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Conversation avec Dambisa Moyo, économiste zambienne, professeur au Centre for International Business and Management (CIBAM) de l’université de Cambridge et du Royal Institute of International Affairs (Chatham House). Dambisa Moyo a travaillé pour la Banque mondiale en qualité de consultante de 1993 à 1995 et près de la banque d’affaires Goldman Sachs de 2001 à 2008 où elle a été directrice de la recherche économique et de la stratégie pour l’Afrique subsaharienne. En mai 2009, la revue Time Magazine a classé Dambisa Moyo parmi les 100 personnes les plus influentes du monde. Autrice de nombreux essais économiques, traduits dans plusieurs langues étrangères, Dambisa Moyo est l’auteure de l’essai « Dead Aid: Why Aid is Not Working and How There is a Better Way For Africa », publié au printemps 2009 aux États-Unis. L’essai propose de nouvelles solutions à la dépendance systématique des pays pauvres à l’aide publique. L’analyse de l’économiste offre de plus de nouvelles perspectives sur le rapport entre les objectifs attendus et les résultats obtenus de l’aide au développement en relevant les impasses économiques vers lesquels celui-ci a conduit l’Afrique. Le dialogue avec Dambisa Moyo a eu lieu à Bologne au mois de juillet 2010 pendant un séminaire de l’économiste dans la ville de la région Emilia Romagna en Italie.

Antonio Torrenzano. Votre essai contre l’aide internationale au continent africain est un réquisitoire. Pourquoi, l’aide est-il un problème pour l’Afrique ?

Dambisa Moyo. Le constat est simple : après trente années d’aide au développement à l’Afrique au nom de la pauvreté, le continent africain n’a pas encore effacé ses déséquilibres économiques. En 1970, 10 % de la population du continent vivait avec moins d’un dollar par jour. Aujourd’hui, encore le 70 % des Africains est dans cette situation. Dans le même temps, le niveau de vie a progressé dans le reste du monde. En Chine, par exemple, 300 millions de personnes sont sorties de la pauvreté. Je ne remets pas en cause l’aide humanitaire d’urgence apportée à la suite des inondations, des sécheresses ou des famines. Je critique l’aide au développement pour les dizaines et dizaines de milliards de dollars en provenance des pays riches ou des institutions internationales qui n’ont pas produit d’effet.

Antonio Torrenzano. Dans votre livre, vous soutenez encore que l’aide au développement dans certains Pays il peut engendrer de la corruption.

Dambisa Moyo. L’aide au développement pose de nombreux problèmes, dont celui de la corruption. Cet aide dirige les pouvoirs publics africains à se débarrasser des questions nationales très importantes comme l’éducation, la santé, le respect de l’environnement. Et, ces sujets très stratégiques pour l’avenir d’un pays ils sont confiés au financement de l’aide étrangère. Beaucoup de gouvernements africains ont été amenés à considérer l’aide comme une source de revenus permanente et sûre. Ces financements dispensent enfin les États africains de lever des impôts. Or, s’il ne revendique pas d’argent à ses administrés, un gouvernement peut s’abstenir de leur rendre des comptes. Dans les années 60, l’aide étranger allait aux infrastructures, dans les années 70 vers la pauvreté, dans les années 80 vers l’ajustement structurel et dans les années 90 vers la démocratie et la gouvernance. Mais le point fondamental est que cet argent a été toujours utilisé dans de mauvaises directions. Ce système a produit jusqu’à aujourd’hui de l’inflation, une dette plus lourde et de la nouvelle pauvreté. Nous n’avons pas eu dans ces dernières décennies de véritables changements. Il est virtuellement impossible en s’appuyant sur l’expérience de l’Afrique de soutenir que l’aide a eu des résultats positifs.

Antonio Torrenzano. Vous proposez de remplacer l’aide au développement par des capitaux privés. L’Afrique a en effet enregistré depuis des années le début d’un décollage économique très perceptible. Mais avec la crise mondiale, je m’interroge sur l’avenir.

