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Conversation avec Tawakkol Karman, prix Nobel de la paix, journaliste, blogueuse, militante non violente. La journaliste yéménite a été une des trois lauréates du prix Nobel de la paix en partageant l’hommage du comité Nobel norvégien avec les Libériennes Ellen Johnson Sirleaf et Lemah Gbowee. Par ses écrits, cette jeune Femme de 32 ans, mère de trois enfants, a fait connaitre tous les acteurs du printemps arabe et les événements de la contestation au Yémen, mais aussi le sentiment d’injustice de 22 pays arabes. De la Libye à l’Égypte en passant par la Tunisie et la Syrie. Tawakkol Karman par ses écrits est la témoin du printemps arabe qui veut en finir avec des régimes corrompus. En 2005, elle crée l’association Femmes journalistes sans chaînes (WJWC), un groupe de défense de la liberté de pensée et d’expression. Experte de nouvelles technologies, elle a été la première à utiliser le téléphone portable pour faire circuler des minimessages sur la situation des droits de l’homme dans son pays. À la journaliste a été également le prix International Woman of Courage aux États-Unis en 2011. L’entretien a eu lieu dans la ville de Turin près du Conservatorio Giuseppe Verdi, le sept février 2012 pendant un séminaire du prix Nobel sur le thème « La paix et les droits humains ». Un spécial remerciement à la mairie de Turin pour l’image de Tawakkol Karman.

Antonio Torrenzano. Les femmes, quel rôle jouent-elles dans les changements en cours au Proche-Orient ? Le « génie féminin » pourra-t-il être le moteur du changement social et politique ?

Tawakkol Karman. Les femmes sont engagées dans ces changements autant que les hommes. Les femmes sont détentrices de savoirs cruciaux qui peuvent produire un vrai changement social. Elles sont dans les rues, dans toutes les manifestations pacifiques pour réclamer un véritable changement. Elles ont également donné leur vie pour la liberté. Toutes les femmes au Proche-Orient sont en première ligne. Les femmes ont leurs idées et elles veulent les expliquer dans la vie politique, dans les élections, dans la rédaction d’une nouvelle constitution par exemple dans mon Pays. Nous voulons exprimer nos opinions et participer à la construction d’États arabes contemporains. Les capacités féminines doivent être des moteurs de changement social pour le bien de tout le monde. Je suis optimiste.

Antonio Torrenzano. Vous avez rencontré après le prix Nobel de la paix la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, le premier ministre britannique David Cameron et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, quel message avez-vous porté à ces représentants politiques ?

Tawakkol Karman. D’écouter les nouvelles générations du monde arabe et leurs rêves.

Antonio Torrenzano. Les femmes risquent-elles plus d’autres individus ?

Tawakkol Karman. Le risque est bien réel, mais nous sommes prêtes à nous battre. La plupart de femmes connaissent très bien les risques qu’elles courent et les difficultés du quotidien. La révolte arabe est une révolution morale. Cette révolte est portée par la société civile et une foule des gens ordinaires. Pauvres, riches, jeunes, vieux, femmes : ils sont sortis dans la rue sans le soutien des partis politiques et loin d’analyses politiques ou idéologiques. Tout le monde veut seulement réaliser leur rêve de dignité et de liberté.

Antonio Torrenzano. Croyez-vous que la communauté internationale occidentale comprenne ce changement historique et unique en cours ?

Tawakkol Karman. Je pense que la communauté internationale n’arrive plus à suivre ce qui se passe dans le monde arabe. Les pays occidentaux sont toujours dépassés par les événements et leurs analyses ne dépassent pas la semaine. Les Occidentaux préféreront-ils être les alliés d’une jeunesse porteuse d’un nouveau projet d’avenir ou les partenaires de régimes dépassés ? Personne ne pourra s’opposer à la volonté des jeûnes. Nous sommes en train d’apprendre la démocratie par étapes. La démocratie arrivera dans le monde arabe.

