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Conversation avec le Cardinal Tarcisio Bertone, salésien, Secrétaire d’État et premier collaborateur du Pape Benoît XVI. Le cardinal Tarcisio Bertone est né à Romano Canavese, diocèse d’Ivrée dans la region italienne du Piémont. Attiré par la vocation salésienne, il est ordonné prêtre en 1960. En 1967, il est appelé à Rome en qualité d’enseignant pour la chaire de Théologie morale spéciale à l’Athénée salésien, devenu plus tard Université pontificale, dont il sera le Recteur entre 1989 et 1991. Dans l’année 1991, le Pape Jean-Paul II l’appelle à gouverner le diocèse de Vercelli. En 1995, l’évêque Tarcisio Bertone devient le Secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En 2002, le Saint-Père le nomme archevêque de Gênes et il le crée cardinal en 2003. Depuis le 15 septembre 2006, il est le Sécretaire d’État de Sa Sainteté Benoît XVI.

Antonio Torrenzano. Éminence, comment décrieriez-vous la riche personnalité du Saint-Père Benoît XVI ?

S.E.Cardinal Tarcisio Bertone. C’est un grand penseur, riche de sagesse dans le sens biblique du terme et pas seulement de science. C’est un homme très doux, qui communique proximité, spiritualité, amitié: quelqu’un qui sait être ami et qui cultive solidement l’amitié. Lorsqu’il rencontre quelqu’un, il lui donne l’impression de l’avoir déjà rencontré et chacun se sent à son aise.

Antonio Torrenzano. Pour une longue période, vous avez enseigné à l’Université Pontificale Salésienne comme professeur de théologie morale. Voulez-vous nous évoquer certains souvenirs ?

S.E.Cardinal Tarcisio Bertone. J’ai eu la chance de vivre comme étudiant, avant ma période d’enseignement, la très belle période du Concile Vatican II et donc des rencontres avec les Perès conciliaires. J’ai en particulier le souvenir de certains pères polonais, comme le cardinal Wyszynski, le jeune Mrs Karol Wojtyla et l’archevêque Baraniak de Poznan, salésien. La rencontre avec ces pères, avec ces héros de l’Europe orientale, qui venaient des régimes communistes comme courageux témoins de la foi, a été pour moi d’une grande importance. La richesse des dons que nous avons tous reçus pendant le Concile est vraiment incalculable. Mais, après les enthousiasmes est venue l’épreuve surtout pendant les premières années de l’après-Concile, en raison de l’interprétation des documents conciliaires. Des chemins ont ainsi été pris sans cohérence avec la tradition , et cela n’a pas fait du bien à l’Église.

Antonio Torrenzano. La misère atteint l’humanité. Les crises alimentaires dans le continent africain et, plus en général, dans le sud de la planète sont devenues très graves et fréquentes. Le monde dans lequel nous vivons a besoin d’un esprit élevé de service, défense de plus en plus des démunis, de sens de la vie et de recherche de transcendance. Pourquoi la communauté internationale est-elle assez myope pour ne pas s’engager ?

S.E.Cardinal Tarcisio Bertone. Je dois vous dire que les personnalités que je rencontre, non seulement de l’Église, mais du monde politique, des organisations internationales, les Chefs d’État, sont des personnes déterminées, avec des projets constructifs qui méritent appréciation. Ils viennent pour consulter le Pape, le Saint-Siège; ils consultent aussi le Secrétaire d’État pour une évaluation de leurs ouvrages. Certains demandent expressément la prière du Pape, celle de l’Église catholique, pour soutenir leurs actions en vue du bien commun. Ensuite, au-delà des bonnes intentions, parfois les projets les plus beaux butent contre les situations des respectifs Pays, contre les forces parlementaires, mais je crois que nous avons des raisons d’espérer, en raison même de la qualité des personnes qui viennent au Vatican et auprès du Pape.

Antonio Torrenzano

 

*Dans l’image, “Lamentation sur le Christ mort”, tempera sur toile, 68 cm x 81 cm, Pinacoteca di Brera, Milan.Le lecteur pourra suivre les étapes clé du parcours de Andrea Mantegna au Musée du Louvre du 26 septembre au 5 janvier 2009.Le musée du Louvre consacrera, pour la première fois en France, une importante rétrospective à Andrea Mantegna (1431-1506), le principal représentant des idées de la Renaissance en Italie, dont la carrière s’est déroulée entre Padoue et Mantoue durant la seconde moitié du XVème siècle.

*Un remerciement particulier aux journalistes et amis fraternels de la rédaction centrale GR Heures 14.00 de Radio Vatican pour la précieuse collaboration fournie.

 

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Conversation avec Henri Tincq, journaliste, écrivain, ancien responsable des informations religieuses au quotidien Le Monde. Auteur des nombreux essais traduits en plusieurs langues européennes, Henri Tincq a publié cette année, chez l’édition Grasset, son dernier essai intitulé «Les catholiques». La conversation avec l’auteur fait le point sur les profonds changements de la géographie chrétienne en Occident autant qu’au sud de la planète.

