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L’ordre du jour du G-8 à Deauville sera sûrement dominé par l’aide aux pays du printemps arabes. Les démocraties occidentales devraient, à Deauville, s’engager dans un possible partenariat de longue durée avec les pays qui vivent ce réveil dans la Rive-Sud de la Méditerranée.

Le sommet devrait délibérer de mesures immédiates pour la Tunisie et l’Égypte. Ces deux pays ont chiffré leurs besoins de financement à, respectivement, 25 milliards de dollars sur cinq ans et une douzaine de milliards jusqu’à la mi-2012. L’Administration américaine a déjà communiqué la semaine dernière un plan d’aide de plusieurs milliards de dollars pour encourager la démocratisation, le même effort devrait être soutenu de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Aussi la Banque mondiale par un communique de presse a déclaré qui pourrait débourser jusqu’à 6 milliards si les réformes se poursuivent.

Cinq mois après le début des soulèvements, ce bouleversement historique atteint Deauville où les Pays du G-8 discuteront de cette métamorphose du monde arabe.

Antonio Torrenzano


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L’aide au développement pour l’Afrique sera le thème de la deuxième journée du sommet de Deauville. Hommage des pays du G8 aux démocraties émergentes dans le monde arabe comme en Afrique. Les présidents de la Côte d’Ivoire, du Niger et de la Guinée, récemment élus, seront à Deauville les 26 et 27 mai en qualité d’invités du G8. Les trois chefs d’État africains auront un déroulement prévu très chargé : outre la négociation de partenariats avec les pays du G8, ils retrouveront d’autres dirigeants africains à l’origine de la création du nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Un traité international régional qui comprend déjà l’Algérie, l’Égypte, l’Éthiopie, le Nigeria, le Sénégal et l’Afrique du Sud.

Depuis la fin de l’année 2010, l’économie mondiale a montré des signes de reprise après la crise financière, mais l’impact négatif de la récession mondiale dans les pays à faible revenu du continent africain a été très marquant. Cette crise est en train encore de produire pauvreté et instabilité dans l’Afrique subsaharienne, mais aussi en Guinée ou au Niger. Ces deux derniers États, par exemple, font partie des pays les plus pauvres du monde malgré leurs importantes richesses minières. Pour les États africains, la baisse des revenus provenant du commerce et du flux de capitaux privés, elle a entrainé une réduction des ressources intérieures. Mais la crise n’a pas seulement produit des répercussions économiques. La récession en Afrique a aussi un aspect humain qui touche les moyens de subsistance de millions de personnes avec l’évidente augmentation d’un grand nombre des individus vivant dans un état de pauvreté.

Les positions africaines présentées antérieurement au G20 de Toronto et soulignées au sommet de Séoul revendiquaient déjà un possible accroissement des ressources à destination du continent. Comme encore la question politique d’intégrer au mieux les perspectives africaines dans les discussions mondiales dans le domaine technique qu’en matière politique et économique. La participation des pays africains aux réunions du G20 reste encore limitée et les points de vue du continent viennent seulement transmis à la présidence du sommet auparavant à chaque réunion. Les deux derniers sommets de Toronto et de Séoul n’ont pas abordé ces nombreuses questions et ces revendications restent encore sans des solutions concrètes ou de réponses exhaustives. Affaires, donc, d’une grande actualité à Deauville.

Antonio Torrenzano


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Le groupe des huit grands pays industrialisés se réunira jeudi et vendredi à Deauville pour son 37e sommet. La France cumule cette année les présidences du G8 et du G20. Déchargé de la gestion des grands dossiers économiques, désormais traités à l’échelon du G20 avec les pays émergents, le G8 est en quête d’une nouvelle légitimité. Le groupe cependant représente encore 65% de la richesse économique mondiale et les deux tiers du commerce international.

