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Conversation avec Jean-Claude Kaufmann, sociologue, directeur de recherche au CNRS de l’université Paris V-Sorbonne, enseignant. Il a notamment travaillé sur des thématiques telles que la construction du couple et de la famille, les attentes des hommes et des femmes en matière de vie conjugale et d’amour, ainsi que sur la vie à deux. Auteur de nombreux essais dont «La trame conjugale.», Paris,1992; «Corps de femmes, regards d’hommes.» Paris, 1995; «Le coeur à l’ouvrage.», Nathan, 1997; «La femme seule et le prince charmant.», Paris, 1999 . Essais publiés par la maison d’édition Nathan. En 2008, le sociologue a publié une édition réactualisée de « La femme seule et le prince charmant », aux éditions Armand Colin. Le dialogue a eu lieu à Paris près du siège de l’Université.

Antonio Torrenzano. Topless, look nu, monokini, le sujet a passionné, il a fait scandale, il a scandé l’air du temps de la société occidentale dans les derniers quarante ans. Depuis les premiers topless, il y a quarante ans à Saint-Tropez ou aux soutiens-gorge féministes brûlés à Berkeley aux États-Unis, anthropologues et sociologues se sont toujours interrogés sur l’évolution de l’image du sein nu et ses représentations à la plage. Avant d’écrire votre essai “Corps de femmes,regards d’hommes. Sociologie des seins nus”, avec votre équipe vous avez trimé sur les plages de la Bretagne et de la Normandie, de Saint-Malo à Lorient, pour interviewer 300 personnes (femmes et hommes) et vérifier sur le terrain les comportements contemporains et voire quoi il y a derrière le geste de se libérer du soutien-gorge à la plage. Mais, qu’est-ce qu’il arrive aujourd’hui ?

Jean-Claude Kaufmann. Aujourd’hui, il reste encore la magie des seins nus. Un détail dont il a la grâce et la force de raconter le difficile équilibre entre liberté et règles sociales. Non plus à la plage, nous faisons ce qu’il nous semble. Chaque fois que je demandais aux interviewés si toutes les femmes peuvent rester en topless, la réponse la plus classique était: chacun fait ce qu’il veut, mais… ? Tout le monde, ils étaient satisfaits d’affirmer un principe de liberté, mais ils entendaient le devoir d’ajouter toujours quelque chose, peut-être à voix basse : certainement une femme âgée, s’il veut le faire il nous manquerait, mais il serait vraiment une horreur . Ils disaient le contraire de ce qu’exactement ils auraient voulu. Alors, je harcelais dans mes questions, et la réponse immanquable c’était celle des beaux seins normaux dont il était permis la maxime exposition .

Antonio Torrenzano. Pourquoi seulement aux beaux seins est-elle permise l’exposition ?

Jean-Claude Kaufmann. Selon les interviewés, de beaux seins sont ceux des jeunes filles : plutôt petit, dur, bien attaché au thorax. Il y a puis, la catégorie du trop beau: qu’il a un certain avantage, mais qu’à la plage il a moins de libertés de mouvement. Pourquoi seulement aux beaux seins ? Parce qu’ils attirent le regard, seulement pour celui-ci. Ce sont les regards des autres à déterminer les règles du jeu. Prenons-nous, par exemple, les hommes : même s’il ne semble pas, ils observent de manière précise. Avec des yeux pas particulièrement expressifs, qui ne démontrent pas d’intérêt, mais qu’ils coulent rapidement sur le paysage féminin de la plage de manière attentive. De plus, une femme se dénude sans problème quand elle se sent rassurée par le positif lien entre visions et sensations. Pour montrer ses seins, une femme doit se sentir à l’aise. Celles qui le font, en ligne générale, elles ont toujours avant vérifié s’il y a d’autres femmes semblables ou, si à côté, il y a de sujets rassurants. Par exemple d’individus pas envahissants.

Antonio Torrenzano. Mais à la plage, les femmes veulent-elles être regardées ou ignorées par les hommes ? Encore, le beau sein, comme vous l’avez défini, il est regardé aussi par des femmes ?

Jean-Claude Kaufmann. Les femmes désirent être regardées, mais de loin et par une manière anonyme. La plage est un endroit où le corps est au centre des pensées. Je peux, ensuite affirmer, qu’à la plage il y a le désir d’être soi-même, de jouir de la caresse du soleil, du vent, du sel sur la peau et… de l’admiration des hommes. Aussi les femmes regardent les beaux seins, bien sur !! À ce sujet, j’aurais pu écrire un autre essai de sociologie. Celles-ci se divisent en deux catégories. Celles qui apprécient la topless des autres femmes comme une espèce de regard au miroir ou comme comparaison du propre corps. Et les sévères ou celles qui sont agressives et qui voient laideurs partout et qui condamnent parce que l’envie les dévore.

