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L’eau est une ressource rare qui ne peut pas être assujettie à un principe incomplet ou sectoriel de réglementation, légitimation ou valorisation.C’est un bien social et, en conséquence, un bien commun fondamental de chaque communauté humaine. Les individus d’une communauté peuvent donc revendiquer le droit à l’eau autant que droit social. Malheureusement, sur une grande partie de la planète, la population ne peut pas jouir de ce droit collectif. Ceci arrive soit pour causes naturelles soit pour l’incurie de l’homme.L’action humaine, surtout depuis longtemps,a aggravé la situation en produisant une crise naturelle, sociale, économique inexorable. Le gaspillage et la mauvaise gestion de la ressource hydrique causée par la sous-estimation du problème, il a radicalement réduit les réserves. Les changements climatiques encore, à cause de la totale irresponsabilité de l’homme,ont augmenté le désastre. Ce désastre avec le phénomène de la croissance démographique, il fera retrouver la planète avec de quantité d’eau toujours inférieure proportionnellement à l’augmentation de la population.

Mondialisation et développement incontrôlé, ils ont porté nos sociétés industrialisées à penser seulement comme élément de consommation où tout est permis et où le mot décroissance est une parole méconnue. La tendance commune considère les ressources de la Terre et tous les êtres vivants (y inclut les éléments constitutifs du corps humain) comme marchandise, biens économiques, choses traduisibles en valeur économique, en coûts comptables, prix, rentabilité et productivité. La crise hydrique est aggravée par l’augmentation démographique. Dans les prochains vingt-cinq ans, la population augmentera de deux milliards et pour plusieurs individus, l’eau deviendra une ressource rare et limitée. Les nombreux rapports annuels des Nations unies, affirment qu’environ un milliard et quatre-cent-millions de personnes (soit dans les zones urbaines soit dans les zones rurales ), ils n’ont pas la possibilité d’accéder à l’eau potable et, plus de deux milliards d’individus en l’ayant aussi, ils subissent les effets négatifs causés par la mauvaise qualité de la ressource.Les vingt pour cent de la population mondiale utilisent aujourd’hui le 80% des ressources de la planète qui seraient destinées, comme part équitable, à d’autres individus. Nous ne pourrons pas survivre comme espèce, si l’avidité sera privilégiée et protégée et si l’économie de l’avidité établira de règles pour comme vivre ou mourir. L’avertissement de Gandhi est aujourd’hui encore plus recevable que jamais :« la terre a assez de ressources pour les nécessités de tous, mais pas pour l’avidité de peu». La marchandisation de la ressource hydrique provoque répercussions graves au niveau social, sanitaire, naturel. L’eau diminue radicalement et il n’y a pas choix entre d’autres possibilités.

La pénurie d’eau signifie pour les femmes du sud du monde, de distances plus longues à traverser pour arriver à la source, pour les enfants… il signifie déshydratation et mort. La pénurie d’eau pour les paysans engendre de sécheresses et la sécheresse, elle provoque la destruction des récoltes et ensuite de la faim et misère pour de familles entières. Un remplaçant de ce liquide précieux, il n’existe pas simplement. La crise de l’eau comporte conséquences innombrables dans tous les secteurs et les guerres pour l’eau ne seront pas une éventualité future. Même si nous ne réussissons pas toujours à les distinguer comme nouveau type de conflit, parce que traditionnellement combattues avec des armes de feu, les guerres pour l’or bleu sont désormais une tragique réalité. Les conflits du XX siècle, ils ont été combattus pour le pétrole; ceux de vingt-et-unième auront comme objet de dispute l’eau. Selon Ismail Serageldin, vice-président de la Banque mondiale, l’eau a remplacé le pétrole dans les nouveaux conflits d’aujourd’hui.Les guerres pour l’eau commencent toutes à l’intérieur de l’État et elles opposent les gros cultivateurs aux petits propriétaires fonciers, les industriels aux tour-opérateurs. Ces conflits coupent au-dehors de la société les communautés rurales et indigènes, liées économiquement même à la ressource hydrique et les habitants de banlieues en difficulté dans l’accès aux infrastructures hygiéniques et sanitaires. La guerre ou la paix au XXI siècle dépendra alors par les nouveaux choix politiques, économiques et sociaux que la communauté internationale choisira.

L’eau est devenue le principal objectif dans la géopolitique des États.Selon Mohammed Mesbahi: dans les zones les plus arides, le problème hydrique a été toujours utilisé à alimenter la propagande de régimes nationalistes. L’eau s’est ainsi transformée, jour après jour, en objectif stratégique pour frapper et affaiblir l’adversaire,comme instrument de chantage à garantir une suprématie régionale.Encore, une autre observation. Dans le droit international contemporain, il n’existe pas une formulation normative explicite du droit subjectif sur l’eau et, non plus, une qualification explicite de l’eau comme possible objet d’un droit collectif. Celle-ci est sûrement un grave manque dont la communauté internationale et les Nations unies devront trouver un remède. Mais pour formuler un règlement à la tutelle de la ressource hydrique, il est nécessaire que toute la communauté internationale codifie l’eau comme bien collectif et irremplaçable. L’eau est un droit fondamental de l’homme. Tout le monde a besoin d’eau pour vivre. L’eau doit être fournie de manière impartiale à tous et pas en base à la capacité de payer de l’individu.Le risque? Une modification de l’eau de bien public (à disposition de tous) à propriété privée… bénéfice de peu.

Créer règles et limites d’utilisation internationale assurerait équité et développement durable. Garantir à chaque personne, l’accès aux ressources hydriques pour le besoin vital (sans discriminations de race, sexe, religion, revenu ou classe sociale), il représente un devoir fondamental pour la société… à n’importe quel coût. La crise de l’eau est une crise écologique qui a de causes commerciales, mais pas solutions de marché. Les solutions de marché détruisent la terre et elles augmentent les inégalités. La solution à une crise écologique est écologique et la solution à l’injustice est la démocratie. La cessation de la crise de l’eau impose une renaissance de la démocratie écologique. Solutions donc concrètes,réalisables,politiques et écologiques, qui dépassent surtout la logique actuelle du marché.Tout ceci est réalisable par des solutions que Vandana Shiva, physique et naturaliste indienne, appelle «démocratie de l’eau».

 

Elena Fontanesi, Carlotta Pivetti

Francesca Soli.