Antonio Torrenzano. J’aimerais commencer notre dialogue en vous demandant pourquoi un livre sur les catholiques et sur les fondements de cette foi que partagent un milliard d’hommes. Encore, comment analysez-vous l’incompréhension parmi les médias et l’Église catholique ?

Henri Tincq. Après nombreuses années de fréquentation des milieux religieux, je me suis dit qu’il était temps de rassembler tout ce que j’avais appris et le mettre à la destination d’un public qui comprend encore assez mal ce qu’est la religion catholique. Un livre dédié au grand public qui ignore encore les trésors et l’histoire de cette Église. Pendant plus de 20 ans, comme responsable des informations religieuses au journal Le Monde, j’ai essayé de maintenir un rendez-vous d’information sur les religions avec la volonté d’être le plus honnête possible. J’espère avoir réussi à prendre la distance nécessaire, tout en respectant les communautés de croyants pour qui j’ai toujours eu beaucoup de respect. Les médias ont une part de responsabilité dans cette vision parcellaire de l’Église. Ils font preuve parfois de paresse intellectuelle et à force de lire les messages des catholiques à travers une grille stéréotypée, ils en répercutent une image déformée. L’incompatibilité entre les médias et l’Église est presque intrinsèque :d’un côté, on a une logique de complexité, qui porte un message nuancé prenant en compte toute la dimension de l’homme, de l’autre une logique de la simplification, qui entraine à la réduction et parfois à la vedettisation. Les références sont si différentes qu’il est difficile de s’entendre. Cela dit, ne tombons pas non plus dans l’excès, ils ne sont pas si mal traité.Il y a peut-être aussi chez eux une vraie difficulté à se percevoir non plus comme majoritaires. Ils sont devenus minoritaires dans le concert mondial des voix d’aujourd’hui.

Antonio Torrenzano. Le Pape Paul VI affirmait que l’Église était «experte en humanité» avec une très forte proximité avec les hommes d’aujourd’hui. Pourquoi, alors, les médias parlent-ils d’archaïsmes de l’Église ?

Henri Tincq. À écouter les médias, le message de l’Église se réduit à l’interdiction du préservatif. C’est une imposture! Pourquoi personne ne cherche-t-il à comprendre l’anthropologie chrétienne qui sous-tend les positions de l’Église? Pourquoi parler d’archaïsmes quand elle ne fait que tirer des sonnettes d’alarme par rapport à une société et même une humanité qui court au suicide? Il y a par ailleurs une grande injustice à n’évoquer que cette dimension morale privée en sous-estimant tout le travail de l’Église en matière sociale et politique. L’Église, c’est aussi le respect des immigrés, l’attention aux exclus. Pourquoi ne pas dire plus souvent que ce sont des priorités jamais démenties dans les Églises d’Occident ? Certes, la situation de l’Église en Occident s’est dégradée. On observe même un effondrement sur trois chapitres : les pratiques régulières, la croyance dans les dogmes fondamentaux du christianisme et l’application des normes morales de l’Église. Mais on ne peut pas juger l’état de l’Église à travers ces seuls signes quantitatifs. Sur ce fond de désaffection, d’autres données qualitatives indiquent des formes de vitalité: le retour de la piété populaire telle que la vénération des reliques ou encore un sentiment d’appartenance revendiqué, comme en témoigne le nombre de pèlerinages ou de temps forts liturgiques qu’on tend à préférer aujourd’hui à l’obligation de la messe.

Antonio Torrenzano. Et les catholiques du sud de la planète ?

Henri Tincq. Il est indéniable que les catholiques changent d’hémisphère et de couleur: le chrétien de demain sera plus africain, brésilien, philippin, coréen ou chinois. Imaginez qu’un quart des Jésuites provient du continent indien. Il est loin le temps où l’Europe et l’Amérique du Nord avaient le monopole des grands théologiens, du clergé, des grandes organisations de laïcs. C’est tout le paradoxe d’un catholicisme qui reste très européo-centré dans son rite et son gouvernement, mais perd ses fidèles dans son centre et les trouve dans des continents lointains. Sans renoncer à son universalité héritée de Jesus Christ, l’Église doit trouver les moyens de mieux faire entendre son message dans la diversité du monde d’aujourd’hui, de ses races, de ses cultures, de ses langues.

Antonio Torrenzano

 

 

*Dans l’image, particulier de la Vergine Annunciata (1475-1476), de Antonello da Messine, huile sur panneau de noyer, Munich, Alte Pinakothek.

*Un remerciement particulier aux journalistes et amis fraternels de la rédaction centrale de KTO Télévision Catholique de France et à la rédaction centrale du magazine Le Messager de Saint Antoine pour la précieuse collaboration fournie.

 

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C’était le 11 février 1858 que tout commençait. Bernadette Soubirous est une petite fille comme sa soeur, elle n’a pas une enfance facile et son père, meunier, est ruiné. Les conditions de vie de la famille sont dures. Le 11 février, ce jour-là, Bernadette va ramasser du bois sur les bords du Gave quand elle voit une belle-dame au-dessus d’une grotte.