Dambisa Moyo. Des nations africaines ont déjà fait recours aux investisseurs privés. Par exemple, le Gabon, le Ghana, l’Afrique du Sud et le Botswana. Ces États ont pu émettre des emprunts sur les marchés obligataires. Avec la crise financière contemporaine, les capitaux privés se sont réduits en Amérique du Nord et en Europe, mais pas en Chine ou au Moyen-Orient. Ces pays émergents ont un autre regard vers le continent africain. Au cours des derniers soixante ans, aucun pays n’a eu, sur la structure politique et économique de l’Afrique, un impact comparable à celui de la Chine depuis le début de ce troisième millénaire. Je pense que la Chine sera effectivement le partenaire économique et commercial étranger dominant sur le continent africain au XXIe siècle. L’Afrique a des ressources énergétiques et une main-d’œuvre jeune qui ne demande qu’à travailler.

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Makaziwe Mandela, 56 ans, économiste, anthropologue, président de l’entreprise Industrial Development Group qui travaille dans le secteur pétrolifère et minier de son pays. Makaziwe Mandela est la fille du prix Nobel Nelson Mandela et de sa première femme Evelyn Ntoko Mase. Avant d’être nommée présidente auprès de l’Industrial Development Group, elle avait travaillé près de la Development Bank of Southern Africa où elle s’était occupée du financement des actions industrielles pour des entrepreneurs femmes et de lignes d’action vers l’éducation des nouvelles générations. En 2007, Makaziwe Mandela a reçu l’International Businesswoman of The Year. Le dialogue a eu lieu à Milano Marittima à la fin du mois de mai 2010 pendant le gala international Mima Show où l’anthropologue a été invitée en qualité de conférencière.

Antonio Torrenzano. Votre Père Nelson Mandela a sacrifié toute sa vie pour la destinée de son Pays. J’aimerais commencer ce dialogue en discutant du rôle de votre papa dans l’histoire de l’Afrique du Sud.

Makaziwe Mandela. Quand mon père il commença sa clandestinité, j’avais seulement six ans. J’étais une fillette et je le rencontrais en catimini. Je suis grandie sans lui et sans comprendre pendant mon enfance parce que mon Père Nelson, il était en clandestinité. Seulement après, j’ai appris qu’il signifiait s’opposer à la ségrégation raciale, se battre pour la pleine égalité et les droits civils de tous les individus de l’Afrique du Sud. Mon Père Nelson Mandela il a changé l’histoire de mon pays. Il a mis fin à une époque dont les noirs vivaient ségrégués sans avoir ni droits civils ni liberté ni l’espoir d’un avenir différent.

Antonio Torrenzano. Dans votre pays, vous êtes considérée un point de repère.Selon vous, quels sont les nouveaux défis auxquels l’Afrique devra faire face ?

Makaziwe Mandela. En Afrique, il y a beaucoup de jeunes femmes avec une consistante expérience internationale. Ces jeunes femmes sont prêtes à donner une nouvelle contribution politique au continent entier. Les nouvelles générations des femmes africaines sont indispensables au développement de l’Afrique. Cependant, ce patrimoine féminin il se disperse rapidement parce qu’il n’a pas du soutien nécessaire. Je pense que la vision féminine est indispensable à présent parce que l’intuition féminine est plus clairvoyante et anticipatrice de besoins de l’Afrique au XXIe siècle.

Antonio Torrenzano. Croyez-vous que de l’évolution du statut politique de la femme dépendra l’avenir du continent lui-même ?

Makaziwe Mandela. Le nouveau défi sera de faire participer plus les femmes aux processus de décision politique et de gouvernance. Les femmes ont cette capacité que je définis du talent multiple ; c’est-à-dire elles réussissent à conjuguer carrière, engagement politique, maternité et famille en même temps et sans jamais perdre la vision générale de l’histoire. La conscience du rôle des femmes en Afrique est en train d’évoluer dans un sens qui permet d’être relativement optimiste. Dans la réalité quotidienne, les femmes africaines fournissent au total les deux tiers du travail humain. Sans elles, la survie des sociétés africaines ne serait pas assurée. Il n’y aura pas d’évolution décisive en Afrique sans l’évolution du statut politique de la femme.

Antonio Torrenzano

 

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Entretien avec Asha-Rose Migiro, Tanzanienne, juriste internationale, vice-secrétaire générale de l’ONU depuis le 5 janvier 2007. Avant sa nomination à vice-secrétaire générale des Nations Unies, Asha-Rose Migiro a été ministre du Développement de Communautés de la Tanzanie de 2000 à 2006, puis ministre des Affaires étrangères et du développement de 2006 à 2007. Après sa nomination aux Nations Unies, Asha-Rose Migiro se bat pour l’amélioration de conditions de vie de toutes les femmes de la planète et pour les faire participer dans une manière considérable aux processus de décision politique et de gouvernance. Asha-Rose Migiro considère cette mission comme son mandat principal de sa fonction à l’ONU autant que l’élaboration d’une nouvelle approche aux questions du développement. L’entretien a été développé dans plusieurs occasions: à Turin près du Centre de formation internationale de l’OIT, à Rome et Bologne au mois de juin 2010 pendant un séminaire international organisé par l’ancien président de la Commission Européenne Romano Prodi et par la Fondation «Fondazione per la cooperazione tra i Popoli ».