Pour que le G8 continue à vivre, la présidence française a proposé de revenir à « l’esprit de Rambouillet », du nom du lieu du premier sommet de ce qui n’était alors que le G6, en 1975. La France a retenu comme priorités pour ce sommet, prélude à celui du G20 au mois de novembre à Cannes, les enjeux d’internet, la sécurité dans le monde et l’aide au développement de l’Afrique. Sur ce dernier point, neuf chefs d’État et de gouvernement du continent africain ont été invités vendredi à Deauville. Mais les événements internationaux de ces cinq derniers mois ont largement modifié l’ordre du jour de Deauville. L’économie mondiale, par exemple, reste encore très volatile et cette faiblesse demeurera aussi dans les années qui viennent. La reprise des pays du G7 n’a pas été chorale, malgré une politique de relance de grande ampleur. Aux États-Unis par exemple, malgré les très forts efforts, le chômage reste stable autant que dans certains Pays de l’Europe. Parallèlement, le déficit et la dette sont augmentés tant en valeur absolue qu’en comparaison avec les pays émergents et les primes de risque liées à la dette des pays avancés dépassent en moyenne celles des pays émergents. Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, cette situation ne répond pas à l’attente des responsables politiques et économiques qui avaient focalisé leurs efforts de politique économique sur la stimulation de la croissance dans la période qui a suivi la crise.C’est une économie mondiale dans laquelle il faudra naviguer prudemment.

Le réveil du monde arabe autant que la situation en Syrie, en Libye et au Yémen sera au centre du dîner de jeudi soir, ainsi que les possibles et nouvelles relations avec le monde islamique. La Tunisie revendique 25 milliards de dollars sur cinq ans et l’Égypte évalue entre 10 et 12 milliards ses besoins pour tenir jusqu’à mi-2012. Aussi les insurgés libyens exigent une aide financière. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a pour sa part annoncé son intention de développer ses activités vers l’Afrique du Nord et le Proche-Orient. Selon l’Élysée, le sommet du G8 devrait s’engager dans un « partenariat de longue durée » avec les pays du printemps arabes, comme celui qui avait été instauré avec les ex-pays communistes d’Europe centrale et orientale après la chute du mur de Berlin en 1989. La région Méditerranée est en train de vivre une transformation politique monumentale et les manifestations populaires dans les pays de la Rive-Sud ont entamé un premier processus d’instauration de la démocratie. De manière sans doute moins visible à tous, la Méditerranée est en train de connaitre une autre renaissance, tout aussi important en matière de géopolitique.

La démission du directeur général du Fonds Monétaire International et sa succession pèseront enfin jeudi et vendredi à Deauville sur un sommet du G8 déjà bousculé par une économie mondiale encore très volatile, le printemps arabe et la catastrophe nucléaire de Fukushima. L’Union européenne paraît décidée à obtenir qu’un Européen succède à Dominique Strauss-Kahn. Une perspective contestée par certains grands pays émergents, qui toutefois seront absents à Deauville. La station balnéaire alors offrira-t-elle aux dirigeants français, allemand, britannique et italien une occasion de convaincre leurs homologues américain, canadien, japonais et russe ?

Antonio Torrenzano


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Conversation avec Fatima Bhutto, écrivaine, journaliste. Héritière de la puissante famille des Bhutto qui a longtemps dominé la vie politique pakistanaise. Comparés aux Kennedy, les Bhutto sont une riche et puissante famille qui a dominé la vie politique du Pakistan. Zulfiqar Ali Bhutto, le père de Benazir, a dirigé le Pakistan dans les années 1970 avant d’être renversé par un coup d’État et exécuté par le dictateur Zia ul-Haq. Fatima Bhutto avait seulement 14 ans lorsque son père a été abattu devant les grilles de leur maison de Karachi, à quelques encablures de la chambre où la jeune fille se cachait avec son petit frère. Elle n’a pas oublié. Elle a vécu l’assassinat de sa tante, treize ans plus tard, comme une répétition de la malédiction tragique qui semble frapper sa famille. Fatima Bhutto est également autrice de nombreux essais, traduits dans plusieurs langues étrangères, dont «Le chant du sabre et du sang». L’entretien avec l’autrice a eu lieu à Rome au mois de mars 2011.

