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Conversation avec Carlo Petrini, fondateur et président de la Fondation internationale Slow Food de Turin. Le mouvement Slow Food est une association qui a pour but celui de sauvegarder le secteur alimentaire. Il est soutenu par une philosophie bien déterminée et qui se jette contre le fast life (voit comme un virus à écraser). La Fondation Slow Food, depuis quelques années, à mis en place Terra Madre:la rencontre mondiale des communautés de la nourriture, le plus grand farmer market du globe qui fait rencontrer intellectuels et pêcheurs, presque 250 universités, milliers de paysans avec toujours le même but :sauvegarder le secteur alimentaire, les produits agricoles locaux, le gout et la santé.

Antonio Torrenzano. Les États Européens sont de plus en plus réticents à accepter les OGM. En Autriche, en Allemagne, en Grèce, en Italie et maintenant en France, l’application de la clause de sauvegarde, prévue par l’article 23 de la directive 2001-18 sur les organismes génétiquement modifiés, est invoquée et utilisée. Les positions de plusieurs États européens vont renforcer le courant critique en Europe sur les OGM. Pourquoi si tard ?

Carlo Petrini. La production de la nourriture, aujourd’hui ainsi internationalisée, c’est une absurdité non plus soutenable. Faire voyager de la nourriture fraîche d’un continent à l’autre, user énergie, détruire biodiversité, rendre les sols moins fertiles par l’usage excessif d’engrais et pesticide, avoir des monocultures qu’ils sucent eau par une manière disproportionnée, elle est devenue une folie. Il faut revenir à une économie locale en champ agroalimentaire avec le but de construire un rapport plus harmonique avec la nature vivement enracinée sur le territoire. L’économie de la nature ne doit pas remplacer celle du tertiaire, mais elle garantit la nourriture et elle est pour ce motif primaire. Dans ce moment, l’économie primaire est revenue à avoir une centralité stratégique parce que les ressources sont en train de finir. Dans dix ans, nous ne mangerons pas d’ordinateur. Je ne dis pas que tout doive devenir agroalimentaire, il faut cependant que l’économie agroalimentaire soit plus localisée. Dans le secteur agricole plus je réduis les coûts, plus je favorise des externalités négatives. Une idée économique, pas un principe éthique, une déséconomie. Si j’achète, par exemple, une tomate de la Chine, obtenue par main-d’oeuvre sous-payée, elle me coûte moins, mais j’ai fait voyager un navire qui a usé d’énergie: celle-ci est une externalité négative. Toujours en achetant cette tomate chinoise nous produisons une autre externalité négative: faire disparaître la tomate autochtone. Encore, nous produisons nourriture pour 13 milliards de gens, nous sommes 6 milliards et 300 millions, mais 800 millions d’individus ne mangent pas chaque jour. Je vous fais un autre exemple, celui du café. Pourquoi dois-je griller tout le café en Europe? Est-ce qu’on ne peut pas griller le café en Guatemala et l’exporter déjà beau et confectionné dans les sachets ? Un paysan sur une tasse de café prend 2 %: c’est-à-dire sur 01 euro il gagne 2 centièmes. Si je lui apporte le bénéfice sec, le grillage, l’habillement, au lieu du 2% en Guatemala il reste 42 %. Tel processus pourrait faire devenir plus riche l’économie du Guatemala. Nous croyons, comme mouvement, qu’on doit revenir à une économie locale. Pourquoi ? Parce que notre point de départ a été la constatation que le procès de mondialisation et l’agriculture industrielle, ils sont en train de porter de plus en plus à une rapide érosion de produits alimentaires et à une évidente extinction d’espèces animales et végétales inexorables. Par ces réflexions naît le mouvement Slow Food.

Antonio Torrenzano.OGM, amiante, vache folle, oestrogènes ou hormones pour augmenter le rendement des élevages, il me semble être des tragédies antiques. Sophocle, Eschyle ou Euripide auraient pu les écrire…En autorisant la mise sur le marché de nos folies, préparons-nous nos tragédies de demain?

Carlo Petrini. La différence est que l’agriculture industrielle, standardisée, tente de devenir hégémonique, à éliminer l’agriculture de la sauvegarde, de la qualité. Il y a en jeu deux débuts différents : le début de Prometeo, ce du progrès obtenu qui soumet la nature au vouloir de l’homme et qu’il nous a apporté où nous sommes à présent ; le début de Noé, ce qui considère conserver, à sauvegarder la biodiversité, les espèces animales et végétales, tous les produits exclusifs des différents endroits de la Terre. Notre projet de sauvetage des produits au risque d’extinction, de la qualité de la nourriture et du goût, nous fait ranger ouvertement de la partie du début de Noé. De Seattle à Gênes, avant et après, le problème de la nourriture et de la manière dans laquelle les biens agricoles se produisent, il est devenu ( comme il n’a pas succédé peut-être jamais) un des sujets sur lesquels il se remue un mouvement social avec d’idées bien claires. Seattle a été un événement très important, les grands du monde étaient déjà prêts à se répartir le gâteau et ils se sont aperçus de la présence d’une opposition qu’ils avaient du tout sous-estimée. J’ai rencontré en France José Bové, un des paladins de la lutte contre la globalisation alimentaire et pour la défense des produits de l’agriculture locale. C’est un mouvement, le sien, très intéressant et qu’il va dans une direction qu’il me trouve d’accord. Mon idée est celle d’une nouvelle régionalisation de l’agriculture en valorisant des produits du marché local et en créant des liens plus forts parmi l’agriculture et le territoire d’origine.