Antonio Torrenzano

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Conversation avec Michelle Bachelet, chirurgienne de formation, ancienne présidente du Chili du 2006 au 2010. Michelle Bachelt est la première Secretaire générale adjointe et directrice exécutive d’ONU Femmes. L’ancienne présidente chilienne est à la tête de la nouvelle agence des Nations Unies, depuis le 14 septembre 2010. L’entière conversation, recueillie par la journaliste Jasmina Sopova, a été publiée sur la revue « Le courrier de l’UNESCO », numéro 02, mois avril-juin 2011, 64e année, dirigée par Éric Falt. Tous les numéros de la version électronique du Courrier de l’UNESCO peuvent être lus à la suivante indication numérique  http://www.unesco.org/fr/courier

Jasmina Sopova. Quelle est la place de l’égalité des genres dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ? Comment pensez-vous pouvoir lui donner plus d’importance ?

Michelle Bachelet. Parvenir à l’égalité des genres, objectif numéro trois des OMD, est primordial pour la réalisation de tous les autres objectifs. Nous continuerons à faire valoir, d’ici à 2015 – année butoir des OMD – le lien crucial existant entre l’égalité des genres et tous les autres objectifs, qu’ils concernent la pauvreté, la santé, l’éducation ou l’environnement. Un des problèmes prioritaires qui nous concernent est la mortalité maternelle. Sur le plan mondial, nous sommes loin d’avoir progressé suffisamment. Nous pouvons – et devons – faire plus. Sauver davantage de vies lors de l’accouchement demande des connaissances élémentaires et des moyens peu chers qui pourraient être facilement disponibles partout, si les gouvernements et la communauté internationale décidaient vraiment d’en faire une priorité.

Jasmina Sopova. Avez-vous l’intention de vous engager davantage dans certains pays? Pour quelles raisons ?

Michelle Bachelet. Nous allons travailler avec tous les États membres de l’ONU qui font appel à nous, que ce soit des pays développés ou en développement. L’ONU Femmes est actuellement présente à des niveaux variables dans environ 80 pays, et nous aurons besoin de renforcer notre présence dans les pays qui en ont le plus besoin. Nous allons le faire progressivement, notamment au fur et à mesure que nous développerons nos capacités et ressources institutionnelles.Dans chaque pays, une des priorités sera d’atteindre les groupes de femmes les plus marginalisées. Ce sont elles qui ont le plus besoin du soutien de l’ONU Femmes et les atteindre peut être la meilleure façon d’utiliser nos ressources. Comme l’UNICEF a commencé à le démontrer, la méthode la plus efficace consiste à investir dans la partie de la population la plus exclue.

Jasmina Sopova. Le nombre de femmes élues à la tête des États, des gouvernements et des agences de l’ONU est en hausse ces dernières années. Ce phénomène a-t-il déjà des effets positifs sur les questions les plus brûlantes concernant les femmes dans le monde ?

Michelle Bachelet. Dans une perspective historique, des progrès immenses ont été accomplis. Bien qu’il reste toujours des défis, l’égalité des genres est entrée dans une dynamique qu’elle n’a jamais connue par le passé. Cela est vrai à la fois sur le plan international et au sein de la majorité des pays. La raison en est que les femmes ont pris en main la défense de l’égalité des genres, à différents niveaux, aussi bien au sein de leur communauté qu’à la tête des États. Les femmes dirigeantes ont fait en sorte qu’un nombre croissant de personnes comprennent que les femmes doivent être impliquées dans l’économie, que la violence dont elles sont l’objet doit être endiguée, et leur capacité à être des moteurs de changement encouragé pour le bien de tous. Et, bien entendu, que nous devons fournir les moyens et entreprendre les actions nécessaires pour atteindre ces objectifs – comme nous l’avons fait en partie avec la création de l’ONU Femmes, promue «championne » de la défense des droits de la femme dans le monde.