Antonio Torrenzano. À la plage, il y a plus ou moins topless qu’il y a dix ans ? Quel rôle a joué la publicité dans ce changement et la chirurgie plastique?

Jean-Claude Kaufmann. Légèrement moins pour plusieurs de raisons. Il y a plus d’anxiétés pour les risques de maladies produites par le soleil, puis aussi le bronzage qui n’est plus ainsi obligatoire. Mais le phénomène de la topless reste un choix qu’il exprime le désir d’être libres et de communiquer cette liberté. Attention, toutefois : le sens de la pudeur reste toujours présent. Il est seulement devenu plus personnel, hermétique, peut-être esthétique. Il ne faut pas exagérer le rôle de la publicité. Elle amplifie et accélère un processus qui avait vocation à se développer. Mais quand un processus ne peut pas se développer, ce n’est pas la publicité qui peut l’amplifier. Le sein refait par la chirurgie plastique ne correspond pas aux canons de beauté demandée à la plage. Le sein refait par la chirurgie est souvent volumineux, excessif. Une femme avec un tel sein ne peut pas enlever son maillot de bain. Le risque serait d’apparaître une exhibitionniste.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Domenico De Masi, sociologue, professeur de sociologie du travail à l’université de Rome-la Sapienza, auteur de nombreux essais traduits en plusieurs langues étrangères, il dirige auprès de la maison d’édition Franco Angeli de Milan des recherches et études sur le marché du travail. Le dialogue avec le sociologue a eu lieu à Naples.

Antonio Torrenzano.Pourquoi, selon vous, sans lenteur l’imagination il s’éteint?

Domenico De Masi. Sans lenteur l’imagination il s’éteint et le bien-être se dissipe. La qualité de la vie est entrée en collision dans la vie privée et dans le travail de tout le monde à cause de la vitesse. Le bonheur, affirmait Wolfgang Amadeus Mozart, est seulement l’imagination. Bien que l’homme soit un des animaux plus lents de toute la création, la gaucherie de son corps a été toujours rémunérée par la vitesse de son imagination. Mais ici, il bondit le paradoxe : nous réussissons à être assouvis avec l’imagination seulement si elle est alimentée à travers la réflexion et le calme. Pour avoir une douce vie il faut imaginer, pour imaginer il sert de réfléchir, pour réfléchir il faut se donner le faste de la pause, c’est-à-dire d’aller doucement. L’imagination est une voiture rapide qui, pour courir, a besoin de l’étrange carburant que c’est la lenteur.

Antonio Torrenzano. Une ressource précieuse la lenteur ! Mais depuis de siècles, l’homme a préféré la considérer comme un handicap autant que la faim, la misère, la maladie, la solitude.

Domenico De Masi. L’homme contemporain, pour mieux dire la société industrielle, il s’est concentré sur la vitesse et sur la technologie en réalisant un progrès sans précédent. Pour se déplacer plus vite avec les voitures, pour produire de plus en plus plus rapidement, pour prendre dans deux minutes un repas chez McDonald’s, pour fixer plusieurs rendez-vous dans la même journée jusqu’à vivre dans la continue anxiété d’arriver en retard. On peut dire, comme l’écrivain italien Ennio Flaiano affirmait, que dans des heures de pointe il est devenu impossible aussi l’adultère. Aussi le monde des enfants a pris les mêmes rythmes infernaux des adultes. Les petits, ils sont soumis désormais à une girandole précoce d’engagements minutieux : après l’école la piscine, l’activité sportive, le cinéma, la danse et tous les cours les plus absurdes. La quantité finit pour prévaloir sur la qualité, la pratique sur l’esthétique, la vie collective sur la privée, la rationalité sur l’émotivité.

Antonio Torrenzano. Le bon vivre est-il entré en collision avec la frénésie de la vie présente? Où est passée la lenteur ?

Domenico De Masi. Dans la société post-industrielle, les biens économiques sont produits désormais mécaniquement et à l’individu , il appartient de réaliser surtout des idées. La créativité a enfin sauté à la première place et l’exigence de réfléchir avec lenteur est devenue presque une obligation. Pour la première fois dans l’évolution historique de l’humanité, la vitesse du corps est accrue par internet ou par tous les moyens de transport, celle de l’esprit est freinée par le besoin de réflexion. Sans lenteur, l’imagination il s’éteint et l’homme devra expérimenter ce nouvel équilibre.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Derrick De Kerckhove. Le professeur dirige le programme McLuhan en culture et en technologie et il est professeur au département d’Études françaises de l’Université de Toronto. Parallèlement à ses études, il a collaboré avec le Centre pour la culture et la technologie (1972-1980) où il fût un collaborateur de McLuhan. Il organise des ateliers sur la connectivité de l’intelligence dans lesquels il propose une nouvelle façon de réfléchir en utilisant les technologies de l’information. La conversation avec le professeur Derrick De Kerckhove a eu lieu dans la ville de Reggio Emilia en Italie.