 

Antonio Torrenzano. Pourquoi la voix des femmes est-elle presque absente de la politique mondiale ?

 

Fatima Bhutto. Dans ce temps de pensée complexe, la vision féminine serait une très bonne approche pour ce qui concerne les principes de la transparence, de la responsabilité, de la démocratie. La vision féminine a la capacité à définir les situations de façon simple, à nommer les problèmes de façon claire. La pensée chercheuse est aussi audacieuse ; elle n’a pas peur de se jeter dans le gouffre du néant, d’abattre les idoles ; elle ne recule pas devant le risque du saut. La pensée chercheuse féminine est laborieuse et dynamique. Dans ce temps présent, un nouveau parcours de justice sociale et économique il serait nécessaire.

 

Antonio Torrenzano. Pourquoi le fantôme du fondamentalisme a-t-il rendu aveugle le monde occidental ?

 

Fatima Bhutto. L’occident croit que nous sommes tous des fondamentalistes. Tout le monde, par exemple, il croit encore que mon Pays ne connait pas le principe de la tolérance ou le principe de la sécularisation. Aujourd’hui, cette aggravation des circonstances a bloqué chaque possibilité d’avoir un dialogue durable entre les cultures, mais surtout clairvoyant. Je ne peux qu’exprimer mon embarras. C’est une tragique erreur.

 

Antonio Torrenzano. Votre dernier essai, c’est l’hommage d’une fille à son père trop tôt disparu. Encore, votre livre «Le chant du sabre et du sang» raconte la saga d’une famille de riches propriétaires descendants d’une caste de guerriers du Rajasthan qui deviennent les décideurs politiques du Pakistan. Quel est votre rapport avec la peur ?

 

Fatima Bhutto. Mon rapport avec la peur est long et tourmenté. Dans mon dernier livre, j’en parle. J’avais 14 ans quand mon père a été abattu devant les grilles de notre maison de Karachi. Deuil que je n’oublierai jamais.

 

Antonio Torrenzano

 

 

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Conversation avec Ali Al Isawi, ancien ambassadeur de la Libye en Inde. Aujourd’hui, représentant pour les affaires étrangères du Conseil national de transition (CNT) de Benghazi. L’entretien a eu lieu a Rome pendant la visite du représentant auprès du Ministère des Affaires étrangères italiennes à la fin du mois de mars 2011.

Antonio Torrenzano. Pour le Conseil national de transition existe-t-il une possibilité de solution diplomatique au conflit ? Une négociation avec des médiateurs internationaux désintéressés, sans implications au conflit, pourrait-elle être un point de départ ?

Ali Al Isawi. Pour le Conseil national de transition, il n’ y a pas aucune possibilité de solution diplomatique à cette crise si le régime Ghadafi ne quitte pas le Pays. Nous n’accepterons aucune initiative pour un règlement politique si le départ de Kadhafi et de ses fils de Libye ne figure pas en tête. Comme nous n’accepterons aucune initiative qui peut porter à une division de la Libye.

Antonio Torrenzano. Quel est-il votre étude de réforme pour la Libye?

Ali Al Isawi. Notre révolte veut consolider en Libye un procès de réformes démocratiques. Nous voulons créer de nouvelles institutions dans lesquelles toute la communauté libyenne pourra affirmer son opinion et prendre de décisions démocratiques pour l’avenir de la Libye. Un parcours politique de réformes pour démocratiser notre Pays et mettre fin aux discriminations régionales dans le respect de la souveraineté et le maintien de l’unité du pays.

Antonio Torrenzano. Selon le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), près de 500.000 personnes ont fui les violences en Libye.

Ali Al Isawi. Le conflit, il a provoqué déjà presque de 7.000 morts, 20.000 blessés et 10.000 disparus. Notre priorité est de défendre la population civile.

Antonio Torrenzano

 

 

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Le conflit en Libye est dans une situation d’impasse. Après deux mois de l’insurrection et après un mois de bombardements de la part de l’OTAN, il apparaît clair de plus en plus que la situation dans le terrain est incertaine et désordonnée. Malgré l’appui des frappes de l’OTAN, les insurgés ne parviennent pas à s’imposer. Les familles claniques libyennes sont mécontentes et la communauté internationale occidentale a sous-estimé la structure sociale de la Libye qui est restée fortement tribale. Le danger ? C’est une balkanisation de la méditerranée.