 Jasmina Sopova

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La condition de la femme a beaucoup évolué depuis longtemps, mais l’égalité des genres dans la planète reste encore une question ouverte à réaliser. L’égalité des genres est au coeur des droits humains et des libertés fondamentales qui sont des valeurs essentielles à la dignité de chaque individu, à la prospérité des sociétés. Rejoindre une vraie égalité est donc vital. Selon Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, elle est nécessaire pour lutter contre la pauvreté extrême, atténuer les effets du changement climatique, parvenir à un développement durable et à une paix consistant dans le globe.

Pour l’écrivaine Toni Morrison, lauréate du prix Nobel pour la littérature en 1993, « être femme… c’est encore une blessure ouverte qui ne peut guérir ». Femmes et jeunes filles sont encore les premières victimes des conflits armés, les premières victimes qui souffrent de manière disproportionnée toutes les situations d’émergence et de reconstruction qui précèdent le retour à la vie civile de chaque sanglant conflit. Et bien souvent, ce sont elles-mêmes qui oeuvrent le plus efficacement en faveur de la réconciliation dans leurs pays. Elles restent toutefois encore rares à la tête des démocraties de la communauté internationale. Sur la scène politique, la marche vers la parité des sexes reste lente.

Les Nations unies ont fait valoir ces raisonnements dans les derniers deux ans dans les nombreuses réunions internationales : pendant le Sommet sur les objectifs du millénaire au développement qui a eu lieu à New York au mois de septembre 2010, au Sommet G20 organisé à Séoul, pendant le Forum économique mondial de Davos en 2011. Selon l’Union interparlementaire de Genève, les femmes progressent sur les bancs des assemblées du monde avec une présence moyenne de 19,1% des sièges dans toutes les chambres des parlements.

Mais, l’Union interparlementaire affirme encore que « l’objectif d’arriver à l’équilibre entre hommes et femmes en politique soit encore lointain dans de nombreux pays ». Ce carnet numérique a déjà raconté des histoires remarquables il y a deux ans et en 2011. Ce carnet a déjà raconté des histoires des femmes pionnières. Femmes, qui à la tête de leur pays, ont-elles encouragé d’autres femmes à se faire entendre. C’est l’exemple de Michelle Bachelt, ancien président du Chili, qui se souvient très bien de son travail de pionnière. «Comme jeune mère – affirme Michelle Bachelet – j’ai connu la difficulté d’avoir à équilibrer carrière et vie de famille et j‘ai vu que l’impossibilité de faire garder ses enfants empêchait les femmes d’accéder à un emploi rémunéré ».

Ou encore Ellen Johnson Sirleaf, entrée dans l’histoire en 2006 lorsqu’elle fut élue présidente du Libéria, une première dame en Afrique. Ellen Johnson Sirleaf, prix Nobel de la paix en 2011, femme engagée pour les droits humains et les droits des femmes, a connu dans presque plus de 30 de carrière la prison et l’exil, mais elle a fait preuve d’une robuste détermination pour imposer la paix à son pays ravagé par dix ans de guerre civile. Les parcours de Michelle Bachelet et de Ellen Johnson Sirleaf sont parcours de femmes d’exception pour la persévérance, pour le sens d’engagement, pour le pragmatisme, pour la vision de l’avenir. Mais, pourquoi restent-elles encore des exceptions ?

Antonio Torrenzano

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<iframe frameborder=”0″ width=”496″ height=”286″ src=”http://www.dailymotion.com/embed/video/xcaikw”></iframe><br /><a href=”http://www.dailymotion.com/video/xcaikw_alain-touraine-sortir-de-la-crise-l_news” target=”_blank”>Alain Touraine – Sortir de la crise. Les Ernest</a> <i>di <a href=”http://www.dailymotion.com/les_ernest” target=”_blank”>les_ernest</a></i>

Le monde est en train de vivre de profonds changements. Changements pas seulement financiers et économiques, mais aussi politiques, sociaux et institutionnels. Est-il urgent de réinventer un nouveau modèle de croissance ? Est-il urgent de mettre fin aux inégalités et à la pauvreté qui rongent le lien social? Est-il urgent de renouer un fort idéalisme pour redonner du sens à la vie ?