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D’une certaine manière, la rareté des ressources est de retour. Contrairement à ce que suggère la conjoncture internationale (dans une manière particulière pétrolière), ces raretés ne sont pas exclusivement celles de l’énergie, mais plus encore celle de l’eau, des ressources agro-alimentaires, de l’environnement, de la santé,du climat.

La science économique, a toujours affirmé Erik Orsenna, n’est rien d’autre que l’identification et la gestion des raretés. Les raretés ont toujours existé, mais paradoxalement, la croissance et le développement en créent de nouvelles. L’économiste doit discerner et hiérarchiser les nouvelles formes de rareté liées à la croissance mondiale, et alerter le monde sur la nature et l’urgence des mesures à prendre. Mais, comment faire si la mondialisation des marchés n’est autre que la pointe ultime de la marchandisation du monde (ou autrement dit de son économicisation), a nous fait oublier la parole rareté? Encore, comment discuter de raretés, quand la dignité de chacun citoyen se définit-elle avant tout par sa situation, son revenu, sa dépense ? Comment faire, quand la même vie de chaque individu est largement réduite à ces aspects économiques? Bien sûr, cette évolution n’a pas démarré hier, elle est en germe, elle aussi, dès les origines de la modernité, mais elle ne prend toute son ampleur qu’avec l’effondrement du compromis entre marché et espace de socialité. La disparition du politique comme instance autonome, et son absorption dans l’économique, fait réapparaître ce qui était l’état de nature selon Hobbes, la guerre de tous contre tous. La compétition et la concurrence, loi de l’économie libérale, deviennent ipso facto, la loi du politique. Vue d’en bas, la crise du politique se traduit par l’effondrement du social et donc, à limite de la société elle-même.

Un monde de ressources rares exige des progrès de la régulation et une gouvernance appropriée des systèmes de production et de répartition. D’ici au 2025, il faudra décidément produire de nouvelles solutions, elles-mêmes devenues de raretés. Les dysfonctionnements de toute nature du système mondial, chômage, exclusion, misère matérielle et plus encore morale, désastres écologiques, sont et seront de plus en plus insupportables. En attendant «la grande implosion» prévisible, quoi faire ? Les trois D (dérèglementation, décloisonnement, désintermédiation) ont fait voler le cadre étatique des régulations permettant au jeu des inégalités de se développer sans limites. La polarisation de la richesse entre les régions et entre les individus atteints des sommets inusités. Selon le dernier rapport du PNUD, si la richesse de la planète a été multipliée par six depuis l950, le revenu moyen des habitants des 174 pays recensés est en pleine régression, aussi la même l’espérance de vie. Les trois personnes les plus riches du monde ont une fortune supérieure au PIB total des 48 pays les plus pauvres ! Le patrimoine des 15 individus les plus fortunés dépasse le PIB de toute l’Afrique subsaharienne.La fortune des 32 personnes les plus riches du monde dépasse le PIB total de l’Asie du Sud. Les avoirs des 84 personnes les plus riches surpassent le PIB de la Chine avec ses 1,2 milliards d’habitants ! Enfin, les 225 plus grosses fortunes représentent un total de 1000 milliards de dollars, soit l’équivalent du revenu annuel des 47 % des individus les plus pauvres de la population mondiale, soit 2, 5 milliards de personnes ! Dans ces conditions, il n’est plus question de développement, seulement d’ajustement structurel.

Les ressources rares créent toutes des tensions et les risques géostratégiques d’un monde qui se fragmente en grands blocs rivaux sont de retour. La hausse de prix des ressources rares conduira à des conflits que l’on sent inévitables, pour ce qui concerne l’accès à l’eau, de pétrole,de gaz, de coltan ou de pénurie de protéines. En s’endormant ainsi sur ses lauriers, la génération précédente s’était quelque peu aveuglée sur la portée de ses succès. Elle oubliait en particulier le prix dont ceux-ci avaient été achetés. Ce prix aujourd’hui est double:le saccage de l’environnement avec le pillage inconsidéré de la nature et la croyance d’une croissance économique infinie et gratuite sans payer un haut taux d’intérêt à la planète. L’Occident ne pouvait-il manquer d’être un beau jour rattrapé par ses démons ?

 

Antonio Torrenzano.

 

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Conversation avec Avni Zogjani, président de l’organisation pour la lutte à la corruption Cohu au Kosovo. L’organisation Cohu est une organisation non gouvernementale sans but lucratif avec son siège au Pristina. Il naît dans le mois de septembre 2005 et il a comme but celui de combattre et dénoncer la corruption politique. Depuis le 2005, ONG Cohu publie de réguliers rapports publics sur des circonstances de prévarication et corruption. Toujours selon l’organisation, la corruption représente le principal problème au Kosovo même pour le développement démocratique de la région. Le site numérique est http://www.cohu.org. Le dialogue a été développé par appel téléphonique.

Antonio Torrenzano. Votre organisation dénonce depuis l’année 2005, beaucoup de situations de corruption au Kosovo.Circonstances liées à l’administration locale, mais aussi de l’administration internationale. Qu’est-ce qu’il arrive?

Avni Zogjani. Je commence par l’exemple de la construction de la centrale électrique de 2100 mégawatts Kosovo C qu’il favoriserait des entreprises étrangères au-delà d’avoir un impact ravageur sur l’environnement. L’administration internationale appuie ce projet non concurrentiel sur le naissant marché de notre énergie.

Antonio Torrenzano. Est-ce que l’indépendance portera de possibles changements dans la lutte à la corruption?

Avni Zogjani. Je crois qu’il peut être une occasion pour rompre le cercle vicieux qui est venu à se créer entre politique et crime organisé, rapport dénoncé aussi par une manière explicite dans le dernier rapport rédigé par la Commission européenne.Un changement politique pourrait être salutaire, il viendrait moins un des composants principaux du chantage croisé qui tient lié système politique local et acteurs internationaux: d’une partie la menace de déstabilisation du Kosovo, de l’autre celle de dénoncer prévarications et corruption de la classe politique actuelle. Ce changement rendrait plus facile le travail des médias, de la société civile, du système judiciaire.L’organisation est en train de reconstruire l’histoire personnelle et politique de tous les candidats qui se présenteront au nouveau Parlement.Nous nous proposons de faire une campagne parallèle avec le but de rappeler aux électeurs les histoires des candidats qui se proposent comme nouveaux députés. Celle d’insérer parents ou camarades du même parti politique dans les places clés de l’administration, sans du professionnalisme, c’est une pratique très diffuse comme la gestion fiscale et comptable.

Antonio Torrenzano. Parlez-vous aussi des résultats de l’agence anticorruption gouvernementale ?