Entre le mois de février jusqu’au 16 juillet 1858, la belle-dame reviendra 18 fois pour lui parler. Le 24 février, elle ordonnera à la petite fille de bâtir dans le même lieu des rencontres une chapelle. Le lendemain, Bernadette gratte sur la terre les indications de la belle-dame, et met à jour une source d’eau pure qui ne s’est jamais tarie. À la seizième apparition, la Dame révèlera d’être l’Immaculée Conception confirmant le dogme proclamé quatre ans plus tôt par le Pape Pio IX. Le 18 janvier 1862, l’évêque de Tarbes, Mrs Laurence, communique le jugement de l’Église : «la Vierge Marie est réellement apparue à Bernadette Soubirous.» Pour tout le monde, Lourdes devient un symbole de purification, pour les chrétiens, un rappel du baptême. Pour le Pape Jean-Paul II, la date du 11 février est également devenue la Journée mondiale du malade, une manière d’officialiser un lien entre ceux qui souffrent et la Grotte de Messabielle.

Pour vivre le 150e anniversaire des apparitions, l’évêque de Lourdes invite les pèlerins de cette année à effectuer une véritable démarche. Un chemin en quatre étapes sur les pas de Bernadette Soubirous : la première à l’église paroissiale où Bernadette a été baptisée le 9 janvier 1844, dans le haut de la ville. La deuxième étape est la petite maison où vivait la famille Soubirous en 1858, dans la rue des Petits-Fossés. Le troisième lieu est la Grotte de Messabielle, lieu par excellence de la prière et de la confidence. Enfin, le pèlerin est appelé à se rendre à l’ancien hospice (l’actuel hôpital de la ville), parce que c’est dans la chapelle de l’hospice que Bernadette Soubirous a pris sa première communion, le 3 juin 1858, avant la dernière apparition.

Aujourd’hui – souligne l’évêque de Lourdes, Mgr Jacques Perrier – les hauts lieux spirituels sont de plus en plus nécessaires, dans un monde de calcul, de paillettes et de violence. Pour les chrétiens, un pèlerinage est un moyen de redonner du dynamisme à son baptême. Lourdes redonne de l’élan pour affronter la vie. Et cent-cinquante ans après, les foules n’ont jamais cessé de grossir devant la grotte de Messabielle, jusqu’aux six millions de pèlerins annuels d’aujourd’hui.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Nadia Lamlili, écrivaine, journaliste à la revue l’Économiste au Maroc, 31 ans. La télévision américaine CNN la primée pour un article sur l’émigration clandestine, intitulé «Quand je serai grand, je veux être migrant ». Nadia Lamlili est la première journaliste marocaine à remporter ce prix dans la catégorie «presse écrite francophone». Après des études supérieures à l’institut de journalisme, Nadia Lamlili enrichit sa formation sur le fonctionnement des institutions européennes à Bruxelles puis en techniques journalistiques à Dakar. Cette journaliste au regard tranchant est, selon tous ses collègues, bourrée de talent. «J’ai couru beaucoup de risques en menant mes enquêtes.La conversation a eu lieu par téléphone. Elle est également auteure de nombreux essais en langue française. Son carnet virtuel http://www.nadialamlili.com. Le dialogue avec Nadia Namlili est la dernière conversation du cycle rencontres d’été. Rendez-vous au mois de septembre pour la rentrée avec nouvelles conversations, débats, reportages. 

 

Antonio Torrenzano.Vous-etes journaliste et blogueuse. Comment avez-vous eu l’idée de créer votre propre carnet numérique ? Pourquoi dans l’herder de votre blog, avez-vous écrit la citation:«un voyage de mille lieus commence toujours par un premier pas» ?

Nadia Lamlili. L’idée m’est venue quand j’étais aux USA dans le cadre d’un programme de visite en formation auprès des médias américains. Là bas, j’ai suivi la bataille opposant les éditeurs de presse aux blogueurs. Le phénomène m’a intrigué et, à mon retour, j’ai voulu tenter l’expérience.Je suis blogueuse depuis trois ans. Maintenant, je crois que j’ai pris le virus. La citation que j’ai affichée dans l’herder de mon carnet, elle est une devise dans ma vie. Je suis de nature ambitieuse et je n’aime pas l’inaction ou l’impuissance. Rien n’est impossible. Il suffit de commencer. Créer mon blog est pour moi un premier pas pour découvrir l’univers du blogging. Je crois que ce n’est que le début de l’aventure. Les cybercarnets seront peut-être les médias du futur. Je compte aussi sur les internautes pour enrichir mes billets.

Antonio Torrenzano. Vous avez remporté le prix journalistique CNN dans la catégorie presse écrite francophone pour un reportage sur l’émigration clandestine. Pourrez-vous nous donner quelques suggestions à ce sujet ? Je pense, encore, au roman de Tahar Ben Jelloun «Partir» qui décrit l’histoire du garçon Azel et de son idée fixe de quitter son Pays pour aller en Europe.