Le sociologue Alain Touraine, directeur d’études à l’EHESS, prix Prince des Asturies en 2010, nous donne ses réflexions et ses points de vue pendant le colloque tenu près de l’École Normale Supérieure.

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Pierre Rosanvallon, historien, écrivain, professeur au Collège de France. Ses recherches portent principalement sur l’histoire de la démocratie, sur le modèle politique français, sur le rôle de l’État et la question de la justice sociale dans la société contemporaine. Il occupe depuis 2001 la chaire d’histoire moderne et contemporaine au Collège de France et il est également directeur d’études près de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris.

Auteur de nombreux essais traduits dans plusieurs langues étrangères dont «La crise de l’État-providence »,Paris, édition Seuil, 1981; « Misère de l’économie », Seuil, 1983; « L’État en France de 1789 à nos jours »,Paris, Le Seuil, L’Univers historique, 1998; « Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France», Paris, Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1992; « Le Nouvel Âge des inégalités» avec Jean-Paul Fitoussi, Paris, Le Seuil, 1996 ; «La nouvelle question sociale. Repenser l’État-providence », Paris, éditions du Seuil, 1995; « Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France», Gallimard, Bibliothèque des histoires, 1998 ; « Pour une histoire conceptuelle du politique », Paris, éditions du Seuil, 2003; « La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance »,Paris, éditions du Seuil, 2006 ; « La Légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité », Paris, éditions du Seuil, 2008 et « La Société des égaux » en 2011.

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Conversation avec Serge Latouche, économiste et philosophe, professeur émérite à l’Université Paris Sud, spécialiste de l’épistémologie des sciences sociales, défenseur de la décroissance soutenable. Il est l’auteur de nombreux ouvrages traduits en plusieurs langues étrangères dont «Le pari de la décroissance», Paris, éditions Fayard, 2007; «Survivre au développement», Paris,2004; «Décoloniser l’imaginaire», Paris, éditions Paragon, 2003; «La Déraison de la raison économique», Paris, éditions Albin Michel, 2001. Avec Antonio Torrenzano, «Immaginare il nuovo. Mutamenti sociali, globalizzazione, interdipendenza Nord-Sud», Turin, L’Harmattan, 2000 (essai en langue italienne). Avec Alain Caillé, Marc Humbert et Patrick Viveret, « De la convivialité. Dialogues sur la société conviviale à venir », Paris, éditions la découverte, 2011. Le dialogue a eu lieu à Reggio Émilia en plusieurs reprises dans l’année 2011.

Antonio Torrenzano. Nous sommes dans une période de crise planétaire et nous ne savons ce qui en sortira. Le processus de mondialisation a porté à l’hégémonie de l’économie, du profit et des échanges. On pourrait discuter longtemps des bienfaits et des méfaits de cette mondialisation, je crois que c’est la misère qui domine. Pourquoi l’économie libérale et la finance internationale ont-elles fait disparaitre l’action politique?

Serge Latouche.Le triomphe de la société de marché comme instance autonome a fait évanouir les velléités de pluralisme ainsi que la disparition du politique. Ce fondamentalisme économique, intégralement présent déjà chez Adam Smith, s’impose enfin sans rivaux parce qu’il correspond le mieux à l’esprit du temps. La mondialisation de l’économie, ainsi comme je la définis par le mot économicisationdu monde, émancipe totalement la mégamachine techno-économique. Autrement dit, celle-ci absorbe presque intégralement le politique. Cette situation entraîne à terme l’effondrement de la société civile auquel nous assistons. L’expertise remplace la citoyenneté, la technocratie se substitue silencieusement et insidieusement à la démocratie. Il n’y a plus d’enjeux, parce qu’il n’y a tout simplement plus de valeurs à débattre. Le triomphe du marché, n’est que le triomphe du « tout marché ». Il s’agit du dernier avatar d’une très longue histoire mondiale.Toutefois, la mondialisation de l’économie ne se réalise pleinement qu’avec l’achèvement de sa réciproque l’économicisation du monde, c’est-à-dire la transformation de tous les aspects de la vie en questions économiques, sinon en marchandises. Le politique, en particulier, se trouve totalement absorbé dans l’économique.