Avni Zogjani. La classe politique kosovare a mis la lutte à la corruption dans la liste des priorités plusieurs fois. Une agence spéciale a été aussi créée pour s’occuper du problème. Mais l’Agence a été l’énième improvisation, née seulement après une précise pression faite par le Groupe de contact. Aujourd’hui, l’Agence se trouve de fait dessous la lourde influence des hommes politiques et des leurs partis. Malgré les pressions faites, aussi par notre organisation, sur les revenus économiques des hommes politiques, l’agence a refusé en s’appelant de manière incompréhensible à la Loi sur les secrets d’État.

Antonio Torrenzano.Au Kosovo, il se parle aussi de corruption à l’intérieur du système judiciaire. Est-ce que j’aimerais connaitre votre perception à ce problème?

Avni Zogjani. Notre organisation ne s’occupe pas directement de corruption dans les tribunaux. Dans tout cas, ce n’est pas difficile voir que le système judiciaire est influencé pesamment par les hommes politiques, mais aussi par le crime organisé. Au Kosovo, de procureurs se voient prendre le café avec personnages sur lesquels ils devraient faire des enquêtes probablement pour de crimes graves. Mais, dans les rares circonstances dont des hommes politiques influents sont arrêtés, on peut être sûres qu’ils seront relâchés après quelques jours. L’année passée, trois dirigeants gouvernementaux ont été arrêtés pour crimes comme recyclage, trafic d’armes et violences,mais tout de suite ils ont été remis en liberté. De fait, les seuls à finir en prison sont les petits poissons, pour les grands l’exemption est presque certaine.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec M.Albert Rohan, nommé vice-envoyé spécial des Nations unies avec le rapporteur Martti Ahtisaari chargé de superviser les négociations sur le statut juridique final du Kosovo. M. Albert Rohan avec le rapporteur Martti Ahtissari a rédigé le rapport présenté au Conseil de sûreté des Nations unies sur le Kosovo. L’entretien a été développé par appel téléphonique après la réunion de Baden.

Antonio Torrenzano. Est-ce que vous n’avez jamais pensé, pendant les négociations, à un possible refus de la Serbie de celui-là qui proposait votre collègue Martti Ahtisaari ?

Albert Rohan. Pendant notre travail diplomatique, nous étions conscients qu’un possible refus à nos propositions il pouvait arriver.L’Ambassadeur Ischinger, l’Ambassadeur Wisner et l’Ambassadeur russe ont fait de leur mieux pour donner aux parties une autre possibilité afin de rejoindre un compromis. Mais il était clair à tout le monde, qu’il était improbable une solution partagée. Donc, aucune surprise.

Antonio Torrenzano.Est-ce que vous croyez, après l’indépendance unilatérale du Kosovo, que dans les prochains mois la Russie pourrait effectivement modifier sa propre position?

Albert Rohan. J’en serais surpris. En effet, il n’est pas probable que cela arrive et que la communauté internationale opte pour la reconnaissance du Kosovo. De l’Union européenne, aux États-Unis et de la part d’autres pays qui signeront dans quelques mois la reconnaissance du Kosovo. Personne, il n’est pas heureux de procéder par cette manière, sans un mandat politique de la part du Conseil de sûreté, mais il n’y a pas d’autres choix. Tous, maintenant, ils doivent comprendre qu’il sera très compliqué trouver une solution négociable, car ni la Serbie ni le Kosovo, ils ne modifieront leurs propres positions. Déjà dans le dernier round de négociations au Baden, il s’était compris que le procès serait terminé avec une déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo. Pendant les négociations de Baden, nous avions donné une autre possibilité aux deux sujets en proposant de nouvelles idées. Les possibles solutions, on pouvait se trouver si les parties en cause avaient effectivement voulu discuter. Avant les rencontres de Baden, nous avions déjà eu deux séances à haut niveau et d’autres 17 rounds de négociations.

Antonio Torrenzano. L’hypothèse de négociation dont parlez-vous, elle était celle nommée la solution Hong-Kong ? Mais cette hypothèse était-elle applicable au Kosovo?

Albert Rohan. Qu’il s’appelait Hong-Kong ou avec d’autres titres, il n’a plu quelques-uns sens, le noeud était toujours le même:autonomie politique du Kosovo et pas indépendance. La Serbie était disponible à accorder l’autonomie au Kosovo, mais tout cela devait rester à l’intérieur de la souveraineté territoriale serbe. La population albanaise du Kosovo devra maintenant agir par une manière consciente. Parce que nous avons spécifié en plus d’occasions que, le mot indépendance, il ne signifie rien… tout seul. La valeur de l’indépendance réside par la reconnaissance de l’entière communauté internationale. L’Union européenne, avec aussi ses divisions intérieures, il est en train de le faire, mais celui-ci n’est pas suffisant. Le Kosovo est comme une poudrière, il pourrait exploser très vite. Il y a des radicaux politiques dans les deux états. Il faut être très attentifs, très raisonnables pour ne pas fournir plusieurs prétextes pour actions radicales.

Antonio Torrenzano

 

 

 

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Conversation avec M.Gianmatteo Arena, fonctionnaire international, en poste actuellement auprès du service économique de la Délégation diplomatique de la Commission européenne près de l’État d’Israël. Du 2001 au 2006, comme fonctionnaire de la commission, il a travaillé auprès de la Délégation diplomatique de la Commission européenne à Sarajevo. Expert en économie numérique, comme auteur a publié:‹‹la société de l’information déstabilise-t-elle l’État-Nation? Analyse comparative du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’âge de la mondialisation››,université libre de Bruxelles, 2006; aux éditions l’Harmattan,‹‹aspetti cooperativi della presenza OSCE in Bosnia Erzegovina››,2004.La conversation a eu lieu par téléphone.

Antonio Torrenzano. Pensez-vous que la situation au Kosovo pourra influer sur la Bosnie Herzégovine ?

Gianmatteo Arena. C’est la même région et il y aura sûrement une certaine influence. Sûrement, les gens de la Bosnie Herzégovine suivront avec attention l’évolution de ce qui se passera au Kosovo et cette évolution sera suivie aussi par les investisseurs étrangers qui ne sont pas seulement intéressés à la Bosnie Herzégovine, mais à l’entière région balkanique. Quand je pense aux possibles implications de la nouvelle situation politique au Kosovo, je me rappelle du 1999, quand l’OTAN bombarda soit la Serbie soit le Kosovo, tout cela fût très senti par la population bosniaque, mais sans de nouvelles situations de crise ou violence.Je pense encore au 2004, quand d’autres troubles éclatèrent le Kosovo, les populations eurent une forte réaction émotive, mais il n’arriva rien. Hier comme aujourd’hui, j’espère qu’il n’arrive rien de négatif. C’est un problème évidemment délicat, mais je crois que tous sont conscients de la nécessité de maintenir la stabilité en Bosnie Herzégovine.

