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Le 9 novembre 1989, les nombreuses générations qui avaient tissu leurs toiles de Penelope elles avaient du mal à comprendre ce qu’il était resté de leur Histoire. Le cauchemar de la guerre froide, des chars d’assaut, des murs, des divisions parmi les individus, ils s’évanouissaient pour toujours sans guerres civiles, sans conflits, sans circonstances brutales. L’effondrement du mur de Berlin abattait la dernière signalisation qu’il distinguait le désaccord entre les individus, entre les États, entre l’Ouest et l’Est.

L’effondrement du mur nous donnait de nouveaux lieux unifiés, des nouveaux États. Un Nouveau Monde, mais privé de sens et en même temps des nouveaux labyrinthes. Cette chute peluchée, cette évaporation du conflit Ouest/Est, cette dissolution rapide de 70 ans d’histoire du système communiste, ils laissaient aux sciences sociales d’instruments d’analyse pour de conflits qu’ils s’étaient liquéfiés et aucun nouveau moyen pour de nouveaux conflits qu’ils étaient en train de naître et pour lesquels n’avions pas encore de noms. Les fautes en politique étrangère des Administrations américaines des deux présidents George Bush et George W. Bush sont un exemple luisant autant que l’incapacité de l’Europe, à la limite de la lâcheté, pour ce qui concerne les conflits dans l’ex-Yougoslavie, les guerres du Caucase, la première guerre du Golfe, la guerre en Irak, la crise de l’ONU, la Corne de l’Afrique ou les nombreuses guerres civiles pour les ressources rares dans le Continent africain.

L’effondrement du mur laissait à la communauté internationale un nouvel espace unifié, mais vide. Mais pourquoi vide ? Pourquoi privé de sens comme Zaki Laidi le définissait dans son essai en 1994 ? Ces fautes dérivent de la désorientation, de la disproportion entre une richesse d’événements historiques et la pauvreté de moyens et de nouvelles idées en notre possession pour gérer la nouvelle ère. La toupie de l’Histoire a tourné ainsi rapidement et en sens autonome que nombreux de nous et même les actions des chancelleries, ne la comprirent pas. Sauf peut-être deux hommes: le prix Nobel pour la paix Willy Brandt et l’écrivain Ernesto Balducci que déjà au début des années 1980, dans leurs écrits (le Rapport Brandt sur le dialogue Nord/Sud du Monde et l’essai de Ernesto Balducci sur l’Homme planétaire), ils affirmaient que l’opposition Est/Ovest serait très bientôt devenue une collision Nord/Sud du monde. L’Histoire, dans le bien ou dans le mal, elle a toujours eu une infinie imagination.

Qu’est-ce qui a caractérisé alors le monde dans ces vingt ans de transition ? Qui a de la mémoire, il a du mal à comprendre ce qu’il est passé, mais surtout quoi est-il resté sur le châssis du XXe siècle. Ce nouvel horizon historique a produit des vertiges comme quand, il s’observe par le haut un ravin. Le XXe siècle par l’effondrement du mur disparaît dans le XXIe siècle en laissant de nombreux événements historiques sur lesquels nous n’avons encore ni noms ni étiquettes. Vingt ans se sont déjà écoulés et nul ne sait encore comment qualifier cette ère nouvelle dans laquelle nous sommes entrés.

Tous ceux qui sur les décombres du mur – affirme Ignacio Ramonet – annoncèrent la naissance d’un nouvel ordre mondial se sont trompés. Les principales mutations provoquées, directement ou indirectement, par le séisme de 1989, elles ne permettent pas d’entrevoir un quelconque nouvel ordre. Au contraire, le monde est devenu plus dangereux, plus complexe. Complexité que la mondialisation a amplifiée. Et comme a affirmé Vaclav Havel dans les pages de ce carnet numérique : « nous sentons que tout est possible, mais que plus rien n’est certain ». Le défi de trouver une nouvelle imagination politique pour remédier aux injustices d’aujourd’hui et aux injustices survécu, il reste encore à un stade de projet.

Antonio Torrenzano

 

Bibliographie électronique.