Le conflit en Libye est différent de celui en Tunisie et de celui en Égypte. En Tunisie et en Égypte, les révoltes populaires ont grandi progressivement en quelques semaines, s’organisant peu à peu et s’unifiant sur des revendications claires. Tout ça, il a permis de chasser les tyrans. En Libye, au contraire, la révolte spontanée a été rapidement récupérée et transformée en guerre civile entre tribus. Après la révolution de 1969, le colonel Kadhafi s’est appuyé sur les tribus de l’ouest pour construire son pouvoir en défavorisant les familles claniques de l’est du pays. La révolte d’aujourd’hui est le résultat de ces anciennes discriminations entre régions et entre familles claniques. L’issue du conflit devra donc arriver par une nouvelle et forte négociation diplomatique qui devra recomposer les intérêts et les attentes de toutes les familles claniques du pays.

Les deux extrêmes du dilemme seraient alors : de promouvoir une cessation immédiate des hostilités et le départ de Ghadafi en assurant au colonel l’impunité à l’étranger dans un autre État africain qui ne devra pas être membre du statut juridique de la Cour pénale internationale. De continuer sur la rue de l’intervention militaire et la possible et future incrimination pénale de Ghadafi. La première solution aurait pour objectif de sauvegarder toute la population civile, d’empêcher d’autres victimes et de massacres, un possible retour à la paix par une réunion de toutes les tribus du Pays vers une nouvelle transition historique de la Libye. Mais, de manière évidente, cette solution serait une défaite pour la justice internationale et pour le rôle développé par la même Cour internationale. La deuxième possibilité, au contraire, aurait d’autres graves risques : une progressive usure de la situation, une possible augmentation des victimes civiles, de nouvelles et possibles complications internationales, une victoire pas sûre ni escomptée à présent de la part des insurgés.

Une instabilité durable dans la Mer méditerranéenne est à éviter.

 

Antonio Torrenzano


 

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Conversation avec Stéphane Hessel, écrivain, diplomate, cosmopolite. Né à Berlin, dans une famille d’origine juive luthérienne polonaise prussienne, immigré à Paris à 7 ans, bachelier en philosophie à 15, deux fois reçu à École Normale Superieure, d’abord comme élève étranger puis comme français naturalisé. Arrêté par la Gestapo en 1944, déporté à Buchenwald et Dora, il survivra, comme dit-il toujours, qu’à de constants concours de circonstances favorables. À la Libération, reçu au concours du Quai d’Orsay, il entame une carrière de diplomate auprès des Nations Unies. Le 1945, le voit au service de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme aux Nations Unies, dans la proximité de René Cassin. Sa carrière de diplomate le mènera en Afrique, à Saigon, à Alger, à Genève, à New York, au Burundi au service de thématiques centrées sur la coopération internationale, l’aide au développement (PNUD-ONU), la promotion culturelle des immigrés, la réconciliation entre les hommes. Son combat pour les droits de l’homme et le développement lui a valu en 2004 le Prix nord-sud du Conseil de l’Europe. Auteur de nombreux essais traduits dans plusieurs langues étrangères dont «Danse avec le siècle», autobiographie publiée en 1997 aux éditions Seuil; «Dix Pas dans le nouveau siècle», Paris, éditions Seuil, 2002;«Citoyen sans frontières» conversations avec J.M.Helvig en 2008 et son dernier pamphlet « Indigniez-vous», collection ceux qui marchent contre le vent, Montpellier, Indigène éditions, 2010; «Engagez-vous», entretiens avec Gilles Vanderpooten, Paris, éditions de l’Aube, mars 2011. Le dialogue a eu lieu à Strasbourg au mois de février 2011 pendant la 5e session des Dialogues de Strasbourg en faveur des droits de l’Homme et de la démocratie organisés par le Conseil de l’Europe et la ville de Strasbourg près du Palais de congrès et de la musique. Le débat a été introduit par Mme Maud de Boer-Buquicchio et a été modéré par le journaliste Jacques Fortier.