 

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Leonardo Boff, philosophe,naturaliste, écologiste engagé, professeur à l’université de Rio de Janeiro. Ensemble au philosophe Frei Betto est un des plus importants représentants de la théologie de la libération en Amérique latine. Il est auteur de nombreux essais dont “Ethos mundial: um consenso minimo entre os humanos”.

Antonio Torrenzano. Vous êtes le porte-parole d’une éthique mondiale qu’il a dans le soin de la Terre, menacée de mort, son point de force. Comment devrait-il être un nouvel éthos mondial ?

Leonardo Boff. La dimension de la responsabilité individuelle vers la planète et vers tous les êtres animés et inanimés,il est pensée pour développer une éthique qu’il va contre le système économique dominant. Je vous fais l’exemple du problème social:l’exclusion planétaire, représentée par cinq milliards d’individus, qui vit dans les Pays les plus pauvres. Je vous fais encore l’exemple du problème écologique, qu’il montre comme l’équilibre chimique et physique de la Terre soit menacé de mort. L’avenir de la terre n’est plus garanti, mais il est confié aux décisions politiques des certaines conférences internationales. Je crois que cette situation exige un virage, une évolution, comme il a été dans notre passé. Une révolution éthique qu’elle doit être partagée par tout le monde et dans laquelle tous se retrouvent. Il faut redécouvrir le soin vers les choses, vers notre planète. À partir de cette idée, on peut résider un nouveau pacte qui lie les différentes cultures et les peuples du monde. Il faut faire de cette perspective, un projet politique ! Dans ce sens, à aujourd’hui, ils manquent les accords politiques et culturels pour rendre cette éthique reconnue comme une force révolutionnaire. Il faut comprendre ce problème encore en termes dialectiques. Du point de vue mondial, le système financier (l’économie et le marché) se confronte avec une société civile qui veut autre chose. Je pense que les manifestations de Seattle ou les dernières à Washington aient, pour la première fois, mis en mouvement les articulations d’une collectivité civile mondiale qu’il veut une autre direction de l’Histoire et, qu’il ne voit plus dans le marché et le monde de marchandises un point de repère.

Antonio Torrenzano. Pensez-vous à un nouveau Pacte pour la planète ?

Leonardo Boff. Le marché économique devra être replacé très bientôt à l’intérieur d’un nouveau projet politique. L’économie doit revenir à être un simple instrument pour la réalisation de besoins dans une nouvelle communion sociale d’hommes et de femmes. Un instrument pour satisfaire les nécessités de base de l’existence, pas pour avoir toujours plus d’autres biens. Il faut redécouvrir de nouvelles énergies pour un nouveau dialogue, pour une nouvelle confiance dans l’avenir. Sur l’étage écologique, il faut rédiger un Pacte pour la Terre. Les ressources pas renouvelables doivent être une préoccupation partagée par toute l’humanité. La protection de la planète contre l’exploitation sauvage, une haute responsabilité ! Les modèles de consommation et de production, ils sont en train de dévaster l’environnement en épuisant les ressources rares, en provoquant une extinction massive d’espèces végétales et d’animaux. Nous sommes en train d’excéder dans les consommations de marchandises dans plusieurs manières: consommation effrénée de ressources hydriques, surproduction des terrains cultivables et des élevages, destruction des forêts. Nous sommes en train d’user plus de combien la nature peut soutenir dans le long terme. Une étude effectuée par l’Earth Policy Institute en 2006 affirme que nous sommes en train d’user ressources naturelles de la planète avec un taux d’érosion de 25% . Le monde de l’économie a construit un bubble economy basé sur l’excès et le gaspillage de ressources naturelles. À nous le choix :une alliance éthique globale pour nous prendre soin de la planète ou, prendre partie à notre destruction et à celle de toutes les autres formes de vie. La situation tangible nous oblige à rechercher un nouveau début. Tel engagement de responsabilité est l’introduction pour un nouveau Pacte pour la Terre.

 

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Yves Paccalet, écrivain, philosophe, naturaliste. Le dialogue a été lieu au Salon du livre de Genève dans le mois de mai 2007. L’entretien avec Yves Paccalet, en deux parties, dont la première a été publiée le 15 janvier 2008, nous met face à nos fatales incuries.

Antonio Torrenzano. Paul Valéry affirmait :“Nous autres, civilisations, savons désormais que nous sommes mortelles”.

Yves Paccalet. Non seulement les civilisations, mais toute l’humanité est mortelle.Elle n’a plus pour longtemps. Elle agonise,même si elle continue à se persuader qu’elle est la plus belle; que le progrès progresse à pas de géant; et que l’avenir du futur conduit à des lendemains qui chantent. Notre espèce avance comme le crabe en se persuadant qu’elle a entamé sa marche en avant: ou selon la trajectoire de l’ivrogne en proclamant qu’elle va droit au but. Elle répète que tout sera mieux demain grâce aux sciences, aux techniques, aux énergies, aux OGM ou au clonage… On nous rebat les oreilles avec les vertus du développement. Pas un discours d’homme politique,pas un communiqué d’entreprise, pas un mot d’ordre syndical qui ne se réfèrent à la croissance, sans laquelle nous serions voués à la régression et au malheur. Le problème est que nous ne sommes pas plus hereux avec deux 4X4 qu’avec un; avec trois téléviseurs qu’avec deux…Comme toutes les autres, la drogue de la consommation nous asservit et nous désole. Imaginons qu’un miracle nous permette de disposer de toute l’énergie dont nous rêvons pour une croissance indéfinie (la fusion nucléaire contrôlée ou quelque invention abracadabrantesque)…Nous exploiterions à tel point le globe que nous en rendrions la surface aussi agréable, variée et attractive qu’un parking de supermarché. Nous n’aurions jamais assez de plantes,d’animaux,de métaux, de forêts, de mers, de déserts, de montagnes, ni même d’eau douce et d’air pur pour tout le monde. La croissance quantitative illimitée conduit au collapsus.Imaginez-vous notre planète avec trois milliards de voitures et leurs gaz d’échappement ? Je ne crois que nous puissions nous désintoxiquer de l’utopie de la croissance. Elle nous est aujourd’hui resservie sous une forme gentiment perniceuse:le développement durable.