Antonio Torrenzano. Est-ce que vous croyez qu’il pourra y être un effet dominos ?

Gianmatteo Arena. Il n’ y aura pas un effet dominos. Vous me posez la question en la rapportant à l’expérience du récent passé, mais je ne crois pas qu’il pourra se représenter . Aujourd’hui, je crois que les Bosniaques sont plus intéressés à leur sûreté personnelle, à leur prospérité, à vivre dans une société démocratique et à devenir membres de l’Union européenne comme état. Tous les événements de la région sont vécus par un sentiment très fort de la part de la population locale, mais je ne crois pas qu’il n’arrivera rien de négatif. Je pense que, dans cette phase, la signature de l’Accord d’association et de stabilisation avec l’Union européenne pourra être la meilleure confirmation du procès d’avancement démocratique, économique et social de la Bosnie Herzégovine.

Antonio Torrenzano.Comment procède-t-il, le processus économique et politique de la Bosnie Herzégovine ?

Gianamatteo Arena. En Bosnie Herzégovine, l’avancement du processus de modernisation est arrivé dans le secteur institutionnel et administratif. Avancement important, je crois pour chaque Pays qui veut établir relations économiques et politiques avec d’autres États. Je vous fais un exemple: l’activation opérative de structures d’hygiène publique qui ont consenti au secteur agro-alimentaire de commencer à exporter viande et d’autres produits liés à l’élevage agricole. Ce secteur commercial est aujourd’hui productif et efficace. La même action a été concrétisée pour ce qui concerne les produits agricoles et leur standardisation aux vérifications de qualité imposées par l’Union européenne. La Délégation de la Commission européenne à Sarajevo travaille sur plusieurs plans d’action: sur d’aspects techniques et sur les règles. Les actions d’accompagnement se développent sur différents fronts:institutionnel,législatifs, dans le secteur éducatif, pour la réforme administrative. Il y a puis tout le travail qui est en train de se dérouler pour la réforme constitutionnelle et la modernisation de l’administration publique bosniaque. Dans ce moment, il y a presque 58 institutions administratives bosniaques qui sont financées par le seul budget national. Il y a trois ans, les institutions étaient seulement trente, ceci signifie qu’il a été une évolution positive de réforme.

Antonio Torrenzano. Est-ce que le processus politique et économique de la Bosnie Herzégovine se différencie d’autres pays de la région des Balkans par exemple la Macédoine qui a déjà obtenu le statut juridique de nation candidate à l’Union européenne, ou la Bulgarie ou encore la Roumanie, qu’elles sont déjà devenues nations membres de l’UE ?

Gianmatteo Arena. Tout cela dépendra de la vitesse des réformes. On affirme habituellement qu’avec la signature de l’Accord d’association et de stabilisation, on est déjà sur le bon chemin pour devenir membre adhérent dans l’Union européenne. Le pas suivant, il sera obtenir le statut de pays candidat. Le premier ministre de la Bosnie Herzégovine a exprimé l’expectative que pendant son mandat, la Bosnie Herzégovine obtient le statut de candidat. Cette ligne d’action est ambitieuse, mais je dirais qu’elle est réelle. De plus, il existe un déroulement prévu en 15 points, qui est le résultat d’un accord entre les partis politiques bosniaques qui font partie du nouveau parlement, sur lequel il est écrit qu’ils désireront atteindre le statut de candidat d’ici à la fin de leur mandat politique, c’est-à-dire d’ici au 2010. Il faudra cependant vérifier, si au 2010, l’État bosniaque a atteint les procès de modernisation et de son processus économique en acte.

 

Antonio Torrenzano

 

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Où commencent-ils les Balkans? Où finissent-ils les Balkans ? Ce qui est arrivé au Kosovo et ce qui arrivera dans les prochains mois il s’arrêtera seulement à la péninsule balkanique ou, ce sera un événement régional avec des amplifications mondiales ? Encore une fois dans les Balkans, les événements des 48 dernières heures produiront des événements bouleversants destinés à investir l’entière communauté internationale dans les prochains mois.

Un seul Kosovo n’existe pas, mais au moins plusieurs. Un Kosovo désormais numerique dans la constitution serbe et surtout dans la résolution 1244 du Conseil de sûreté dont Belgrade s’assure sa base de revendication permanente. Deux Kosovo sur le terrain : le Kosovo albanais avec sa capitale Pristina, un Kosovo serbe au-delà du fleuve Ibar. Personne des deux petits États n’est vraiment indépendant. Le premier, né le 17 février 2008 après la fin de la guerre du 1999, il reste en vie par l’action d’aides internationales, grâce à la protection atlantique, par l’action de trafics de drogue et d’armes entre l’Asie et l’Europe comme voie géographique importante. Le deuxième Kosovo, il s’agrippe à la Serbie. La création du nouveau Kosovo peut être lue alors dans un tableau plus général et géopolitique, c’est-à-dire la multiplication des frontières qui a engendré dizaines de nouveaux États ou types semblables de nations de la fin de la guerre froide à aujourd’hui. Dans la région des Balkans, comme en aucune autre partie de la planète,le kleinstaaterei n’a eu lieu. Parole allemande avec laquelle on désigne la multiplication sans fin des territoires en nom de la pureté ethnique que tout le monde traduit maintenant par l’expression balkanisation. Mais aussi par l’interprétation donnée de Bernard Neumann comme région buildind conflict. C’est-à-dire conflit dont toutes les communautés politiques, économiques et culturelles deviennent une ressource à employer pour qui ne les possède pas ou pour qui les possède en mesure plus petite. Plus en général contre qui est différent .