 

Antonio Torrenzano. Les déferlantes révoltes dans l’Afrique du Nord revendiquent le respect des règles du jeu, la fin du favoritisme et de la corruption généralisée. Les jeunes revendiquent d’être les nouveaux sujets de leurs pays en soulignant avec ces protestations que la classe dirigeante est déconnectée des réalités. Aspirations qui me semblent identiques au reste du monde : liberté de pensée, liberté d’expression, liberté de choisir leurs gouvernants, transparence dans la gestion des biens publics. Encore, ces événements naissent d’attentes de gens ordinaires qui sont tous de jeunes hommes et de jeunes filles. Et dans la Rive-Sud de la Méditerranée, les jeunes sont la société. Ces jeunes réclament avec la force de leurs vingt ans leur avenir.

 

Stéphane Hessel. C’est souvent à travers des formes plus ou moins organisées de la société civile qu’émergent dans le champ politique les nouvelles questions. Les révoltes montrent que tous les pouvoirs sont justiciables et tenus de rendre des comptes. En particulier, tout pouvoir public est justiciable. Toute souveraineté est limitée et chaque État est tenu de rendre des comptes non seulement à ses propres citoyens, mais aussi aux instances internationales compétentes. Ces mouvements de contestation sont parvenus à faire précipiter des autocrates vers leurs chutes. Le manque du respect des règles du jeu a révélé de manière exemplaire un défaut de cohérence et un déficit majeur de légitimité. Ces initiatives populaires devraient maintenant susciter l’organisation d’une réunion régionale pour un nouveau consensus partagé des peuples des deux rives.

 

Fabio Gualtieri. L’accessibilité de l’information par l’action de nouvelles technologies et de médias a déjà permis aux jeunes de construire leurs propres points de vue sur la réalité du monde. Comment faire alors pour donner aux jeunes la gestion et la responsabilité de ces nouveaux défis ?

 

Stéphane Hessel. Les actions de jeunes déjà existantes pour le changement social sont innombrables. La responsabilité et la participation des nouvelles générations dans la construction du monde d’aujourd’hui et de demain sont plus que jamais fondamentales.Les jeunes n’ont pas seulement une grande énergie, mais aussi une vision commune de l’avenir. Malheureusement, cette force n’est pas considérée à sa juste valeur. Les jeunes sont particulièrement conscients des nombreux défis auxquels ils sont confrontés, de la complexité et de la gravité des problèmes dans le monde présent et à venir. Ils ne sont pas satisfaits des systèmes contemporains : politiques, économiques, sociaux. Toutefois, ils sont prêts à s’occuper du monde tel qu’il est et à prendre la responsabilité de le changer. Ils sont parfaitement conscients de leur responsabilité dans une telle démarche.

 

Antonio Torrenzano. Alexis de Toqueville disait : « Il faut prendre garde de juger les sociétés qui naissent avec les idées de celles qui ne sont plus ». L’analyse de notre temps présent est-elle donc correcte ? Croyez-vous que la classe dirigeante a elle bien compris cette nécessité ?

 

Stéphane Hessel. Ce sont les nouvelles générations qui devront apporter, comme toutes les autres, leur contribution au chef d’oeuvre de la vie sur cette planète. Il est important de donner cette responsabilité à cette nouvelle génération pour la construction du XXIe siècle. La vision des jeunes doit être prise en considération de façon sérieuse.

 

Claudio Poletti. Avons-nous besoin d’une organisation des Nations Unies encore plus forte et solide ?

 

Stéphane Hessel. Nous avons terriblement besoin de cette Organisation mondiale forte et qui puisse surmonter ces faiblesses. L’ONU n’est pas une entité abstraite. À mon sens, il ne s’agit pas d’améliorer l’ONU, il s’agit de réaffirmer le primat de cette institution sur les États membres. Le système des Nations Unies constitue, aujourd’hui, le maillon faible de l’élaboration de règles mondiales. Nous devons nous engager pour un nouveau processus évolutif et pragmatique de réforme des Nations Unies qui s’inspireraient de la démarche suivie par la Communauté européenne. Nous devons stimuler ce débat afin d’avoir une formulation complète.