*Un dossier électronique sur la chute du mur de Berlin a été réalisé par la Fondation Sciences Po de Paris. Il est accessible au suivant adresse http://bibliotheque.sciences-po.fr/fr/produits/bibliographies/1989/bibliographie.html

 

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Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, devant les appareils des télévisions du monde entier, de jeunes Allemands de l’est et de l’ouest brisent le Mur de la honte qui divise Berlin depuis le 13 août 1961. L’effondrement du mur (3,60 mètres de haut, 160 kilomètres de long et 300 miradors) met fin à cinquante ans de séparation et d’antagonismes entre les deux parties de l’Allemagne, la République fédérale allemande (RFA) et la République démocratique allemande (RDA). Dans l’enthousiasme général, personne ne s’inquiète encore des lendemains difficiles de la réunification et nul ne sait encore comment qualifier cette ère nouvelle dans laquelle nous sommes entrés.

Les principales mutations provoquées par le séisme de 1989 ont été nombreuses : guerre du Golfe, explosion de l’URSS, conflits dans l’ex-Yougoslavie, guerres du Caucase, le 11 septembre 2001, la guerre en Irak, la guerre en Afghanistan, le terrorisme international. À tous ces bouleversements, nous devons encore ajouter les conflits anciens et endémiques, comme ceux du Proche-Orient et du Continent africain.

Il est plus difficile, mais encore plus nécessaire de définir ce qui oppose cette courte période, qu’on peut définir de manière théorique comme celle qui s’étend symboliquement de la chute du mur de Berlin en passant par la destruction des tours du World Trade Center jusqu’à la crise du capitalisme d’aujourd’hui. Nous avons découvert peu à peu dans ces vingt ans que les événements, les conflits politiques, les crises sociales qui se produisent près de nous sont commandés par des événements lointains. Les circonstances locales ne portent pas vraiment le sens des événements qui s’y déroulent, bien que la situation particulière ajoute un sens secondaire à des événements qui s’expliquent avant tout dans le domaine de la mondialisation.

Ce carnet numérique, vingt ans après l’effondrement du mur, tente donc de discerner les fractures et les principales mutations provoquées par le séisme de 1989 qui se dessinent à présent .

Antonio Torrenzano

 

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La «génération Y» va-t-elle trop vite autant que les nouvelles technologies ? Les natifs numériques sont-ils engagés ? Selon le sociologue Michel Fize, « cette jeunesse est plus engagée qu’on le croit. La deuxième considération est que la jeunesse, qui est engagée, l’est incontestablement d’une autre manière que ses devancières. Autre société, autres moeurs, autres formes d’engagement ! La troisième idée est qu’il est possible d’amener ou de ramener la jeunesse vers les partis, les syndicats et la vie publique de façon générale, à certaines conditions naturellement. »

« La jeunesse contemporaine – continue le sociologue – n’est pas, en tout cas pas beaucoup moins engagée, que la jeunesse passée. On trouve les 18-25 ans dans un nombre d’associations, en particulier les associations humanitaires ou de défense de l’environnement. On sait combien la jeunesse, dont la générosité n’est plus à démontrer, est préoccupée par la misère, la guerre,la famine, la détérioration de la planète. On trouve plus particulièrement les étudiants mineurs (moins de 18 ans) engagés dans le soutien scolaire aux camarades plus défavorisés. »

Cette génération est-elle moins politisée que la jeunesse d’autrefois, celle de mai 1968? «Nous sommes passés, affirme encore Michel Fize, en quelque sorte de l’hyper-politisation des jeunes révoltés des années 1960 à une espèce d’hypo-politisation de la jeunesse d’aujourd’hui. Cette génération est engagée autrement. À l’image des adultes, elle n’est pas militante au sens d’engagement à vie. Elle s’engage pour une durée limitée et en faveur de projets concrets, dont elle veut voir les réalisations rapidement.»

Cette génération peut-elle revenir vers les structures tradionnelles ? « Célestin Freinet, apôtre de l’école nouvelle – continue Michel Fize – disait que seules l’enfance et la jeunesse étaient capables de monter hardiment vers les sommets. Profitons-en. Cela suppose ensuite de faire confiance à tous ces jeunes qui doutent de leur utilité sociale. Leur faire confiance pour leur redonner confiance. »

Antonio Torrenzano

 

 

* L’analyse du sociologue Michel Fize est un extrait du texte de sa relation scientifique, titrée «L’engagement de la jeunesse », envoyée à la Fondation Pio Manzù (http://www.piomanzu.org) de Rimini pour la XXXV édition des journées internationales d’etude sur la génération numérique.