Antonio Torrenzano. Toutefois ce décalage entre une mondialisation réductrice, financière et spéculative et une véritable mondialité politique est-il un des problèmes du changement d’époque ?

Serge Latouche. La crise du politique se traduit par l’effondrement du social et donc, à terme de la société elle-même. Les responsables politiques, eux-mêmes, fonctionnent comme des rouages du mécanisme. Ils se font les exécutants de contraintes qui les dépassent. Les hommes politiques deviennent à leur insu des marionnettes dont les ficelles sont tirées par d’autres. La médiatisation de la politique accentue le phénomène de façon caricaturale. Mais, dans ces sociétés contemporaines, nous sommes tous des rouages d’une immense machine qui définit notre espace dans la société. Niveau de revenu, mode de consommation, travail ou chômage, ces aspects économiques de la vie ont pris un rang dominant et parfois exclusif. Le citoyen se définit avant tout par sa situation, son revenu, sa dépense. La vie est ainsi réduite à ces aspects économiques qu’il est inévitable que chacun de nous soit obsédé par les problèmes économiques.

Antonio Torrenzano. Patrick Viveret affirme que la crise n’est que la manifestation de trois grandes vagues de mutation nées après la chute du mur de Berlin. La première vague de mutation pourrait être caractérisée par l’insoutenable de ce qu’on pourrait appeler le modèle « dérégulation, competition à outrance, délocalisation ». Cette première vague est à l’origine de la crise. Elle est aussi à l’origine de l’augmentation des inégalités sociales et de la suivante statistique quasi obscène : trois personnes au monde peuvent avoir les revenus des 48 pays les plus pauvres, la fortune de 225 personnes équivaut à la somme des revenus individuels dérisoires de 2,5 milliards d’êtres humains. La deuxième vague : l’idée que le progrès économique pouvait entrainer du progrès social. Mais, cette idée a été un échec. Cette deuxième vague nous amène à la troisième, plus importante encore, c’est-à-dire la sortie d’un âge vers un changement d’époque.

Serge Latouche. Pour la pensée libérale, la société ouverte a été l’apothéose du marché. Les promesses de l’économie pour un monde de paix et de prospérité pour tous et pour chacun semblent plus lointaines que jamais. Plus l’imaginaire de la grande société du marché mondial devient planétaire, plus la discorde, la misère et l’exclusion semblent gagner du terrain. Les dysfonctionnements de toute nature du système mondial : chômage, exclusion, misère matérielle et plus encore morale, désastres écologiques, sont et seront de plus en plus insupportables. En attendant la grande implosion désormais prévisible, il s’agit de substituer à cet hybris l’affirmation d’une commune humanité comme cœur d’un nouveau projet politique; ce que j’appelle une société d’abondance frugale ou de la sobriété choisie.

Antonio Torrenzano

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Conversation avec Shirin Ebadi, avocate iranienne, écrivaine, prix Nobel pour la paix en 2003. Shirin Ebadi a été la première Iranienne à recevoir ce prix. En 1974, elle fut la première femme à devenir juge en Iran et elle a enseigné droit à l’université de Téhéran en particulier pour la défense des droits des enfants et des femmes, mais elle est aussi connue pour prendre la défense des dissidents. Pour son action politique, elle a obtenu le prix Rafto en 2001 avant d’obtenir en 2003 le prix Nobel pour la paix. Trois ans plus tard, au mois de novembre 2006, elle a reçu du président français Jacques Chirac la Légion d’honneur. En mars 2010, la Mairie de Paris l’a faite citoyenne d’honneur de la Ville. Elle est aussi membre de la fondation PeaceJam. Autrice de nombreux essais, traduits dans plusieurs langues étrangères, dont « Iranienne et libre : mon combat pour la justice », avec Azadeh Moaveni, traduction de Laure Manceau, Paris, édition La Dècouverte, 2006; « La cage dorée », traduction de Joseph Antoine, Paris, édition l’Archipel, 20010. Le dialogue a eu lieu à dans la ville de Mantoue et dans la ville de Rimini, près de la fondation Pio Manzù.