Antonio Torrenzano. Pourquoi, selon vous, le développement durable est-il une expression pernicieuse?

Yves Paccalet. Je me méfie de cette expression. Au pire, c’est un oxymoron, aucun développement ne peut durer longtemps. Au mieux, développement durable, ne signifie rien de précis. Chacun y met ce qu’il veut,selon sa fantasie et son intérêt… Da sa version écologiste, l’utopie de mai soixante-huit avait agité l’idée que la croissance indéfinie est impossible sur une planète aux ressources limitées. Mieux chercher la solution dans une croissance zéro, tempérée par une plus juste répartition des richesses. Je suis intimement persuadé que cette idée est bonne; et même (si nous voulons nous donner une petite chance de survivre) qu’il faut la pousser plus loin. Nous ne nous en tirerons que par la vertu d’une décroissance raisonnable… mais je suis maintenant sûr du contraire. L’humanité est comme une droguée, avide, esclave des biens matériels, en souffrance de consommation, asservie à ce qu’elle imagine être la croissance ou le progrès, et qui sera sa perte. J’ai milité pour la survie de ma lignée animale, mais le genre homo refuse de regarder en face les calamités qu’il se prépare ou que, déjà, il s’inflige. L’humanité est en train de couler, elle n’a nul destin. Elle a de l’eau par-dessus la ligne de flottaison. Je suis un déçu de l’humanité, comme d’autres le sont du socialisme ou du capitalisme. Il détruit à grande vitesse la seule maison, le seul vaisseau spatial dont il dispose: la Terre. Il massacre la nature, et tout aussi allègrement les autres hommes, au nom du bien, du beau et du juste. Il baptise progrès ce saccage !!

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Yves Paccalet, écrivain, philosophe, naturaliste. Il est auteur de nombreux essais dont “la planète des baleines” avec Jacques Cousteau, Laffont éditions, 1982; “Fortunes de mer” toujours avec Jacques Cousteau, Flammarion,1987; “La mer blessée”, Flammarion,1987; “La Terre et la Vie”, Larousse,1991; “L’odeur du soleil dans l’herbe, journal de nature”, Laffont 1992;le livre dédié à Jacques-Yves Cousteau “l’océan de la vie”, Lattès, 1997;“Soigner l’homme, soigner la Terre” avec Michel Chast, Lattès édition 2003; “L’école de la nature”,Hoebeke,2004; “Voyage au pays des montagnes”,Archipel,2004;“L’Extrême Sud,périples antarctiques avec le photographe Patrick de Wilde, Arthaud, 2005; “Forêts de légendes”, Flammarion, 2005, et le dernier essai “L’humanité disparaîtra, bon débarras!” par la maison d’édition Arthaud, 2006; “Sortie de secours”, Arthaud édition,2007. Le dialogue a été lieu au Salon du livre de Genève au mois de mai 2007. L’entretien avec Yves Paccalet, en deux parties, dont la première aujourd’hui et la deuxième partie du dialogue le 16 janvier 2008, nous met face à nos fatales incuries.

Antonio Torrenzano. Je commence cette conversation avec une réflexion du poète chinois Hui Neng, que vous citez dans votre essai l’Humanité disparaîtra:“si tu ne trouves pas refuge dans ta propre nature, tu ne le trouveras nulle part”. Est-ce qu’il est vraiment comme ça ?

Yves Paccalet. La Terre est une maison populeuse et complexe, où les êtres paraissent et disparaissent sans que cela modifie le cours des planètes. À fortiori, le sort de l’univers ! Lorsqu’on désire évaluer l’impact d’un individu ou d’un groupe sur son environnement, on se sert d’un indicateur appelé l’empreinte écologique. Le principe est simple. Pour boire, nous nourrir,nous vêtir, nous loger, nus déplacer, nous soigner ou recycler nos déchets, nous consommons des ressources – de l’eau, de l’énergie, des aliments, des matières premières… Nous laissons une trace (souvent bien visible) sur la planète.Quand nous ne prélevons pas davantage que le globe ne peut donner, tout va bien. Notre cohabitation,notre vie commune avec Gaïa restent équilibrées. Le système peut durer. Mais lorsqu’on fait la somme des empreintes écologiques des six milliards et demi d’Homo sapiens actuels, un colossal problème se pose. La répartition des surfaces entre les individus ou les peuples est scandaleusement inégalitaire. L’empreinte écologique de l’Americain atteint vingt hectares, celle de l’Européen dix, celle de l’Africain zéro virgule deux…Selon ce critère, l’Éthiopien ou le Nigérien valent cent fois moins que le yankee.Bien entendu, aucun humain n’en vaut cent autres. C’est scientifiquement faux, philosophiquement injustifié, et moralement intenable. En ce début de vingt et unième siècle, si tous les hommes consommaient comme les Européens, il ne nous faudrait pas moins de trois planètes pour satisfaire nos besoins. S’ils avaient le mode de vie américain,il nous en faudrait six. Question: où tournent les cinq planètes qui nous manquent? Pourquoi désirer toujours plus? Je ne veux pas contrarier davantage la nature, ma nature.