 

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Le développement d’une nouvelle société dite de l’information a vu émerger dans ces dernières années une nouvelle génération Internet, baptisée aussi «génération Y», c’est-à-dire un groupe de presque 13 millions d’individus âgés de 15 à 29 ans. Ce mot un peu obscur désigne en réalité les nouvelles générations nourries à l’informatique en réseaux et pétries de culture Web 2.0, que d’ici à dix ans ils deviendront les nouvelles ressources humaines du marché du travail et ils feront entrer dans les entreprises leurs nouveaux modes de communication et d’organisation. Même l’école devra revoir ses méthodes. Pour Manuel Castells, le monde du travail et le monde de l’éducation devront nécessairement s’adapter à cette nouvelle culture. 

Un défi qui posera nombreux de problèmes aux employeurs afin d’intégrer la génération Y dans leurs entreprises sans créer un choc des cultures et des générations. Comment faire alors évoluer les organisations de travail afin de tirer la  « génération Y » avec tout leur potentiel dans la nouvelle société européenne ? Quelles sont leurs attentes en matière de vie professionnelle et qui sont finalement ces « Y » qui pourraient bien gérer le monde de demain ? Les nouvelles technologies vont-elles trop vite ?   

C’est la question qui se pose la XXXV édition de la conférence internationale de la Fondation Pio Manzù à Rimini du 23 au 25 octobre 2009. Nombreux les sociologues, les économistes, les professeurs de l’école secondaire et d’université du Continent européen, de l’Afrique, de l’Amérique Latine, des États-Unis qui débattront sur ce sujet. Les débats s’interrogeront sur comment les adolescents utilisent les outils numériques à leur disposition et quelles réponses multidisciplinaires développer pour que la diversité culturelle entre les générations puisse être effacée. Parmi les invités qui dialogueront à ce sujet, il y a  Michel Fize, sociologue au CNRS, Richard Descoings, directeur de l’Institut Sciences Po de Paris, Manuel Castells, Martin Hirsh, Haut Commissaire à la Solidarieté contre la Pauvreté, Maria Novak, Onyeka Obasi, président de l’association Friend of Africa International, Frank Furedi de l’université de Kent, Mafalda Stasi de l’université Paris VI, Giandomenico Picco ancien sous-secrétaire aux Nations Unies, Guillaume Borie, président du Parlement européen des Jeunes.   

Ouverts à un large public, les débats sur le numérique et les natifs digitaux seront une occasion de réflexion et d’analyse sur le temps présent. Pour suivre les journées du débat, la consultation en ligne est accessible au suivant adresse http://www.piomanzu.org 

Antonio Torrenzano 

 

Bibliographie Net sur les «natifs numériques» avec leur langage et leur mode de fonctionnement, consulter en ligne le mémorandum à l’adresse http://fr.wikipedia.org/wiki/Natif_numérique.

*Anne-Caroline Paucot, «Comprendre la génération Internet», Maxima éditions, Paris,2007.

*Jacques Vauthier, «La génération Internet», Eska éditions, Paris, 2006.

*Aurore Gorius , « La génération Internet a soif de mobilité », Le Point, 18.09.2008

*Benoît Hopquin, « Cadres, la comédie du bonheur. Pour les jeunes, ‘‘la vraie vie est ailleurs’’», Le Monde, 18.09.08

*Almudena Coral, « La oportunidad de la generacion Y », El Pais, 13.07.2008.*Ollivier Daniel, Tanguy Catherine, « Génération Y : mode d’emploi, intégrez les jeunes dans l’entreprise. », De Boeck éditions, Paris, 2008.

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Le dernier rapport de la Commission européenne sur la compétitivité numérique en Europe révèle que le secteur a réalisé de sérieux progrès au sein de l’UE au cours des cinq dernières années. Plus de la moitié des Européens (le 56%) utilisent désormais le réseau net de manière constante et le 80 % des individus le fait avec une connexion rapide.