Nadia Lamlili. L’émigration clandestine, c’est dramatique. On a l’impression que tout le monde veut aller en Europe et par tous les moyens. Finis les petits qui veulent devenir pilotes, médecins, enseignants…La migration est devenue un métier. Le reportage est un ensemble d’articles qui appelle les gouvernements européens et maghrébins à avoir une vision plus humaine du phénomène de la migration. Au lieu de réprimer ou d’élever les grillages des frontières à coups de millions d’euros, pensons aux causes de la migration et associons les pays d’origine. Rien n’y fait ! Nos jeunes sont obnubilés par l’idée de partir. Les subsahariens fuient les guerres, les famines et les maladies. Doit-on les réprimer? La migration clandestine ne s’arrêtera pas si les conditions d’une vie digne ne se réalisent pas en Afrique.

Antonio Torrenzano. Les médias numériques seront-ils l’avenir de la presse mondiale ?

Nadia Lamlili. Le Net est maintenant le champ de bataille de la presse mondiale. Nous sommes à la veille d’une révolution technologique qui fera disparaître les journaux en papier. Cette révolution ne touche pour le moment ni la télévision ni la radio. Les médias audiovisuels offrent plus possibilités pour une femme de se distinguer.Etre une femme est un avantage à l’antenne, car le téléspectateur est plus attiré par un visage féminin. S’il est accroché par l’image, il reste sur la chaîne. Même constat pour la radio, où les voix féminines sont plus captivantes. Il ya encore le problème que l’actualité dans les médias marocains, surtout dans les journaux, est très politisée. Peu de publications s’intéressent à des sujets qui touchent réellement le citoyen et la société profonde marocaine. Peut-être parce qu’il n’y a pas beaucoup d’investigation, pas de presse régionale forte et pérenne et très peu de lecteurs. Le Net, en revanche, est utilisé par de nombreux de lecteurs qui cherchent de l’actualité bien approfondie qu’il n’y a pas dans la presse écrite.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Edgard Pisani, né à Tunis en 1918, ancien résistant et libérateur de la préfecture de Paris en 1944, préfet de la Haute-Marne à 29 ans puis sénateur et ministre de l’Agriculture du Général de Gaulle. Edgard Pisani a été commissaire européen et il a présidé l’Institut du monde arabe de 1988 à 1995. Auteur de nombreux essais comme «Utopie foncière» (1977), «Socialiste de raison» (1978), «Défi du monde, campagne d’Europe» (1979), «La main et l’Outil» (1984), «Pour l’Afrique» (1988), il a récemment publié «Le sens de l’État», recueil d’entretiens avec Stéphane Paoli et Jean Viard. Le dialogue a eu lieu à Paris, près de la Fondation pour l’innovation politique pendant le séminaire « L’héritage de mai 68 » au mois de juin 2008.

Antonio Torrenzano. Vous avez toujours affirmé que le drame contemporain de l’Afrique résulte par trois paramètres: démographique, politique, économique/technologique. Dans la situation présente,le continent est dans une immense régression structurelle ?

Edgard Pisani. Sur une partie de l’Afrique, la terre a toujours été difficile et la vie précaire. Cependant, au fil des siècles, les sociétés africaines avaient appris à s’adapter aux contraintes écologiques, à l’irrégularité des pluies comme à la fragilité des sols. Le drame actuel de l’Afrique ne tient ni à son climat ni à ses sols, mais au fait que l’homme a transformé des fragilités en déséquilibres. Ces éléments de crise résultent de trois paramètres. Démographique d’abord, politique ensuite, enfin économique/technologique. Dans le domaine politique, l’Afrique a été très vite obligée de construire des nations dont les frontières, au lendemain de la colonisation, étaient artificielles et amenées à le faire sans le soutien de consciences nationales, de structures sociales, d’économies autonomes ou d’encadrement humain.Ainsi, de nombreux pays sont composés d’ethnies multiples, plus ennemis que disposées à construire ensemble. Ainsi se sont assemblés des espaces contradictoires, immenses ou trop exigus, surpeuplés ou sous-peuplés, riches ou pauvres, habités de population que rien n’unissait sinon le gouvernement colonial et, plus tard, un État exigeant et inexpérimenté. Les États africains ont privilégié leur propre fonctionnement bureaucratique au détriment de l’ensemble de la société. Urbanisation, industrialisation, cultures de rente, grands travaux, sociétés d’État : les choix se sont la plupart du temps opérés au détriment des intérêts des populations, des communautés rurales traditionnelles en particulier. À la différence de bien d’autres pays du monde, la nation n’a pas précédé en Afrique la construction de l’État. Le fait est de taille: les pays africains sont devenus majeurs en l’absence d’un courant s’enracinant dans les profondeurs d’une entité nationale. Pour naître et s’imposer à tous, le consensus national a besoin de générations qui lui permettent d’oublier les différences et de découvrir son identité. L’organisation de la société ne se met en place que progressivement et souvent douloureusement. Ne disposant au départ d’aucune base nationale, les dirigeants africains ont tout fait à la fois. Ils ont dû brûler les étapes. L’État, le géniteur de la conscience collective, le berceau du sentiment national. L’État, la bureaucratie, le parti unique, l’armée, la ville capitale sont les seules et inévitables priorités. Au détriment de tout le reste: organisation sociale, société civile, démocratie, libertés, développement. Au détriment surtout des paysans, qui sont la société africaine. Tout ça, il donne une idée juste de la situation générale du continent, qui chaque jour s’enfonce dans une dépendance alimentaire qui aggrave la dépendance économique et rend futile l’indépendance politique.

