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Comisionado Paulo Sérgio Pinheiro 3Conversation avec Paulo Sergio Pinheiro. Expert des droits sur l’enfance, Rapporteur spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’étude sur la violence contre les enfants. Paulo Sergio Pinheiro est professeur au Centre pour les études sur la violence de l’Université de Sao Paulo (Brésil) et auprès du Watson Institute of International Studies de la Brown University. Il a écrit nombreuses publications sur la démocratie et l’histoire sociale des droits humains. Dans le cadre des Nations Unies, il a recouvert le rôle de Rapporteur spécial sur la situation des droits humains au Myanmar et il a été membre de la Sous-commission pour la protection et promotion des droits humains.

Antonio Torrenzano. Les enfants continuent à être les victimes de graves violations juridiques, soit dans le sud du monde soit dans le nord de la planète.Comment pourrions-nous défendre, de manière plus efficace,l’enfance ?

Paulo Sergio Pinheiro. La violence contre les enfants, il n’est jamais justifiable, comme il nous a aussi rappelé le message du secrétaire général des Nations Unies. Les enfants sont très vulnérable respect à la violence sans aucune distinction entre les riches et les pauvres, dans le nord comme au sud de la planète. Beaucoup d’enfants m’ont raconté leurs violences subies, ils m’ont parlé de leurs peurs, leurs déceptions. Il faut revenir à écouter les enfants. Je me rends compte que c’est un procès trop lourd, compliqué et qu’il y a aussi plusieurs facteurs sociaux qui sont à la base du problème de la violence. Cependant, notre passivité n’a plus d’excuse, nous devons traiter ce problème comme un problème urgent. Ils ont le droit à vivre leur enfance sans violence, sans atteindre demain ou un temps très loin. Nous devons demander au monde de transformer et modifier ces terribles réalités. La vie d’un enfant a une dimension complètement différente respect à celle d’un adulte et, les enfants, ils ne peuvent plus attendre. Si nous n’apportons pas de changements au milieu humain dans un temps très rapide, si la mentalité des communautés où nous vivons il ne change pas, si les lois ne sont pas améliorées, alors chaque jour beaucoup d’enfants seront destinés à devenir adultes sans avoir fréquenté l’école, sans avoir reçu une assistance proportionnée,sans avoir pu disposer d’un milieu sûr et protecteur dans lequel vivre.

Antonio Torrenzano. Est-ce que la violence sur les plus petits peut être prévenue?

Paulo Sergio Pinheiro. La violence n’est pas un simple incident, elle n’arrive pas par hasard, elle peut être certainement prévenue. Les recherches et la collaboration entre différents opérateurs du secteur de la santé et de la justice indiquent que, si les gouvernements affrontent les racines profondes de ce phénomène,la réalité pourra changer. La réponse doit être rapide et efficace et on pourrait adopter de mécanismes de détermination rapide de la violence pour en abattre les effets ravageurs. J’ajoute que les enfants devraient avoir à disposition des points d’écoute sûrs pour dénoncer les violences subies, pendant que les forces de police et la magistrature auraient l’obligation de travailler avec grande précaution pour ne pas exacerber les souffrances d’enfants ou d’adolescents victimes de violences. À la même manière, les auteurs de ces terribles crimes devraient être condamnés à des peines très sévères. Pour terminer mon analyse, j’ajoute que tous les états devraient investir encore plus dans la recherche et dans la récolte des données.C’est évident qu’il est impossible d’améliorer la condition de l’enfance en sachant peu de la vie que les mêmes enfants mènent. Et, il est encore plus inacceptable que la moitié de la population mondiale soit couverte par un système des renseignements pas proportionné. Les gouvernements, pour définir leurs politiques, ils ont besoin plus de renseignements et plus de données sur le problème de la violence: j’ai toujours insisté sur le fait qui reste une des principales causes de notre incapacité à défendre leurs droits. Sans écoute et sans compréhension de leurs préoccupations, nos possibilités de succès pour l’instruction et l’assistance qui leurs doivent avoir sont très basses.

Antonio Torrenzano. Comme l’Accord sur les droits des enfants ?

Paulo Sergio Pinheiro. La Convention sur les droits de l’enfant est un résultat important. Le texte a été ratifié par tous les pays du monde et c’est un traité universel qui fait partie de l’ordre juridique international.Tous les gouvernements l’ont ratifié et ils sont obligés à en réaliser les débuts et, en conséquence, les dispositions. L’étude du secrétaire général des Nations Unies demande aux pays signataires de revoir et améliorer les propres législations en interdisant chaque forme de violence contre l’enfance. Cet objectif doit être atteint d’ici au 2009. C’est clair que toutes les lois ne sont pas des baguettes magiques, ils ne changent pas la réalité d’aujourd’hui au lendemain, mais ils sont des instruments pédagogiques de toute façon forts qui constituent le fondement d’une action efficace. Les fonds affectés par les Nations Unies pour l’enfance sont à présent un fait considérable pour tout l’hémisphère méridional de la planète. L’UNICEF est un formidable instrument pour défendre les droits des enfants et, je crois que, nous avons déjà fait des progrès considérables. Aujourd’hui plus qu’en passé, nous disposons d’un agenda universel pour l’enfance et en termes d’éducation et de dialogue,on peut faire de plus et mieux.Une grande distance reste entre les désirs et la dureté de la réalité. L’important ce n’est pas perdre l’espoir et continuer dans notre engagement au service de cette partie plus faible et exposée de l’humanité.

Antonio Torrenzano

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onu_newyork_imageConversation avec M.me Maria Giovanna Bianchi Zucchelli, conseiller juridique et spécial assistant de Luise Arbour, Haut Commissaire de l’ONU pour les Droits humains. M.me Maria Giovanna Zucchelli a recouvert la même charge avec le précédent Haut Commissaire pour les droits de l’Homme,M.me Mary Robinson et, elle a collaboré avec Sergio Vieira de Mello, fonctionnaire des Nations Unies décédé à Bagdad dans l’été 2003. Une large partie de son activité juridique internationale a été consacrée à la défense des femmes, des enfants et des minorités violées dans chaque angle de la planète. Dans cette époque tourmentée par de graves violations à la dignité humaine, “Madame des droits humains” (comme les collègues et les experts italiens l’appellent amicalement), continue silencieusement à construire ponts entre les différentes cultures et développer un fort consentement pour la défense des droits de tous. Le dialogue a eu lieu auprès du Centre de recherche Pio Manzù, le 28 octobre 2007, pendant la XXXIII édition des journées internationales d’études, titrées:The flight of the humming bird.The future of children in the mind and society of the world.