Antonio Torrenzano. Le continent africain atteindra-t-il les objectifs du millénaire avant l’année 2015 ?

Asha-Rose Migiro. L’Afrique a des difficultés à rejoindre les objectifs du millénaire, même s’il y a également d’autres régions avec les mêmes problèmes dans d’autres continents. Je voudrais ajouter de plus que la crise économique mondiale est en train de miner ou annuler les progrès achevés dans les dernières dix années. Le secrétaire général Ban Ki-Moon a utilisé tous les forums internationaux pour inciter les États, la société civile, les ONG, tous les individus de la planète à ne pas oublier les Pays à faible revenu et produire tous les efforts possibles pour que les objectifs millénaires soient atteints.

Antonio Torrenzano. Certains Pays de l’Afrique ont malgré cela enregistré un décollage économique très perceptible.

Asha-Rose Migiro. Le Malawi, par exemple, a avancé petit à petit pour ce qui concerne la productivité de son agriculture. Le choix de l’État du Malawi de soutenir ses paysans a produit des résultats excellents. Le Ghana a réalisé nombreux de progrès dans la lutte contre la pauvreté. Le Gabon même a enregistré de bons résultats contre l’analphabétisme. Le Rwanda, en revanche, a obtenu nombreux de progrès dans l’éducation maternelle et la formation primaire. En Tanzanie, le nombre d’enfants qui vont à l’école primaire est augmenté de manière considérable autant que la réduction du taux de mortalité maternelle et infantile. Mais, la situation est aussi améliorée parce que les nombreux conflits sont terminés. L’époque où les coups d’État étaient un phénomène presque quotidien, elle est dépassée.

Antonio Torrenzano. La situation budgétaire précaire des Pays donateurs est en train de faire réduire les budgets de l’aide au développement. Nombreux indicateurs indiquent que cette situation se produit déjà et que la récession ait causé une réelle diminution de l’appui financier. Quelles sont-elles vos réflexions ?

Asha-Rose Migiro. Je crois que par l’aide au développement nombreux Pays africains ont réussi à faire des progrès. La Tanzanie, par exemple, a utilisé l’aide pour améliorer ses infrastructures et pour stimuler son économie nationale. Tout cela a permis de construire des écoles et des hôpitaux.

Antonio Torrenzano

 

* Sur l’empowerment des femmes comme nouvelles interprètes d’un nouvel agenda du XXI siècle, le lecteur peut également écouter la conversation en langue anglaise de la juriste ONU Asha-Rose Migiro avec Isabelle Coleman, senior fellow près du Council on foreign relations, à l’adresse www.cfr.org/publication/15724/conversation_with_asharose_migiro_audio.html

 

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Depuis la fin de l’année 2009, l’économie mondiale a montré des signes de reprise après la crise financière, mais l’impact négatif de la récession mondiale dans les Pays à faible revenu du continent africain (surtout dans l’Afrique subsaharienne) a indiqué que la reprise sera lente et ardue. Pour les États africains, la baisse des revenus provenant du commerce, du flux de capitaux privés et des remises, elle a entrainé une réduction des ressources intérieures. Par exemple, la détérioration des termes de l’échange des marchandises et du volume des échanges commerciaux a contribué à une aggravation substantielle des balances des paiements. Mais la crise n’a pas seulement produit des répercussions économiques. La récession en Afrique a aussi un aspect humain qui touche les moyens de subsistance de millions de personnes avec l’évidente augmentation du nombre des individus vivant dans un état de pauvreté. Les effets cumulatifs de ces impacts prouvent les profondes ramifications de la crise et que la reprise en Afrique constituera un processus de grande portée.