Antonio Torrenzano. L’avenir comme sera-t-il ?

Derrick De Kerckhove. Nous sommes dans une phase sociale de transition nécessaire inhérente la mondialisation de l’humanité entendue du point de vue social plus qu’économique. Transition, je crois, indispensable pour rendre la planète un lieu partagé. La technologie nous offre aujourd’hui la possibilité de repenser le monde et les procès en cours de manière critique et favorable. Le web 2.0 comme architecture sociale nous offre la possibilité d’affronter cette évolution historique de manière constructive et pas défensive. Les grandes évolutions sociales sont toujours arrivées pour implosion ou pour explosion. Aujourd’hui, nous vivons une implosion électronique. Quel type de politique avons-nous besoin pour un monde comme celui-ci ? Un pouvoir local exécutif rigide, cependant géré avec de règles émané par un pouvoir central. L’Europe, dans cette circonstance, elle est déjà un bon exemple de tout ceci.

Antonio Torrenzano. Pour les philosophes grecs, la place idéale était l’agora. Aujourd’hui ?

Derrick De Kerckhove. Aujourd’hui les carnets virtuels (les blogs) sont l’agora électronique dans lequel tout le monde se rencontre en restant assis. Le blog génération est une génération sans peur sociale, politique, professionnelle. Dans ce moment historique, nous avons un besoin nécessaire de ces individus pour dépasser la tendance à la stagnation des générations passées.

Antonio Torrenzano. La génération numérique que vous appelez «digital natives» ?

Derrick De Kerckhove. La génération numérique est celle qui a le même âge d’internet, née avec le Réseau net comme aujourd’hui nous le connaissons. Les digital natives sont des individus ouverts. Ils appartiennent à la phase historique des communautés des networks sociaux, ils mettent leur expérience gratuitement au service de tous par leurs blogs, myspace, facebook, ning. Ils ont un sens inné du web 2.0, ils n’ont pas problèmes avec la technologie et ils utilisent indistinctement et de manière convergente tous les outils multimédias. Il y a cependant un danger:leur tracement pour le monde de la commercialisation, pour le marketing des entreprises, pour la publicité, pour la politique.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Marc Augé, anthropologue, écrivain, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, dont il a été le président de 1985 à 1995. Auteur notamment de «Non-lieux», Marc Augé a écrit nombreux essais sur la modernité publiés en différentes langues étrangères et plusieurs conversations sur l’anthropologie et la modernité. Comme auteur, il vient de publier son dernier essai «Où est passé l’avenir ?», par l’édition du Panama de Paris. L’entretien sur les prospectives et les incertitudes de l’Europe a été développé dans la ville de Reggio Émilia et pendant le «festival della filosofia » à Modène, en Italie.

Antonio Torrenzano. L’Europe des échanges de toutes sortes a toujours existé. Alors,quel est-il son problème d’aujourd’hui ?

Marc Augé. L’Europe des idées, des arts, des échanges de toutes sortes a toujours existé. Son problème aujourd’hui, alors même qu’elle existe institutionnellement, c’est qu’elle a du mal à définir un projet qui lui permettrait de se reconnaitre et de se rassembler. Son contour, de ce fait, reste un peu flou, un peu «tremblé». De ce point de vue, elle a deux types de problèmes: elle a du mal à intégrer des noyaux durs d’identité locale ou nationale et, d’un autre côté, elle ne sait pas où s’arrêtent ses frontières, la logique de la construction européenne sans fin risquant de se confondre avec celle de la «globalisation». J’aimerais insister sur deux points: ce n’est pas le passé qui fait problème en Europe. Les nouvelles générations effectuent ce passage de la mémoire à l’histoire qui libère l’avenir . Mais, c’est cet avenir lui-même qui semble manquer de contenu. Le second point, c’est une question de perspective. L’Europe existe davantage aux yeux des Américains et des Asiatiques qu’aux yeux des Européeens eux-mêmes. Ceux-ci devraient se demander ce que les autres voient d’abord dans l’Europe quand ils en parlent. Ils y voient, me semble-t-il, distinctes, mais associées, au moins trois puissances: une puissance économique, une puissance culturelle et une puissance démocratique. Sans doute n’y voient-ils pas encore une puissance politique du fait des problèmes de représentations de notre continent.

Antonio Torrenzano.Est-ce que ces trois dimensions sont suffisantes pour faire exister l’Europe aux yeux des Européens eux-mêmes ?