Dans l’économie mondiale, les Balkans sont un territoire marginal. Au sens stratégique, la réunification de ces territoires sous l’Union européenne devrait constituer le flanc sud-est de l’Union européenne. Toutefois, en sens toujours stratégique, le territoire même assume valeurs différentes pour les différents acteurs internationaux. L’Europe l’a fait devenir dans la réalité son semi-protectorat, où les protégés vivent avec l’argent et les aides économiques des protecteurs. Et les divisions à l’intérieur de l’Union européenne dans ces derniers jours dérivent principalement par ces contradictions. Berlin soutient la cause d’indépendance du Kosovo pour mettre fin aux conflits menés par la communauté kosovare à l’intérieur du propre État. Puisque la majorité, de la communauté résidant en Allemagne, est intéressée des plus en plus aux trafics criminels. Espagne, Grèce,Roumanie, Slovaquie, Cipre ne signent pas la reconnaissance à l’indépendance du Kosovo pour la peur d’une balkanisation à l’intérieur des leurs États. Pour l’Italie, le Kosovo est un problème de sûreté nationale à cause des trafics criminels d’innombrables mafias et pour la question de sa politique énergétique liée aux hydrocarbures qui, en traversant le Kosovo, ils assurent du gaz naturel à la péninsule italienne. De plus, l’inefficace action diplomatique de convaincre la Serbie représente une humiliation pour l’organisation de l’Union européenne et pour tous ceux qui ont toujours soutenu que la force de l’Europe réside dans son pouvoir diplomatique atténué. C’est-à-dire, la capacité européenne d’influencer ses interlocuteurs à travers le dialogue et à travers les aides financières ou les accords commerciaux.

Les Américains ont du mal à placer la région balkanique sur le papier géographique. Quand l’ancien président américain des États-Unis, Bill Clinton décida de bombarder la Yougoslavie, il se présenta à la télévision avec un papier géographique pour expliquer à son peuple de ce qu’il était en train de parler. Les Balkans pour Washington seront seulement une petite nécessité pour les bases militaires et pour tenir d’yeux les communautés de religion islamiste. Pour la Russie, depuis toujours, les Balkans représentent le débouché dans la mer Méditerranée: des Tsars au Putin, la politique de pénétration dans la mer Méditerranée a été toujours la même. Cette fois Moscou, par tous les moyens diplomatiques, d’actions de politique énergétique et d’actions de proximité religieuse, est réussie pour la première fois de son histoire à entrer dans la mer Adriatique et ensuite dans la mer Méditerranée. Objectif atteint !!

La déclaration d’indépendance unilatérale du Kosovo et la reconnaissance, déjà reçue par quelques Pays, elles constituent un précédent dangereux et un possible retour au passé. Qu’est-ce qu’il arrivera dans quatre mois, c’est-à-dire quand le mandat de gestion des Nations Unies expirera et l’Union européenne succédera ? Qu’est-ce qu’il arrivera dans la région et surtout en Bosnie Herzégovine ?

Antonio Torrenzano

 

Bibliographie:

Antonio Torrenzano, La crise balkanique comme exemple d’un nouveau type de conflit, dans l’essai ‹‹Aspects coopératifs de la présence OSCE en Bosnie Herzégovine››, Turin et Paris, éd. L’Harmattan (en langue française et italienne), 2004.

Michela Forni, Migrations et réfugiés dans les Balkans,dans l’essai ‹‹Aspects coopératifs de la présence OSCE en Bosnie Herzégovine››, Turin et Paris, éd. L’Harmattan (en langue française et italienne) 2004.

Katia Monti, Maria Claudia Grillini, La tutelle du droit électoral comme instrument de démocratisation,dans l’essai ‹‹Aspects coopératifs de la présence OSCE en Bosnie Herzégovine››, Turin et Paris, éd. L’Harmattan ( en langue française et italienne) 2004.

Rossano Corsano, Dynamiques de genre et gender mainstreaming dans les conflits armés, dans l’essai ‹‹Aspects coopératifs de la présence OSCE en Bosnie Herzégovine››, Turin et Paris, éd. L’Harmattan (en langue française et italienne) 2004.

Elena Roffi, L’école et les jeunes dans la région des Balkans. Parcours vers un avenir possible, dans l’essai ‹‹Aspects coopératifs de la présence OSCE en Bosnie Herzégovine››, Turin et Paris, éd. L’Harmattan (en langue française et italienne) 2004.

 

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Conversation avec Ad Melkert, économiste, fonctionnaire des Nations Unies, administrateur-associé du programme pour le développement PNUD-ONU. L’entretien a eu lieu à Pristina, pendant la visite de M. Ad Melkert dans la région dans l’automne 2007.

Antonio Torrenzano. Comment jugez-vous la situation économique et le processus du développement de la région ? Encore comment avez-vous trouvé les conditions de vie au Kosovo à la fin de votre mission ?

Ad Melkert. Le PNUD et l’agence technique UNICEF des Nations Unies sont en train de travailler pour aider toutes les personnes qui reviennent dans leurs propres maisons, pour créer infrastructures et opportunité de travail et, en général, la possibilité d’un meilleur avenir. C’est pour cette raison que je suis venu en visite à Pristina et dans la région avec mes collègues. Une visite pour discuter avec les représentants du Kosovo afin d’entreprendre un parcours qui peut aller dans cette direction. J’ai rencontré aussi des individus qui ont réussi à revenir dans leurs maisons, et qu’ils sont en train de reconstruire aujourd’hui leur vie. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Il est nécessaire de créer du travail en particulier pour les jeunes et nouvelles infrastructures. Les infrastructures seraient particulièrement importantes pour faire arriver ici les investisseurs internationaux afin qu’ils puissent commencer à opérer au Kosovo et pour permettre à l’Union européenne de commencer à compléter la coopération européenne. Pour celui-ci, je le confirme, ce serait très important avoir des décisions à temps rapides.

Antonio Torrenzano.Quelles conséquences, pourraient-elles avoir la proclamation unilatérale d’indépendance? Est-ce que le désaccord de la Russie au Conseil de Sûreté au rapport d’Ahtisaari a été une surprise à l’intérieur de l’ONU ?

Ad Melkert. Je ne fais pas partie du Conseil de Sûreté et je ne discute pas les décisions du Conseil. Comme PNUD, nous sommes en train de faire le maximum pour aider le Kosovo et ses habitants. Il est nécessaire de préparer une solution qu’elle soit basée vraiment sur le consensus, conditio sine qua non très importante dans les relations internationales et notamment pour les Nations Unies. Au moment, il y a de sérieux efforts à joindre ce type de résultat, donc je crois qu’il y a encore place pour l’optimisme. Parce qu’on peut regarder vraiment à l’avenir, il y a besoin cependant que toutes les communautés du Kosovo commencent à travailler ensemble, mais cela dépend seulement de qui vit ici. Le PNUD, comme organisation, il est en train de travailler déjà avec tous les habitants du Kosovo et avec toutes les autres organisations internationales présentes dans le territoire pour investir et construire un avenir social et économique qui puisse garantir la vie en commun des toutes les populations. Pour faire tout cela, les décisions sur le statut juridique ne sont pas les seules à considérer. La définition de ce procès est importante, mais ce n’est pas la seule chose à laquelle regarder dans un panorama plus général . C’est clair que la communauté internationale veut clarté sur ce problème et, je crois que tout cela il est perçu aussi par la plus grande majorité des habitants du Kosovo. Nous espérons, donc, que tout le monde utilise la nécessaire clairvoyance dans ce procès.