Antonio Torrenzano. Crise agro-alimentaire, migration de masse, poids de la dette, dégradation de l’environnement, insécurité politique et dépendance économique: la question africaine est-elle insoluble?

Edgard Pisani. L’adoption de modèles économiques venus du nord, ils ont détruit les modes de faire, les comportements, la culture des Africains. Ces modèles ont même empêché que les Africains se les approprient. Ces modèles ont déstructuré le système communautaire qui assurait la solidarité des membres du clan et rien n’a pu combler ce vide. Ainsi, l’Afrique a été livrée corps et âme à des concepts, des outils, des technologies, des organisations, des valeurs, des règles de procédure, des choix qui n’étaient pas siens. Au lieu de l’enrichir, ils l’ont mutilée. La ville plutôt que la campagne, l’industrie au détriment de l’agriculture, les cultures de rente plutôt que les cultures vivrières, les grands travaux au lieu de l’organisation des populations. L’Afrique s’est glissée dans des habits faits pour des autres.Extravagante présomption des pays riches, pour lesquels il ne peut y avoir de société accomplie qu’à l’image de la leur. Tout le monde s’est fait le complice de cette aliénation culturelle: les gouvernements du nord, les agences internationales, les organismes de coopération, les églises. Les Africains aussi; parce qu’ils ont utilisé l’aide qui leur était nécessaire comme une potion magique, non comme un instrument d’appui à leur propre développement. Tout cela explique l’appauvrissement du continent.

Antonio Torrenzano. Est-ce que la société africaine s’est repliée sur elle-même ?

Edgard Pisani. Le transfert orgueilleux et obscurantiste des techniques et schémas des pays développés n’a pas résolu la crise africaine. Il n’a fait que la nourrir et l’aggraver. Le nord du monde a voulu que du passé en Afrique, il soit fait de la table rase: on a décidé que les méthodes culturales traditionnelles étaient archaïques et inefficaces sans penser que, peut-être, elles étaient adaptées aux sols et aux climats.Or le blé est absurde là où le mil existe; tracteurs et engrais sont mortels pour certaines terres. Le développement n’est pas une machine qu’il suffit de mettre en marche; il n’est pas un processus linéaire inspiré des pays industrialisés. Industrialisation, exode rural, capitalisation, décollage économique, consommation de masse, internationalisation des échanges… la méthode a fait ses preuves dans l’hémisphère nord après une longue histoire, mais à quel prix ? L’Afrique, telle qu’elle est aujourd’hui, ne se montre ni capable ni désireuse de suivre ce rythme, cette trajectoire. Le modèle véhiculé par les pays développés à travers leurs politiques de coopération et d’aide n’a pas été sans profit pour eux. Les donneurs n’ont pas eu pour premier souci le développement, mais le plus souvent le profit et la défense de positions stratégiques et d’intérêts économiques. Aussi la coopération internationale, ses orientations et les modalités financières adoptées ont produit des désastres. Il a paru simple et facile de réduire la malnutrition en accordant une aide alimentaire massive. L’aide alimentaire a été indispensable à l’Afrique, mais pratiquée comme elle l’a été, elle a découragé la production locale, suscitée l’adoption d’un modèle de consommation importé, déprimé le revenu des agriculteurs, elle a incité les paysans à se replier sur leur propre subsistance. Le plus grave sans doute est que l’aide alimentaire a modifié les habitudes en implantant des modèles de consommation que l’Afrique ne pourra pas satisfaire à partir de ses sols et de ses climats.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Jeffrey Sachs, économiste, écrivain, directeur de l’Institut de la Terre à l’université de Columbia à New York. Il est aussi conseiller spécial du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon. Auteur de nombreux essais, dont deux livres à gros tirage : «The end of Poverty » et «Common Wealth». Le dialogue avec le professeur a eu lieu en deux moments et dans deux villes différentes: Strasbourg et Rome.

Antonio Torrenzano. Est-ce que la pauvreté peut être un facteur d’instabilité internationale? Les crises alimentaires en Somalie, Éthiopie, au Darfur et, plus en général, dans le continent africain sont devenues très graves et fréquentes. Les crises alimentaires ne sont pas une fatalité,comment faire alors ?