Marc Augé. Je ne le crois pas. Paradoxalement, il n’est pas certain que cette conscience européenne n’ait pas été plus forte à l’époque où le système social de l’Europe occidentale la distinguait aussi bien du bloc communiste que du libéralisme économique américain. Ce système social connait aujourd’hui des difficultés : il me paraît essentiel de le sauver pour sauver l’Europe. Celle-ci en outre ne devrait pas oublier sa propre histoire et ses responsabilités passées. L’Europe devrait rétablir et consolider, en tant que telle, avec la Méditerranée, l’Afrique et notamment l’Amérique latine, des relations repensées à partir d’une volonté politique commune.Enfin, une politique linguistique systématique pourrait être élaborée, qui nous distinguerait aussi bien des pays où l’on ne parle que sa propre langue que de ceux où l’anglais est considéré comme la seule langue véhiculaire. Il n’est pas impensable d’apprendre deux langues européennes supplémentaires aux petits Européens de chaque pays et, à partir de là, de faire de l’Europe le continent le plus «cultivé» du monde.

Antonio Torrenzano. Existe-t-il de nouvelles directions?

Marc Augé. C’est dans cette direction, celle d’une triple utopie sociale, politique et culturelle, que je vois dessiner une Europe possible, où de jeunes gens pourraient avoir envie de se reconnaître ! Si l’actuelle priorité économique et monétaire ( dont je ne méconnais pas les raisons) se présente comme exclusive et alignée sur les phénomènes de globalisation, aux yeux des futurs éventuels Européens, d’une manière ou d’une autre, à plus ou moins long terme, le beau projet européen sombrera.

Antonio Torrenzano.

 

Principales publications de Marc Augé.

Marc Augé, «Où se passé l’avenir», Paris, éditions du Panama, 2008.

Marc Augé, «Le Métier d’anthropologue:sens et liberté.», Paris, éd.Galilée, 2006.

Marc Augé, «Pourquoi vivons-nous ?», Paris, éd. Fayard,2003.

Marc Augé, «Les formes de l’oubli.», Paris, éd.Rivages, 2001.

«La Grèce pour penser l’Avenir», Marc Auge, Cornélius Castoriadis, Marie Daraki, Philippe Descola, Claude Mosse, André Motte, Marie-Henriette Quet, Gilbert Romeyer-Dherbey, avec une introduction de Jean-Pierre Vernant. Paris, l’Harmattan France, collection l’Homme et la Société, 2000.

Marc Augé, «Pour une anthropologie des mondes contemporains», Paris, éd. Flammarions,1999.

Marc Augé/Antonio Torrenzano, «Dialogo di fine Millennio. Tra antropologia e modernità», Turin, l’Harmattan Italie, 1997.

Marc Augé, «Symbole, fonction, histoire. Les interrogations de l’anthropologie», Paris, éd. Hachette , 1979.

Marc Augé, «Pouvoirs de vie, pouvoirs de mort. Introduction à une anthropologie de la répression», Paris, éd. Flammarion, 1977.

 

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Conversation avec Pascal Lamy, économiste, ancien commissaire européen au commerce, aujourd’hui directeur général auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le dialogue a eu lieu à Rome pendant le sommet alimentaire organisé par la FAO-ONU, au mois de juin 2008.

Antonio Torrenzano. Comment parvenir à une maîtrise de la mondialisation ? Selon vous, la construction européenne peut-elle être un facteur de cette maîtrise ou un modèle pour une gouvernance mondiale ?

Pascal Lamy. Ces deux questions sont aujourd’hui au coeur du débat public. L’Union européenne est, dans son projet même, au coeur de la mondialisation. Aux yeux des pères fondateurs, l’Europe – comme Jean Monnet affirmait – devait être un pas vers l’organisation du monde de demain. L’origine même de l’UE se trouve dans les grandes utopies du dix-neuvième siècle et dans les deux grands traumatismes que furent les conflits mondiaux. Aussi l’UE est-elle aujourd’hui le seul prototype disponible et pertinent de gouvernance non nationale. Les Européens ont su établir des règles communes selon le principe qu’aucune règle collective ne doit abaisser les plus hautes de celles dont dispose chaque État, afin que personne n’ait à renoncer à un acquis fondamental surtout en matière sociale. L’Europe est dans ce domaine une référence. Dès le départ, l’Europe s’est dotée d’un capital institutionnel formidable qui prenait en compte les problèmes de gouvernance. Dès les institutions de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) et jusqu’aux derniers traités, se sont mises en place des institutions multiples aux rôles établis. J’aimerais bien encore rappeler Jean Monnet qu’a l’origine de l’Europe, il a opté pour l’efficience aux dépens de la légitimité.

Antonio Torrenzano. Comment l’Europe peut-elle agir en face à mondialisation ? Pourra-t-elle être porteuse d’un nouveau mode de gouvernance dans la communauté internationale ?