Antonio Torrenzano. La communauté internationale a-t-elle compris la corrélation entre pauvreté,tensions ethniques et guerre ?

Ad Melkert. J’observe que, dans toutes les conférences internationales, non seulement celles sur le développement ou la croissance économique, la question de la pauvreté est omniprésente. Il est admis comme une évidence que le sous-développement est le terreau idéal du terrorisme et de la guerre. La crédibilité des institutions internationales en matière de lutte contre les tensions ethniques n’est tenable que si, en même temps, elles s’engagent durablement en faveur de la lutte contre la pauvreté.

Antonio Torrenzano

 

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Balcani
Conversation avec Migjen Kelmendi,journaliste,écrivain, annaliste très sévère sur l’identité de son pays, directeur de l’hebdomadaire JAVA de Pristina.Le dialogue avec Migjen Kelmedi a été développé par téléphone.

Antonio Torrenzano. Est-ce que le défi de l’indépendance a été désormais réalisé?

Migjen Kelmendi. Maintenant, le Kosovo est un État, dans la réalité il s’agit d’une énorme voiture bureaucratique. À Pristina on se perçoit déjà cette drôle voiture bureaucratique par d’énormes bâtiments entourés par murs aussi plus haut et très fortifiés. Il s’agit d’une manière de gouverner qui est perçue par la population comme joint de l’extérieur. L’arrivée des organisations internationales au Kosovo, il a inauguré une nouvelle approche de la société basée sur l’idée d’État. Pendant la gestion politique des Nations unies et de l’OTAN de mon pays, la population n’a pas vraiment compris d’une manière nette et claire les choix mis en place par UNMIK. UNIMIK a vécu un peu isolé, dans une propre réalité, au dehors du contexte social, sans bien comprendre ce qui lui succédait autour. Les renseignements ou les analyses que la communauté internationale développe sur notre société, ils ne peuvent pas alors qu’être fragmentaires et stéréotypés. Aujourd’hui au Kosovo, il manque une classe d’experts de qualité, vraiment intéressés à l’engagement public et à un vrai développement du territoire. Je crois que la population ne soit pas encore prête à la participation politique ou sociale parce qu’elle ne sent pas la société dans ces termes. La participation politique et sociale vient pas considérée comme un droit et comme un devoir. La participation est perçue par une manière succube, la participation est exercée comme des disciples non critiques, pas comme d’électeurs, pas comme des citoyens.

Antonio Torrenzano. Qu’est-ce qu’il arrivera maintenant? La presse nationale comme raconte-t-elle ce qui est en train d’arriver dans le pays ?

Migjen Kelmendi. La situation ne changera pas rapidement au Kosovo. La corruption reste le vrai problème. Problème qui fait perdre ultérieurement la crédibilité de la classe politique de mon pays. Ils sont en train d’essayer de simuler un vrai gouvernement, mais n’ont pas des compétences proportionnées. La vie en Kosovo est toute politisée et roue autour de cette élite politique. En un des derniers numéros de “Java”, j’ai traité de ce sujet dans le secteur de la culture. Quelques artistes m’ont raconté que pour réussir à s’imposer, il ne suffit pas force et talent, mais ils doivent apparaître à côté de quelques politiques pour faire coup sur le public. C’est désastreux, mais c’est aussi comme ça dans la presse. La presse au Kosovo n’a pas de voix critiques. Presque tous les fondateurs de télévisions et canaux médiatiques au Kosovo ont utilisé leur travail comme canal de promotion à la carrière politique. Les médias n’ont pas beaucoup de voix à l’intérieur du débat politique, ils ne font pas que reporter ce qui arrive sans cependant être critique et ils sont encore moins indépendants. Nous avons nombreux journaux, plusieurs télévisions, mais ils ne sont pas capables de produire un débat dans la société, de se mesurer avec les partis politiques. Il semble qu’ils soient d’accord sur tout et les citoyens, ils sont tombés dans un état de passivité absolue. Dans notre télévision règne la totale absence de débat, les émissions politiques sont une partie ridicule de la programmation et la plus grande majorité du public regarde les télévisions de Tirana qui ne font pas de débat sur le Kosovo. La presse écrite vend peu comme le même hebdomadaire Java dont je suis le directeur de la rédaction.

Antonio Torrenzano.Comment évaluez-vous les partis politiques aujourd’hui dans votre Pays ? Est-ce qu’ils seront capables de comprendre les ferments et les expectatives de la société ?

Migjen Kelmendi. Je ne pense pas qu’ils soient aptes à interpréter la société et d’être des vrais porte-parole, je pense encore moins qu’ils peuvent mobiliser de classes de la société. Dans le Kosovo d’aujourd’hui, il n’y a pas d’homme politique de talent, mais la société est extrêmement politisée au point qu’on a l’impression que les hommes politiques se soient imposés à la société et pas qu’ils se sont levés d’elle. Au Kosovo, les partis politiques sont perçus seulement comme de moyens pour le pouvoir ou, de toute façon, comme sujets liés au pouvoir. Il faut devenir membre d’un parti politique si on veut entrer dans les bureaux des institutions publiques ou entrer dans la vie publique. Aussi pour devenir un chanteur célèbre, le public doit te voir assis dans un café avec un homme politique. Avoir ou ne pas avoir du talent, il n’importe pas, le chanteur obtiendra son succès seulement s’il est vu avec celui-ci ou il fréquentera celui-là. Maintenant que le procès d’indépendance est réalisé, les partis politiques devront travailler sur problèmes concrets, sur objectifs qu’ils naissent de la société civile, sur des exigences réelles. L’indépendance était du reste la chose la plus facile à exiger et sur laquelle faire de la politique. Autre problème, c’est le manque d’une méthode démocratique de dialogue à l’intérieur des partis. À ce sujet, il n’y a pas trace de dialogue entre les sommets et la base sociale. Jusqu’à hier c’était très plus facile de s’agripper à l’autodétermination, aux choses faites, à partir d’aujourd’hui il faudra s’asseoir à une table et essayer de trouver de solutions pour un possible avenir du Kosovo. Les choses ne sont pas si simples et ainsi belles dans la réalité de prochaines années. Il ne serait pas exagéré affirmer que les partis politiques ne laissent pas place à la participation ou à la représentation de la société, mais les gens ne sont pas stupides, il se rend compte qu’on n’ira d’aucune partie sans dialogue et sans l’Aide économique international. Une fois, j’étais très critique vis-à-vis d’Ibrahim Rugova. Les gens s’étonnaient aussi parce que nous avons les mêmes origines de famille. Mais il avait de visions que maintenant je partage, il n’imagina pas par exemple jamais l’avenir du Kosovo comme d’une région périphérique de l’Albanie, il disait que cette dernière aurait été seulement un partenaire de même dignité d’un futur État du Kosovo et il soutenait aussi que le Kosovo s’ouvrit à l’Albanie comme à la Serbie.