Antonio Torrenzano. Pourquoi dans un système que nous défions mondialisé, dans la plupart des régions de la planète la dignité humaine est-elle encore écrasée ?

Giovanna Zucchelli. Je suis d’accord avec vos mots pour ce qui concerne la dignité humaine. Car, quand on parle des droits humains comme idée juridique, à la base de tout, il y a la vie et dignité humaine de chaque personne. Si nous regardions et interprétions, en revanche, ces concepts juridiques comme de simples lois, alors tous les efforts juridiques pour sauvegarder l’Individu deviendraient dépourvus de sens. La défense des droits humains est un devoir, il est un devoir comme mission de l’Agence des Nations Unies, ma mission comme juriste et personne. Beaucoup de monde à une idée très compliquée pour ce qui concerne ce secteur, certains pensent à des compliquées analyses juridiques ou philosophiques entre des académiciens. Mais, s’il était, dans un certain sens, seulement un travail intellectuel, alors nos efforts seraient seulement semblables à une petite collection des navires dans des bouteilles. Sergio Vieria de Mello, au contraire, a été assassiné pour sa mission de sauvegarde contre toutes les violations à l’individu en Iraq. Seulement si tu les mets en pratique, ils ont une utilité contre tous les effets dévastateurs qui effacent la vie humaine et la dignité de l’Homme. La force de la norme est fondamentale contre la violence et contre toutes les menaces à la vie humaine. Une vie ordinaire ne peut se dérouler avec une certaine stabilité qu’à condition qu’elle soit pourvue des capacités fondamentales de l’humain: pouvoir dire, pouvoir agir, pouvoir raconter et, enfin, pouvoir se croire capable de dire, de faire, de raconter. Or la vulnérabilité commence par déstabiliser et finit par rendre problématique l’exercice de ces capacités.

Antonio Torrenzano.Il y a un débat si les droits humains sont-ils occidentaux ou s’ils sont orientaux. Qu’est-ce que vous pensez à ce propos ?

Giovanna Zucchelli. Il est absolument stérile parce que sur une femme on n’a pas le droit de la taper, aucun enfant n’a pas le droit de mourir de faim ou de rougeole, aucun individu qui a le droit de défendre ses propres idées il ne peut pas être torturé. Ce sont de très graves violations qu’ils n’ont pas de frontières, primogénitures; ce débat est utilisé seulement pour fins idéologiques. Agir pour le respect des droits humains, il équivaut à affirmer le plein respect de la personne. Un homme, une femme, un enfant sont tous individus doués de sentiments, tous absolument égaux pour vivre une vie dans les meilleures conditions. Je vous fais l’exemple de la fable africaine du “vol du colibri”, un petit oiseau qu’avec son bec il tâche de contribuer à l’extinction de l’incendie dans la forêt. L’idée est celle-ci! Il n’importe pas ce que tu fais, que tu es où vifs-tu? L’important est d’assumer chacun de nous notre responsabilité et demander le respect des droits inviolables de tous. Personnellement, j’ai choisi cette mission comme métier, mais je sens quotidiennement cette responsabilité. Un seul point de repere:plus aucune violation dans toutes les régions de toute la planète ne contres les droits de l’homme, de la femme, des enfants. Les Nations Unies ont exclusivement créé un bureau pour la sauvegarde de ces droits. L’organisation est très engagée par ses activités contre ces menaces et dans une continue recherche de coopération avec les gouvernements pour le respect de ces droits. La seule condamnation ne sert pas à rien. Il faut condamner la responsabilité individuelle des individus qui enlèvent les enfants. Il faut condamner la responsabilité de ceux qui commettent de violences aux civils. Il faut condamner la responsabilité de ceux qui tuent de gens innocents. Il faut travailler avec les États nationaux pour créer des structures de sauvegarde. Il y a parfois des États qui veulent collaborer, mais ils n’ont pas les moyens pour le faire. Parce que l’administration publique est insuffisante et une police pas préparée à certaines éventualités. L’agence Haut Commissaire de l’ONU pour les Droits humains est en train de faire mettre en place des nouvelles lignes d’action dans le domaine juridique pour dépasser ces difficultés.

Antonio Torrenzano

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sua_santità_Dalai_Lama_imageConversation avec Sa Sainteté Tenzin Gyatso, 72 ans, dont 48 ans en exil, quatorzième réincarnation du Dalaï-Lama, guide spirituel du bouddhisme tibétain. L’interview a eu lieu à Milan le huit décembre 2007, pendant la visite de Sa Sainteté en Italie.

Antonio Torrenzano. Votre Sainteté comment vit-il votre peuple ? Les récents rapports d’Amnesty International parlent de moines contraints à abjurer ou forcés à s’expatrier.

Sa Sainteté Dalaï-Lama. La République populaire de la Chine gouverne le Tibet avec des lois semblables à la terreur. Ils nous empêchent de pratiquer notre religion. L’exploitation menace notre territoire et l’environnement. Liberté d’expression n’existe pas et il n’existe pas la liberté de presse. La violation des droits humains est continue. Je crois que ces violations peuvent avoir conséquences négatives pour l’unité et la stabilité de la même République populaire chinoise. Depuis 2002, nous avons eu avec le gouvernement de Pékin six rencontres: à la cinquième rencontre, ils ont reconnu que nous ne cherchions pas l’indépendance, mais l’autonomie comme il recommande la loi fondamentale de l’État chinois. J’avais joui, mais à la fin du juin 2007, ils nous ont accusés de nouveau de séparatisme et intensifié encore une fois la répression.

Antonio Torrenzano. Qu’est-ce qu’il peut faire l’Union européenne ?

Sa Sainteté Dalaï-Lama. L’Union européenne, qui promeut la valeur des droits humains, elle pourra toutes les fois qui rencontreront les dirigeants du gouvernement de Pékin rappeler ces valeurs. Je tourne cet appel aussi aux intellectuels,au monde académique, aux hommes d’affaires qu’ils ont importants rapports d’affaires avec la République populaire chinoise. Je crois que se taire, troquer justice et vérité pour l’argent, il soit une forme de loi du silence et de corruption. J’ai déjà affirmé ma pensée au Président des États-Unis, Mr George W. Bush, au Chancelier allemand M.me Angela Merkel, à Vienne au Chancelier social-démocrate, M. Gusenbauuer. Nous désirons seulement prier et vivre librement au Tibet. Je veux un monde plein de paix, de fraternité entre les hommes et d’un dialogue religieux constructif pour l’avenir.

Antonio Torrenzano. L’homme parfait n’est pas intéressant, ce sont les imperfections de la vie qui se font aimer. Est-ce qu’il existe un point de clairvoyance au-delà des frontières de l’illusion ?

Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Il y n’aura pas une paix entre les peuples et il y n’aura pas une paix entre les individus sans justice et vérité et un dialogue entre tous. La justice est un droit inaliénable ! Avoir une vénération pour la vie développe une culture du respect vis-à-vis de chaque vie. En Italie, il a y eu quelque embarras pour ma visite, de l’autre côté, partout j’aille, les dirigeants chinois posent des problèmes aux Pays qui me reçoivent.

Antonio Torrenzano

 

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andree_glucksmann_image_03La conversation avec André Glucksmann a eu lieu à Rimini pendant la XXXe édition des journées internationales d’études sur “Islands without an archipelago. Economies,the masses,nation states in search of a new sovereignty” organisées par le centre de recherche Pio Manzù.

Antonio Torrenzano. Pourquoi soutenez-vous que le premier droit de chaque homme, il est ce de s’opposer contre l’inhumanité de sa condition?

André Glucksmann. La bataille pour les droits humains ne peut pas être fondée sur un idéal abstrait de l’homme ou de l’humanité. Au contraire, telle défense doit être motivée seulement par l’expérience de ce qui est inhumain. Je peux affirmer que l’universalité des droits de l’homme a du sens surtout dans l’universalité de l’inhumain. Voilà parce que les droits ne doivent pas servir à la construction d’un paradis en Terre, mais seul à combattre, bien que possible, l’enfer que nous y trouvons devant. Ce n’est pas l’idée d’un bien suprême qui mobilise les hommes, mais la résistance au mal. J’ai toujours été sans illusions et lointain de l’idéalisme présent dans la Déclaration des droits de l’homme. La même sensibilité vaut aussi pour d’autres personnes qui ont partagé avec moi cette idée: Bernard Kouchenr, Michel Foucault. Ces derniers avaient toujours critiqué chaque définition idéaliste ou métaphysique de l’homme. En conséquence, je n’ai jamais adhéré à la conception des droits de l’homme élaborée au XVIII et au XIX siècle qui postulait la promotion d’un simple idéal humain. Une telle perspective, il me semble trop colonial et je ne peux pas là absolument partager. En outre, devant à un idéal vague, les affronts et les menaces qui pèsent sur l’homme – c’est-à-dire les champs de torture nazis, les tortures, l’humiliation et les oppressions – ils m’apparaissaient comme réalités terriblement concrètes et universelles.

Antonio Torrenzano.Comment expliquez-vous les nombreuses faillites des processus de paix dans le continent africain ?

André Glucksmann. Les “peace builders” considèrent souvent le conflit armé comme un pur objet d’intervention. Ils ne considèrent presque jamais que les guerres sont en revanche un processus plus complexe. Ce processus se concentre sur la construction d’institutions principalement à niveau national et il ignore cependant les causes de fond de la violence soutenues sur le terrain. C’est une approche seulement technique! En outre, quand la communauté internationale montre sa disponibilité à traiter avec la violence endémique sur le terrain, il se concentre en général seulement sur les leviers nationaux ou internationaux de la violence sans analyser la vraie situation et les vrais rapports de force. Une raison de la faillite, dans la gestion de beaucoup de conflits dans le continent africain, est que l’attitude vers la paix a amplement négligé les changements d’organisation des sociétés locales. En plusieurs de régions de conflit, la diminution des compétences de l’État national et la création de mouvements rebelles et de milices, ils ont laissé marges d’action à la formation de nouveaux centres pas nationaux d’autorité qu’ils ont introduit nouvelles modalités de surveillance politique, social et économique.

Antonio Torrenzano. Dans les prochains cinquante ans, Michael Ignatieff soutient dans ses écrits, nous devons nous attendre de voir ultérieurement fragmenté le consentement moral qui soutint la Déclaration universelle des droits de l’homme du 1948. Pourquoi la mondialisation économique n’a-t-elle pas porté une globalisation morale ?

André Glucksmann. Notre premier droit est celui de combattre l’inhumain et de résister à l’oppression en obligeant le pouvoir à respecter l’homme. Ceci concerne la défense des libertés fondamentales qu’ils permettent le progrès démocratique. Chaque homme doit avoir toujours la possibilité de défendre sa propre dignité, n’en oubliant pas qu’il s’agit d’une possibilité toujours relative, possibilité devenue encore plus relative aujourd’hui dans les pays occidentaux.Le respect absolu des droits humains n’existe pas, aussi les pays démocratiques les piétinent. Mais une démocratie garantit toujours à ceux qui veulent faire respecter les droits, la possibilité de s’exprimer et se faire écouter de l’opinion publique. La démocratie n’est pas une réalité parfaite, mais une réalité dans laquelle il est possible de dénoncer qui viole les droits. Aujourd’hui, cette possibilité est étendue plus qu’au passé. Aux États-Unis, par exemple, les tortures sont dénoncées et il y aura des condamnations. Pendant la guerre de l’Algérie, la France a torturé sans problème et aucun militaire n’a jamais été jugé. Il y a encore des États qui utilisent dans une en manière foulée le sujet des droits de l’Homme. La Russie, par exemple, veut faire condamner les atrocités commises par les Américains dans les prisons iraquiennes, mais elle refuse chaque ingérence en Cecenie où les tortures sont une pratique normale depuis dix ans.

Antonio Torrenzano. Pensez-vous à Beslan ?

André Glucksmann. Je pense encore à Beslan, je pense encore aux violences systématiques qui arrivent en Cecenie, à la violence perpétrée sur les femmes, sur les enfants, sur les hommes. Je pense aux cent mille individus disparus dont il y a plus de nouvelles. Ces disparus ne comptent pas pour les chancelleries politiques. Est-ce que les dissidents n’ont jamais compté pour les gouvernements ? La situation peut certainement changer, nous pouvons encore trouver reliquats de moral qui encore hébergent dans beaucoup d’individus. Qu’est-ce que nous répondrons à nos fils quand ils nous revendiqueront quoi nous avons fait pour cette tragédie démesurée? Comment répondrons-nous ?

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec l’Archevêque anglican Desmond Mpilo Tutu, 78 ans,Prix Nobel pour la Paix en 1984 pour sa résistance contre l’apartheid en Afrique du Sud, sa nation de naissance. L’archevêque est actuellement engagé pour la population du Darfur afin d’améliorer les conditions humaines des réfugiés surtout des enfants, des femmes et des personnes âgées. Le dialogue a eu lieu pendant le World Social Forum à Nairobi en janvier 2007.

Antonio Torrenzano. Est-ce que la voie de la réconciliation parcourue dans votre Pays a été inspirée à considérations d’ordre politique ou il y a aussi une idée philosophique plus générale basée sur la valeur libératoire du pardon qui devrait rapprocher la victime et l’auteur des violences?