Pascal Lamy. Pour passer à l’action, il est nécessaire de fabriquer une clé politique. L’Europe devra concentrer l’action sur la compensation des effets d’iniquités et sur la gestion politique collective du système grâce à des leviers démocratiques. L’objectif est de rééquilibrer le système par le biais d’une gestion démocratique. Dans ce contexte, l’Europe est porteuse de valeurs distinctes, relatives à la prise en compte de la nécessite sociale ou de la diversité culturelle. Avec la mondialisation, un certain nombre d’éléments nouveaux, notamment la soutenabilité environnementale, économique et sociale, il oblige tout le monde à réponses contre les instabilités, les risques de crises ou de crises systémiques. La notion de gouvernance semble être ici appropriée, car elle renvoie à un mode démocratique autre que le gouvernement au sens classique du mot. En effet, par rapport à ces nouveaux problèmes globaux, le gouvernement traditionnel tel qu’il fut pensé par Montesquieu n’est plus approprié. Il existe aujourd’hui une discordance entre une économie mondiale et un mode de gouvernement local. Aussi, les formes institutionnelles héritées du dix-huitième siècle demeurent pertinentes quant à leur légitimité, mais elles se réduisent à l’espace national et, de ce fait, ne sont pas efficaces par rapport à des problèmes globaux. Cette perte d’efficacité peut in fine atteindre la légitimité des États, car ces derniers ont beau mettre en place des règles de droit, les respecter et être légitimes. S’ils ne parviennent pas à régler un certain nombre de problèmes, leur légitimité ne reste que conventionnelle. Aussi assiste-t-on aujourd’hui à un renversement des rapports entre États et individus :ceux-là sont contraints de plus en plus fréquemment de montrer à ceux-ci leurs résultats, de leur rendre des comptes pour des raisons de consumérisme politique. Les États doivent ainsi prouver qu’ils font partie de la solution plutôt que du problème. Faut-il chercher une voie dans des dispositifs de gouvernance autres que ceux pensés par Montesquieu: l’autorégulation, la corégulation, l’influence du citoyen par des moyens autres que le pouvoir parlementaire comme l’interpellation directe par la société civile. Or, il n’existe pas à l’heure actuelle de dispositif unique de gouvernance. Les institutions économiques internationales héritées de Bretton Woods (le FMI, la Banque Mondiale) et, à partir du 1995 l’Organisation mondiale du commerce, elles ont une certaine efficacité, mais une légitimité, certaines fois, contestées.

A.T. Mais, si le modèle européen répond à l’exigence d’efficience, il n’a pas surmonté le problème de sa légitimité.Il ne me semble plus possible d’exercer ce type de gouvernance par “default” sans savoir au nom de quoi, dans quel sens et pourquoi.

Pascal Lamy. Cette disproportion entre les résultats en terme d’efficience et de légitimité est un problème lancinant des modes de gouvernance. Pour l’UE, cette dichotomie a sans doute contribué à freiner la composition d’un espace démocratique pertinent, d’un demos européen. L’Europe doit désormais clarifier son action afin de permettre aux citoyens d’identifier ce qu’elle fait.

Antonio Torrenzano.

 

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Dialogue avec Alain Touraine, sociologue, écrivain, professeur, directeur d’études à l’École des Hautes Études en sciences sociales de Paris. Alain Touraine est docteur honoris causa des Universités de Cochabamba (1984), Genève (1988), Montréal (1990), Louvain-la-Neuve (1992), La Paz (1995), Bologne (1995), Mexico (1996), Santiago (1996), Québec (1997), Córdoba (Argentine, 2000). Auteur des nombreux essais traduits dans plusieurs langues diplomatiques, il vient de publier «Penser autrement» (éditions Fayard, 2007) et «Si la gauche veut des idées» avec Ségolène Royal aux éditions Grasset. Le dialogue a eu lieu à Rome pendant deux séminaires organisés par le Ministere italien de l’éducation nationale.

Antonio Torrenzano. J’aimerais commencer cette nouvelle conversation avec vous, après notre rencontre de Milan, par une question historique :qu’ est-ce que l’Europe pour vous et le rôle contemporain de l’Union Européenne dans votre analyse ?