 Fabio Gualtieri, Claudio Poletti,

Antonio Torrenzano

 

*Un remerciement particulier au service de presse du Conseil de l’Europe pour l’image de Stéphane Hessel. L’image est du photoreporter Candice Imbert.

 

 

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Le texte « Penser la Méditerranée et méditerranéiser la pensée » est un extrait d’un colloque tenu par le professeur Edgar Morin pour la Chaire Averroes, Université Cadi Ayayad, éditions de l’UNESCO, au mois de décembre 2001. Au vu de ce vent de changement soufflant sur la région, l’Europe doit penser à revoir les bases sur lesquelles seront reconstruites ses politiques moyen-orientales. Ce carnet numérique retient que cette analyse est encore très contemporaine. Un point de repère pour l’Europe duquel partir de nouveau. Espérons-le… !

 

« Le monde est de plus en plus soumis à une pensée à la fois linéaire, quantitative, spécialisée. Une telle pensée ne perçoit que la causalité mécanique alors que tout obéit de plus en plus à la causalité complexe. Elle réduit le réel à tout ce qui est quantifiable, devient aveugle à la souffrance, la joie, la passion, la poésie, le bonheur et le malheur de nos vies. Elle produit l’aveuglement, non seulement sur l’existence, le concret, l’individuel, mais aussi sur le contexte, le global, le fondamental.

 

Elle entraîne un morcellement, une dilution et finalement une perte de la responsabilité. Elle favorise à la fois les rigidités de l’action et le laxisme de l’indifférence. Elle contribue fortement à la régression démocratique dans les pays occidentaux où tous les problèmes devenus techniques échappent aux citoyens au profit des experts et où la perte de la vision du global et du fondamental laisse libre cours, non seulement aux idées parcellaires les plus closes, mais aussi aux idées globales les plus creuses, aux idées fondamentales les plus arbitraires, y compris et surtout chez les techniciens et scientifiques eux-mêmes (d’où le primat du programme au détriment de la stratégie, l’hyperspécialisation au détriment de la compétence générale, la mécanicité au détriment de la complexité organisationnelle).

 

Elle ignore l’individu vivant et sa qualité de sujet, donc les réalités humaines subjectives. La logique d’efficacité, prédictibilité, calculabilité, hyperspécialisation, chronométrie s’est répandue hors du secteur industriel, notamment dans le monde administratif où son organisation était déjà préfigurée dans l’organisation bureaucratique. Elle s’est emparée de nombreux domaines de l’activité sociale : comme l’a dit Giedeon, la mécanisation prend les commandes.

 

Elle devient maîtresse d’abord dans le monde urbain, puis dans le monde rural où elle transforme les paysans en agriculteurs et banlieusardise bourgs et villages… Elle envahit la vie quotidienne: elle règle voyages, consommation, loisirs, éducation, services et provoque ce que George Ritzer appelle la macdonaldisation de la société. Elle se répand sur la planète. Ainsi, la rationalité close produit de l’irrationalité. La « pensée unique » n’est qu’un rameau économique de la pensée réductrice disjonctive qui règne dans tous les domaines et qui commande également les pourfendeurs de cette pensée unique. La pensée disjonctive et la pensée réductrice, incapables de relever le défi des problèmes planétaires, sont tout aussi incapables de traiter les problèmes méditerranéens. La pensée quantitative ne peut qu’être aveugle aux qualités méditerranéennes.

 

C’est le Nord qui a hyper développé la pensée réductrice, quantitative, disjonctive. La pensée du Nord anglo-saxon est faite pour aménager, traiter la prose de la vie, les problèmes d’organisation techniques, pratiques, quantifiables. Or la prose fait survivre alors que la poésie est vivre : une pensée méridionale, comme l’a dit justement Cassano, intègre en elle l’art de vivre, la poésie de la vie. C’est la Méditerranée qui a besoin d’une pensée qui relie, qui reconnaît et défend les qualités de la vie, qui sont art de vivre, clairvoyance, poésie, compréhension.