Les données statistiques à présent suggèrent que les donateurs ne rempliront pas leurs engagements pris en 2005 et précédents à la crise financière de l’année 2007. Depuis le début de la dépression, les Pays donateurs n’ont jamais manifesté l’intention de fournir un aide supplémentaire visant à stimuler une reprise moins lente dans les Pays africains à faible revenu. La situation budgétaire précaire des Pays donateurs, au contraire, les incite à réduire les budgets de l’aide et abandonner leurs obligations en vertu des engagements précédents. Nombreux indicateurs indiquent que cette situation se produit déjà et que la récession a causé une réelle diminution de l’appui financier.

Les positions africaines présentées antérieurement au G20 de Toronto ont revendiqué l’accroissement des ressources à destination de l’Afrique afin de promouvoir l’investissement dans les institutions africaines, de permettre aux emprunteurs de participer davantage à la prise de décisions et d’accroître la proportion des fonds acheminés par l’intermédiaire de la Banque africaine de développement. Le dernier sommet de l’Union africaine, toujours avant la réunion du G20 à Toronto, a entériné le même point de vue. Toutefois, la participation des pays africains au G20 est encore limitée et les points de vue africains viennent seulement transmis à la présidence du sommet auparavant à chaque réunion. De sa part, le dernier sommet de Toronto pour ce qui concerne l’Afrique n’a pas analysé le problème ni abordé de nombreuses questions. Par exemple, comment intégrer au mieux les perspectives africaines dans les discussions mondiales dans le domaine technique qu’en matière politique? Pourquoi les effets de la crise en Afrique ne sont-ils plus au centre des discussions internationales ? Encore, quelle est-elle la possibilité de réviser le cadre de soutenabilité de la dette des Pays africains? Cette dernière discussion est encore en cours d’examen au sein du Fond monétaire international.

Affaires, donc, d’une grande actualité avant la réunion de l’ONU au mois de septembre 2010 qui sera avant tout consacré aux progrès réalisés vers l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement et qui accordera une grande attention à la performance dans la mise en oeuvre des engagements.

Antonio Torrenzano

 

* Un spécial remerciement à l’artiste-peintre Arnò pour l’image.

 

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Rigueur versus relance, voila le dilemme à quelques heures de la fermeture du sommet qui réunit pays riches et émergents dans la ville canadienne de Toronto. D’ici à ce soir, les 20 chefs d’États et de gouvernements présents au sommet devraient s’entendre sur la réduction de la dette de certains pays, tout en préservant la croissance. Les chefs d’État et de gouvernement doivent se mettre d’accord sur un texte final qui dessinerait un consensus très difficile à le préciser. «Nous sommes aux prises avec la nécessité de réduire les différences entre les points de vue au sein du G20», admettait samedi soir le porte-parole de la délégation japonaise Kazuo Kodama.

Le projet de déclaration finale du G-20 devrait contenir une subtile synthèse entre les positions américaines et les points de vue européens. Unis pour soutenir la croissance, mais divisés sur les meilleurs moyens pour consolider les faiblesses de la reprise économique mondiale. La déclaration finale sera donc une preuve de bonne volonté à coordonner les politiques à l’échelle planétaire, malgré les désaccords. La reprise reste cependant fragile et inégale et la réunion de Toronto pourrait devenir un sommet de transition en vue du prochain G20 à Séoul au mois de novembre 2010.

 Antonio Torrenzano

 

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Les dirigeants du G-8 se sont réunis hier au nord de Toronto. Les discussions poursuivront aujourd’hui dans le cadre du G-20 dans la capitale canadienne. Les réunions d’hier ont minimisé les différences internes pour ce qui concerne la manière meilleure de préserver la reprise économique naissante, mais qui reste encore fragile. Stratégie qui reste cruciale pour l’avenir de l’économie et qui sera au cœur des réunions d’aujourd’hui et demain du sommet G20.

Malgré les nombreux appels américains faits par le président Barack Obama à ne pas abandonner les mesures de soutien à l’économie, les positions de l’Europe (Britanniques compris) restent sur des plans d’austérité. Austérité retenue réaliste pour la croissance. L’UE est aussi préoccupée pour ses faibles perspectives de croissance en 2010 et 2011. Pour l’Europe, la priorité est devenue désormais la réduction des déficits budgétaires après la crise grecque et les répercussions sur la monnaie unique. Les responsables de l’Administration américaine, de leur côté, minimisent ces divergences entre Barack Obama et ses homologues européens. Une chose est sûre, les discussions entre les partisans d’une interruption des lignes d’action de soutien à la croissance et les défenseurs de plans de relance soutenus pour contrer les effets de la crise s’annoncent très serrées.