Jeffrey Sachs. L’Afrique, on aime ou on n’aime pas. On la met de côté ou on décide de s’en occuper vraiment. L’Afrique, hier autosuffisante, importe aujourd’hui le 60% de sa subsistance. Elle en importera le double dans vingt ans. Et les devises qu’elle consacrera aux céréales et aux produits alimentaires en général, elle ne les consacrera pas aux machines et aux activités de services dont elle aura besoin. L’aide alimentaire qui lui est accordée allège sa balance des comptes, mais elle autorise chacun de pays à pratiquer des prix agricoles et alimentaires artificiellement bas et qui découragent les producteurs de produire. Cette aide infère des modes de consommation que les terroirs africains ne peuvent pas satisfaire et risque de rendre l’Afrique irréversiblement dépendante de l’extérieur. Le paysan africain n’a pas seulement été économiquement marginalisé. Il l’a été politiquement, socialement. Le paysan africain est enfermé dans une stricte autosubsistance. Il faut augmenter la production alimentaire dans les pays pauvres. Le plus important est d’augmenter la production alimentaire dans les régions pauvres du monde. La plupart d’entre elles ont des niveaux de production alimentaire inférieurs de moitié ou de deux tiers à ce qu’ils pourraient être.La première chose à faire et la plus importante, c’est de fournir une aide financière rapide aux pays pauvres pour les aider à augmenter leur propre production alimentaire. Le problème est que les fermiers sont tellement pauvres qu’ils ne peuvent acheter ni les bonnes graines ni les engrais, ni organiser des systèmes d’irrigation. Donc je crois que pour surmonter cette crise, nous devons aider financièrement les producteurs agricoles dans les pays pauvres; cela augmenterait la production et donc ferait baisser les prix. Cela aiderait également à résorber l’urgence actuelle. La crise alimentaire mondiale n’est pas une fatalité. La demande de biens alimentaires dans le monde a surpassé l’offre. Le problème de l’offre a en fait plusieurs causes. Tout d’abord, la productivité agricole très basse en Afrique et dans d’autres régions pauvres du monde. Ensuite, les chocs climatiques en Australie, en Europe et dans d’autres pays produisant des céréales. Encore l’utilisation d’une partie de la production alimentaire pour les biocarburants. Enfin, les niveaux très bas de stocks de céréales: lorsque la demande mondiale a augmenté, les stocks de céréales ont été insuffisants. Ce qui a causé une explosion des prix. Pour terminer, les barrières douanières des pays exportateurs d’alimentation ont été relevées pour maintenir les prix bas dans leur pays, ce qui a encore accru les prix dans les pays importateurs. La demande de denrées alimentaires a fortement augmenté,mais pas l’offre. Si nous voulons faire vivre l’Afrique, il faut donner aux paysans des raisons de produire, d’acheter,de s’organiser, d’investir, de ménager la nature.De l’autre côté, la communauté internationale est appelée à démontrer non sa générosité, mais sa sagesse. La sagesse de prévenir de nouveaux désordres et de nouvelles catastrophes à venir.

Antonio Torrenzano. Mais, la communauté internationale, sera-t-elle assez myope pour ne pas s’engager? L’Afrique apparait toujours sur les écrans du monde sous forme de clichés dramatiques : sécheresses, famines, désordres, coups d’État, épidémies, réfugiés. L’Afrique semble maudite, condamnée à n’être que le tiers monde du tiers monde, le pôle négatif .

Jeffrey Sachs. Ce genre de politique demande des fonds budgétaires, puisque le gouvernement garantit la disponibilité d’engrais et de graines à bas prix aux fermiers. C’est justement là où l’Europe pourrait aider : en offrant une aide financière aux gouvernements africains qui pourraient la répercuter sur leurs fermiers pour qu’ils produisent plus. Selon moi, ceci est la première étape. Le Malawi a par exemple lancé, en 2005, un programme pour que chaque ferme du pays ait accès aux engrais et à des graines de haut rendement: rapidement, d’une saison à l’autre, ce petit pays a été capable de doubler sa production alimentaire! Et il a su maintenir ce niveau élevé de récolte, par l’action heureuse de cette politique. Il faut plus accepter la pauvreté. L’Afrique de la nature est somptueuse; celle des hommes est dure, impitoyable, misérable. C’est celle d’un continent immensément pauvre, soumis à la fatalité. Un ancien compte africain affirme que l’homme y passe son temps à repousser sa mort de quelques instants sous un ciel magnifique. Il ne faut plus accepter que les populations acceptent la fatalité de la misère, de la sécheresse, de la famine. L’aide alimentaire devra être substituée d’une augmentation de la production alimentaire des pays pauvres. Un sac de farine ne construit plus l’avenir, quelques sacs de blé ne deviennent plus le raccourci miracle qui tranquillise les consciences. Une deuxième phase, elle serait de revoir notre politique envers les biocarburants: il ne faut promouvoir que des biocarburants qui ne rivalisent pas avec l’offre de denrées alimentaires ou avec des terres sur lesquelles elles pourraient pousser. Le drame est d’abord alimentaire. La production vivrière a baissé de 30% par habitant depuis 1960. L’autosuffisance n’est plus assurée, même en l’absence de grande sécheresse. La malnutrition et les maladies tuent chaque jour 100.000 individus. L’écart se creuse entre le nombre de bouches à nourrir et les quantités de nourriture disponible. Par rapport à la crise actuelle et dans l’immédiat, je pense que notre rôle est d’alerter nos gouvernements sur le fait que nous ne voulons pas d’une politique qui néglige les besoins urgents d’un milliard de personnes pauvres affamées. Nous voulons donc que l’Europe, les États-Unis et d’autres gouvernements aident les fermiers dans les pays pauvres à accroître leur production alimentaire pour que cette crise ne perdure pas. Déjà, la ration quotidienne d’un Africain est la plus faible du monde: 850 calories dans certains pays. Le nécessaire est de 3000 calories pour un adolescent et de 2700 calories pour un adulte.