Antonio Torrenzano. Selon vous, quelles sont les questions relatives aux changements climatiques qui devront être traitées en priorité dans les années à venir ?

Yves Paccalet. À cause de nous, les climats de la planète sont patraques,déréglés,malades. Il se pourrait que la Terre nous fasse payer notre insouciance, ou notre volonté de ne rien voir. Nous brûlons du charbon,du pétrole et du gaz naturel, c’est-à-dire des combustibles fossiles. Nos chaudières et nos moteurs relâchent du gaz carbonique, dont le taux augmente dans l’atmosphère. Le CO2 retient, sous forme d’infrarouges (de rayons calorifiques), les rayons lumineux venus du Soleil et réfléchis par le sol. Il provoque ce qu’on appelle un effet de serre, que renforcent d’autres composés dotés du même pouvoir: le méthane, l’ammoniac,l’ozone, la vapeur d’eau. À cause de ces pollutions, le réchauffement de la planète est en marche. Le nombre moyen de degrés supplémentaires que nous atteindrons dans dix, cinquante ou cent ans dépendra de nombreux facteurs, dont le plus décisif sera le comportement des hommes eux-mêmes. Que feront-ils, une fois conscients du risque? Ils ne seront jamais sages, même si les pires ennuis se profilent. L’analyse des microbulles d’air contenu dans les glaces de l’Antarctique nous l’a révélé: depuis le début de l’ère industrielle, nous avons fait passer le taux de CO2 atmosphérique de deux cent soixante-quinze à plus de trois cent cinquante parties par million. Une ascension brutale. Et qui continue… Nous avons pris conscience de la situation et signé des protocoles internationaux, mais ce n’est qu’une fraction du problème. Nous rejetons toujours davantage de chlore. Les matières plastiques nous submergent. En extrapolant à partir des tendances actuelles, il semble probable que nous élèverons la température moyenne, à la surface de la Terre, de deux à quatre degrés Celsius d’ici 2050, et de quatre à huit d’ici 2100. Il se pourrait que ce soit un peu moins… en réalité, je crois (avec la plupart des climatologues) que nous serons dans la tranche la plus haute du modèle. Jusqu’ici, les projections des spécialistes ne tenaient pas compte de l’envolée économique de la Chine, de l’Inde ou du Brésil. L’atmosphère se réchauffe plus vite dans les contrées polaires que sous les tropiques.Le processus a déjà commencé. Les banquises rétrécissent et s’amincissent;elles se forment chaque automne un peu plus tard et fondent chaque printemps un peu plus tôt. Le sol toujours gelé de l’Arctique (le permafrost) se met…à dégeler. Les maisons des Inuits s’effondrent dans la boue.Les ours blancs ne peuvent plus migrer.Le réchauffement climatique se traduira par des tempêtes d’une fréquence et d’une intensité dont nous n’avons guère idée.Nous avons eu un exemple de tels monstres avec Katrina, qui à submergé la Nouvelle-Orléans en août 2005. Les hommes pourront réfléchir à ce qu’il coute d’outrager la planète.S’il reste des hommes.

A.T. Qu’est-ce qu’il changera après le protocole de Kyoto et la conférence de Bali?

Yves Paccalet. Le Protocole de Kyoto, élaboré en 1977, s’asphyxie dans l’égoïsme forcené des riches. Le principe en est dramatiquement modeste, une ambition minimale, au regard de la santé de la planète. Les États-Unis (un quart des émissions totales) n’ont pas signé à Kyoto parce que leur sacro-saint niveau de vie n’est pas négociable. La Chine dit “oui” du bout des lèvres et regarde ailleurs. L’Indie accepte et botte en touche. La plupart des Pays qui ratifient le texte traînent des pieds, prennent du retard dans son application et organisent leur industrie,leur agriculture, leurs transports et leurs habitations de façon que jamais rien n’aboutisse. L’homme, disait Platon, est un animal à deux pieds sans plumes. Un poulet peu poilu…J’ajoute: un ravageur imprévoyant; un destructeur invétéré; un saccageur qui n’a d’autre préoccupation que son intérêt immédiat;un danger pour ce qui respire. L’homme est un barbare à deux pieds sans plumes…

 

 

Antonio Torrenzano

 

**Special Thanks à l’artiste et dessinateur Patrick Chappatte pour l’illustration.

 

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Conversation avec le sociologue et philosophe Edgar Morin. L’entretien a eu lieu à Rome, auprès de l’Ara Pacis à la fin du mois de novembre, où le maitre à penser a présenté son dernier essai en langue italienne “L’anno I Dell’era ecologica” publié par la maison d’édition Armando editore, avec le philosophe italien Gianni Vattimo.

Antonio Torrenzano.Qu’est-ce qu’espérer dans la première ère de l’écologie?

Edgar Morin. Aujourd’hui la planète ne réussit plus à affronter ses problèmes mortels ni à résoudre ses problèmes vitaux. De nos jours, un système qu’il ne réussit plus à affronter ses problèmes vitaux ou il se désintègre ou il arrive à effectuer une métamorphose en se transformant dans un système plus riche, plus complexe, capable d’affronter ces problèmes.

Antonio Torrenzano.Comment pouvons nous aborder cette question en termes humains?