Antonio Torrenzano

 

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La réunion internationale du G20 de Toronto de samedi et dimanche 26 et 27 juin, elle devra aborder principalement deux priorités : le maintien d’une action concertée par rapport à la crise mondiale et la réforme du système financier international. À présent, le seul corollaire dont tous les acteurs internationaux se sont déclaré d’être d’accord est qu’une meilleure coordination des politiques nationales et une plus grande cohérence à l’échelle internationale sont nécessaires. Cette coordination est nécessaire pas seulement pour intervenir en temps de crise, mais aussi pour assurer la croissance mondiale et la stabilité financière en général. Le monde a besoin d’une finance régulée qui remplit de façon efficace les fonctions clés de l’activité financière. La régulation de la finance est donc, une question technique, mais aussi stratégique et politique. Les États du G20 réunis à Pittsburgh les 24 et 25 septembre 2009 n’ont que partiellement clarifié les principes de régulation de la finance internationale. La réunion internationale de Pittsburgh a produit nombreuses recommandations et décisions, mais de nombreux sujets n’ont pas été abordés.

Les sujets non abordés à Pittsburgh sont par exemple : la question sur les déséquilibres des balances courantes entre pays, au-delà d’une mission d’évaluation confiée au Fond monétaire international; la question sur la modification des règles commerciales pour y intégrer les écarts de droits sociaux et environnementaux entre les pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC); la question sur les paradis réglementaires, au-delà des paradis fiscaux; l’engagement très faible sur les normes comptables, sur les normes prudentielles contracycliques à présent inexistantes, ou sur la titrisation. Le sommet de Pittsburgh n’a pas traité tout à fait la question sur la gestion planétaire des ressources naturelles. Le sommet américain a traité de façon incomplète la réforme des institutions multilatérales et de leur mandat et dans une manière fragmentaire le dossier sur les agences de notation qui devra être mieux contrôlées par une inscription auprès des régulateurs de chaque pays et l’adoption d’un code de conduite de l’Organisation internationale des commissions de valeur. Si des progrès ont été réalisés, la communauté internationale est encore loin d’un cadre complet de régulation économique et financière au plan mondial. Au-delà de ce consensus apparent et des discussions très intenses, le débat n’a encore rien produit à ces sujets. Le sommet G20 de Toronto pourra-t-il donner une accélération à ces réformes ?

Mais, la rencontre canadienne s’ouvrira à la fin de la semaine avec de nouvelles inquiétudes : la crise de la dette publique en Europe, la chute de la monnaie unique, les incertitudes sur le moteur économique américain, les discussions sur la croissance et la relance de l’économie mondiale, la possibilité de convaincre la Chine de contribuer à la sortie de crise par la réévaluation de sa monnaie. Sur ce dernier point, la Chine a déjà annoncé l’abandon du lien fixe du yuan avec le dollar en ouvrant la voie à une appréciation limitée de sa monnaie. Les doutes restent, au contraire, nombreux sur la question des plans de relance. La vision américaine est totalement keynésienne, c’est-à-dire maintenir avant que la reprise mondiale ne soit établie, toutes les mesures nationales adoptées depuis le début de la crise en 2008. Cette vision a été ultérieurement clarifiée par la dernière lettre que le président Barack Obama a adressée aux membres du G20, mais dans une manière particulière à l’Europe. Les États-Unis s’inquiètent de l’effet que pourraient avoir les mesures européennes d’austérité sur la croissance. Mesures prises par les 27 États membres de l’UE au mois de juin. Aussi sur ce point donc, l’opposition entre l’Europe et les États-Unis n’a jamais été aussi grande. Sur cette question, la réunion de Toronto pourra-t-elle remédier ? Par quels moyens ? Ceux déjà adoptés ou des nouveaux ? Malgré une augmentation de la croissance depuis le début de l’année, la reprise mondiale a donné jusqu’aujourd’hui des signes inquiétants de fragilité. La communauté internationale se trouve à présent dans un carrefour névralgique pour la construction d’une nouvelle architecture de l’économie mondiale. Le sommet de Toronto pourra-t-il produire des avancées réelles ? Le consensus théorique montré par la communauté internationale dans les « G » de Washington à Pittsburgh deviendra-t-il pratique ?