Le rapport juge essentiel de continuer à investir sur l’économie numérique pour que l’UE «puisse durablement se remettre de la crise économique. L’économie numérique européenne, a déclaré le porte-parole de la société de l’information de la Commission européenne, dispose d’un formidable potentiel, mais pour que cet avantage se traduise en croissance durable et en nouveaux emplois, les institutions nationales doivent montrer la voie à suivre en adoptant des stratégies coordonnées pour faire tomber les possibles obstacles ».

«Nous devons poursuivre dans cette direction, a toujours affirmé l’attache de presse, pour qu’une nouvelle génération d’Européens reste compétitive dans les enjeux mondiaux. Ces jeunes utilisent désormais intensivement l’internet et sont également des consommateurs très exigeants. Pour que le potentiel économique de ces natifs du numérique s’exprime pleinement, nous devons faire en sorte que l’accès aux contenus numériques soit à la fois aisé et équitable». Pour Bruxelles, ces générations numériques représentent un potentiel important pour la croissance du continent. Ces jeunes, affirme-t-il le rapport, ils sont âgés de 16 à 24 ans et le 73 % d’entre eux utilise régulièrement tous les services numériques pour créer et partager du contenu.

Le rapport de la Commission sur l’économie numérique est la première étape de la nouvelle stratégie européenne pour ce qui concerne les TIC que la Commission a l’intention de présenter en 2010 dans le cadre de la prochaine agenda de Lisbonne. Pour la consultation en ligne du mémorandum, il est accessible au suivant adresse: http://ec.europa.eu/information_society/eeurope/i2010/pc_post-i2010/index_en.htm

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Stefano Zamagni, économiste, professeur à l’université de Bologne, membre de la Pontificale Académie pour les sciences sociales auprès de l’État du Vatican. Auteur des nombreux essais dont La cooperazione, Bologna, editions Il Mulino, 2008; avec l’économiste et prix Nobel Amartya Sen «Markets, money and history. Essays in honor of Sir John Hicks», Cambridge (UK), Cambridge University Press, 2008; «L’economia del bene comune», Roma, Città Nuova, 2007; «Time in Economic Theory», Aldershot, Elgar, 2004. Le dialogue a eu lieu à Reggio Emilia, au mois de septembre 2009, pendant le 1er festival franciscain.

Antonio Torrenzano. Sa sainteté Benoit XVI a affirmé dans sa dernière encyclique «Caritas in veritate» que l’humanité mondialisée a besoin de règles et de valeurs.

Stefano Zamagni. J’espère que le capitalisme occidental ne continuera plus à exclure l’économie solidaire et ses valeurs: c’est-à-dire, ceux de la gratuité et de la charité. Si le capitalisme libéral continue à ignorer ces valeurs, celui-ci sera destiné à imploser. La crise dans laquelle est tombée la planète ou les nombreuses injustices qu’ils serrent les individus du Nord et du Sud du monde, ils soulignent déjà cette faillite. Sa Sainteté Benoit XVI dans sa dernière encyclique indique un modèle précis auquel regarder : l’utilité sociale et le respect de la dignité de chaque individu. Des valeurs très différentes par rapport à la maximisation du profit et à la capacité de rendement à l’intérieur des usines. À ce propos, nous avons déjà des exemples concrets : l’économie sociale, le monde des organisations sans but lucratif, les coopératives. L’activité économique et sociale de ces sujets indique déjà cette direction. Une réalité qu’aujourd’hui en Europe pèse le 10 % du Pib européen et il occupe le 6 % de la main-d’oeuvre.

Antonio Torrenzano. Après l’assemblée générale des Nations Unies, après le sommet de Pittsburgh, la communauté internationale a-t-elle compris l’urgence d’un nouveau système de rapports internationaux ?