Edgar Morin. Nous sommes dans la mondialisation, mais celle-ci devrait être dépassée par une nouvelle société monde. Nous sommes dans le développement, mais celui-ci devrait être dépassé par l’idée d’une nouvelle politique de la civilisation et d’une nouvelle politique de l’humanité. Nous sommes dans un état de chaos, un état agonique.Dans certaines circonstances, puis que vous me le demandez, je pense que nous avons probablement déjà dépassé la possibilité de nous adapter. Là où les écosystèmes sont menacés et les systèmes sociaux ont été mis sous pression, la vie des hommes pourrait être réellement menacée. Savez-vous quoi, il signifie le mot agonie ? Il signifie : lutte extrême entre les forces de la mort et les énergies de la vie. Et ce qu’il peut paradoxalement apporter la mort, il peut apporter une nouvelle vie. La grande majorité de la population peut encore faire quelque chose pour s’adapter aux changements écologiques. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons besoin de plus d’initiatives, tant planétaires que régionales.

Antonio Torrenzano. Est-ce qu’il y a donc l’espoir d’une métamorphose de nos actuelles sociétés vers une société de type nouveau?

Edgar Morin. S’il n’y avait pas, alors on peut dire que nous sommes plus capables d’affronter nos problèmes vitaux. Je crois que le plus grand défi, en premier lieu, est de comprendre le danger, c’est-à-dire l’ampleur exacte des changements écologiques et sociaux. J’ai peur qu’il y ait encore du monde, et certains sont dans des positions de responsabilité, qui ne comprennent tout simplement pas ce que sont les changements climatiques. Plus nous nous rapprochons à une catastrophe, plus nous nous avançons à une possible métamorphose. Aussi la certitude peut grandir avec le désespoir. Le poète Holderlin disait que où il grandit le danger, il croît aussi ce qui sauve l’homme.Albert Einstein affirmait que nous utilisons seulement le quinze pour cent de nos capacités cérébrales.C’est un chiffre arbitraire, mais il nous indique à mon avis que nous sommes encore dans la préhistoire de l’esprit humain. Les capacités de génération et de régénération de l’homme tendent à s’apaiser, à se scléroser pendant les civilisations comme Jean Jacques Rousseau affirmait. Jean Jacques Rousseau, il voyait dans les civilisations une certaine forme de décadence et de corruption en relation aux capacités naturelles de l’être humain. Il vaut à dire que, cette capacité génératrice il peut se trouver inhibée dans les civilisations. La capacité génératrice ou régénératrice a souvent besoin d’une irruption, d’une éruption pour se révéler, comme il arriva en France en 1789. Nous devons penser qu’aujourd’hui les forces génératrices et régénératrices se révèlent de manière dispersive et embryonnaire, mais ils n’arrivent pas encore à se déployer.

 

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Rajendra Pachauri,ingénieur et économiste indien, né à Nainital un petit village du Himalaya, directeur de l’agence technique IPCC (intergovernmental panel on climate change) des Nations Unies. Prix Nobel pour la Paix 2007 pour les efforts et les études développés sur le global warming, ensemble à l’ancien vice-président des États-Unis Al Gore, il nous explique son point de vue sur les perspectives de l’avenir de l’humanité. L’entretien a eu lieu à la fin de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui s’est tenue à Bali du 03 au 14 décembre 2007.

Antonio Torrenzano. L’agence technique IPCC a produit dans les derniers douze mois bien quatre rapports sur les effets du réchauffement global et l’évolution du climat, dont le dernier à Valencia. Le rapport Valencia est le plus dense de détails, d’approfondissements, il résume les précédents et ce document a été au centre des discussions de l’entière Conférence des Nations Unies à Bali.

Rajendra Pachauri. Nous devons faire savoir à chaque habitant de notre planète que nous nous trouvons devant à un gros problème et que la communauté internationale est décidée à le résoudre après la conférence de Bali. Avant de la conférence de Bali, la communauté internationale avait déjà donné une claire indication en tel sens, déjà dans la conférence de New York du 24 septembre 2007. Dans la conférence de New York du septembre 2007, presque tous les leaders politiques des différents pays avaient reconnu la nécessité d’agir et faire vite afin de prendre des solutions acceptables contre l’évolution du climat. Le rapport Valencia rédigé par l’organisation que je préside, il a été au centre de la conférence de Bali. Nous avons tâché d’être clairs sur les conséquences du changement climatique: elles seront pires. Le document souligne le sens d’urgence, il expose que les coûts des actions de mettre en pratique ils ne sont pas élevés et les solutions accessibles. Mais, il faut tout de suite agir, il faut agir très bientôt. Si nous voulons que la température terrestre ne dépasse pas les deux degrés centigrades à la fin de ce siècle, il devra y être une nette diminution nette des gaz à effet de serre d’ici à l’an 2015. Il n’y a pas beaucoup de temps. Nous devons aborder cette question en termes humains, puis avec une approche biophysique. Je pense vraiment qu’il faut avoir un regard large et holistique sur ces questions. Autrement on aura une analyse coûts-bénéfices étroite, mal définie et avec une distorsion qui pourrait justifier pratiquement n’importe quoi. Le rapport Valencia analyse tous les domaines qui sont intéressés par l’évolution du climat compris les questions sociales, les questions anthropologiques autant que les économiques.

Antonio Torrenzano. Est-ce que selon vous, les questions relatives aux changements climatiques devront être traitées aussi comme questions éthiques?