Antonio Torrenzano

 

 

 

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Depuis le début de la crise financière mondiale au mois de septembre 2008 par la faillite de la banque Leheman Brothers, le G-20 a été perçu comme le forum le plus efficace pour diriger les efforts mondiaux visant à contenir la crise et à atténuer ses répercussions. Les dirigeants du G-20 se sont réunis avant de Toronto à trois occasions pour stabiliser le système financier, pour coordonner les lignes d’action économiques nationales afin de guider l’économie mondiale vers la reprise, et pour assurer que les institutions financières internationales reposent sur des bases consistantes et qu’elles possèdent les ressources nécessaires. Les causes de cette crise financière sont désormais assez bien identifiées et peuvent se résumer aux excès de l’endettement, à la dilution des risques, à la complexité des produits financiers et à l’insuffisance de la régulation. Mais, cette chronologie pour avoir une vision encore plus mondiale devrait-elle inclure aussi les aspects énergétiques, alimentaires, environnementaux et les répercussions produites dans le pays sous-développé. Les instruments utilisés pour résorber la crise ont été multiples : nationalisations temporaires, injection de liquidités, garanties de la puissance publique et protection renforcée des déposants. Mais jusqu’à aujourd’hui, la partie n’est pas encore gagnée !

Le premier Sommet des dirigeants du G-20 s’est tenu à Washington, les 14 et 15 novembre 2008. Le Sommet du G-20 sur les marchés financiers et l’économie mondiale a donné naissance au Plan d’action du G-20 qui présente des mesures visant à stabiliser l’économie mondiale et à prévenir d’autres crises ultérieures. Les dirigeants du G-20 ont souligné l’importance cruciale de rejeter le protectionnisme et ont présenté des plans de relance coordonnés. Dans leur ensemble, ces mesures ont constitué la plus importante initiative de stimulation budgétaire et monétaire et le plus vaste déroulement prévu de soutien du secteur financier des Temps modernes.

Les dirigeants se sont réunis une deuxième fois à Londres, les 1er et 2 avril 2009. Dans le cadre du Sommet de Londres, les dirigeants ont poursuivi le travail qu’ils avaient commencé à Washington et ont annoncé une contribution sans précédent de 1,1 billion de dollars américains afin de rétablir le crédit, la croissance et les emplois dans l’économie mondiale. Cet engagement comprenait un apport de 750 milliards de dollars pour le Fonds monétaire international, de 100 milliards de dollars en prêts supplémentaires pour les banques multilatérales de développement, ainsi que de 250 milliards de dollars pour appuyer le financement du commerce. Seulement après les sommets de Washington et Londres, la communauté internationale a enfin décidé dans un monde globalisé des logiques de coordination sur divers plans : au plan monétaire par l’action concertée des banques centrales sur les taux d’intérêt et l’injection de liquidités; au plan politique par des plans concertés et des initiatives lancées en vue de renouveler les règles du système financier international. La régulation de la finance est donc une question technique, mais aussi, et surtout, stratégique et politique. Cette coordination à la fois réelle et fragile reste encore insuffisante dans deux domaines : pour ce qui concerne les normes prudentielles et pour ce qui concerne les normes comptables.

Pour donner suite aux mesures adoptées à Londres, les dirigeants du G-20 se sont réunis une troisième fois, à Pittsburgh, les 24 et 25 septembre 2009. Le Sommet de Pittsburgh a permis seulement de désigner le G-20 à titre de principale enceinte pour la coopération économique internationale, conférant ainsi au Groupe le mandat de poursuivre son travail après la présente crise économique. Mais à Pittsburgh, ce qui n’était pas encore connu ils étaient : les conséquences tangibles sur l’économie réelle comme la baisse de la croissance et augmentation du chômage; l’impact sur les finances publiques et les répercussions sur le niveau d’endettement des États; la durée et l’ampleur de la crise. Sur la durée et l’ampleur de la crise, la question était la suivante : la récession se déroulera-t-elle uniquement en 2009 ou pourra-t-elle se prolonger en 2010 ? À Pittsburgh, les dirigeants ont convenu enfin de se rencontrer de nouveau au Canada et en Corée en 2010. Les principales déclarations du G20 de Pittsburgh peuvent s’analyser en recommandations, décisions et sujets non abordés. Pour ce qui concerne les décisions, le G20 devient l’instance de régulation économique et financière alors que le G8 ne traitera plus que des questions politiques et militaires. La réforme des quotes-parts du FMI (transfert de 5% des droits de vote) se fera au bénéfice de la Chine, de la Turquie et de la Corée. La charte du Conseil de stabilité financière a été adoptée par la réunion de Pittsburgh et le CSF devient l’instance clé de la régulation financière internationale.