Antonio Torrenzano. Est-ce que rôle joue l’Albanie dans les relations avec les partis politiques du Kosovo?

Migjen Kelmendi. Il y a une version dominante qui considère toujours l’Albanie comme le point de repère. Quand on parle de l’Albanie, nous ne sommes jamais critiques en public, mais je pense que la situation est en train de changer. Les gens sont en train de devenir de plus en plus réalistes et ils n’ont plus de mythes romantiques. C’est seulement fruit d’un procès intérieur au Kosovo. Tirana, pour le moment, elle est indifférente.

Antonio Torrenzano

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Conversation avec M.José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. L’entretien a eu lieu à Parme,le 11 janvier 2008 à l’auditorium Paganini, auprès de la Fondation Collège Européen de l’Université des études de Parme où le Président de la Commission a ouvert la nouvelle année académique 2008 du Collège. La première partie du dialogue a été publiée mercredi 30 janvier 2008.

Antonio Torrenzano. Je voudrais continuer cette conversation en vous demandant quels seront les objectifs de l’Europe après la conférence internationale de Bali sur le climat.

José Manuel Durão Barroso. La politique énergétique que la Commission a proposée en 2007 pour l’Europe, c’est celle d’un XXI siècle qui verra le tarissement des sources d’énergie fossile et qui doit trouver d’urgence des alternatives. Mais c’est aussi, sur le plan de la politique européenne, une nouveauté absolue, dans un continent dépendant de sources d’approvisionnement extérieures situées dans les zones les plus instables du monde. Le plan d’action ambitieux permettra d’assurer, à l’échelle de l’Union, la sécurité de notre approvisionnement, la viabilité de notre consommation à long terme et la compétitivité de notre marché.Ensuite, parce que l’un ne va pas sans l’autre, nous avons lancé un plan très concret et contraignant de lutte contre le changement climatique, qui est en train d’asphyxier notre planète. Ce plan nous place en position de précurseur international. Il nous donne une longueur d’avance dans la mise en place d’une économie sobre en carbone et en pointe dans les écotechnologies. Je suis convaincu que cette double stratégie «d’ouverture offensive» va amener l’Europe au seuil d’une troisième révolution industrielle. Certains voudraient aussi faire croire que la mondialisation est un prétexte pour adopter une attitude fermée et égoïste. C’est faux. Prenons l’exemple du changement climatique. Nous sommes six milliards d’êtres humains à partager une seule et même Terre. S’attaquer au réchauffement planétaire et prendre la tête de ce chantier mondial comme l’a fait l’Europe, c’est faire preuve de responsabilité collective. C’est aussi faire preuve de solidarité et, je tiens à le souligner, de générosité. Solidarité avec les générations futures, mais aussi solidarité et générosité à l’égard des pays en développement, qui n’ont pas les ressources financières et technologiques des pays industrialisés, et que nous voulons aider à maîtriser le changement climatique. Je pense en particulier à l’Afrique, qui a besoin de notre soutien, notamment sous forme de transferts de technologie. Dans le même ordre d’idée, je voudrais dire que les récents accords politiques conclus pour Galileo et pour l’Institut européen de technologie vont faire franchir à l’Europe un pas décisif dans le XXI siècle des technologies, de la recherche et de l’innovation. Je suis très fier de la contribution que la Commission européenne a apportée à ces deux projets phares.

Antonio Torrenzano. Les Pays du Continent asiatique connaissent depuis longtemps une croissance économique continue et sans arrêt. Mais je constate que, en même temps, à la croissance économique il y a aussi une croissance de contradictions entre valeurs (négation des plus élémentaires droits humains par exemple) et intérêts. Quoi pensez-vous à ce sujet?

José Manuel Durão Barroso. Bien sûr, la croissance que connaissent certains pays d’Asie fait rêver. Mais la croissance européenne incorpore une valeur ajoutée inestimable: nos valeurs. Ces valeurs, ce sont celles que nous attachons par exemple à l’éducation, à la formation tout au long de la vie, à la mise au point de nos universités, à la recherche, à l’innovation, à la solidarité, à l’équité, à la protection sociale. Il n’est pas question de renoncer à ces valeurs. C’est précisément en renforçant les capacités d’adaptation de l’Union que nous assurerons le bien-être des citoyens dans tous les États membres. Les libertés du marché intérieur, l’efficacité de notre politique de concurrence et notre politique de cohésion active sont les meilleurs moyens de diffuser la prospérité dans les États et les régions de l’Union, tout en préservant la solidarité, qui est l’essence même de notre projet commun.Je ne nie pas qu’il y ait parfois des contradictions entre valeurs et intérêts. Ces contradictions existent et il faut les surmonter par une dynamique constructive. La Commission européenne joue là un rôle essentiel. Les pays tiers avec lesquels nous négocions, par exemple, essaient parfois d’utiliser les intérêts économiques de certains États membres et de certaines entreprises nationales comme moyens de pression. Mais la Commission européenne n’a pas d’intérêts économiques propres à défendre! Elle défend l’intérêt général européen en jouant son rôle de «gendarme intransigeant» et en appliquant les règles de concurrence. Ces règles sont une arme extraordinaire, non pas pour nous retrancher derrière des barrières protectionnistes, mais bien pour protéger les intérêts de l’Union. La Commission européenne parle au nom de tous. Et je peux vous l’assurer, elle se montre aussi ferme sur les principes du marché intérieur que sur le respect des droits de l’homme dans les Pays tiers.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec M.José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. L’entretien a eu lieu à Parme,le 11 janvier 2008 à l’auditorium Paganini, auprès de la Fondation Collège Européen de l’Université des études de Parme où le Président de la Commission a ouvert la nouvelle année académique 2008 du Collège. La deuxième partie du dialogue sera publiée jeudi 31 janvier 2008.