Archevêque Desmond Tutu. La Commission pour la vérité et la réconciliation fut fondée pour dépasser une impasse politique, à partir de la constatation que, si on n’était pas apprêté un mécanisme pour gérer les injustices du passé, les mêmes injustices ils auraient continué à tourmenter le nouveau gouvernement et à menacer les structures fragiles de la jeune démocratie de l’Afrique du Sud. Dans l’Acte constitutif de la commission, il n’y avait pas aucune demande de pardon ou les victimes devaient être pardonnées. Les occasions dans lesquelles les persécuteurs ont communiqué un désir de pardon ont été le fruit d’une exigence humaine individuelle vers les victimes. La Commission pour la vérité et la réconciliation a été un forum appréciable à l’intérieur du Pays dont soit les victimes soit les bourreaux ont eu la possibilité de se mesurer comme êtres humains. Quelques-uns ont eu le mérite de reconnaître notre commune vulnérabilité comme créatures humaines et, dans ce contexte, donner et recevoir du pardon. Encore, la Commission n’a pas opéré pour punir les fautes du passé parce que celui-ci aurait été un objectif impossible à poursuivre. Elle a opéré, en revanche, pour créer un climat qu’il encourageait la réconciliation et, dans ce sens, je crois qu’elle a été amplement efficace. La Commission a donné voix et reconnaissance à qui a été blessé pour des ans dans ses droits humains fondamentaux. Par exemple, une des victimes qui a perdu la vue après avoir été blessée par la police, elle a remercié les commissaires du jury pour lui avoir accordé la favorable occasion de raconter son histoire et elle a conclu: aujourd’hui vous m’avez rendu mes yeux. Avec la Commission pour la vérité et la réconciliation, aucun Africain de l’Afrique du Sud ne pourra me dire: je ne le savais pas, parce qu’une grande quantité de nouveaux renseignements est venue à la lumière. Nous avons connu la vérité sur beaucoup d’accidents dont on ne savait rien avant. Individus qui avaient disparu, ils ont été exhumés des fosses communes et leurs parents ont pu célébrer les enterrements et enterrer dignement de nouveau leurs morts. Je suis convaincu que l’opéré de la Commission a vivement contenu le danger de se répéter de la spirale de violence.

Antonio Torrenzano.Est-ce que quelle valeur authentique peut avoir une demande unilatérale de pardon pas posée aux victimes des violences, mais à leurs descendants?

Archevêque Desmond Tutu. Il n’est jamais trop tard pour se repentir. Les pas à accomplir pour le pardon et pour la recomposition d’un rapport cassé doivent être clairs. C’est-à-dire la reconnaissance d’un comportement incorrect, l’admission de la violence et les excuses à ceux qui ont été frappés par ce comportement inhumain. Les excuses pourront être acceptées, on pourra pardonner, mais l’authenticité du repentir doit être montrée par la forme de la réparation. Si j’avais volé votre stylo et je m’excuse avec vous et vous me dites que vous acceptiez mes excuses pour mon manque:mes excuses n’auront pas de valeur jusqu’à quand je ne vous rends pas votre stylo ou je ne réalise d’autres formes de réparation.

Antonio Torrenzano. Dans vos écrits, vous posez l’accent sur le pouvoir de la souffrance qu’il rachète et il rend fort. Mais…comme peut-on concilier la souffrance humaine et l’espoir d’un avenir différent?

Archevêque Desmond Tutu. Sans la foi, je n’aurais pas survécu à la lutte certainement contre l’injustice de l’apartheid. Elle a été la certitude qui est le monde de Dieu et que nous sommes confiés à ses soins qu’il m’a soutenu. Si nous croyons, par exemple, que chaque personne a une valeur inestimable parce que créée à l’image de Dieu, probablement pas nous pourrions être indifférents à un système que considère la Personne humaine quelque chose de moins. La foi nous a donné vraiment la force de penser à un avenir différent et pas des simples idéaux politiques.

A.T. L’Afrique, quels défis devra-t-elle affronter dans l’immédiat?

Archevêque Desmond Tutu. Une des blessures les plus désastreuses qu’ils tourmentent le Continent africain est celle du SIDA. Le changement climatique,il est en train de rendre le paludisme une menace sérieuse pour la santé de beaucoup d’Africains et il exaspère, de plus, le problème de la pénurie d’eau, de la sécheresse et du manque de nourriture. Ces problèmes sur la longue période rendront le Continent instable et ils doivent être affrontés avec une très haute urgence. Un autre problème concerne la corruption des gouvernements. J’espère que toutes les initiatives que nous sommes en train d’activer, elles peuvent soulever de nouveau l’Afrique. De ma part, je ne veux me soustraire à aucun effort qu’il peut, d’une manière ou dans l’autre, améliorer les conditions de vie de mes gens. J’ai foi! Quand je suis devenu archevêque de Le Cap en 1986, je ne pouvais pas prendre la résidence et vivre dans mon diocèse, parce qu’il était illégal pour un noir vivre dans un quartier de blancs. À l’époque, je communiquai au gouvernement: celle-ci est ma résidence, faites-vous ce qui vous semble. Ils auraient pu m’envoyer en prison en me prescrivant une sanction pénale, mais ils ne le firent pas.

Antonio Torrenzano

 

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Le dix décembre sera la Journée internationale des Droits de l’Homme. À ce propos, le point de repère essentiel est sans doute la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, élaborée à la fin de la deuxième guerre mondiale en réponse à ses atrocités et qui constitue le premier moyen international de protection des droits humains, en étant la grande innovation du droit international de la seconde moitié du vingtième siècle. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est devenue le texte fondamental pour l’élaboration des actes et des instruments internationaux suivants en matière de droits humains. Ses normes ont été consacrées comme dispositions jus cogens, étant admises dans la catégorie des normes internationales auxquelles on ne peut pas déroger.

En d’autres termes, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a consacré une nouvelle vision de l’individu que les Nations Unies et d’autres institutions tendent à promouvoir. De nos jours, on s’accorde donc à considérer les droits de l’Homme comme l’expression directe de la dignité de la personne humaine; et que l’obligation pour les États d’en assurer le respect et la réalisation découle de la reconnaissance de cette dignité et que cette obligation internationale est une obligation erga omnes qui incombe à chaque État vis-à-vis de la communauté internationale dans son ensemble. Ce texte fondamental comprend, sans aucune graduation d’importance, tous les droits humains, soit les droits civils et politiques – définis par une certaine doctrine comme droits de première génération – soit les droits économiques, sociaux et culturels, décrits comme les droits de deuxième génération. La Déclaration a constitué et constitue donc le principal instrument pour la réalisation de l’être humain.