 

La pensée méridionale, que propose Cassano, est précisément une pensée complexe. La pensée complexe devient nécessairement une pensée méridionale, c’est-à-dire méditerranéenne ».

Edgar Morin.

 

 

 

 

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La vague de protestations déferlant sur le monde arabe marque une nouvelle ère pour les peuples de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient. Il est rare qu’un désir de justice se réalise dans cette manière devant nos yeux et concrètement. Nombreux médias, ils ont soutenu que pour la Tunisie a été la première fois. Mais, déjà en 1994, dix-huit intellectuels et universitaires, dont les juristes Ali Mezgheni, Iyad Ben Achour et Abdelwahab Meddeb par une lettre ouverte à l’ancien président Ben Ali, ils dénonçaient la désertification de l’espace politique et la fermeture d’une confrontation d’opinions et d’idées avec un très haut risque de révoltes et de besoin de liberté. Dans cette occasion, la lettre fut reçue comme une insulte par l’ancien autocrate et la même communauté internationale sans mot dire elle resta muette. Seize ans après,tout ça s’est produit.

La révolte tunisienne s’est diffusée après en Égypte,Barehien, en Libye et dans presque tout le Proche-Orient. Pour ce qui concerne la Libye, au contraire, les récents événements ont pris une tournure inattendue, violente et encore très incertaine. Toutefois, ces mouvements de contestation conduite par des citoyens pacifiques sont parvenus à faire précipiter les autocrates vers leurs chutes. Le monde a constaté que c’est chose faite. Les communautés nationales de la Rive-Sud de la Méditerranée confrontées à leurs tyrans redécouvrent que c’est possible.

Ces mouvements ont prudemment reçu le soutien moral de l’Union européenne, de ses États membres et d’autres nations occidentales. Toutefois, ces révoltes invitent encore une fois l’Europe à s’interroger sur le sens de ces événements et sur les nouvelles solutions pour relancer un vrai chantier politique euroméditerranéen. Nombreuses sont les questions auxquelles répondre. Par exemple, l’Europe est-elle obligée à repenser les bases sur lesquelles devront être reconstruites ses nouvelles politiques moyen-orientale et nord-africaine ? Au vu de ce vent de printemps, la même finance et l’industrie européennes sont-elles obligées à repenser leurs conduites menées jusqu’à aujourd’hui ? Les relations économiques étroites de certains de ses États membres de l’UE avec le gouvernement Kadhafi influent profondément sur la crédibilité de l’Union européenne ainsi que les objectifs et les valeurs de la politique méditerranéenne. Encore, l’Europe est-elle vraiment prête à faire face à une nouvelle pensée politique avec la Rive-Sud au long terme en vue d’obtenir des avantages de démocratie et stabilité ?

Pour ce carnet numérique, l’Europe a déjà de nombreux moyens culturels pour le faire. L’Europe doit commencer de nouveau par sa «pensée méridienne» parce que la Mer Méditerranée signifie « mer au milieu des terres ». Que signifie le terme « pensée méridienne»? La pensée méridienne est la pensée qui veut raisonner à propos du Sud. Le sud étant dans ce cas-ci la Méditerranée. L’homme méditerranéen – affirme Franco Cassano – vit toujours entre terre et mer, il limite l’une grâce à l’autre; dans son regard technologique et dans ses vices, il y a une mesure que d’autres ont perdue ». Avec ses caractéristiques, la Méditerranée est et reste à présent un centre vital de la grandeur et des richesses de la civilisation européenne. Cette mer a la capacité de protéger et de relier les différences. Intérioriser la mer, c’est savoir qu’il n’existe pas qu’un seul horizon, un seul pays et un seul accent, que des visions divergentes peuvent coexister. Pourquoi l’Europe a-t-elle oublié cette pensée, plusieurs fois soulignée d’Albert Camus et Pierpaolo Pasolini ? Edgar Morin conclurait de manière lucide:« nos espoirs, sans être autant utopiques, sont improbables. Mais l’improbable a toujours eu ses chances historiques. Sachons donc espérer l’inespéré et œuvrer pour l’improbable.»