Stefano Zamagni. Je crois qu’il y ait encore au moins trois propositions concrètes à développer au-delà de celle-là formulées par les vingt Chefs d’État et de gouvernement à Pittsburgh: ajouter au Conseil de sûreté des Nations Unies un organisme similaire qui s’occupe de problèmes l’eau, de la nourriture et de la santé pour tous les individus. Si nous avions déjà été cet organisme en mesure de fonctionner, nous n’aurions pas eu encore des individus morts pour la faim ou les spéculations financières sur les grains de l’année 2007. La deuxième proposition est celle de créer d’autres deux Agences techniques mondiales pour ce qui concerne les migrations humaines et l’environnement. Dans ces deux domaines, ils servent tutelles, règles, vérifications et sanctions. La troisième et dernière proposition concrète est celle de faire travailler à côté de l’assemblée des Nations Unies une autre assemblée formée par des ONG, des fondations, des institutions de l’économie solidaire. Non pour discuter à l’infini, mais pour décider et pour gouverner les procès urgents avec solutions rapides et définitives.

Antonio Torrenzano. Pour le marché du travail est un moment critique. Où va-t-on ?

Stefano Zamagni. Sa sainteté Benôit XVI s’est rendu compte que la logique de la maximisation du profit est en train de porter la société occidentale à l’affirmation du mythe de la capacité de rendement contre la dignité de l’Homme. L’individu non plus efficace économiquement, il devient marginal. À ce propos, je rappelle un des derniers discours prononcés par Jean Paul II, au mois de novembre 2004, dans lequel Pape Karol Woytila soulignait que : «la logique de la maximisation du profit et la théorie de l’efficacité managériale sont inhumaines autant que celle contre la race, la religion ou la maladie ».

Antonio Torrenzano

 

 

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Conversation avec Mario Monti, économiste, professeur d’économie et management, président de l’université Bocconi de Milan depuis le 1994. En 1994, il a été nommé à la Commission européenne en qualité de commissaire pour les secteurs « marché intérieur, services financiers et intégration, droits de douane et taxes ». Quatre ans plus tard, dans son deuxième mandat, sous la présidence de Romano Prodi, il a été commissaire responsable de la concurrence jusqu’à l’année 2004. Il a été aussi membre de différentes institutions de l’État italien, dont celle du Ministère du Trésor pour ce qui concerne le système du crédit. À présent, il est membre du groupe de réflexion «Europe 2020-2030», fondé par le Conseil européen et présidé par l’espagnol Felipe Gonzales et membre du think tank européen Bruegel fondé en 2005. Le dialogue a eu lieu à plusieurs reprises dans les villes de Bologne pendant un séminaire près de l’université américaine Johns Hopkins au mois de mai, à Rome au mois de septembre et à Milan près de l’université Bocconi pendant un autre séminaire au mois d’octobre 2009.

Antonio Torrenzano. Après l’assemblée générale des Nations Unies, après le sommet de Pittsburgh, la communauté internationale a-t-elle compris l’urgence d’un nouveau système de rapports internationaux ?

Mario Monti. Je constate à présent qu’il y a des phénomènes d’intégration régionale comme l’Union européenne où il transparaît la conscience que les États ne sont pas plus aptes à exercer leur souveraineté sur toutes les questions devant à la mondialisation. Au-delà de l’Union européenne, je note qu’aussi le G20 a la même orientation. La communauté internationale travaille pour qu’une institution mondiale ait une vraie autorité et la capacité de décision politique sur sujets qui concernent désormais tous les individus de la planète. La crise a fait percevoir à une grande multitude d’individus que l’ancien système financier était sans des règles et surveillance. L’opinion publique a compris ce qu’elle ne voyait pas avant. La crise est devenue alors l’exemple qui a fait comprendre les pervers mécanismes du système. La récession économique nous a montré au contraire que l’économie de marché ne peut pas être soutenable par l’ancienne vision. Maintenant, nous devons affronter tout de suite les problèmes inhérents aux extrêmes inégalités.

Antonio Torrenzano. Et sur les questions éthiques ?

Mario Monti. Le débat sur les valeurs éthiques reste l’objectif prioritaire de cette nouvelle phase historique. À cause de cette crise, l’éthique est entrée diffusément dans presque tous les documents d’institutions et des banques. Ces institutions ont compris que l’éthique est à la base de chaque action et de chaque décision parce que les valeurs éthiques ne sont pas de règles extérieures à la finance ou plus en général au marché économique. Sur ces principes, tout le monde est en train de converger.