Antonio Torrenzano. La première question que j’aimerais vous poser est-elle sur quel concept de justice dans le XXI siècle ?

Shirin Ebadi. L’idée de justice est un des piliers de droits fondamentaux de l’Humanité. Chaque individu devrait vivre dans un monde sans violence et sans injustice. Chaque individu devrait avoir ses droits garantis partout. Les autres deux piliers pour toute l’Humanité devraient être le droit à la paix et le droit à la démocratie. Sans justice, il n’y aura jamais de la paix durable et sans paix il n’y aura jamais de la vraie démocratie. Si toute société ne se basait pas sur les valeurs démocratiques, il existerait toujours le danger de l’effondrement et de la désintégration d’une communauté. La mondialisation économique, sans le vouloir, a tressé la destinée de chaque individu à ceux des autres. Nous ne pouvons plus penser que le monde soit juste pour quelqu’un et pas pour les autres. Les efforts d’aujourd’hui sont de rendre ce monde juste pour tous. Nombreux d’individus à présent ils n’exercent pas encore leurs droits fondamentaux.

Antonio Torrenzano. Sommes-nous dans une période où l’impotence de la politique a laissé de l’espace au libre arbitre de l’économie et de la finance internationale ? La communauté internationale a-t-elle compris ceux nouveaux enjeux ?

Shirin Ebadi. Toutes les civilisations sont sujettes à des évolutions. Plus chaque civilisation se dépasse, plus l’idée de justice se développe. Tous les individus dans cette période historique posent de nouvelles questions et ils veulent de nouvelles tutelles. Les nombreux événements au Proche-Orient, mais aussi dans l’Occident avec les protestations des nouvelles générations, ils soulignent à toute la communauté internationale une question fondamentale : une révolution morale est nécessaire. La pauvreté emprisonne encore en esclavage presque 800 millions d’individus dans le sud de la planète dont 400 millions sont des enfants. Nous sommes dans une situation critique et je trouve qu’effacer la pauvreté pourrait avoir d’impacts favorables pour tout le monde. Beaucoup d’individus ont perdu leur dignité et leurs Droits humains : je pense aux réfugiés, aux femmes, aux enfants, aux chômeurs dans les pays développés. Nous avons mis l’argent au-dessus de l’être humain, alors que nous devrions le remettre à notre service.

Antonio Torrenzano. Le capitalisme est omnivore, il capte le profit là où il est le plus important à un moment donné; il ne se contente pas de petits profits marginaux. Le capitalisme, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, s’est toujours nourri du différentiel de richesse entre un centre (où convergent les profits) et des périphéries de plus en plus appauvries.Quel monde voulons-nous construire ?

Shirin Ebadi. Dans plusieurs Pays de la planète, la pauvreté absolue est en train de modifier l’avenir de nombreux garçons et de nombreuses jeunes filles. La pauvreté tue et efface les rêves de millions d’individus depuis longtemps. Une pauvreté relative est en train de dévorer aussi l’occident après l’éclatement de cette longue crise économique. Mais, la pauvreté n’a pas été créée par les pauvres, mais par le système. Comme chaque être humain, chaque pauvre naît avec un potentiel énorme d’idées et de talent. Les nombreuses révoltes naissent de cette situation. Toutes ces revendications ne sont pas utopiques ni irréelles.Ces individus veulent simplement avoir un travail, un logement, une éducation, un droit à la santé et la liberté afin de projeter un possible avenir.