Antonio Torrenzano. Si les tendances actuelles persistent, le déficit céréalier africain atteindra presque 180 millions de tonnes par an, quarante fois plus qu’en 1970. Les dramatiques famines, connues de l’Éthiopie, elles ont été qu’un prélude du désastre contemporain. Le désastre menace tout un continent dont on a ignoré les ressorts et les rythmes. Comment pourrons-nous sortir de cette urgence ?

Jeffrey Sachs. L’urgence dans ce moment tue l’avenir. Le public ne se rend pas compte qu’il existe quotidiennement dans les pays les plus pauvres un tsunami silencieux qui mérite une mobilisation autant que celle de tsunamis visibles. Un désastre est actuellement à l’œuvre dans la plupart des pays d’Afrique et dans de nombreuses parties du tiers-monde.

Antonio Torrenzano

 

*Special thanks to James Nachtwey pour l’image.

 

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Conversations avec Noam Chomsky, écrivain, éditorialiste, professeur au MIT de Boston où il dirige les études en linguistique. Auteur des nombreux essais dans plusieurs langues étrangères, dont le dernier titré : «Excerpted from Hegemony or Survival», Metropolitan Books, 2004 . Son site web http://www.chomsky.info. Le dialogue a eu lieu à Milan pendant un séminaire universitaire.

 

Antonio Torrenzano. Dans une récente déclaration, Peter Goossens, qui dirige l’aide-humanitaire en Somalie pour le Programme alimentaire mondial (PAM), il a affirmé qu’en Somalie la situation est au collapsus et que sa population est désormais sans espoir pour l’avenir ?

Noam Chomsky. Maintenant, ça suffit vraiment très peu : une petite inondation ou une sécheresse pour faire tomber le pays somalien dans le gouffre. La Somalie est tourmentée de la guerre et de la famine et elle est assiégée de l’intérieur et de l’extérieur. Avec le nouveau système de vigilance renforcé après le 11 septembre 2001, les États-Unis ont refait leur tentative de contrôler la Corne de l’Afrique: Éthiopie, l’Érythrée et la Somalie. La Corne de l’Afrique, qu’ils croient un des fronts de la guerre au terrorisme international. La crise somalienne peut-être considérée ensuite un des dommages collatéraux de la guerre au terrorisme… rien d’autre. L’ONU a observé qu’en Somalie, il y a, respect au Darfur, un taux plus haut de malnutrition,un plus grand numéro de meurtres et moins de volontaires sur le terrain des organisations humanitaires. Toujours un autre fonctionnaire international des Nations Unies, Éric Laroche, qui dirige les opérations humanitaires de l’ONU sur le terrain, il soutient que l’organisation n’est pas apte à atteindre la population qui meurt de faim, de maladies et de violence dans tout le Pays. Si tout ceci, il était arrivé au Darfur, il se ferait du grand vacarme. Mais celle de la Somalie est une urgence oubliée depuis des années.

Antonio Torrenzano. Existent-ils d’autres différences avec la crise du Darfur?

Noam Chomsky. Une autre différence est que de la tragédie au Darfur, on peut donner la faute à un ennemi officiel: le gouvernement du Soudan et ses milices. Tandis que l’actuelle responsabilité de la catastrophe somalienne, comme de celles qui les ont précédées, elle est fondamentalement interne. En 1992, après la chute de la dictature du président Siad Barres, après la guerre civile entre les différentes milices tribales et la famine, les États-Unis envoyèrent de milliers de soldats à accomplir une mission de secours ambiguë en appui aux organisations humanitaires. Mais, dans l’octobre du 1993, après la bataille de Mogadiscio, où deux hélicoptères Black Hawk ils furent abattus par les miliciens en provoquant la mort de 18 soldats américains et presque d’un millier de Somaliens, les forces américaines furent retirées et la mission de secours laissa le pays dans les mains des messieurs de la guerre. À ce point, les États-Unis et une bonne part du reste du monde occidental tournèrent les épaules à la Somalie.

Antonio Torrenzano. Puis, la communauté internationale reprises à s’intéresser de la Somalie seulement en 2006.

