dans leur intérêt. La récente visite, par exemple, du président américain Barack Obama près de la Republique populaire de la Chine, m’est semblé plus un entretien d’un client chez son directeur de banque qu’une visite diplomatique. Nous vivons désormais dans une société fondée sur la production de marchandises. La situation devient alors chaotique, imprévisible pour les forces qui la dominaient jusqu’à aujourd’hui. Dans une époque de transition, il soutient encore Antonio Gramsci, ils se révèlent alors tous les symptômes, les incertitudes, les instabilités qui tourmentent la société. Nous vivons un grand capotage de l’Histoire occidentale. Le capitalisme a réussi à extraire le capital d’un cadre qui le contraignait trop, celui de l’État-nation avec ses législations et ses tutelles légales et aujourd’hui il règne dans un espace extraterritorial où il n’y a aucune surveillance.

Antonio Torrenzano. L’historien Fernand Braudel distinguait le temps de la longue durée, qui voit se succéder dans l’histoire humaine des systèmes régissant les rapports de l’homme à son environnement matériel, et à l’intérieur de ces phases, le temps des cycles conjoncturels qui ont été décrits par des économistes comme Nicolas Kondratieff ou Joseph Schumpeter. Nous sommes aujourd’hui de façon intelligible dans une phase B d’un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue de 1945 à 1975 des cinq cents ans d’histoire du système capitaliste. Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle et industrielle ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Quelle est-elle votre analyse ?

Zygmunt Bauman. Souvenez-vous du passé et vous perdrez un oeil. Oubliez le passé et vous perdrez les deux yeux : c’est ce qu’affirme un vieux proverbe russe, qui entend souligner la perte d’identité qui frappe celui qui s’exile du passé et s’abandonne à l’amnésie de l’histoire. Je crois que nous sommes à présent dans la dernière partie d’une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres. Les faillites se multiplient, le chômage progresse. Les crises et l’instabilité permanente démontrent la situation contemporaine. Tous les problèmes d’aujourd’hui sont mondiaux alors que la politique reste coincée dans le local. Les liens entre pouvoir et politique, si forts dans le passé, sont desserrés. Tel est notre problème ! Les leaders de la communauté internationale se trouvent dans un labyrinthe : incapables de produire un nouveau système des normes et de concevoir une nouvelle manière de vivre ensemble. C’est pour ça que les lieux ne protègent plus et notre environnement social, que nous espérions rendre homogène, demeure vraisemblablement dans une mosaïque de diasporas.

Antonio Torrenzano. Rarement, au cours de l’histoire de l’humanité, il est apparu aussi urgent qu’aujourd’hui d’interroger notre passé afin qu’il nous dise encore une fois qui nous sommes et où nous allons. Pourquoi dans un système mondial, la communauté internationale n’a-t-elle pas encore développé une gouvernance globale ?

Zygmunt Bauman. L’État nation n’est plus le moteur du progrès social et je pense que l’on ne reviendra plus en arrière. Aujourd’hui, l’État-nation se trouve dans la même situation historique que les petites communautés de l’Ancien Régime. On ne peut pas s’en sortir politiquement en cherchant à restaurer ces ordres anciens, mais en reconstruisant l’alliance entre pouvoir et politique sur des préoccupations mondiales. Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important ; il ne se contente pas de petits profits marginaux. Au contraire, il les maximise en constituant des monopoles. Mais je pense que les possibilités d’accumulation réelle du système ont atteint leurs limites. Le tourbillon de la mondialisation et la fascination qu’exercent les nouvelles technologies semblent inviter tout le monde à rejeter, sans discrimination, les clés du passé. La menace concerne surtout les jeunes tentés de débrancher les fils du passé, une fois pour toutes, et de se laisser aller à la dérive d’une actualité despote et omnivore. Comme si les fragiles équilibres de l’intelligence humaine pouvaient tolérer, sans en compromettre la fraîcheur et la créativité, cette amputation brutale de la dimension du temps et de la durée. L’autosuffisance du présent est toujours et de toute façon une tromperie perverse. Je crois qu’elle est devenue aussi illusoire la possibilité de changer les conditions de vie des hommes, de lutter contre l’insécurité, la servitude, l’injustice, la violence, la souffrance, l’humiliation, de s’opposer à toutes les violations de la dignité humaine.

Antonio Torrenzano. Depuis un certain temps, la recherche en sciences sociales exige si l’État est encore capable de mobiliser la confiance nécessaire pour son action. On peut comprendre l’État moderne comme un système général de réduction d’incertitude. Après une première phase pendant laquelle il s’est agi de garantir la survie physique des citoyens, l’État-providence a également pris en charge la question sociale et il doit désormais s’occuper des risques écologiques. Mais, si le politique ne peut plus assumer son rôle, alors les relations citoyens/État deviennent fragiles. Est-ce qu’il faut réinventer les relations politiques ?

Zygmunt Bauman. L’État-nation, une des inventions les plus fécondes de l’âge moderne,il était un contrat qui permettait d’atteindre ce but à travers une souveraineté circonscrite au territoire et des lois qui définissaient des limites. Un nouveau contrat politique devrait répartir par ces points. Sans une nouvelle assurance collective, il n’y aura aucune stimulation. Sans de nouveaux droits sociaux, un large numéro d’individus croira que leurs droits politiques seront inutiles et pas dignes d’attention. D’un côté, nous avons une politique sans pouvoir et, de l’autre, un pouvoir économique émancipé de la vérification institutionnelle. Le pouvoir économique agit dans un espace mondial, tandis que l’action politique est restée reléguée dans un espace relatif à un lieu particulier comme avant. Chateaubriand dans ses « Mémoires d’outre-tombe » il affirmait : Le monde actuel, le monde sans autorité consacrée, est placé devant une double impossibilité : l’impossibilité du passé, l’impossibilité de l’avenir.

Antonio Torrenzano