Mais, entre la fin de l’année 2009 et le milieu de l’année 2010, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. La crise grecque de mai 2010 est plus grave que celle de 2008 parce qu’elle concerne d’abord la solvabilité des États et non pas uniquement celle des banques ou l’endettement privé. La nouvelle question qui se pose à la communauté internationale est donc : un État très endetté peut-il créer de la croissance et de l’emploi et ne pas ruiner les politiques sociales déjà fragiles ? Le sommet canadien du G20 devra non seulement donner suite aux engagements pris lors des réunions précédentes, mais répondre à ces nouvelles incertitudes.

Antonio Torrenzano

 

* Un remerciement particulier au photoreporter John Vetterli pour l’image de la ville de Toronto.

 

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Le Canada accueillera le quatrième Sommet des dirigeants du G-20, les 26 et 27 juin à Toronto. En 2008, au début de la crise financière née au cours de l’été 2007, les dirigeants du G-20 se sont réunis pour la première fois à Washington afin d’apporter une réponse coordonnée à la crise économique mondiale. Le Sommet de Washington a été suivi du Sommet de Londres (avril 2009), puis de celui de Pittsburgh (septembre 2009), dans le cadre duquel les dirigeants ont désigné les réunions économiques du G-20 comme le principal forum pour la coopération économique internationale.

Au cours de ces trois sommets, les dirigeants ont cherché à développer une réponse internationale coordonnée à la crise. Ils ont mis en œuvre un plan de relance afin de rétablir la confiance et se sont entendus sur les mesures à prendre pour resserrer la réglementation financière. Les dirigeants se sont aussi engagés à réformer les institutions financières internationales et ils ont convenu de faire la promotion des échanges commerciaux et de résister au protectionnisme.

Ce nouveau Sommet du G-20 à Toronto devra permettre aux dirigeants de donner suite à leurs engagements antérieurs et de poursuivre leurs efforts en vue de bâtir une économie mondiale plus sûre et moins instable. La réunion internationale à Toronto sera axée encore sur la crise économique mondiale qui depuis deux ans et demi n’est pas finie ainsi que sur la mise en œuvre des engagements pris lors des précédents sommets du G-20 tout en jetant les bases pour une croissance équilibrée.

Antonio Torrenzano

 

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L’histoire économique de ces trois ans, de la faillite de Lehman Brothers à la crise de l’euro, a vu une répétition des chocs économiques qui continuent à bouleverser la communauté internationale. Comment en est-on arrivé là ? La crise cessera-t-elle? Voilà, alors, une petite chronologie des événements sur ces temps de restrictions. Commençons.

Première phase. Cette première crise financière du XXI siècle, affirme Jacques Attalì, s’explique très largement par l’incapacité de la société américaine à fournir des salaires décents aux classes moyennes; elle les pousse alors à s’endetter pour financer l’achat de leur logement, entraînant une croissance de la valeur des patrimoines et de la production. Les subprimes, ces crédits immobiliers produits aux États-Unis entre 2003 et 2007, ont été en effet le déclencheur de la crise. De quoi s’agit-il ? Ce produit financier consiste à vendre à un emprunteur financièrement illettré un crédit dont les échéances augmentent très vite au fil du temps. Ses revenus lui permettent de payer les premières, mais pas les suivantes. Encore, les producteurs de ces crédits ne les gardaient pas dans leur bilan et les faisaient aussitôt transformer par les banques d’affaires de Wall Street en produits financiers vendus aux investisseurs institutionnels du monde entier comme produits d’investissement avec une bonne notation, un bon rendement. Les subprimes titrisés étaient ainsi en apparence très séduisants. Cette technique, apparue aux États-Unis dans la décennie 1980, a été appliquée d’abord aux crédits hypothécaires classiques, puis aux flux générés par les cartes de crédit, puis pratiquement à tous les types de délai de paiement. Cette technique crée aux États-Unis, elle s’est développée sans freins, sans de limites, sans de vérifications dans le monde entier. Première sonnette d’alarme ? À fin de l’année 2006 et début de l’an 2007 par les premiers bruits et l’augmentation de taux de défaut des subprimes produits et titrisés parmi l’année 2003 et l’année 2006. Ce premier signal est suivi au mois d’août 2007 par un inconvénient généralisé du marché interbancaire. Inconvénient intervenu dans tous les pays d’Europe au même moment et peu remarqué par l’opinion publique en vacances estivales. C’était le premier indice d’une grave crise de confiance. Dans la même année, mais dans cette occasion en automne, les marchés de tous les crédits titrisés subissent une nouvelle augmentation de défaut et un premier sinistre de taille limitée se produit en Grande-Bretagne près de la banque Nothern Rock. Banque commerciale que le gouvernement britannique sauva par une nationalisation immédiate.