Rajendra Pachauri. Nous sommes devant à un problème éthique, où l’intérêt de l’individu doit être conjugué avec l’intérêt commun. Tous les individus doivent comprendre que sauvegarder l’état de santé de notre planète est un devoir, un renversement essentiel. Pour une longue période dans beaucoup de Nations du monde on a préféré éviter le sujet, aujourd’hui ce sujet n’est plus rinviabile.Les enfants sont très sensibles sur ce point. Et, si les enfants peuvent développer une éthique écologique, je ne vois parce qu’ils ne peuvent pas le faire aussi les adultes.Des douze ans plus chauds de l’histoire de la météorologie, onze de ceux-ci ont été concentrés parmi le 1995 et le 2006. L’augmentation de la température a été ainsi élevée, qu’on enregistre aussi l’élévation des températures océaniques à la profondeur de trois kilomètres. Au Pôle Sud,par exemple, pour cette élévation de température, il commence à manquer le krill, la nourriture des pingouins. Le fait que l’an 1998 fut l’année la plus chaude de l’histoire récente est une source de préoccupation, tout comme le fait que les sécheresses sont plus fréquentes. De plus,l’Organisation météorologique mondiale a établi que depuis dix ans le nombre d’événements extrêmes, selon leur définition, a doublé. Les effets du réchauffement global soulignent aussi la vulnérabilité des sociétés dans les Pays du sud du monde et l’immense problème d’équité pour choisir les solutions.Nous sommes donc face à un vrai problème d’équité:qui cause ce problème, qui a causé ce problème, et qui souffre des effets de ce problème? À l’échelle planétaire, nous ne pouvons vraiment pas ignorer ces questions, car lorsque vous regardez les effets des changements climatiques, vous devez réellement prendre en considération ses effets sur ceux qui sont le moins bien équipés pour y faire face. Certaines communautés manquent cruellement d’infrastructures matérielles,elles ne bénéficient d’aucun mécanisme institutionnel pour les aider et elles vivent cette réalité jour après jour, avec ou sans les changements climatiques.

A.T.Pendant la conférence les représentants diplomatiques des États-Unis et de la Chine, ils ont soulevé beaucoup d’objections.Des autres objections ont été soulevées par des organisations écologistes qui affirment que le débat sur le réchauffement efface les autres problèmes écologiques graves ?

Rajendra Pachauri. Toutes les objections sont permises, on ne peut pas isoler un ou plus Pays. Les parties les plus discutées du rapport Valencia ont été celles qui n’étaient pas dans les relations précédentes. Certaines querelles, elles sont inévitables parce que chaque Pays analyse le texte du point de vue de son intérêt et il veut que ce qui affirme l’agence IPCC soit scientifiquement essayé. Les auteurs et les experts ont tenu durs et je l’ai appuyés complètement.Le réchauffement global et l’évolution du climat sont une source de préoccupation pour l’histoire récente de notre planète. Il faut agir, agir très vite. Je ne crois pas que notre monde doit se permettre d’attendre pour réduire ses effets sur le climat. Nous devons prendre des mesures vigoureuses. L’attention au changement climatique ne détourne pas le regard d’autres problèmes écologiques. Qui s’occupe de global warming, il est bien conscient du problème des réserves hydriques.

 

Antonio Torrenzano

 

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Dans le mois de décembre 2007, la communauté internationale s’est réunie deux fois pour prendre d’importantes décisions sur son avenir. La conférence internationale des Nations unies sur le climat de Bali (du trois au treize décembre) et la réunion pour le moratoire sur la peine de mort auprès du siège ONU de New York, le 18 décembre 2007. Les deux accords mondiaux ont eu des centaines de signatures et le consensus de presque toute la Société des Nations. Mais, dans les deux circonstances, la question reste toujours la même: il changera quelque chose après la signature des traités ? Sur le document final de la conférence sur le climat, baptisé Bali roadmap, cette fois il n’y a pas eu non plus une défection: 190 oui (États-Unis compris) pour s’engager tous ensemble à acheminer deux ans de négociations jusqu’au sommet de Copenhagen en 2009, où les problématiques du post Kyoto, elles seront affrontées.

La décision unanime des États participants à la conférence de Bali a étonné les observateurs les plus sceptiques, surtout pour la présence à l’intérieur de certains pays en voie de développement, dépourvus de n’importe quelle obligation vers le Protocole de Kyoto. Ils aussi ont accepté d’entreprendre “actions appropriées” pour la réduction de gaz à effet de serre en réussissant à obtenir par échange financements et nouvelles technologies. La réduction de la pollution atmosphérique est objective de tous, mais sur les solutions pour y arriver, il n’y a pas encore un accord unanime.

La conférence a eu le seul devoir de trouver des accords préliminaires, une plateforme commune qui sera après discutée dans les sommets suivants sur le réchauffement à partir de la conférence en Pologne cette année. Mais pendant ces deux ans pour se décider sur quoi décider servira un compromis tout encore à trouver. Est-ce que règles d’émission d’anhydride carbonique il faudra imposer aux transports aériens et maritimes, oubliés par Kyoto ? Est-ce qu’il est permis d’imposer méthodes de réduction des émissions efficaces, mais chères comme la capture et le stockage de l’anhydride carbonique sous Terre ? Comment peut-on calculer l’épargne d’émissions donnée par le manqué abattage des arbres ? Est-ce qu’il faudra récompenser:les États en voie de développement, encore riches de végétation, ou ceux qui financent travaux dans le respect des zones vertes de ces Pays ? Mais surtout : à qui touche commencer ? Les États-Unis demandent qu’un accord mondial sur le climat s’applique en égale mesure aussi à la Chine et à l’Inde. Les deux puissances asiatiques, dont leurs économies grandissent aux taux du 9-10% depuis plusieurs années, elles revendiquent par contre le droit de se pouvoir librement développer, comme d’ailleurs ils ont fait les anciens Pays du G8.