Antonio Torrenzano. Sa sainteté Benoit XVI a affirmé dans sa dernière encyclique «Caritas in veritate» que l’humanité mondialisée a besoin de règles et de valeurs.

Mario Monti. Je trouve très important que l’Église affirme que la dignité de l’homme en économie doit être défendue. Dans les dernières années avant la brutale circonstance du crack financier, nous avions assisté à deux situations contradictoires : d’une part l’élaboration de phénomènes exagérés dans le marché financier avec des actions sans aucune vérification ; de l’autre côté à une rapide croissance d’un volontariat diffus et de l’économie sociale. L’économie sociale s’est énormément développée dans ces dernières années et cette croissance nous indique qu’au-delà de «l’homo oeconomicus» il y a aussi un «Homme» qui veut vivre autrement.

Antonio Torrenzano

 

 

* Un particulier remerciement au Service audiovisuel de la Commission européenne pour l’image de Mario Monti.

 

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Il y a un an, la chute de la banque américaine Lehman Brothers venait tout juste de se produire. L’activité économique partout dans le monde commençait à tomber en chute libre et l’incertitude cédait le pas à la panique. Par rapport à la crise, les États de la communauté internationale ont uni leurs forces pour affronter les problèmes communs avec de nouvelles solutions avec un nouvel esprit de solidarité, mais concernant le chômage nous nous trouvons dans un moment critique.

L’histoire des crises précédentes démontre que l’impact sur le chômage est décalé par rapport à la reprise elle-même et les dernières prévisions confirment à ce titre le maintien d’un chômage élevé jusqu’en 2011 inclus. L’incertitude des chômeurs vers l’avenir est évidente. La dignité de chaque individu est blessée autant que la dignité de leurs familles. À présent, nous devons absolument saisir cette occasion pour repenser le monde d’après la crise pour ce qui concerne les marchés du travail. Marchés du travail qui sont pris en tenailles par la crise.

La crise n’est pas finie. La reprise sera très molle et la demande privée n’est pas encore suffisante pour s’entretenir d’elle-même. Sur le front de la demande, la consommation est encore timide surtout dans les pays où les bilans des ménages restent fragiles. Dans ce panorama, le manque de travail risque d’être tenace et, même si la croissance repart, il faudra du temps pour que l’emploi fasse la même chose. Les enjeux sont particulièrement élevés pour les pays européens et pour les pays de l’OCDE qui devraient doubler au cours des dix-huit prochains mois le taux en pourcentage de chômeurs.

La même organisation estime presque 50 millions de personnes tombées dans la misère à cause de la crise dans le continent européen. Compte tenu de l’insuffisance des anciens moyens de protection sociale à l’ère de la mondialisation, ce n’est pas seulement de hausse du chômage ou de baisse du pouvoir d’achat qu’il s’agisse ici, mais vraiment d’une question de vie ou de mort. Il est indispensable de mettre au point des stratégies de sortie crédibles aussi pour le marché du travail avant qu’il est trop tard pour les appliquer. Je pense encore qu’une autre société est possible et je reste par un intérêt commun à ceux qui envisagent un avenir différent. Mais l’expérience nous a montré – affirme Jean-François Kahn – que la seule autre société possible est celle qui émerge de la société existante et en fait germer les plus prometteuses semences. On espère !!!

Antonio Torrenzano

 

 

* Un particulier remerciement au photoreporter Claudia Dias pour l’image.

 