Depuis l’élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la communauté internationale a adopté le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 1966, en vigueur en 1976. Ces Pactes ont prévu pour les États signataires des obligations juridiques et des droits réciproques en donnant une forme explicite aux droits consacrés dans la Déclaration.Les actes internationaux surnommés – et surtout la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme – ont inspiré la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de 1981, la Convention américaine relative aux droits de l’homme de 1969 et l’activité d’institutions spécialisées comme l’UNESCO, l’ILO ou l’OMS. Par ailleurs, l’Acte final de la conférence internationale d’Helsinki de 1975 sur la sécurité et la coopération en Europe constitue une application de la Déclaration pour certains profils, notamment pour ce qui concerne la coopération dans le domaine humanitaire et d’autres secteurs. La même Convention européenne des Droits de l’Homme de 1950, adoptée dans le cadre du Conseil de l’Europe, a été inspirée au texte de la Déclaration Universelle. Certainement, les actes internationaux inspirés des principes consacrés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme sont la preuve qu’il y a désormais une modification de la communis opinio au niveau international. En effet, même si cette doctrine n’a pas d’effet direct sur la subjectivité internationale de l’individu, elle amène à considérer d’une façon différente les droits de l’être humain.

Je constate, toutefois, que les tyrannies, qu’elles soient de droite ou de gauche, d’orient ou d’occident, d’hier ou d’aujourd’hui ou de demain, se ressembles encore toutes. Tout est identique:les systèmes de répression, les arrestations, les interrogatoires, les cellules d’isolement, les gardiens obtus qui confisquent même le stylo et le papier pour écrire, identiques les persécutions quand on fait sortir de prison le réprouvé qui a osé désobéir, les contrôles et menaces et les tentatives pour l’éliminer s’il est incorrigible. Mais il ya un point particulier que partagent toutes les tyrannies,une chose curieuse au premier abord:le refus de laisser partir le réprouvé qui de s’en aller dans un autre Pays. Car s’il part, s’il ne dérange plus,comment faire pour se venger de sa désobéissance. Comment fait-on pour le surveiller, le tourmenter, le remettre dans une prison? Comment fait-on surtout pour l’empêcher de s’exprimer ou plutôt de penser ? Pour les tyrannies, le réprouvé en exil constitue un problème plus grave que le réprouvé dans le Pays. Pourquoi? Car , en exil, il pense,il s’exprime,il agit et,pour se débarrasser de lui, il faut prendre la peine d’envoyer un tueur qui l’abatte à coups de pistolet.

Exemples concrets? Bien sur chers amis:le Dalaï-Lama, Haung San Suu Kyi au Myanmar qui attends un passeport depuis une vie, les peuples africains violés par la misère, l’égoïsme des multinationales et l’avidité du Nord du monde, les registres des certifiés de naissance brulés en Bosnie dans la région des Balkans, le riche (sic!!!) peuple chinois sans liberté de presse, de parole ou cohésion sociale.Au fond, Hobbes a raison: l’homme est animé de pulsions violentes envers son espèce. Mais l’auteur du Léviathan a tort de nous assimiler au loup. La meurtre du loup par le loup est tabou. Depuis la nuit des temps, le loup a aboli la peine de mort.Les États-Unis et la Chine en sont loin. Aucune bête sauvage n’aurait jamais assassiné ses congénères comme nous nous y employés à Srebenica, Sarajevo, Kigali au Rwanda, dans l’Ouganda du Nord, au Congo, à Mogadiscio,au Myanmar, au Tibet, au Darfur, en Cecenie. Aucun animal n’aurait pu concevoir et exécuter cet ordre que je retiens le plus barbare.

Qu’est-ce que alors un Homme privé de sa dignité ? Qu’est-ce que alors un Homme sans ses droits et sans liberté ? Qu’est-ce que alors une vie humaine sans dignité? Quand l’existence d’un homme et d’une femme n’a plus rien d’humain, le demain n’est pas un autre jour . Bien plus que le tigre de Racine, nous sommes altérés de sang. Meurtriers,tortionnaires et fiers de l’être. L’Homme est-il capable de maitriser les forces qui le poussent à la tyrannie? Reussira-t-il à réfréner son aggressivité pour tendre vers un but collectif qui le dépasse? La survie de l’humanité au vingt et unième siècle dépend de la réponse qui sera donnée à ces questions. Mon coeur voudrait dire oui. Ma raison répond non! On n’aurait rien fait, affirme Patrick Wachsmann, si l’on s’était contenté de déclarer, de proclamer les droits de l’homme: c’est évidemment leur réalisation qui importe et celle-ci suppose la mise en place de mécanismes de garantie qui soient effectivement au service et à la disposition des titulaires de ces droits.

 

Antonio Torrenzano

 

*Special thanks to Jean-Stéfane Cantero photography pour l’image “People”. Website: www.stef-cantero.com

 

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Conversation avec Samir Amin et Martin Nkafu Nkemnkia. *Samir Amin, professeur de sciences économiques,a travaillé de 1957 à 1960 dans l’administration égyptienne du développement économique et a été, de 1960 à 1963, conseiller du gouvernement du Mali, puis directeur de l’Institut africain de développement économique et de la planification. Il dirige actuellement le bureau africain du Forum du Tiers-Monde à Dakar.*Martin Nkafu Nkemnkia est professeur à l’Université Pontificale Lateranensis et Urbanienne de Rome, chaire de culture, religion et pensée africaine. Auteur de nombreux essais, il s’occupe des problèmes liés à l’éducation et au dialogue inter-culturel.Le dialogue avec les deux maîtres à penser a été lieu entre Rimini et Rome.

Antonio Torrenzano. J’aimerais commencer notre conversation dans la vision de l’Homme et de la force vitale de la vie dans la pensée africaine. Les demandes des individus du continent sont identiques au reste du monde:liberté de pensée, d’expression, d’association, liberté de choisir les propres gouvernants, transparence dans la gestion des biens publics, combat pour la tutelle des droits humains fondamentaux. Mais des résultats concrets ont été toujours étouffés par des guerres,de violences,multiples famines et millions de réfugiés.