Le débat est ouvert.

 

Antonio Torrenzano

 

 

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Je suis un homme et j’attache de la valeur à la parole comme moyen pour partager avec tous les autres hommes et femmes les joies et les souffrances communes.

Je suis un homme et j’attache de la valeur à la parole qui me permet de vivre et de m’émouvoir.

Je suis un homme et j’attache de la valeur au devoir de dénoncer le silence sur Ingrid Betancourt et Haung San Suu Kyi abandonnées aux humiliations à l’autre bout du monde.

Je suis un homme et j’attache de la valeur à lutter pour qui a faim, qui a soif, qui n’a pas abri, qui veut, mais il ne peut pas s’instruire.

Je suis un homme et j’attache de la valeur à la noblesse de tout individu de s’engager pour les droits humains.

Je suis un homme et j’attache de la valeur au refus de mentir, à jamais s’agenouiller devant le mensonge et la servitude.

Je suis un homme et j’attache de la valeur à la liberté, à la vraie égalité, à la cum passion, à la gentillesse, au verbe comprendre qui n’est pas juger.

Je suis un homme et j’attache de la valeur à ma planète, à sa défense comme problème éthique où l’intérêt de l’individu doit être conjugué avec l’intérêt commun, à la tâche immense d’agir pour la brosser.

Merci Albert, merci Publius Terentius Afer pour ne me faire jamais oublier ma responsabilité et mes difficiles devoirs comme simple individu.

 

Homo sum:umani nihil a me alienum puto.

Antonio Torrenzano

 

 

*Special thanks to Médecins Sans Frontières pour l’image «Réfugiés au Congo».

 

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Le lecteur constatera que, au-delà des références aux événements immédiats au début de l’année 2007, les questions posées pendant les conversations et les réflexions menées par les maîtres à penser n’ont pas perdu de leur actualité, car elles transcendent les contingences du quotidien. Les analyses faites et les réponses apportées ne sont évidemment ni exhaustives, ni définitives. Elles ont cependant semblé suffisamment novatrices et susceptibles d’ouvrir sur d’autres débats ce carnet virtuel pour la prochaine année.

Le privilège intellectuel de nous journalistes, je crois qu’il est le privilège de poser de questions. En n’oubliant jamais de s’interroger comme individus sur le changement. De poser questions épineuses, tragiques,irrévérencieuses que le monde sollicite afin de raconter plus mondes possible, plus humanité possible. J’ai fini de lire dans ces jours deux livres, pour quelques vers antithétiques, mais complémentaires en même temps. Le dernier petit essai de Tvetan Todorov,”la littérature en péril”, publié chez la maison Flammarion et l’essai de Vito Mancuso, “l’anima e il suo destino” (en langue italienne et pas encore traduit en langue française), publié chez la maison d’édition italienne Raffaello Cortina. Tvetan Todorov affirme que la littérature est en train de perdre sa fin authentique,c’est-à-dire la connaissance de l’homme.Une littérature et une critique qui se disjoignent de l’humanité qu’elles doivent représenter, ou souligner dans l’oeuvre même, ils deviennent alors simples jeux formels . Au célèbre dogme de Mallarmé:le monde existe pour aborder à un livre; Todorov oppose l’idée qu’un livre, pour être vraiment livre, il doive comprendre, contenir, reconnaître plus humanité possible, plus monde possible. Et le critique littéraire? Pour Tvetan Todorov, un connaisseur de l’être humain. Parce que, si pour celui qui écrit l’objet est la condition humaine; qui lit et interprète la littérature, c’est-à-dire le critique, il sera deux fois un spécialiste et un connaisseur d’humanité. Le travail de Todorov m’a plu. Todorov lance une interprétation inactuelle dans ce temps présent, celle d’une destination civile et communautaire de la critique littéraire, d’une sollicitation de la raison au sens kantien contre les vanités et les multiples inhumanités de notre période historique. Une critique littéraire qui s’indigne, qu’il se range pour la vérité en opposition à une certaine école de pensée, selon laquelle l’auteur, la réalité, le style sont un pur fétiche et, que l’interprétation du texte, ce n’est qu’une modalité formelle.

Vito Mancuso, philosophe et professeur de théologie moderne et contemporaine près de la faculté de philosophie de l’Université San Raffaele de Milan, il écrit de l’âme et de sa destinée. L’âme… la chose la plus éthérée, pas facile à raconter dont beaucoup de monde joint à douter qu’elle existe. Pourtant, de l’autre côté, c’est la chose plus forte,parce qu’elle est forte comme la vie, comme l’honnête, comme la vérité. Mais sans âme chaque individu aurait-il pu posséder l’émotion ou la passion? Mystère de l’attirance. Autre mystère,plus impénétrable,celui de l’appartenance et de la fidélité. L’esprit est l’émotion de l’intelligence qui s’établit en son et il produit la musique immortelle des concerts de Mozart;l’esprit est l’émotion de l’intelligence qui s’établit en couleur et il produit les ciels étoilés et les champs de Van Gogh; l’esprit est l’émotion de l’intelligence pour l’ordre et la symétrie du monde qui s’établit dans la recherche scientifique et qu’il fit parler Albert Einstein de “l’admiration extasiée des lois de la nature”;l’esprit est l’émotion de l’intelligence qui s’établit en philosophie et il produit la justice parfaite de l’impératif catégorique kantien. L’esprit est encore la pointe de l’âme: l’intelligence qui veut, la volonté qui pense, l’intégralité de l’expérience humaine. C’est-à-dire la totale consécration de l’homme à quelque chose de plus grand que soi. Les romantiques utilisent le terme coeur, le terme grec energheia,c’est-à-dire le souffle vital, la passion. Comment faire, alors, pour retourner à une clairvoyance solidaire?