Deuxième étape. Au début de l’année 2008, sous l’effet de la récession des économies, les risques de crédit montent fortement provoquant l’écroulement de tous les produits financiers à base de crédits titrisés. La communauté économique internationale découvre aussi les premières faillites des principaux opérateurs de ce marché. Des banques commerciales comme Bear Stern, Merrill Lynch, elles sont sauvées par d’autres banques plus robustes. Les principaux assureurs spécialisés dans ce secteur doivent être recapitalisés par leurs actionnaires. La société d’assurance AIG, qui avait été très active dans ce secteur, elle est sauvée par une aide monétaire du gouvernement américain. Mais, c’est la faillite de Lehman Brothers qui jette le monde dans la panique. À partir de ce moment, la crise des subprimes dégénère en crise bancaire. La panique gagne, les banques cessent d’accorder du crédit, l’économie est au bord de l’asphyxie. Le système avait perdu presque toutes les boussoles qui avaient gouverné le monde d’avant-hier. La belle époque bancaire des années 2000/2007 était terminée. L’économiste et philosophe Frédéric Lordon sur cette absurde situation affirmera : «La finance de marché a eu la propriété à faire voir dans une longue période les résultats catastrophiques d’une situation où tous les agents sont simultanément laissés libres de poursuivre frénétiquement leurs intérêts… Et si même des catastrophes de cette magnitude ne parviennent pas à dessiller l’escouade des experts, on se demande quel degré de convulsion il faudra atteindre pour obtenir d’eux le premier doute ». La communauté internationale s’interroge vers où aller. Quelle nouvelle direction prendre par quel genre de boussole ?

Troisième phase. Les États occidentaux s’endettent hors de proportion pour sauver leurs banques et relancer l’économie. Les finances publiques jouent dans ce contexte un rôle de pompier pour éteindre l’incendie. Entre la fin de l’année 2008 et le milieu de l’année 2009, la crise de la finance privée se convertit en gonflement de la dette publique et en crise sociale. Dans les pays occidentaux, le chômage grimpe très vite avec un taux à deux chiffres, mais les Bourses stimulées par le nouvel afflux d’argent public et par des taux d’intérêt quasi nuls reprennent leurs affaires quotidiennes.

Quatrième étape. L’attaque spéculative sur la dette souveraine des pays de l’Europe est à présent la dernière phase de cette chronologie. L’attaque, il a commencé par la révélation du maquillage du déficit public grec effectué avec l’aide de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. Le 3 mai 2010, les ministres des Finances de la zone euro adoptent un plan d’aide à la Grèce de 110 milliards d’euros. La semaine suivante, dans la nuit du 9 au 10 mai, les mêmes adoptent un fond de 750 milliards d’euros en ayant comme objectif celui de protéger la monnaie unique contre de nouvelles attaques par la spéculation financière internationale et interdire un possible effet domino aux autres États de l’UE. « La crise, affirme Pierre Rimbert, elle a fait découvrir la fragilité d’une construction qui, depuis son origine, repose sur un pari : l’union douanière et monétaire entraînera l’union politique et populaire ».

Antonio Torrenzano

 

 

* Bibliographie électronique.

– Benoit Coeuré (sous la direction de), « Le monde a-t-il encore besoin de la finance ? », les cahiers du Cercle des économistes, Paris, éditions PUF, 2010.

– Bertrand Jacquillat (sous la direction de), « 1929-2009 : Récession (s) ? Rupture (s) ? Dépression (s) ? », les cahiers du Cercle des économistes, Paris, éditions PUF, 2009. Le Cercle des économistes réunit trente économistes qui ont le souci d’associer réflexion théorique et pratique de l’action.

– Jacques Attalì, « Survivre aux crises », Paris, éditions Fayard, 2010.

– Jacques Attalì, « La crise et après ? », Paris, éditions Fayard, 2009.

– Roger-Pol Droit et François Henrot, « Le Banquier et le Philosophe », Paris, éditions Plon, 2010.