Antonio Torrenzano

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Conversation avec Muhammad Yunus, économiste, entrepreneur connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit. En 2006, il obtient le prix Nobel de la paix. Muhammad Yunus après avoir occupé le poste de sous-directeur à la commission planification du gouvernement de son Pays, il devient responsable du département d’économie de l’université de Chittagong. Toujours auprès de l’université de Chittagong, Muhammad Yunus avec ses étudiants fonde un groupe de recherche économique dont les premiers travaux produiront des lignes d’action sur des questions agronomiques. Auteur de nombreux essais, traduits dans plusieurs langues diplomatiques, dont «Portraits de microentrepreneurs», avec Jacques Attali, Paris 2006; «Vers un monde sans pauvreté», avec Alan Jolis, Paris, édition Lattès, 1997; «Vers un nouveau capitalisme», toujours aux éditions Lattès en 2008. Depuis l’année 2011, l’économiste est le président du Yunus Centre, un centre de recherche qui développe des études sur l’économie sociale. L’entretien s’est développé en plusieurs reprises en Italie dans les villes de Bologne près de l’université, à Rome et dans la Confédération Hélvétique au mois de janvier 2012.

Antonio Torrenzano. Une société où la qualité de la vie serait l’objectif prioritaire de son fonctionnement et de sa conduite est-elle possible ? L’urgence d’un nouveau débat sur le capitalisme est-elle prioritaire ?

Muhammad Yunus. Un nouveau débat sur le système capitaliste contemporain est urgent, mais cette analyse vient développée en suivant encore les anciens schémas théoriques. Le système contemporain ne fonctionne plus, mais personne dans la communauté scientifique internationale n’a pas le courage de l’affirmer. Le système a toujours cherché le meilleur rendement et son seul point de repère a toujours été la maximisation des profits sur les marchés mondiaux. Ce système reste aveugle à toute autre considération que le profit. Le problème central du capitalisme occidental veut que le seul but de l’entreprise soit de gagner de l’argent, de maximiser son profit et que le bonheur soit lié à une consommation tout court. Si le modèle ne change pas, je ne prévois pas quel avenir il pourra avoir.

Antonio Torrenzano. Trouvez-vous qu’il soit urgent d’avoir un gigantesque rééquilibrage planétaire entre Humanité et Nature, entre riches et pauvres, entre un monde occidental et un monde non occidental ?

Muhhamad Yunus. Dans le capitalisme, tout le monde espère gagner de l’argent en faisant des affaires pour produire encore plus d’argent. Le fonctionnement social de ce système jusqu’aujourd’hui a été centré seulement sur l’efficacité utilitariste. Sur la simple idée de la croissance économique qui vient représentée en macro-économie par le produit intérieur brut. Mais, le bonheur pour chaque individu n’est pas seulement être riche. Tout ceci n’a pas de sens ! L’individu est un être multidimensionnel qui aime aider et coopérer avec les autres sujets humains.

Antonio Torrenzano. La pauvreté est-elle alors une condition artificiellement créée chez l’homme ? Quel monde voulons-nous construire ?

Muhammad Yunus. À cet égard, le capitalisme jusqu’aujourd’hui a montré de nombreuses lacunes. D’un point de vue institutionnel, le capitalisme a laissé presque deux tiers de la population mondiale en marge du système. Prenez-vous les banques commerciales : elles ne prêtent pas aux pauvres au prétexte d’un remboursement difficile. C’est faux ! Notre travail a prouvé qu’on pouvait prêter aux pauvres, mais qu’en plus ça marchait et qu’on arrivait à les faire sortir de la pauvreté. Quel monde voulons-nous construire ? Comme je le dis dans mes rencontres et séminaires, chaque enfant, dès son plus jeune âge, devrait avoir pour tâche de penser au monde idéal qu’il aimerait bâtir. Dans le mien, il n’y aurait pas de pauvres, pas d’épidémies et pas de souffrances liées à la maladie. Les hommes prendraient soin les uns des autres et chaque génération donnerait à la suivante un monde plus beau, plus sûr, meilleur que celui d’aujourd’hui.