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Conversation avec Richard Sennett, économiste, sociologue, professeur à l’université de New York et à la Londoin School of Economics, également romancier et musicien. Poussé vers la sociologie par Hannah Arendt, il reconnait l’influence de Michel Foucault sur son travail. Il est fondateur avec Susan Sontag et à Joseph Brodsky, auprès de l’université de New York de l’institut for the Humanities. Comme conseiller a travaillé pour l’UNESCO et il a été président de l’American Council on Work. Ses analyses conduisent dans un premier temps à la vie ouvrière en milieu urbain, abordent des questions d’architecture, puis élargissent son champ à l’étude de la corrosion du caractère induite par l’instabilité des parcours professionnels dans le capitalisme flexible. Il se fonde sur les récits de vie, notamment de travailleurs condamnés à la mobilité qui ne leur laissera pas la possibilité de nouer des liens durables. Il a pour épouse la sociologue Saskia Sassen. Richard Sennett est conseiller du Président des États-Unis Barack Obama. Auteur de nombreux essais traduit dans plusieurs langues étrangères, le professeur Richard Sennett s’est toujours intéressé de l’identité et des classes sociales dans la société moderne dont «Les Tyrannies de l’intimité», Paris, Seuil, 1979; «La Famille contre la ville : les classes moyennes de Chicago à l’ère industrielle 1872-1890, Paris, Encres édition, 1981 ; «Palais-Royal» , Albin Michel, 1988; «La Conscience de l’œil : urbanisme et société» , Verdier, 2000; «Le travail sans qualité : les conséquences humaines de la flexibilité», Albin Michel, 2000; «Respect de la dignité de l’homme dans un mode d’inégalité», Albin Michel, 2003. Hachette, 2005;« La culture du nouveau capitalisme», Paris, Albin Michel, 2006. Son nouveau livre en langue anglaise «The craftsman» a été publié en 2009 dans le marché éditorial anglo-saxon. Le dialogue a eu lieu à Modène pendant le festival international de la philosophie au mois de septembre 2009.

Antonio Torrenzano.Un an après le début de la crise, le monde en a-t-il tiré les enseignements?

Richard Sennett. Nous vivons dans une économie qui produit de la richesse, mais elle détruit en même temps les qualités de chaque individu, sa créativité et ses savoirs dans le monde du travail. Le capitalisme jusqu’à la crise, il a eu seulement intérêt pour un profit de brève période et il a produit de stratégies de court terme. Ce capitalisme ne s’est pas préoccupé de la formation des travailleurs dans la longue période ou de l’imagination et des améliorations que les mêmes travailleurs pouvaient apporter au système. Au contraire, le système a renversé ces énergies seulement sur de la main-d’oeuvre au bas coût dans les économies émergentes surtout en Chine et en Inde. Dans mon dernier livre que je viens de publier («The craftsman»), j’ai essayé de voir s’il existe encore cette dimension artisanale dans ce système. Dimension artisanale qui pousse chaque travailleur à désirer une exécution parfaite et gratifiante dans son activité.

Antonio Torrenzano. Dans les interviews développés avec les travailleurs américains et anglais, quelles sensations émergent-elles ?

Richard Sennett. Les travailleurs dans leurs interviews affirment qu’ils travaillent beaucoup et toujours sous pression, mais en même temps qu’ils perçoivent leurs activités vides, dépourvues de sens, sans qualité. Il n’y a plus dans cette économie de l’espace pour un travail bien fait. Les interviewés font partie de la classe moyenne, ils ne sont ni riches ni pauvres. Ils sont de techniques spécialisés, ils travaillent à Londres autant qu’à New York, ils s’occupent de communication, de publicité, d’économie numérique. Par rapport à la crise présente, ils sont très préoccupés évidemment de perdre leur travail. Pourtant, en même temps, ils essaient une sorte de soulagement pour le fait que le système qui les a opprimés et dominés pour beaucoup de temps, il a subi un événement historique bouleversant. Ils regardent leur avenir avec de la préoccupation,mais ils désireraient trouver un travail différent, plus stable. Ils désirent changer de route et se libérer de la pression. L’aspect le plus intéressant, dont je suis en train de m’occuper, c’est qu’ils voudraient devenir artisans et retrouver un sens de satisfaction et récompense dans leur travail.

Antonio Torrenzano. Réécrire les règles de la finance peut être un premier pas. Mais reformuler l’entier système capitaliste en ayant comme objectif la dignité de chaque individu il me semble encore une chimère.

Richard Sennett. Nombreux économistes, ils ont raconté que le capitalisme mondialisé pouvait augmenter les possibilités de tous. Ce n’est pas vrai. À présent, je constate qu’une grande majorité d’individus se sent inutile, vidée, paupérisée des propres capacités. L’économie capitaliste que nous avons eue jusqu’à l’année passée a détruit le système de la rémunération, augmenté la discordance entre les revenus de dirigeants et celle de leurs subordonnés. C’est le drame de notre temps.

Antonio Torrenzano