Alain Touraine. L’Europe existe, mais pas comme elle devrait exister, si bien qu’elle n’est pas vraiment existante. Elle est partiellement existante. Vous pouvez imaginer un plan de ville, mais sans ville. C’est pour ça que je vous dirais: c’est une forme l’Europe, c’est une idée, c’est une logique, mais ce n’est pas encore une réalité vécue. À présent, je pense que nous sommes dans une période de recul que d’avancée et que la réalité de l’Europe ne correspond pas à ce qu’il faudrait qu’elle soit pour être vraiment vivante. L’ancien désir de la construction européenne jusqu’à présent il n’a pas devenu vraiment une réalité. Il y a une organisation internationale qui développe plusieurs actions économiques ou juridiques; comme le Parlement européen qui passe la moitié de son temps à conjuguer toutes les lois nationales en accord avec les directives de Bruxelles. Ou encore, l’Euro, la suppression des frontières ou les actions sur la PAC. Dans ce sens-là, l’Europe existe indiscutablement, mais seulement dans le cadre d’activités économiques. Puisque la question que vous m’avez posée, elle est un peu embarrassante, je vais vous donner une réponse plus précise. Je crois que l’Europe est à présent déjà un État. Mais, je ne crois pas que l’Europe deviendra une nation ou un État-nation. L’Europe est encore moins une patrie ou un heimat en utilisant un mot allemand. Je vous fais un exemple: si je vais de Buenos Aires à Monterrey (où il y a, je ne sais combien de kilomètres), je suis dans un monde hispanique. Si je vais de Boston à Los Angeles, je suis dans un monde anglophone. La beauté de l’Europe, c’est que vous changez de langue, de culture, de vêtements, de cuisine tous cinquante ou deux cents kilomètres. Par conséquent, de ce point de vue, il n’y a pas d’Europe. L’Europe, c’est une série de petites îles porteuses de culture, c’est un archipel où il y a beaucoup d’échanges entre les cultures et les civilisations. La richesse de l’Europe vient de son histoire, car elle n’a jamais été unifiée. Il y a eu le monde byzantin, le monde romain, il y a eu le monde protestant, le monde catholique, il y a eu le monde laïc, le monde semi-religieux. Personne n’a eu le pouvoir absolu et, tout ça, c’est quelque chose de très favorable . L’Europe est la diversité.

Antonio Torrenzano. Alors quel sens donner à l’Europe .

Alain Touraine. Je vais malgré tout donner un sens à l’Europe. Si je prends le modèle européen central, je crois qu’il y a eu un modèle. L’Europe a créé le premier grand modèle de modernisation qui lui a permis de dominer le monde pendant quatre ou cinq cents ans. C’est-à-dire, l’Europe a polarisé; elle a mis toutes ses richesses, toutes ses connaissances, toutes ses images morales d’un côté et les autres ont été définis par leur diversité. Le modèle européen est une énorme concentration de force, mais en même temps des tensions à la limite de l’éclatement. Donc concentration, mais aussi révolution, c’est à dire rejet. Toute l’histoire de l’Europe s’est déroulée dans cette manière. Elle a d’abord créé la monarchie absolue moderne, et ensuite un capitalisme très concentré, ou encore par la suite, l’intervention de l’État et la création du welfare state. L’histoire de l’Europe, car il y a une histoire, c’est d’abord le formidable développement: la première, la deuxième révolution industrielle menées par l’Angleterre, l’Hollande, la France. Ce sont les révoltes du peuple contre le roi, de la nation contre le roi, de la République contre le roi. Encore, c’est le soulèvement du monde du travail et de la classe ouvrière contre l’élite capitaliste. C’est la libération des peuples colonisés pour continuer et, enfin, la libération des femmes. Ça, c’est l’histoire européenne. Et puis quand tout ça est fini, il ne reste plus rien. Il reste aujourd’hui le monde de la marchandise, qui est le monde de l’Europe à présent, c’est-à-dire un monde complètement plat et qui n’a aucune capacité dynamique.

Antonio Torrenzano. Selon vous, y a-t-il la possibilité d’avancer dans le modèle européen ?

Alain Touraine. Je crois que oui, mais l’Histoire est un modèle dynamique, pas du tout un modèle de reproduction,pas du tout un modèle holiste, le contraire d’un modèle communautaire. Je crois à l’historicité et l’historicité européenne a été la concentration des forces qui ont fait bouger le monde. Je pense, en revanche, que tous les chefs politiques européens ont oublié cette historicité du continent. Toutes les études faites par les philosophes politiques montrent la profondeur des différences qui sont vraiment énormes. Prenons par exemple le débat contemporain sur la laïcité: ce mot n’existe pas en langue anglaise. Pour les Français, le mélange de laïcité, de sécularisation et de morale religieuse qu’on trouve aux États-Unis ou en Angleterre ou dans les pays luthériens, il est une chose très difficile à concevoir. Et pour eux, au contraire, l’idée d’une séparation du politique et du religieux est une chose très difficile à percevoir. Il y a encore des choses très élémentaires sur lesquelles réfléchir : le résultat du passage de 6, à 9, à 15 puis à 25 États membres de l’UE. C’est passage reste encore compliqué et pas harmonisé . Il faut s’efforcer de trouver des mesures qui ne s’enferment pas dans la solution un pays/un commissaire ou sur la règle d’unanimité. Il faut trouver une flexibilité, une autonomie des institutions européennes, une capacité d’action autonome différente par rapport aux pays membres. Encore, l’Europe n’a pas une politique mondiale claire; l’Europe ne joue aucun rôle dans le monde. Nous ne sommes pas été capable de jouer un rôle dans l’ex-Yougoslavie ou encore au Moyen-Orient. Pour le Kosovo, je ne me prononce pas parce que c’est encore très tôt, tandis que j’attends l’élaboration d’une politique européenne par rapport au monde islamique. Une politique qui n’est pas la même des États-Unis, puisque pour les États-Unis c’est la confrontation. Chez nous, il devra être la recherche de combinaisons entre notre modernité et point de vue différents parce que pour vivre ensemble, il signifie combiner les différences. En France, on emploie le mot citoyenneté que, je trouve, un mot riche dans sa signification du statut politique, institutionnel et des différences culturelles vers chaque individu.