Antonio Torrenzano. Je voudrais commencer cet entretien par le titre de votre discours ici au Collège européen de Parme. Comment renforcer la construction européenne à l’ère de la mondialisation ?

José Manuel Durão Barroso. Nous sommes tous héritiers et dépositaires de cet esprit européen. Pour moi, si l’Europe est l’Europe, c’est parce que c’est une création qui parle au cœur et vibre par l’esprit. De ce patrimoine, tous les Européens peuvent être très fiers. C’est aussi, à mes yeux, une raison d’avoir foi dans le projet européen. Car il traduit bien l’idée que l’Europe a une âme. Je le dis dans un pays, l’Italie, qui est non seulement fondateur de l’Union européenne, mais aussi un pays qui incarne plus qu’aucun autre toute la richesse de la culture européenne. Un pays qui a toujours apporté sa formidable énergie et sa mobilisation enthousiaste à notre entreprise commune. L’Europe du XXI siècle qui vient de vivre ces événements historiques reste, dans son esprit, celle d’Alcide de Gasperi et des Pères fondateurs. Celle de la paix, de la démocratie, de l’État de droit et du respect des libertés. Elle n’en renie pas les principes d’union économique et de solidarité matérielle. Elle n’en renie pas non plus la volonté d’une union politique à renforcer jour après jour autour des valeurs européennes d’ouverture, de tolérance et de respect des diversités, qui forment son ciment. Mais l’Europe du XXI siècle ne peut pas devenir le musée figé d’une époque, qui s’est heureusement achevée, où elle a conquis de haute lutte sa liberté et son union contre les guerres fratricides, les dictatures et les murs de Berlin. Notre cinquantième anniversaire a célébré le miracle européen: une vision politique sans équivalent, des conquêtes de paix et de démocratie irréversibles et la réunion d’une famille qui avait été si longtemps déchirée. L’Europe du XXI siècle doit regarder les défis de son temps présent . Les défis de son temps, ce sont la mondialisation, son échelle inégalée, son rythme vertigineux, ses bouleversements et ses réalités inédites. Regardons les choses telles qu’elles sont: le monde n’a plus de centre. Le centre du monde, c’est le monde lui-même. La mesure de la puissance maximale, aujourd’hui, c’est celle d’une deuxième place! Alors allons-nous continuer à penser l’Europe et le monde avec les outils du XX siècle ? Non, bien sûr. Mais il ne faut pas s’y tromper: la réalité qui émerge est celle d’un ordre mondial sans hégémonie. Un ordre mondial qui, à regarder l’évolution de la Chine, de la Russie ou de l’Inde, pour ne citer que quelques exemples, annonce le retour en vigueur de la géopolitique.Dans cet ordre en gestation, L’Europe n’a pas vocation à imposer son modèle. Mais sans doute le modèle européen a-t-il des pistes de réflexion à proposer au monde. Je crois que de plus en plus, l’Europe sera perçue comme un laboratoire de l’avenir. C’est-à-dire un modèle de rapports de confiance et de partenariat durable entre les peuples qui peut se substituer à un rapport de concurrence dans la gestion des affaires communes du monde et servir de principe de gouvernance à l’échelle de la communauté internationale. L’Europe est mieux placée que d’autres régions du monde pour réussir. Et pour le monde d’aujourd’hui et de demain, elle est plus nécessaire que jamais.

Antonio Torrenzano. Dans votre discours au Collège européen de Parme, vous avez cité Robert Schuman qui affirmait :«L’Europe devra cesser d’être un assemblage géographique d’États, trop souvent opposés les uns aux autres, pour devenir une communauté de nations distinctes, mais associées dans un même effort défensif et constructif. Le plein épanouissement de l’humanité se fera au travers de la pluralité des civilisations, qui seront poussées à se tourner les unes vers les autres, et notamment vers le continent africain.» Je vous demande, alors, comment dépasser le simple assemblage d’États, trop souvent opposés les uns à aux autres?

José Manuel Durão Barroso. Ce travail d’union et d’ouverture au monde reste d’une incroyable actualité cinquante ans plus tard, à l’ère de la mondialisation.Je suis convaincu que l’Europe doit utiliser la mondialisation comme un moteur pour renforcer la construction européenne. Pour deux raisons, interne et externe. Parce que la construction européenne, c’est-à-dire l’union, est LA réponse politique qui va dans le sens de l’intérêt commun des peuples et des États européens. Et parce que la construction européenne est la contribution de notre continent à un ordre mondial plus juste. L’Europe politique que nous voulons renforcer, l’Europe forte que nous voulons bâtir dans la mondialisation, nous la construisons par l’approche payante que nous suivons à la Commission européenne: l’Europe des résultats, l’Europe des citoyens. L’Europe a toujours été et reste un rêve lucide, c’est-à-dire une création qui conjugue la vision et le pragmatisme. Il n’y a pas de contradiction entre le grand dessein et les avancées concrètes. C’est même le mode de fonctionnement naturel de l’Union européenne depuis le premier jour. Qui pourrait nier que cette méthode nous a réussi ? L’Europe des résultats, je l’ai dit, n’est pas une alternative à la grande vision européenne. Encore moins une échappatoire. C’est une véritable stratégie qui fait jouer la valeur ajoutée européenne au profit d’avantages réels offerts aux citoyens européens.Cette stratégie porte ses fruits. Elle a d’ores et déjà permis à l’Union de sortir de l’impasse institutionnelle dans laquelle elle se trouvait depuis un certain temps. En espérant que la ratification du nouveau Traité aura lieu dans tous les États membres, nous pouvons dire que la signature du traité de Lisbonne témoigne de la détermination de l’Europe à se donner une capacité d’agir à la hauteur des enjeux du monde d’aujourd’hui. Ce Traité va nous donner davantage de moyens pour armer l’Europe dans la mondialisation et lui permettre d’imprimer sa marque. Mais il y a des conditions à réunir. Pour réussir, il faut une Europe à 27 unie, en accord avec ses valeurs, qui prenne l’initiative. Une Europe pionnière. Une Europe audacieuse. Une Europe dynamique. Bref, une Europe qui exerce un leadership. Car il ne suffit pas d’avoir la capacité d’agir, il faut surtout la volonté d’agir.

 

Antonio Torrenzano