Martin Nkafu Nkemnkia. L’homme est vu en relation entre soi-même et ses semblables, entre soi-même et le monde. On peut affirmer que dans notre culture dire “Je” équivaut à dire “Tu” et dire “Nous” signifie dire “Homme”. L’homme dans la pensée africaine reste inconcevable si non en relation avec le Monde et avec Dieu. Combien à la réalité du monde, elle se présente comme une réalité indiscutable . Le monde devient objet d’argumentation seulement quand les analyses succèdent sur le monde des aïeux, sur le monde surnaturel, le monde de la vie. Le monde pour comme il se présente au peuple africain, il reste le meilleur, le seul parce qu’incorruptible,le seul qu’offre toujours de nouveau pour la vie. Le monde de la vie apporte en soi les graines de l’immortalité et de l’éternité. Dit d’abord tout ceci, dans la philosophie africaine on a une vision d’ensemble de la réalité dans laquelle il n’y a pas place pour dichotomies irréductibles entre matière et esprit, entre l’âme et le corps, entre tensions spirituelles et la vie quotidienne, entre le monde des vifs et le monde des aïeux. La vision du monde comprend, en conséquence, soit le monde matériel visible soit le monde spirituel invisible. La vie est donc force vitale. Vivre est exercice d’une force vitale. Il signifie être lié de manière permanente à cette force sans laquelle il n’y a pas nulle. Notre culture est caractérisée par les relations. La civilisation africaine est une culture de rapports. Se rapporter, il signifie participation vitale à l’autre, à la solidarité familière. L’individu ne peut pas se réaliser au dehors de la communauté. La primauté du pluralisme communautaire s’oppose à la réalité du moi-même. L’individu existe si la communauté existe. Cet exemple sert à clarifier l’idée du “tous” avec le “tout”. L’impérialisme n’est pas une idée africaine.

Antonio Torrenzano.Sans pain, la démocratie a fini pour s’ensabler et les programmes d’ajustement structural (PAS), inspirés aux principes du libéralisme mondial, ont fait le reste. L’idée que la démocratie soit un luxe pour les peuples africains, est-elle une fausseté ?

Samir Amin. La démocratie est une condition indissociable de l’émancipation des hommes. On ne peut pas concevoir l’émancipation, s’il n’y a pas celle de l’esprit. Dans chaque champ, la démocratie offre à la créativité des chances les plus amples. Une démocratie cependant entendue comme vrai soutien aux intérêts de tous et pas seulement aux privilégiés. Dans ce sens, il faut distinguer les moyens pour une vraie démocratie populaire de ceux d’une démocratie réservée aux privilégiés. Une démocratie donc lointaine de l’idéologie dominante, inventée et construite à l’usage de peu d’individus ou au soutien des intérêts des multinationales. Une vraie démocratie est indissociable du progrès social, mais ceci signifie qui doit combiner les exigences de la liberté avec celles pas moins importantes de l’égalité.

Antonio Torrenzano. Ces deux valeurs ne sont pas spontanément ou nécessairement complémentaires, ils sont souvent en conflit.

Samir Amin. Combiner liberté et égalité représente la caractéristique intrinsèque du défi que le continent africain et la planète entière devront affronter. La démocratie institutionnelle, proposée par l’idéologie dominante aujourd’hui, constitue un obstacle à un vrai progrès social. L’égalité, sacrifiée sur l’autel de la compétition, devient alors la liberté des propriétaires ou, de manière plus générale, la suprématie du marché. Je crois en revanche qu’il puisse exister une démocratie sans marché. Actuellement, l’idéologie dominante associe l’idée de la démocratie à la liberté du marché : que c’est une formule idéologique dans le sens le plus vulgaire et négatif de la parole. Dans le contexte présent, d’un capitalisme mondialisé, la démocratie (aussi dans ses formes mutilées), n’est pas un progrès réel ou potentiel, mais au contraire, un mot vide sans légitimité et crédibilité. La liberté, associée à la propriété qui est mise sur le même étage et sanctifiée par le système économique, il réduit le rang des revendications d’égalité: puisque la propriété est distribuée toujours par manière inégale et il concerne une minorité. Dans notre époque, caractérisée par les grands oligopoles financiers dominants, l’extrême inégalité et l’association liberté/propriété ensemble combinée, ils mettent le pouvoir réel dans les mains d’un leader en réduisant la démocratie à la pratique d’inutiles rituels.

A.T. Est-ce qu’ils sont encore contemporaines les mots d’une poésie du Salvador Diaz Miron:” rappelez-vous,souverains et vassaux, excellences et mendiants, personne n’aura droit au superflu jusqu’à quand un seul individu, il manquera du nécessaire” ?

Martin Nkafu Nkemnkia. Je constate à présent des sociétés vidées de si mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de créativités artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités sans avenir. Nos économies à la mesure d’homme ont été empoisonnées au seul bénéfice d’un nord du monde riche qui a fait maraudage de matières premières et d’autres produits. Les sociétés africaines étaient sociétés démocratiques, des sociétés coopératives et fraternelles; non seulement ante capitaliste, mais aussi anti capitaliste. Nos civilisations étaient cultures courtoises. Un continent si riche dans son aspect multiculturel, dans ses traditions, dans ses langues qu’il est impossible de le schématiser dans un discours univoque. L’univocité du continent réside encore dans la conception sociale du copartage du quotidien: car tout ce qui appartient à la communauté, il appartient à l’individu. Notre histoire doit être considérée comme une perpétuation de valeurs, comme actualisation du passé dans la plénitude du présent. L’Afrique est une source féconde dans la formation du genre humain, un berceau de l’humanité, la vraie patrie des ancêtres de l’humanité. L’Afrique est une dans son substrat. Pour aucun motif, elle ne doit plus être encore assassinée.

 

Antonio Torrenzano

 

 

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Un ancien conte africain raconte qu’en brûlant la forêt,tous les animaux se mirent à fuir, compris le lion. Seulement un colibri se voyait voler intrépide vers l’incendie. Ainsi, le lion, roi de la forêt, demanda au petit oiseau parce qu’il se dirigea avec beaucoup de courage vers l’endroit dans lequel tout était en train de brûler. Le colibri répondit qu’il allait là pour éteindre l’incendie. Mais est-il impossible de dompter flammes d’ainsi vastes dimensions – il lui fit remarquer le lion – avec une goutte d’eau qui tu portes dans ton bec ? Au que le colibri répondit : je fais ma partie. L’enfer du Darfur est une guerre contre l’homme dans notre époque planétaire. C’est un événement apocalyptique qui s’entrelace à la faim, à la soif, à la violation totale de la dignité de l’individu et ses droits élémentaires. Quelle société démocratique peut-elle se déclarer avancée , si elle permet à une communauté d’individus de vivre à l’enfer ?