Noam Chomsky. Dans l’été 2006, le monde recommença à s’occuper de la Somalie. Du chaos somalien il émergea un mouvement islamiste qui assuma l’autorité de presque tout le pays en laissant dans les mains d’un gouvernement de transition fédérale (gouvernement reconnu par la communauté international) seulement une enclave aux frontières avec l’Éthiopie. Mais dans le décembre de 2006, l’Éthiopie envahit la Somalie, avec l’appui des États-Unis, pour imposer le régime du gouvernement de transition fédérale. L’invasion de l’Éthiopie a provoqué une forte résistance de la part des familles claniques somaliennes qui a porté le pays à la crise contemporaine. Le motif officiel de la participation des États-Unis à l’abattage du régime islamiste par l’Éthiopie est la guerre au terrorisme qui a engendré seule d’autres atrocités et d’autres terrorismes. L’intervention américaine en Somalie rentre dans la tentative de Washington de reprendre le contrôle de la Corne de l’Afrique et de ses routes commerciales pour s’assurer la maîtrise des sources d’énergie qu’ils se trouvent en Afrique. Aujourd’hui, les ressources africaines sont-elles trop précieuses pour être laissées à quelqu’un d’autre, dans une manière particulière à concurrence chinoise . Si la population somalienne est en train de mourir de faim, il est seulement une conséquence secondaire et insignifiante d’un plus grand chantier géopolitique.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Iolanda Occhipinti, spécialiste en coopération internationale, infirmière,expatriée italienne en Somalie où elle a travaillé pour l’ONG CINS jusqu’au 21 mai 2008, jour dans lequel elle est enlevée par un groupe de rebelles. Avec l’infirmière italienne, le groupe a séquestré deux collègues de la même organisation non gouvernementale: l’Italien Giuseppe Paganini (agronome) et le Somalien Yusuf Labouré. Après 76 jours d’asservissement, Iolanda Occhipinti et Giuseppe Paganini ils sont relâchés tandis que Yousus Labouré reste encore en otage du groupe de rebelles. La conversation a eu lieu à Raguse, ville sicilienne où Iolanda Occhipinti est née. Nous l’avons rencontrée après le relâchement pour avoir de nouvelles informations sur ce qui arrive en Somalie.

Antonio Torrenzano. Pourquoi étiez-vous en Somalie, dans la capitale Mogadiscio?

Iolanda Occhipinti. J’étais en Somalie comme infirmière engagée pour un projet d’urgence sanitaire pour donner secours aux victimes des bombardements. Dans le même temps, toujours pour l’ONG CINS par laquelle je travaille, je donnais mon soutien administratif aux autres collègues de l’organisation pour un projet de développement agricole. Le 21 mai 2008, j’ai été enlevé par les rebelles avec le collègue Giuseppe Paganini et Yusuf Labouré. Pendant l’enlèvement, nous ne sommes jamais étés maltraités. Nous étions bandés toujours et je n’ai jamais pu voir l’endroit où nous avons été portés. Dans le chaos général somalien, la crise humanitaire a atteint de proportions d’enfer dantesques. La situation, elle s’est aiguisée encore de plus pour les nombreuses attaques récentes contre des opérateurs d’ONG et organisations internationales qui ont contraint les agences à réduire les aides. Les derniers chiffres fournis par les Nations Unies parlent de presque 9.700 morts depuis le janvier 2007 et d’un million d’évacués seulement dans le capital Mogadiscio. Il est difficile d’imaginer une paix durable dans cette situation.

Antonio Torrenzano. Avant du 21 mai 2008, jour de votre enlèvement; le 2 mai il y avait eu de fortes fusillades dans le quartier où votre organisation a le siège à Mogadiscio.Un autre grand moment de tension encore le 4 mai (deux jours après) qui a impliqué de milliers de personnes. Quoi est-il arrivé ?

Iolanda Occhipinti. Les fusillades du 2 mai ont été très voisines au siège de mon ONG CINS. Il semble qu’une voiture ne se soit pas arrêtée à un bloc de police. L’événement n’est pas cependant lié à notre enlèvement. Épisodes comme celui-ci, ils arrivent régulièrement à Mogadiscio. L’épisode du 2 mai a fait déclencher un retrait de nombreux experts en coopération de la capitale somalienne devenue non plus sûre. Les tensions du 4 mai, en revanche, elles ont explosé pour la très grave situation de faim et famine dans lesquelles il verse l’entière population de la Somalie. Je crois que dans les rues ils se sont déversé plus de 20/22 milles personnes pour protester contre l’augmentation des prix de la nourriture et la difficulté de la trouver. Les désordres du 4 mai, ils ont provoqué plus de quatre morts et un numéro non précisé de blessés. Dans l’oeil de la protestation populaire, il y a en particulier les grossistes et les commerçants de gendres alimentaires qui, depuis un an, privilégient les transactions commerciales en dollars américains en refusant d’accepter de la monnaie locale. Le shilling somalien a perdu plus de la moitié de sa valeur. Dans l’an 2008 en Somalie, les prix des céréales sont augmentés du 170 aux 370 pour cent. Au juin de 2007, un kilo de grain il coûtait 7 centimes d’euro, aujourd’hui il en coûte 18 centimes. Un sac de riz, il y a quatre mois, il valait 16 euro et aujourd’hui il en vaut plus de 30 euro. Depuis janvier 2008, le numéro d’individus affamés qui dépendent des aides alimentaires de l’ONU, il est augmenté des 40 pour cent. Aujourd’hui, ils sont deux millions et demi ! La situation est compliquée de plus par les menaces de sécheresse, problème que selon les NGO présents à Mogadiscio il ne pourra pas que faire augmenter le numéro d’individus affamés. Milliers d’hommes et femmes ont du mal à survivre.

Antonio Torrenzano