Antonio Torrenzano

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Quatre ans après l’éclatement de la bulle immobilière des subprimes, l’économie globale sauf celle-là des pays émergents est en panne. Certains le pensent : le capitalisme comme nous l’avons connu depuis longtemps pourrait-il être arrivé à la solution finale ? Pour Immanuel Wallerstein, « nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste, car le capitalisme ne parvient plus à faire système, c’est-à-dire à retrouver l’équilibre après avoir trop dévié de sa situation de stabilité ». La crise a amplifié les déséquilibres mondiaux, et par là même le besoin de solutions planétaires.

Il reste aussi en panne l’occasion d’imposer à nouveau des normes de prudence aux marchés. Ce processus, voulu à Londres et à Toronto par le G20 en 2009 et en 2010, s’est presque refermé. Mais, d’autres questions restent encore sans réponses. Est-ce qui bénéficie – par exemple – de cette situation de transition ? Peut-on continuer à vivre dans un ordre mondial fondé seulement sur la primauté des relations de marché qui a effacé toutes les autres formes de relations sociales ? Par rapport à la crise financière, relativement aux risques de pénurie de ressources énergétiques ou alimentaires, où va-t-on ?

L’enjeu contemporain, quant à cette situation structurelle du capitalisme, serait celui développer un nouveau système économique, social et écologique. La crise devrait alors être comprise comme la fin d’un cycle : celui du néo-libéralisme. Ce modèle reposait sur l’efficience des marchés non régulés, sur les vertus stimulatrices d’une finance qui favorisait la spéculation à court terme et non les investissements productifs et les perspectives de long terme et qui était à priori en contradiction avec le social.

Le roi est nu, mais on observe un net recul de la pensée sur ces questions. Aucune bataille d’idées pour l’adoption d’une croissance durable, aucun effort pour une réduction des inégalités au plan interne comme international, aucune bataille théorique pour encadrer la dynamique inégalitaire du capitalisme mondialisé et réduire les tensions qu’il engendre. Plus les problèmes deviennent planétaires, plus ils deviennent incontrôlés, plus progresse la crise, plus progresse l’incapacité à réagir à cette crise.

Après quatre ans de crise économique, le paradoxe reste toujours le même : l’incertitude cognitive à réagir et l’incertitude historique sur ce qui s’est produit. Pour le mathématicien Benoît Mandelbrot, nous aurions encore une fois « caché l’explosif sous le tapis ».

Antonio Torrenzano

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Conversation avec Patrick Viveret, philosophe, économiste, essayiste. Chargé sous le gouvernement Jospin par le secrétaire d’État à l’économie solidaire d’une mission visant à redéfinir les indicateurs de richesse, il est l’auteur du rapport « Reconsidérer la Richesse » et de l’essai « Pourquoi ça ne va pas plus mal ». Chargé, par Michel Rocard d’une mission sur l’évaluation des politiques publiques en France, il est nommé conseiller référendaire à la Cour des comptes en 1990. Il fut également rédacteur en chef de la revue Transversales Science Culture du 1992 au 1996, puis directeur du Centre international Pierre Mendès France (CIPMF). En 2001, il a participé à Porto Alegre au premier Forum social mondial. Patrick Viveret est le cofondateur des rencontres internationales « Dialogues en Humanité».

Auteur de nombreux essais, traduit dans plusieurs langues étrangères, il a publié en France :«Pour une nouvelle culture politique » (en collaboration avec Pierre Rosenvallon), Paris, Seuil, 1978 ; « Évaluer les politiques et les actions publiques », la Documentation Française, 1990; «Reconsidérer la Richesse », Paris, éditions de l’Aube, 2002 ; « Pourquoi ça ne va pas plus mal ? », Paris, Éditions Fayard, 2005; « Pour un nouvel imaginaire politique », ouvrage collectif  avec Edgar Morin, Christian Losson et Mireille Delmas-Marty, Paris, toujours aux éditions Fayard en 2006; « De la convivialité. Dialogue sur la société conviviale à venir », ouvrage collectif avec Alain Caillé, Marc Humbert et Serge Latouche, Paris, aux éditions La découverte en janvier 2011.

Il collabore régulièrement au mensuel Le Monde diplomatique et il est également chroniqueur pour la revue Territoires.