Antonio Torrenzano.

 

 

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L’année 2007 est en train de tourner à la fin et les esprits pensifs s’interrogent sur son sens. Je crois encore au doute. Je crois encore que dans le coeur de notre coeur, l’inquiétude nous permettra de continuer à vivre humainement.Être humain c’est chercher sans cesse et toujours la formule de la vie humaine. Peut-il y avoir un succès avec un pourquoi, mais sans un pour quoi ou un pour qui? La responsabilité pour le monde est un petit bout de destinée humaine, indifféremment de comme chacun de nous il le perçoit ou il l’assume.

Dans une de ses dernières leçons en Italie,à Florence, deux ans avant sa mort, un étudiant demanda à Jean-Pierre Vernant pourquoi nous avions encore besoin d’étudier la mythologie? Je crois -continua l’étudiant- qu’aujourd’hui la culture classique est insignifiante pour la condition humaine. Et je me souviens que Jean-Pierre Vernant s’amusa beaucoup à répondre: est-ce que vous savez pourquoi? Parce que les restes de toute cette “chose ancienne” couvrent encore les murs de notre système intérieur de croyances comme les tessons d’une poterie cassée dans un site archéologique. Et, puisque nous sommes de créatures vivantes, en toutes ces “choses anciennes” il y a encore beaucoup d’énergie. Notre mémoire,nos racines, mille et mille étoiles polaires. Personne qui désire se mettre au service des autres, il permettrait à soi-même échappatoires, médiocrité,du marketing. La responsabilité humaine est l’amour pour la vie de soi-même et des autres. Le dernier but de la recherche,de la politique et de la vie ils ne doivent être ni libération ni extase égoïste, mais le savoir et les doutes nécessaires à servir les autres.

Je me souviens encore de Joseph Campbell et de ses étudiants, qu’assis dans une salle du Sarah Lawrence College de New York, ils l’écoutaient ravis quand il affirmait: les destinées mènent qui veut, qui ne veut pas ils le traînent. Tous doivent s’assumer les responsabilités des consequences.Je me souviens encore que Joseph Campbell, comme tous les vrais maîtres à penser, enseignait par d’exemples.Ce n’était pas dans son style tâcher de convaincre les individus, il révélait seulement la splendeur de ses découvertes,il révélait sa joie pour la vie, sa responsabilité humaine vers ses jeunes étudiants afin d’être un pont vers la connaissance. Sa responsabilité humaine? Développer de nouveaux courants frais et vrais d’idées. Pas la recherche du sens de la vie, mais de l’expérience de l’être vif. Aussi pour Joseph Campbell, la culture classique était le papier routier intérieur de l’expérience, dessinée par des individus qui avaient voyagé avant. Un point de sagesse au-delà des conflits d’illusion et vérité.

Autrement dit: il me semble que l’erreur se trouve dans la présentation ou dans l’acception actuelle des nos valeurs, dans le climat de civilisation auxquels elles sont aujourd’hui soit directement liées, soit associées par la majorité du globe.L’erreur se trouve bien sur aussi dans notre manière de les exporter, manière qui trahit souvent une attitude arrogante, un mépris envers tous ceux qui hésitent à accepter automatiquement cette “marchandise” offerte. Quel est donc l’autre aspect, l’aspect manquant, de la solution démocratique? Quelle est cette dimension oubliée de la démocratie qui pourrait lui conférer une résonance universelle ? Je reste profondément convaincu que ce n’est ni plus ni moins qu’une dimension spirituelle. Et si la démocratie doit non seulement survivre, mais se répandre et résister au conflit des cultures, elle doit retrouver et renouveler ses racines, ses sources transcendentales. Retrouver donc un respect envers cet ordre immatériel. La perte de ce respect ne peut que mener à une perte de respect généralisée, à commencer par celui des lois dont les hommes se dotent, et en finissant par celui de la vie de leur prochain et de toute notre planète vivante. La relativisation des normes morales, la crise de l’autorité, la réduction de la vie à une course au profit matériel immédiat sans souci de ses conséquences pour la collectivité, ne vient pas d’abord de la démocratie, mais du fait que l’homme a perdu son ancrage transcendantal de sa responsabilité humaine et de son respect de lui-même.

En temps difficiles, la désapprobation peut se révéler par le refus,par le silence. Je suis encore convaincu qu’il soit indispensable de s’assumer le risque de la parole en essayant de poser un problème, poser une question indiscrète, à donner voix à qui, pour motifs différents, voix n’a pas. La séduction de cette saison que nous vivons, il réside vraiment dans la tentative de faire front à la complexité, de chercher nouvelles analyses pour retrouver du sens, un motif, de nouvelles raisons d’espérer. L’honnête, la franchise, la générosité,la douceur, l’amitié ne changent pas de signe d’un siècle à un autre, d’un continent à un autre ou en franchissant les frontières.

 

Antonio Torrenzano

 

*Special thanks to Mr Aldo Sperber pour l’image au texte. Site web  de l’artiste http://www.aldosperber.net