Antonio Torrenzano. Mais comment faire? Parce que dans vos analyses,je pense à votre essai sur la «Critique de la modernité», vous avez toujours distingué les voies de modernisation et la modernité.

Alain Touraine. La question est: comment peut-on combiner les éléments pour vivre ensemble? Dans mes analyses, je distingue les voies de modernisation et la modernité. Nous pouvons vivre avec des chemins de modernisation différents, si nous avons en commun, comme point de repère, la modernité. Mon problème a été de réduire ce noyau central le plus possible. Je l’ai réduit à deux éléments et je dis que nous pouvons vivre ensemble avec des gens qui acceptent la modernité dans ses deux éléments fondamentaux: la pensée rationnelle, les droits de l’individu. Le problème c’est de ne pas confondre la modernité avec un modèle de modernisation. L’Europe a un besoin vital de reprendre et réinventer un nouveau type de relation avec le bassin méditerranéen et le monde islamique.

Antonio Torrenzano.

 

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Il y a quelque jour, je discutais avec des étudiants non européens auprès de la siège de l’université Jonhs Hopkins à Bologne sur l’avenir de l’Europe et de son organisation internationale régionale. De l’extérieur, un citoyen d’un pays tiers, il ne comprend pas comme l’espace commun européen, que depuis un demi-siècle il s’efforce à s’unifier en continuant à s’élargir toujours plus, il puisse être du point de vue de l’international seulement l’ombre de soi-même. Une sensation paradoxale, celle des États membres de l’UE qu’ils se montrent incapables d’adopter de positions communes, de ne pas avoir visions claires sur leur avenir, de ne pas avoir propres stratégies et possibles visions afin de faire devenir leur futur une réalité. Pourtant, de ma discussion informelle avec les étudiants, il émergeait tout ceci.

Sans cartes ni instruments de navigation, comment voyager dans l‘espace virtuel du futur ? Comment découvrir le XXIe siècle? Pôle de tous les rêves et de tous les cauchemars, de toutes les peurs et tous les espoirs, l’avenir européen apparaît de plus en plus incertain et illisible. Les questions générales sont toujours les mêmes : l’Europe veut-elle être seulement un supplément, un appendice de cette globalisation ? L’Europe, saura-t-elle devenir un nouveau lieu dont la mondialisation pourra être repensée en termes différents et avec de nouvelles solutions ? Plus que jamais, il faut nous doter de clés si nous voulons entrer pour de bon dans le nouveau siècle déjà commencé.

Pour chaque citoyen européen, les relations de l’Europe avec le reste de la communauté internationale ne sont pas de simples problèmes de politique étrangère, mais de réflexions du propre sens d’Être à l’intérieur d’un tout. L’altérité, le sens de communauté, le caractère d’unité plurielle ils sont gravés dans l’ADN historique de chaque Européen. Retrouver ce patrimoine universel est donc nécessaire afin d’être de nouveau une possible clé pour recomposer le puzzle international de la planète fragmenté par la guerre, par la violence, par la faim, par la pauvreté, par la négation de droits de l’homme. Le problème dépasse les simples considérations de notre dimension politique, économique,sociale présente.

Encore, à l’intérieur des frontières de l’Europe, un mouvement de citoyens demande à l’UE et à ses institutions, une participation politique plus directe, plus sociale, plus partagée, moins institutionnelle. Ils demandent de changements sur la prise de décisions encore gérées selon les anciennes dynamiques de l’État-nation. Dynamiques désormais trop éloignés de la démocratie participative, devenue réelle dans tous les États membres, mais dont la classe politique de chaque État membre refuse de la voir, de l’analyser, de la gérer, de se confronter, de la reconnaître. Une nouveauté importante à l’intérieur du continent européen, pas encore bien interprétée par la classe dirigeante européenne, que Pierre Ronsavallon, dans son essai «La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance» (éditions Seuil, 2007) et Giovanni Sartori dans sa publication «Trenta lezioni sulla democrazia» (éditions Mondadori,2008), ils ont bien illustré. Toujours à ce propos, après le no Irlandais au traité de Lisbonne, il résulte bien plus que contemporaine la conversation avec le sociologue Alain de Vulpian, publiée dans ce carnet virtuel au mois de janvier 2007.