J’ai cru en l’homme. Au Darfur, je n’y crois plus. J’ai eu foi dans l’humanité: au Darfur c’est fini. J’ai pensé que mon espèce avait un avenir. J’ai tenté de m’en persuader. Au Darfur, je suis maintenant sûr du contraire: l’humanité n’a nul destin. Qui a encore de la cruelle cohérence, qui fait bien coïncider avec millimétrique précision clarté intellectuelle et pratique existentielle, il sait bien que la situation au Darfur est une honte pour la conscience de chacun de nous. Une honte crasseuse, détestable,une monotonie du mal.Ne pas rétablir le plein respect des droits humains aujourd’hui, maintenant, tout de suite au Darfur, il serait comme contempler notre même misère humaine: dans nous même comme un autre. Il faut ne plus déférer, ne pas attendre, agir. Participer ? Il ne suffit pas. Le mot a été déjà détérioré par l’usage. La parole participer, on peut encore l’utiliser, mais en sachant qu’il n’est plus suffisant parce qu’au Darfur les individus vivent avec de la merde jusqu’aux genoux.

Cette merde montre aussi la faiblesse de nos démocraties, de nos institutions internationales sans caractère qui n’éprouvent plus ni crainte ni respects pour leurs missions. Les réfugiés sont la phénoménologie de notre temps de barbarie, la cruauté de la faiblesse de nos démocraties, le portrait d’un présent No Future. La tragédie d’hommes, de femmes, d’enfants condamnés à rester seuls parce que personne n’a besoin d’eux, parce qu’ils ne sont pas de la monnaie à produire du profit. Simone Weil soutenait: il faut être agitateurs des idées pour miner à la base les orthodoxies dominantes. Avec passion certaine,vision du réel totalement désinhibé et âcrement critique, dépourvue de quelconque affaissement ou concession. Les individus sans partisans, peut-être, ils n’attirent pas la foule sur les places, ils ne provoquent pas de révolution. Mais ils les préparent, même s’ils ne réalisent rien de concret dans l’immédiat, ils agitent les eaux du marais qui dort. Un parfum qui restera dans l’air, une graine qui fleurira.

Il faut, comme les bourgeons qui se donnent rendez-vous au printemps, se rassembler et dire avec force ça suffit à cet enfer. Un rassemblement spontané et collectif où il n’y a pas besoin de héros, condottieres,apôtres.Un appel vigoureux de la part de n’importe quel homme ou femme, de n’importe quelle foi, de quelconques langues, à quelconque latitude pour affirmer une idée: la population au Darfur a droit à une vraie vie. Il faut, comme le vol merveilleux du colibri qui touche le vacarme des flammes, que toute la communauté internationale exige l’impossible: fin à la honte, au scandale humain au Darfur, à la tragédie des millions de réfugiés condamnés à être individus sans droits.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec l’Archevêque Justin Nkunzi, directeur de la Commission justice et paix de Diocèse de Bukavu et Soeur Marie Bernard Alyma secrétaire de la même commission pour le Congo. L’Archevêque Justin Nkunzi et Sœur Marie Bernard Alyma témoignent de la situation au moment présent qui se vit en République démocratique du Congo (RDC).

Antonio Torrenzano. Est-ce qu’il y a des régions encore intéressées par des violences vers les femmes, les enfants et les civils ?

Archevêque Justin Nkunzi. Les violences contre les femmes sont continues au sud de Kivu, dans la région est de la République démocratique du Congo. Ce sont des actions qu’ils cherchent à humilier et à tuer une communauté par des actes singuliers ou systématiques perpétrés dans plusieurs villages. La zone, la plus intéressée, par des crimes sexuels est celle de Walungu dans le district de Kaniola. Il est une barbarie inimaginable dont il faut parler parce que parfois on a plus de peur du silence des bons que des barbaries des mauvais. Pour comprendre le sens de ces violences, il faut analyser le rôle de la femme dans la société des Bashi,la population locale. La femme est considérée surtout comme mère, elle donne la vie. C’est tout ce qui est de sacré dans la tradition africaine. D’ici, il dérive le respect et la considération de la femme dans cette zone. La femme est dans la famille du mari, la représentante de la propre famille d’origine : l’humilier, il signifie humilier tout son clan familier. Il s’agit d’un véritable acte de guerre sciemment effectué contre la population locale: on se frappe la femme pour frapper la communauté entière. Dans un contexte semblable, les violences contre les femmes sont considérées comme une manière d’infliger la mort à une communauté entière. Les viols comme tactique de guerre ont été aménagés par individus qu’ils connaissent probablement très bien la communauté des Bashi.

A.T. Les femmes, peuvent-elles être possibles actrices de paix dans la République démocratique du Congo (RDC) ?

Soeur Marie Bernard Alyma. Au Congo, les femmes sont victimes de la crise et des atrocités liées à leur nature. Mais aujourd’hui, elles sont porteuses d’espérance. De victimes, elles deviennent actrices de leur devenir en développant des dynamiques qui leur sont propres. Aujourd’hui, 80% de la société congolaise vit du travail informel des femmes. Rendre les femmes protagonistes du processus de paix est nécessaire . Elles sont déjà leaders à travers des initiatives de développement et de sensibilisation pour la transition. Les femmes congolaises ont beaucoup d’atouts dans leur identité. Elles sont génératrices de vie. Elles ont une approche liée à leur mission et leur rôle est dicté par cette mission de maternité qui doit être une maternité sociale. Elles ne se laissent pas écraser par la souffrance et elles mettent l’individu au centre du développement. Leur rôle est de ramener les décideurs politiques à mettre la vie, la personne humaine, au centre de leurs préoccupations et non des logiques de profit, d’intérêts et de pouvoir. Il ne faut pas rechercher une égalité homme femme qui nie la différence, mais rechercher la complémentarité. Nous devons ensuite institutionnaliser ce que nous éprouvons en tant que femmes. Solidarité, respect, bonne gouvernance sont autant de valeurs à promouvoir. Je souhaite faire entendre la voix du peuple congolais et faire entendre la lutte qu’il mène au quotidien. Il n’y a pas seulement la passivité, la misère et la souffrance, mais une lutte qui est porteuse d’espoirs. J’appelle donc à la mobilisation tous: 3,8 millions de morts, c’est la guerre la plus meurtrière après la Seconde Guerre mondiale. Or ce génocide n’a jamais été reconnu par la communauté internationale.

A.T. Avez-vous de nouvelles sur la situation effective dans la capitale Kinshasa?

Archevêque Justin Nkunzi. Plus du 90% de la population vit d’expédients, il sort de maison au matin et vive de petit commerce en cultivant même les parterres des rues pour réussir à porter quelque chose à la maison le soir. Dans nombreuses zones, il n’y a pas électricité, ni lignes téléphoniques ni la poste. Pour communiquer, nous utilisons la radio aussi pour les communications internet. Le carburant est insuffisant, donc se déplacer d’une région à l’autre du Pays, il est très ardu.

A.T. Est-ce que j’aimerais connaitre les initiatives déjà mises en place ?