Antonio Torrenzano

 

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Conversation avec Angelo Del Boca , essayiste, historien italien auprès de l’Institut d’histoire du temps présent de Piacenza et de Milan, journaliste, spécialiste de la période coloniale italienne. Il est également directeur de la revue d’histoire contemporaine. Après avoir participé à la résistance au fascisme, Angelo Del Boca devient journaliste et il se consacra des années 1960 à nos jours, à étudier l’histoire coloniale italienne en Libye, Éthiopie, Érythrée pendant la première moitié du XXe siècle. Ses recherches se sont développées notamment sur les méfaits causés par l’emploi de gaz et la création de camps de concentration dans les anciennes colonies. Récemment, il a regretté que la traduction en langue arabe de sa dernière étude consacrée à la colonisation italienne de la Libye par le titre « Naissance de la nation libyenne», aux éditions Milelli en 2008 , elle ait été interdite. Comme auteur il a publié nombreux essais en langue italienne dont « Gli italiani in Africa orientale », Milan, édition Mondadori 2000; « Le guerre coloniali del fascismo », Rome, édition Laterza, 1991; « L’Africa nella coscienza degli italiani. Miti, memorie, errori, sconfitte », Rome, édition Laterza, 1992 ; « Gli italiani in Libia », Volume 1 et Volume 2, Milan, édition Mondadori, 1997; « Gheddafi. Una sfida dal deserto », Rome, Laterza, 2001; « L’impero africano del fascismo. Nelle fotografie dell’Istituto Luce», ensemble Nicola Labanca, Rome, Editori Riuniti, 2002; « La storia negata. Il revisionismo e il suo uso politico », aux éditions Neri Pozza en 2009. Le dialogue a eu lieu dans la ville de Piacenza et Milan.

Antonio Torrenzano.Comment jugez-vous la situation en Libye ?

Angelo Del Boca. Les dernières nouvelles nous indiquent que le Pays il est fendu en deux. Les villes de la région de la Cyrénaïque, elles sont dans les mains des insurgés. Dans le Désert oriental, les tribus Zuwayya et les habitants menacent Tripoli de bloquer les exportations de pétrole si la violence ne cesse pas. Après l’est du pays et de nombreuses villes de l’ouest, la résistance gagne toujours plus de terrain. La situation est au contraire tout à fait différente dans la région occidentale de la Nation. Mais le clan Kadhafi tient toujours Tripoli. Nous ne savons pas encore exactement le numéro des victimes,les numéros de réfugiés et le grand nombre de travailleurs égyptiens qui sont à la frontière avec la Tunisie pour retourner dans leur Pays. La situation reste très incertaine.

Antonio Torrenzano. Après les révoltes en Tunisie et en Égypt, en Libye pouvions-nous prévoir ces événements ?

Angelo Del Boca. Pour ce qui concerne la région de la Cyrénaïque, je réponds sans hésitation oui ! Sans hésitation pour de nombreuses raisons : la très forte influence forte de la confrérie politique religieuse de la famille clanique de Senoussi, mais aussi pour les anciens événements du 1996 quand le régime bloqua dans le sang la révolte islamiste de la population de cette région avec une violence inouïe.

Antonio Torrenzano. Sur la révolte du 1996 nos avons encore peu d’informations.

Angelo Del Boca. Sur la révolte du 1996, la communauté internationale n’est jamais venue à la connaissance du numéro de victimes et du numéro des individus arrêtés. Dans la révolte du 1996, l’aviation tira aussi des coups contre la Montagne verte qui est le symbole pour la population de cette région du héros Omar Al Muhtar. En Cyrénaïque, il y avait donc un ressentiment très ancien vers le régime de Mouhammar Ghadafi.

Antonio Torrenzano