Peut-on continuer d’oublier notre ancien projet universel ? Peut-on continuer d’oublier notre multiplicité des héritages qui s’enrichissent de leurs histoires entrelacées sans les mettre elles au service de la planète au XXI siècle? Où sont passées nos valeurs? Notre idée de démocratie, l’importance que nous donnons aux droits de l’homme, notre idée de développement sont-elles encore là ? Repartir par nos valeurs pourrait être un moyen pour racheter une authentique crédibilité internationale et donner de la certitude à nombreux pays tiers que de l’Europe ils s’attendent encore beaucoup.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Eric Hobsbawm, historien, écrivain, professeur au Birkbeck College de l’université de Londres et membre de la British Academy. Auteur de nombreux essais, traduit dans plusieurs langues européennes, dont «The Age of extremes. The short Twentieth Century, 1914-1991», London, 1994; «L’historien engagé», Paris, édition de l’Aube, 2000; «Les Enjeux du XXe siècle», entretien avec Antonio Polito, Paris, édition de l’Aube, 2000; «L’Optimisme de la volonté», Paris, éditions le bord de l’eau, 2003; «Aux armes, historiens. Deux siècles d’histoire de la Révolution française», postface inédite de l’auteur, traduit de l’anglais par Julien Louvrier, Paris, éditions la Découverte,2007. Le dialogue a eu lieu à Rome .

Antonio Torrenzano. Quels sont-ils les analyses anglaises sur la méditerranée comme réalité géopolitique ?

Éric Hobsbawm. La méditerranée n’est plus considérée, comme dans le passé, un élément central. Le coeur, de l’empire. Les Anglais n’ont pas de perspectives précises, ils considèrent la Méditerranée simplement une partie de l’Union Européenne avec ses caractéristiques spécifiques. Ils l’aiment d’un point de vue sentimental et, en effet, ils vont y souvent en vacances. Ils en aiment le soleil, les beautés naturelles… Mais, les pays de cette région sont très différents entre eux : Turquie, Israël, Espagne, Algérie, Tunisie, Italie… je ne peux pas donner un unique jugement ! L’élément commun est la mer. Je note que jusqu’à présent il y a une grande division entre la côte du nord et celle du sud. Divisions qui partent de l’époque des conquêtes de l’Islam; divisions qui persistent depuis un millénaire et qui continuent à être là.

Antonio Torrenzano. Est-ce que la mondialisation atténuera ces discordances? La Méditerranée pourra-t-elle racheter le rôle dynamique qu’elle avait en passé ?

Éric Hobsbawm. Une réponse n’existe pas qu’il vaille seulement pour la Méditerranée. Il est certains que la mondialisation peut unir d’éléments qu’avant ils n’étaient pas en relation, mais je ne crois pas que, sans correctifs, on pourra abolir les différences. À présent dans la Méditerranée existent des tensions pour la pression de l’émigration de régions de la Rive-Sud (avec un excès de naissances), vers l’autre partie de la mer, c’est-à-dire la Rive-Nord avec une baisse démographique forte et plutôt préoccupante. Cependant, il n’y a jamais été une époque où le monde n’a pas cru d’être devant à un abîme. Toutes les époques ont eu une conscience désespérée d’être toujours à moitié d’une crise décisive. C’est quelque chose de chronique dans l’humanité aussi dans cette zone du monde qui n’a jamais été marginale et nous ne pouvons pas la considérer comme influente.

Antonio Torrenzano. Le nouveau millénaire par quoi sera-t-il caractérisé ?

Éric Hobsbawm. Par une mondialisation qui existe déjà et, à moins d’un collapsus de la société humaine, elle est irréversible;par la croissance des inégalités. Les inégalités augmenteront toujours plus parmi qui a beaucoup et qui n’a rien. D’un point de vue économique, cette différence entre les pays riches et les pays pauvres augmentera dans une manière irréversible. Cette différence est de plus en plus évidente, mais pas pour toute la collectivité mondiale. En effet, il y a une partie de la communauté internationale qui oublie cette crise ou elle cherche à ne pas la montrer. La crise financière mondiale aux États-Unis a dramatisé la faillite de la théologie d’un marché mondial libre et incontrôlé. En Chine, par exemple, les inégalités sont énormes et les injustices causées par la transition vers une économie de libre marché causent déjà de gros problèmes à la stabilité sociale. Ce qui me préoccupe c’est cette désagrégation contemporaine, cette espèce d’anarchie qu’il naît de la mondialisation.

Antonio Torrenzano.