Soeur Marie Bernard Alyma. Il existe déjà de nombreuses initiatives comme la formation des femmes animatrices pour la promotion d’autres femmes . Le travail est basé sur la redécouverte de leur identité de femme. Elles ont vu qu’elles avaient de grandes valeurs à proposer, des valeurs qui humanisent la société. Les femmes ont compris que ce travail n’était pas extérieur à elles-mêmes, mais constitutif de leur être. Dans le cadre de la transition, elles s’occupent de la mobilisation des communautés de base pour ce qui concerne l’éducation civique. Les formateurs essaient de former des nouveaux animateurs dans le domaine diocésain et paroissial. L’Église à travers la Commission Justice et Paix est passée de déclarations à l’action concrète. Ainsi, nous avons développé une ligne d’action spécifique pour l’ éducation à la citoyenneté, à l’État de droit pour les communautés de base. Autour de ces questions, nous essayons de sensibiliser les plus vulnérables.

 

Antonio Torrenzano

 

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Conversations avec M.me Antoinette Sassou Nguesso, épouse du Chef d’État de la République du Congo-Brazzaville,présidente de la Fondation Congo Assistance et de l’organisation sans but lucratif Prémières Dames d’Afrique pour la paix. La fondation développe ses activités vers les enfants, les femmes et les personnes du troisième âge les plus démunis dans le domaine de l’éducation, de la santé,de la formation professionnelle en coopération avec OMS,UNDP,UNESCO,UNICEF,Fondation France Libertés. L’interview a eu lieu à Rimini auprès de la Fondation Pio Manzù dans le mois d’octobre 2007.

Antonio Torrenzano. Qu’est-ce qu’il signifie le mot paix en Afrique? Est-il encore un facteur important ?

Antoinette Sassou Nguesso. Je pense que vous avez raison d’affirmer que la paix est un facteur important pour le développement d’un Pays, pour la démocratie, pour l’économie même. Dans tous les Pays africains, effectivement, il n’y aura pas une nouvelle élaboration de l’avenir sans paix. Je peux l’affirmer parce que nous avons passé une période tumultueuse pour une longue guerre que nous avons eue chez nous. Et nous savons, nous savons maintenant quel a été le prix de la paix. La guerre a tout cassé,tout détruit. Après le 1997, nous avons bien compris qu’il fallait s’engager pour reconstruire la paix dans le Pays avant que la démocratie. J’ai animé les femmes (les premières victimes du conflit), et je continue à le faire, afin qu’elles comprennent que la paix est nécessaire dans notre Pays.Qu’elles s’engagent à aider tous les acteurs politiques et le gouvernement à construire et consolider le dialogue. Moi-même, je me suis engagée à trouver et reconstruire le dialogue avec les opposants. Dans cette période, le dialogue est redémarré et ainsi que l’ère démocratique pour notre Nation. Quand on ne se parle pas, on peut rien faire ; mais quand on s’efforce de dialoguer, bien entendu dans le respect de chacun avec ses idées différentes, le but est plus simple à rejoindre. Je pense que la paix est l’élément essentiel autant que le dialogue et cela nous a beaucoup aidés. Aujourd’hui au Congo-Brazzaville, la paix est instaurée et grâce à ce processus nous pouvons penser à la reconstruction nationale, vivifier notre économie, consolider nos institutions juridiques. Par cette expérience intérieure , je me suis engagée à partager cet instrument avec d’autres Pays africains comme la République démocratique du Congo, comme la Côte d’Ivoire où je suis allée à parler aux femmes parce que je pense que la femme en Afrique est importante pour développer tous les processus de paix .

Antonio Torrenzano. Vous êtes la Présidente de la Fondation Congo Assistance qui s’occupe d’aider, donner secours, aux femmes et aux enfants en difficulté. Est-ce que j’aimerais savoir quels sont les derniers efforts et vos dernières activités ?

Antoinette Sassou Nguesso. Nous avons créé la Fondations Congo Assistance parce que nous pensons qu’aider les femmes et les enfants démunis à avoir leurs droits, il soit un devoir fondamental. Nous cherchons d’effacer la précarité des individus, d’accompagner le gouvernement là où il n’est pas encore arrivé à développer solutions continues ou là où le gouvernement ne peut pas faire certaines choses. De délivrer de conseils à toutes les ONG du monde pour rendre encore plus efficaces leurs actions de coopération sur notre territoire, de délivrer nouveaux partenariats pour améliorer la situation sur le plan de l’éducation, sur le plan de la santé et sur le plan social des plus démunis. La pauvreté se vit partout dans nos Pays d’Afrique, mais il ya quand même des individus qui vivent mieux et pas plus dans une pauvreté totale. La Fondation s’occupe encore des enfants les plus vulnérables, des femmes veuves et des personnes du troisième âge qu’ils ont été oubliés dans mon Pays à cause de la guerre. À cause du conflit, les vieux ont été abandonnés et nous cherchons maintenant de nous occuper d’eux. Qu’est ce que nous faisons, nous essayons de les aider ou mieux que nous puisons dans leur santé, dans leur vie de tous les jours, dans leur vie sociale. Pour ce qui concerne les enfants, nos efforts sont dans le domaine de l’éducation parce qu’il ya beaucoup d’ étudiants qui ont abandonné l’école surtout les jeunes filles. Tous ces efforts sont développés avec le Ministere de l’éducation nationale, avec le Ministere de l’enseignement professionnel, avec le Ministere de la santé. Pour ce qui concerne la santé, nos efforts sont contre le sida avec des parcours de communication sur les risques. Ces campagnes de communication sont effectuées par des femmes à d’autres femmes.

A.T. Est-ce que comme femme engagée, vous avez des rêves qui ne sont pas encore réalisés?

Antoinette Sassou Nguesso. Oui, comme femme engagée, j’ai de rêves encore à concrétiser. Il faut que je me batte à côté d’autres femmes parce que la femme, dans notre Pays et aussi dans toute l’Afrique, a des fonctions importantes. Elle est un point de repère, elle a un rôle décisif dans le développement d’un Pays et les hommes ont compris cette fonction. Elle devra alors avoir les mêmes droits de l’homme, prendre décisions, gérer l’administration publique. De ma part, je suis hereuse de cette conscience des femmes de mon Pays, du rôle décisif qu’elles ont dans notre société, dans le développement économique et social. Je vous fais un exemple: sur le plan alimentaire, ce sont les femmes qui travaillent, ce sont elles qui s’occupent des enfants, de la famille, du quotidien. Je suis sûr qu’elles feront mieux que les hommes. Nos femmes sont capables,elles ont pris conscience de leur rang.

Antonio Torrenzano